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04/03/2012

La vieillesse vue par Roland Binet

 

Il semble, maintenant que j’ai atteint l’âge de la pension, que les marches d’escaliers me sont plus faciles à grimper.  Mes parents ne m’avaient nullement préparé aux exercices physiques.  En effet, ils avaient généralement loué des appartements au rez-de-chaussée, ce qui m’épargnait ainsi les efforts physiques.  Actuellement, comme j’habite dans une grande maison avec ma mère de 90 ans vivant au rez-de-chaussée et que j’occupe une partie des rez, 1er et 2e étages, je fais allègrement – à 67 ans - vingt/trente ou quarante étages par jour, sans essoufflement ni crises cardiaques.  Au-dehors, j’ai pris l’habitude parfois quand il y a de longues volées de marches, de les prendre deux ou trois à la fois.  Dans ma jeunesse, eussé-je essayé cela, je me serais retrouvé aux urgences.

 

L’époque est arrivée où je puis enfin lire les notices de médicaments, aux caractères si petits, sans lunettes et à une distance normale.  Dans ma jeunesse ou plus tard lors de mon premier mariage, je devais me faire aider et les faire lire à haute voix.  Je lis actuellement journaux et livres sans lunettes et ne mets plus mes lunettes de myope/astigmate que pour conduire et sortir de chez moi.  Quelle différence par rapport à ma jeunesse quand, par vanité, je ne portais pas de lunettes et ne voyais ainsi presque pas ce qui était écrit au tableau (recopiant ce qui y avait été écrit par mes condisciples assis de part et d’autre de moi).

 

Quand je regarde la télévision ou que j’écoute la musique, j’ai pris l’habitude à présent de baisser le son.  Quand j’étais jeune, j’écoutais tout à fond d’ampli ; actuellement lorsque je me rends chez ma mère qui regarde la télévision, la première chose que je fais c’est de prendre sa commande à distance et de baisser le son de 50 % au moins !

 

Les distances sont devenues plus courtes, les côtes moins dures depuis que je suis devenu un pensionné.  Dans ma jeunesse à Bruxelles, je ne marchais pas, je prenais le bus ou le tram, plus tard la voiture.  Maintenant, je fais parfois des marches durant des heures pour le fun.  Lorsque je pars en excursions, je marche parfois des heures durant sans faire de pauses-bistrots sauf pour les besoins urgents car j’ai remarqué, heureusement, que ma vessie et ma prostate fonctionnent bien mieux que du temps de ma jeunesse insouciante à cet égard.

 

Quand j’étais jeune et plus tard durant mon existence professionnelle de fourmi ouvrière (privé et administration), j’étais tout le temps malade. Je prenais des antibiotiques trois ou quatre fois par an. Maintenant que je ne dispose plus de ‘stock de jours de maladie’, je ne suis plus jamais malade.  Je n’ai jamais de rhume, jamais de grippe, jamais d’embarras gastriques.  La seule vraie différence par rapport à ma jeunesse, c’est qu’actuellement, je sais parfaitement ce que sont des vertèbres, des douleurs lombaires, des torticolis, des névralgies d’origine lombaire, des épaules gelées, des tendinites de l’épaule ou du genou, des crampes nocturnes, domaines qui m’étaient parfaitement inconnus dans mon jeune temps.  Comme quoi avec l’âge, on acquiert des connaissances sans effort apparent.

 

Quand on est jeune et qu’on est un mâle, on pense tout le temps aux filles, au sexe.  On y consacre une énergie et un temps fous.  L’un des avantages de la pension, c’est de consacrer l’essentiel de son énergie aux choses de l’esprit.  Bref, on a fait la part des choses !  Maturité aidant !

 

Naturellement, les gens vieillissent autour de moi.  Je suis souvent gêné de devoir admettre ne pas avoir reconnu une personne que je fréquentais souvent il y a des décennies alors qu’elle m’a reconnu sans hésitation.  C’est un peu comme si le temps était passé normalement pour les autres et qu’il s’était arrêté pour moi.  Il est normal de vieillir me semble-t-il ; la seule question que je me pose, pourquoi ces gens doivent-ils m’affliger de leur déconfiture physique en se présentant à moi dans cet état ?  Du coup, j’en viendrais à penser qu’un tel phénomène de déliquescence liée à l’âge et à la condition humaine pourrait s’appliquer à moi également par effet – pervers – de ricochet !

 

Maintenant que je suis du 3e âge (certains diraient 4e âge), je sais causer, je sais tenir une conversation et c’est peut-être la raison pour laquelle on nous invite si peu.  Quand je suis remonté et qu’on discute de quelque chose que je connais bien, il n’y a plus place pour autrui ou d’autres arguments.  Je suis plus spécialisé que les spécialistes dans n’importe quelle matière y compris la médecine, la sociologie ou les langues étrangères ! Quand j’étais jeune, j’aurais été incapable de tenir le crachoir comme cela des heures durant !  Comme quoi la vieillesse a quelquefois du bon !

 

Ah oui, un autre grand avantage de la vieillesse, c’est que je trie.  Tout livre entamé qui ne me satisfait pas au maximum après 60 pages, je le jette.  Toute musique sur CD qui ne m’apporte plus de plaisir, je la jette.  Tout ami, toute connaissance, qui ne réussit plus à m’apporter un quelconque plaisir en termes d’amitié, je l’expurge de mon carnet d’adresses et de souvenirs.  La jeunesse, ce n’est pas le temps des choix, c’est le temps des contraintes. On cherche à se fondre dans le même moule abrutissant.  La vieillesse, c’est le temps de la liberté recouvrée, des vrais choix !  Même si, au fond, cela signifie qu’on fréquente moins de gens, mais vu leurs qualités, on y gagne au change.

 

Quand j’étais jeune, j’étais égoïste, je ne pensais qu’à ma propre petite personnalité sans envergure.  Maintenant, que j’ai pris de la bouteille, je pense au sort du monde, au sort de l’humanité, j’œuvre pour une ONG humanitaire.  Je suis devenu un maillon d’une longue chaîne humaine alors que jeune j’étais un individualiste narcissique.  Je donnerais ma vie pour une cause, pour autrui.  Évidemment, comme je suis plus difficile, il faudrait qu’elle me plaise sérieusement cette cause ou que cet autrui en vaille la peine !

 

Lorsque je faisais mes premiers pas dans la vie, des noms de pays, de continents, n’étaient pour moi que des concepts de géographie.  Maintenant que j’ai visité plus de 50 pays sur 4 continents, je pourrais donner des cours sur certains des pays que je connais et que j’admire le plus.

 

À qui puisque plus personne n’accepte de me fréquenter ?

 

                                                                       *

 

Texte inspiré très librement de ‘la vieillesse vue par Philippe Noiret’.

 

 

15:44 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vieillesse