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16/02/2013

A propos des gays, des femmes, de sexisme

La RTBF a passé un programme intitulé ‘La Belgique est-elle homophobe ?’ le mercredi 23 janvier dernier.  Bien.  Le point de départ, ce sont les crimes et attentats contre des homosexuels en Belgique.

 

Une réflexion amère que je me fais, c’est que quand on tue une femme hétérosexuelle (qu’elle soit l’épouse, l’ex-épouse, l’amie, l’ex-amie, une inconnue), pas de marche blanche, pas de grosses initiatives populaires.  Ce genre de meurtres passe dans la rubrique des faits divers alors que quand un homosexuel est victime d’une attaque, d’une agression caractérisée ou d’un meurtre violent, cela fait la une, on se mobilise et on fustige la population qui serait homophobe.

 

Bien, a-t-on jamais fait de grosses émissions sur le caractère misogyne d’une partie des hommes ?  Quand on parle de discrimination à l’égard des homosexuels, a-t-on pensé que toute une série de délits pourtant graves contre les femmes font hélas partie de leur quotidien : voies de fait, gestes ou paroles déplacés, tentatives d’attouchement dans le métro ou dans des bus bondés, meurtre de l’épouse, de l’ex-épouse, de la compagne ou de l’ex-compagne, parce qu’elle déplaît, qu’on en a rencontré une autre plus sexy, ou qu’elle barbe, ou qu’elle n’obéit pas aux injonctions de son maître des céans mâle, ou qu’elle est devenue trop grosse, qu’elle n’aime plus regarder des matchs de foot, etc.

 

Ce qui me dérange le plus dans tout ce tamtam public et audiovisuel, ce n’est pas qu’on manifeste ou qu’on fasse des émissions pour fustiger l’homophobie ou la violence contre les gays, ce qui me gêne le plus c’est la disproportion entre faits homophobes et réalité quotidienne de la violence contre les femmes.

 

J’ai été l’un des premiers à soutenir et applaudir au mariage gay et à l’adoption d’enfants par les gays.  Je fustige évidemment l’attitude qu’une partie soi-disant ‘éclairée’ en France bien-pensante a assumée dans le débat sur le ‘mariage pour tous’ et la ‘procréation médicalement assistée’ ouverte aux gays.  Que n’a-t-on entendu comme absurdités pseudo-morales ou pseudo-laïques dans ce ‘débat’ dans un pays qui pouvait jadis se targuer d’avoir créé le siècle des lumières mais actuellement en panne d’électricité et, surtout, d’idées originales.

 

Mais, je pars du principe qu’un acte de violence contre un homosexuel est l’égal d’un acte de violence contre une femme hétérosexuelle.  Si on parle de discrimination et d’homophobie pour de tels actes odieux à l’égard des gays, soyons conséquents au moins et mettons les femmes battues, torturées, mutilées, tuées, sur le même pied d’égalité, parce que, hélas, elles sont bien plus nombreuses.

 

Quant à faire une émission spéciale sur l’homophobie, est-ce nécessaire ?  On sait qu’une majorité de Belges (ne parlons pas des cultures qui, traditionnellement, haïssent les gays et les vouent aux enfers) accepte les homosexuels du bout des lèvres, les termes ‘pédale’, ‘pédé’, ‘tapette’, ‘à voile et à vapeur’, janette’ (à Bruxelles et en Flandres) sont suffisamment éloquents à cet égard, de même que les blagues qui continuent à circuler à leur sujet, les sourires en coin, les sous-entendus, etc.  Pour les hommes, rappelons-nous notre propre enfance et ces compagnons de classe qui n’étaient pas suffisamment virils à notre goût ou avaient l’air chochotteke comme on disait jadis à Bruxelles, de quelles moqueries ou blagues de mauvais goût n’étaient-ils pas victimes ?  Et quelles questions ne nous posions-nous pas dans la vie professionnelle si un de nos collègues masculins vivait seul sans relation ?

 

De récents sondages ont mis en exergue qu’en Flandre parmi la population non allochtone, 10 % des jeunes acceptent la violence contre les gays ; parmi la population allochtone ce chiffre monte à 25 %.t  50 % des turcs en Allemagne sont contre les gays, et ne parlons pas de la Russie…

 

Qu’on le veuille ou non, une partie de nos sociétés sera toujours homophobe car trop de personnalités en vue – et pas uniquement au sein des religions - disent qu’être gay est contre nature ou s’ils ne le disent pas ouvertement, leur frilosité politique à l’égard du mouvement gay indique une retenue qui ne devrait plus être de mise à notre époque.

 

Mais, dans le monde hétérosexuel, tous les hommes sont pour les femmes.  Pourquoi dès lors, quand ces mêmes femmes énervent, n’obéissent pas, n’aiment plus, veulent partir, quitter le ménage ou ne pas se soumettre aux diktats des hommes, doivent-elles être victimes de coups, d’insultes, de voies de fait ou de meurtres ?  Pourquoi les femmes sont-elles les victimes choisies quand un homme a envie de prendre du plaisir sexuel sans payer ?

 

N’y a-t-il au fond pas quelque chose de pourri dans notre éducation d’homme qui fait que nous considérions la femme comme un objet d’assouvissement de nos désirs (sexuels, mondains, de standing..), une chose, taillable, corvéable et couvrable à souhait, qu’elle le veuille ou non ?

 

Et quand une femme refuse ou qu’elle a décidé de quitter un homme, pourquoi parmi certains de ceux-ci, cette perte d’ ‘amour’ signifie-t-elle la perte d’une propriété.  Lhomme se est-il si faible qu’il ait besoin d’un gage visible de sa ‘force’ ?  Et tel Samson dans l’opéra connu, ayant perdu les attributs de sa virilité, faut-il punir celle qui nous dérobe de notre virilité ?  Car une femme qui quitte son mari ou désire recouvrer sa liberté, c’est humiliant pour l’homme qui la considère comme une possession matérielle.

 

Ce n’est pas le ‘sexisme’ qu’il faut combattre (voir de la pub de femmes jolies et peu vêtues ne me fera jamais penser à les ‘posséder’, il faut être ‘anormal’ pour passer à l’acte), ce sentiment macho, car le sexisme n’est qu’un symptôme d’un mal bien plus insidieux, le mal qui fait penser à l’homme, à l’immense majorité des hommes, que la femme est en réalité un tantinet inférieure à l’homme puisqu’au fond elle est plus douée pour les tâches ménagères, faire à manger, élever les enfants et s’occuper en priorité de tous ces trucs un rien embêtants, une redistribution des tâches qu’une société patriarcale a imposées au fil des milliers d’années, permettant ainsi à l’homme de s’intéresser aux vraies choses de la vie, telles le football, la télé, la rubrique sports dans le journal, les films violents.

 

Ne dit-on pas d’ailleurs par moquerie ‘qu‘une femme qui est occupée ne « pense » pas, n’est pas en mesure de faire des comparaisons’.

 

Après tout, une femme n’est pas le miroir de l’homme, elle est son faire-valoir jusqu’au jour où elle souhaite recouvrer son indépendance, du coup son Samson de mari ou compagnon ou ami recourt parfois aux coups, aux insultes, au déni de payement de pension alimentaire, au meurtre…