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28/10/2015

MEIN KAMPF - Qui a peur du grand méchant loup ?

J’avais déjà lu ‘Mein Kampf de Hitler il y a plus de 30 ans grâce au bibliothécaire – d’obédience un rien marxiste, mais ferré en ouvrages d’intérêt historique – de l’institution publique où travaillait à l’époque mon épouse.  Je n’avais alors pas pris de notes car si je m’intéressais déjà à l’histoire et à l’Holocauste, je n’avais pas encore écrit d’articles à ce sujet, cette vocation m’est venue plus tard.

 

Il y a trois ans, alors que mon épouse revenait seule en voiture de la Mer et qu’elle écoutait la radio, elle apprit – par la RTBF, les garants du politiquement correct – qu’il y avait eu un problème dans une librairie bruxelloise, le livre Mein Kampf ayant été exposé en public, ce qui avait déplu à une personne qui l’avait signalé. Aussitôt retiré de la vue du public mais à acquérir sur commande. J’ai aussitôt commandé ce livre, une réédition faite par ‘Les Nouvelles Éditions Latines’, un éditeur français, ayant republié l’original (du début des années 30), de cet ouvrage immortel, nauséabond comme le soulignent à juste titre certains critiques, un ouvrage qui est le fruit d’un esprit pervers, paranoïaque, remonté contre le bolchevisme, les Juifs, les Français et ceux qui ont imposé à l’Allemagne vaincue en novembre 18 des conditions inacceptables.

 

Je ne l’ai pas encore relu car je sais que quand je le ferai, je devrai prendre d’abondantes notes, il y a là-dedans des perles, même si elles sentent le soufre, sont nauséabondes et porteuses d’une haine rarement rencontrée dans un opus politico/social.

 

Jusqu’à présent les droits de reproduction et d’édition étaient détenus par le Land de Bavière qui n’a – à ce jour – pas encore décidé s’il allait permettre la republication de l’ouvrage. Pour le moment il est interdit de vente ou de diffusion en Allemagne en vertu d’une vieille loi interdisant les ouvrages ou objets d’apologie du nazisme, sauf pour les exemplaires en bibliothèques réservés aux historiens.

 

Hier, au Grand Journal de Canal Plus, Maïtena Biraban avait invité un politicien de l’extrême gauche, auteur d’une tribune contre la publication du livre, et un historien, français. 

 

Pourquoi ce débat ?

 

Parce que Fayard envisage la réédition de cet ouvrage, dans une nouvelle traduction, avec des mises en garde et explications d’historiens ajoutés.

 

Cela me fait rire.

 

Interdire la diffusion de Mein Kampf parce que dans cette période troublée que connaît actuellement la France (argument utilisé hier par le politicien, craignant mais sans le dire la venue de Marine Le Pen à la présidence), il ne faudrait pas donner des armes aux antisémites ? 

 

Parce que des gens qui liraient ce chef-d’œuvre immortel de la haine et de la petitesse d’un esprit retors, le fruit ‘littéraire’ {n’oublions pas que c’est le pote de Hitler, Rudolf Hess, qui a corrigé les innombrables fautes d’orthographe et de style de son mentor et en a ainsi considérablement amélioré la lecture} d’une personnalité anale et paranoïaque, revancharde et mesquine, y trouveraient des arguments pour justifier leur haine à l’égard des Juifs?

 

Il faut distinguer plusieurs formes d’antisémitisme dont les deux plus importantes actuellement : (1) il y a un antisémitisme viscéral de droite ou d’extrême droite qu’on retrouve dans certains pays de l’Europe de l’Est (Hongrie par exemple) ou dans les états baltes, dans certaines régions de l’Allemagne et surtout dans l’ex-DDR, des pays où durant la guerre eurent lieu certains des pires massacres avec, parfois, l’aide de la population locale; (2) il y a un antisémitisme contemporain répandu parmi les jeunes et certains intellectuels ou radicaux de la mouvance islamiste la plus extrême, alimenté par le conflit israélo-palestinien.  Pour ces derniers, le kafir {non-Musulman} est un ennemi mais dans la panoplie des ennemis, les Israéliens et Juifs l’emportent de loin, ce sont les cibles premières et privilégiées, avant même le Grand Satan que sont les États-Unis d’Amérique.  Et, n’oublions pas que les théories du complot qu’on a entendues après les attentats des tours du World Trade Center et le massacre à Charlie Hebdo, ont souvent pour cibles des Juifs ou Israéliens qui seraient les maîtres-comploteurs.

 

Il faut publier Mein Kampf sans tergiverser car au départ de cet écrit méphitique, pervers, paranoïaque, revanchard sans aucune valeur morale ou simplement humaniste, mais d’un intérêt historique indéniable, on peut, à l’aide d’extraits choisis, exemplifier et enseigner ce qu’est la haine et faire comprendre à des générations de jeunes qui n’ont pas connu cette époque et qui, au fond, s’en fichent, ce que Hitler a écrit, pensé, voulu; et, partant de cette haine viscérale de Hitler pour toute une série de populations, ‘races’, etc., on pourrait, par extrapolation, étendre – par simple analogie - la portée d’un tel discours haineux à ces franges de populations autochtones ou étrangères qui, actuellement, font l’objet d’attaques verbales parfois virulentes ou de voies de fait.

 

Et, il est faux de dire, comme l’a soutenu l’historien hier soir, que dans sa version actuelle accessible via le Net, dénuée de mise en garde et de commentaires critiques, les royalties iraient à la maison d’édition ‘proche de la droite’ qui l’a éditée.  Quand on utilise des fragments d’œuvre à des fins didactiques – ou comme ici dans un blog pour illustrer ou réfuter des arguments – et qu’on fait référence aux sources, il n’y a pas de droits d’auteur à payer, si cela est dans un cadre didactique ou de texte critique.

 

Et puis, ce livre n’a pas mené à la Seconde Guerre Mondiale.  Ce ne fut pas un succès de librairie, loin de ce qu’on a affirmé hier, ni ce type d livre dont tout le monde a parlé et qui fit le buzz en Allemagne. Quant à la guerre, seule la folie de Hitler, sa volonté de fer de mener son peuple à la gloire suprême et à la perte ultime s’il le fallait et si ce peuple n’était pas à la hauteur des ambitions {, ce que fit clairement comprendre Hitler à la fin lors de conversations avec des proches, et ici on retrouve un des thèmes chers au Führer, celui du ‘Crépuscule des Dieux’, la tétralogie de Wagner, dont il était fou}, ainsi que l’assentiment non seulement de ses comparses politiques mais de la Wehrmacht, des gros industriels allemands et de tout un peuple finalement enthousiasmé par ce petit caporal devenu grand, a conduit au conflit mondial.  De même que la cécité des dirigeants d’Europe de l’Ouest hormis Churchill, l’unique visionnaire dans cette mare de médiocres.

 

Prenons quelques exemples de ce qu’avait à dire Hitler au sujet de la race dans son fameux opus {sous-entendez les Juifs} :

 

L’Histoire établit avec une effroyable évidence que, lorsque l’Aryen a mélangé son sang avec celui de peuples inférieurs, le résultat de ce métissage a été la ruine du peuple civilisateur.’ (page 285, ouvrage cité ci-dessus);

 

Comme le Juif – pour des raisons qui ressortiront de ce qui suit – n’a jamais été en possession d’une civilisation qui lui fût propre, les bases de son travail intellectuel lui ont toujours été fournies par d’autres.  Son intellect s’est toujours développé à l’école du monde civilisé qui l’entourait.’ (page 301, source identique);

 

En fait, le Juif détruit les fondements de l’économie nationale par l’intermédiaire de la classe ouvrière, qui pourrait faire prospérer la nation.’ (page 323, source identique).

 

Etc., etc.  On voit dans ces brefs passages que la mixité des races est nocive {premier extrait: principe de la pureté de la race aryenne}, que le Juif est une sangsue, un parasite {deuxième extrait, thème récurrent chez Hitler}, que le Juif est un bolchevique qui sape les fondements économiques de la nation {troisième extrait}.

 

Pourtant, les historiens et les connaisseurs savent que certaines des déclarations les plus engagées, les plus racistes, les plus odieuses, ne sont pas toujours originaires de Mein Kampf mais de discours prononcés en public, exhortant un public gagné d’avance à rejoindre le Führer sur le plan de la surenchère populiste, de la haine du Juif et du Rouge, le conditionnant peu à peu à passer à l’étape suivante: l’extermination des ennemis du Reich, à commencer par les gauchistes, les bolcheviques, les Juifs et toutes les franges de populations slaves trop bêtes pour faire autre chose que des travaux manuels.  Mais, rappelons que les premiers massacres en Allemagne nazie le furent à l’encontre des Juifs en vertu du programme d’eugénisme intitulé T4.

 

Quelques exemples de telles diatribes qui auraient dû donner la nausée à ceux qui les écoutèrent, mais qui rallièrent leurs suffrages de robots:

 

Le but juif final, c’est la dénaturalisation, l’abâtardissement par le mélange racial des autres peuples, l’abaissement du niveau des races les plus supérieures, de même que la domination de cette purée de races par le biais de l’extermination des intelligences nationales et de leur remplacement par des ressortissants de son  propre peuple…

 

‘Le Juif ressortit à une race, mais n’est pas un être humain. Il ne peut pas être un être humain au sens de l’image de Dieu, de l’Éternel.  Le Juif est le portrait craché du Diable. La juiverie signifie une tuberculose de la race des peuples.

 

Et, finalement, cette phrase prophétique prononcée le 31 janvier 1939 en public donc, au Reichstag, devant un aréopage de membres du parti:

…si la juiverie financière internationale au sein et en dehors de l’Europe devait réussir à entraîner une nouvelle fois les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat n’en sera pas la bolchevisation de la Terre, et ainsi la victoire de la juiverie, mais la destruction de la race juive en Europe.

 

Mein Kampf ne constitue pas un danger, car alors on pourrait interdire l’Ancien Testament, le Coran et Das Kapital.  Le danger c’est le racisme qui se nourrit là où il le souhaite, avec ou sans livres, avec ou sans raison, avec ou sans gourous.  Un jeune Musulman de banlieue française radicalisé ou un chômeur ou punk de l’Est de l’Allemagne, un sympathisant des Waffen SS en Lettonie, déjà antisémite par conviction haineuse, n’auront pas à ouvrir les pages du livre de Hitler pour y trouver de quoi sustenter leur bêtise raciale et leur xénophobie, ils ont déjà le potentiel en eux.

 

Kacsynski en Pologne {le frère du défunt ex-président mort en Russie dans un accident d’avion alors qu’il se rendait aux cérémonies commémoratives des massacres de Katyn}, n’a pas eu besoin de lire Hitler pour déclarer que les réfugiés peuvent être porteurs de virus ou de maladies risquant de nuire à la santé des Polonais, il y est venu par un raccourci intellectuel (sic) semblable à l’idiome qu’utilisait Hitler.

 

Publions ce livre infâme et infâmant, nuisible, détestable, horrible, non seulement en vertu du principe de la liberté d’expression et d’opinions, afin que ceux qui ont conservé un reste de raison puissent juger sur la base des pièces historiques originales de cette forme d’aliénation, de folie des grandeurs, qui frappèrent Hitler et l’amenèrent à déclencher un conflit comme à nul autre pareil.

 

Et, pour moi, il ne faut pas de mise en garde ou d’exégèse, de glose ou de commentaires critiques.  Celui qui a l’intelligence de le lire comprendra facilement le message, ce n’est pas du Proust, c’est aussi clair que de la prose de rédacteurs d’articles dans des feuilles de chou.

 

Sachant au fond que ce livre n’aurait jamais à lui seul conduit à la Seconde guerre mondiale s’il n’y avait eu tout un peuple enthousiaste, toute une armée de robots endoctrinés et conditionnés, toute une smala de tueurs à gages, pour soutenir les desseins de ce tordu et fou que fut Hitler.

 

22/10/2011

Hitler fut-il un "illuminé" dépourvu d'idéologie ?

Dans Moustique 41, un article est consacré à Hitler avec une interview des réalisateurs du documentaire « Apocalypse : Hitler ».

J’y lis notamment ces phrases étonnantes d’Isabelle Clarke –l’une de réalisatrices du documentaire - : « Oui.  Nous démontrons qu’Hitler était un illuminé persuadé d’avoir entendu des voix l’invitant à restaurer à tout prix la grandeur de l’Allemagne. (…) Il n’a pas d’idéologie à proprement parler mais est entouré d’idéologues comme Joseph Goebbels, chef de la propagande, qui sont de vrais inspirateurs. » (cf. page 32).

J’ai tout le respect dû aux deux réalisateurs qui ont certainement consacré des centaines sinon des milliers d’heures à visionner et choisir des extraits de films et documents, mais, puisque je m’intéresse à la Deuxième guerre mondiale et, particulièrement, à la Shoah, pourquoi ne pas citer quelques déclarations d’Hitler qui indiquent, à mon sens et également selon des historiens consacrés qu’Hitler avait bien une idéologie propre – qu’il avait modulée bien avant la fin des années 30 dans « Mein Kampf ».  Il n’a d’ailleurs jamais eu besoin de sous-fifres du calibre de Goebbels, Himmler, Heydrich, Goering, pour lui indiquer quelle était la voie à suivre pour réaliser ses ambitions politiques :

(1)   « Le but juif final, c’est la dénaturalisation, l’abâtardissement par le mélange racial des autres peuples, l’abaissement du niveau des races les plus supérieures, de même que la domination par cette purée de race par le biais de l’extermination de l’intelligence populaire et de son remplacement par des membres de son propre peuple » (citation de « Mein Kampf » cité à la page 293 de « Hitler » par Joachim Fest).

(2)   « Le Juif ressortit à une race, mais n’est pas un être humain. Il ne peut pas être un être humain au sens de l’image de Dieu, de l’Éternel.  Le Juif est le portrait craché du Diable.  La   juiverie signifie une tuberculose de la race des peuples » (discours d’Hitler au Cirque Krone en mai 1923 – op. cité page 303 par Joachim Fest.)

(3)   « …si la juiverie financière internationale au sein et en dehors de l’Europe devait réussir à entraîner une nouvelle fois les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat n’en sera pas la bolchevisation de la Terre et, ainsi, la victoire de la juiverie, mais la destruction de la race juive en Europe » (célèbre discours d’Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939).

Il est faux de dire qu’Hitler n’avait aucune idéologie.  Tout avait déjà été écrit dans « Mein Kampf ».

Son idéologie de revanche, de vengeance et d’expansion de l’Allemagne, a été inspirée par le Traité de Versailles de 1919 et les conditions imposées à l’Allemagne, jugées injustes, son antisémitisme acquis lors de son séjour à Vienne dans des asiles pour démunis, ses échecs de carrière artistique et ses idées grandiloquentes de pureté de la race aryenne (peut-être en partie inspirée par les thèmes des opéras de Wagner, trouvant leurs racines dans les sagas nordiques et un romantisme guerrier et conquérant d’élite).

Il me paraît bien trop réducteur de réduire l’affreuse tragédie – ayant tout de même coûté au bas mot 50 millions de vies humaines – que fut la Deuxième guerre mondiale aux délires d’un « illuminé ayant entendu des voix ».

N’oublions jamais qu’Hitler fut élu au suffrage démocratique et installé à la tête de la Chancellerie par un processus électoral parfaitement démocratique. Il fut élu sur la base des idées qu’il avait défendues et qui étaient connues ainsi que grâce au soutien d’industriels allemands, ayant subodoré en Herr Hitler quelqu’un qui sortirait le pays de la crise financière dans laquelle l’Allemagne était plongée, quelqu’un qui leur profiterait à long terme.  Et, ainsi, ce n’est pas étonnant qu’on retrouva, tout au long de la guerre, ces grosses industries allemandes telles Siemens, Krupp, IG Farbenindustrie, etc., employant des esclaves logés dans des camps de concentration ou d’extermination (Sachsenhausen, Birkenau, Buchenwald) sans se soucier de leur bien-être ou de leurs conditions de vie…

Hitler a eu la chance (pour notre malheur à nous conquis) de pouvoir compter sur des personnalités intelligentes (Heydrich, Goebbels, Doenitz) ou sur des suppôts à l’âme de fonctionnaire qui exécutaient ses moindres souhaits sans l’ombre d’une hésitation morale ou religieuse (Himmler, Jodl, Eichmann, etc.).  Mais il ne faut nullement se leurrer ou se faire d’illusions, ces sous-fifres, aussi intelligents furent-ils (le nombre de personnalités intelligentes ou intellectuelles entourant Hitler fut, somme toute, assez limité), n’avaient nullement en eux l’étoffe, le « charisme », le culot, le génie machiavélique, que possédait Hitler.  Si Hitler avait été tué à Ypres en 1917, il n’y aurait pas eu de Deuxième guerre mondiale.  Ces Goebbels, Goering, Heydrich, Himmler, il leur manquait tout simplement l’étoffe diabolique nécessaire pour réaliser ces rêves insensés déjà pensés et couchés sur papier dans « Mein Kampf », ce pouvoir démoniaque d’orateur hors pair capable à lui seul de galvaniser les foules jusqu’au délire (pensons aux grands rassemblements populaires à Berlin, Vienne, etc…), cette volonté inébranlable d’oser ce que personne – quasi – avait osé avant lui, s’attaquer au monde entier y compris l’URSS.

Et, pour les non-spéalistes, l’idéologie d’Hitler était simple :

-          Pureté de la race : création du mythe de l’Übermensch aryen et des races inférieures à détruire (ausrotten en allemand, qui veut dire « exterminer ») ;

-          Drang nach Osten – l’expansion vers l’Est, nécessaire pour la survie économique de l’Allemagne ;

-          Effacer la honte de la défaite de 1918 (il suffit de voir qu’un des premiers actes d’Hitler vainqueur de la campagne de mai/juin 1940 fut d’aller se pavaner à Paris, l’armistice avec la France ayant été signé dans le wagon ayant servi à la signature de celui de novembre 1918…).

Et, Goebbels, Goering, ne furent que des valets qui, tout comme Heydrich, Himmler, Jodl, etc., avaient juré obéissance absolue au Führer afin de réaliser ses desseins machiavéliques, racistes et fous.

D’autre part, n’oublions pas, aussi, que le peuple allemand soutint Hitler jusqu’à la fin, cet esprit de « Kadavergehorsamkeit » (obéissance absolue de cadavre) fut en fait l’huile nécessaire pour que les rouages de destruction de peuples, de pays, de « races », de cultures, purent fonctionner jusqu’à la fin.

Je viens justement de regarder le documentaire « La Traque des Nazis » réalisé par les mêmes réalisateurs que ceux d’ « Apocalypse » et d’  « Apocalypse : Hitler ». Et j’ai également été frappé par cet aspect réducteur.   On y parle de Simon Wiesenthal (ancien détenu de camps et qui a échappé un certain nombre de fois à la mort) et, beaucoup de Serge et Beate Klarsfeld. J’ai beaucoup d’estime pour Serge Klarsfeld, que j’ai rencontré en juillet 2010 à Paris, dans le cadre d’un projet de parution en français de témoignages de survivants de l’Holocauste en Ukraine et en Lettonie (la Shoah par balles), mais il faut tout de même se rendre compte que Wiesenthal a œuvré des années 50 jusqu’à sa mort en 2005 et que son œuvre de traque des nazis est actuellement continuée par Efraim Zuroff qui s’est spécialisé dans la traque des collaborateurs des nazis aux niveaux inférieurs et, principalement, dans les anciens républiques des pays de l’Est (états baltes, Hongrie, Croatie, etc.), tandis que les Klarsfeld, eux, ont eu une action décisive pour faire traduire en justice des nazis coupables de crimes en France, ce qui est extraordinaire en soi.  Serge Klarsfeld, à mon sens, outre ses réussites de chasseur de nazis et de collaborateurs doit être distingué comme historien et documentaliste exceptionnel de l’Holocauste en France.  On lui doit des ouvrages détaillant les noms, prénoms, date de convoi et destin de tous les Juifs de France raflés ; il a participé, avec, l’historien belge Maxime Steinberg, à la rédaction du « Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique », ouvrage remarquable où j’ai retrouvé le nom du frère mort à Auschwitz d’une voisine juive d’une rue de Bruxelles où j’ai habité vers le milieu des années 50.  On lui doit le détail des noms de Juifs tués en France, gravés sur le mur du Mémorial de la Shoah à Paris (où figure celui de son père Arno). Cet aspect remarquable du travail en profondeur de Serge Klarsfeld n’a pas été mentionné dans le documentaire cité (‘La Traque des nazis’).

Je dis clairement, il est bien de faire des documentaires sur Hitler et sur cette période sombre de notre histoire humaine.  Il faut toutefois se méfier des amalgames réducteurs, des rapprochements simplistes (« il a entendu des voix »).

Qu’Hitler ait été fou au sens psychiatrique du terme, nul n’en doute.  Toutefois, sa campagne de France, son attaque simultanée de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la France, son emploi de la Blitzkrieg, la campagne de Russie jusqu’en septembre 1941 (avant qu’il ne prît la décision lourde de conséquences de ne plus foncer sur Moscou mais de prendre la ville en étau par le sud et le nord) ne furent pas des décisions d’un illuminé.  Elles furent le fait d’un homme d’une intelligence moyenne qui eut des trouvailles de stratégie militaires brillantes, osées, pour l’époque.  Heureusement, par la suite, sa folie croissante, sa paranoïa, son entêtement imbécile, firent en sorte que ces victoires, ces faits d’armes de pays conquérant devinrent des tombes pour ses armées, son peuple et l’honneur de l’Allemagne. 

Quant à  l’Holocauste, fut peut-être bien un délire à l’origine, qu’il mit sur papier et proclama à de nombreuses reprises et qu’il eut le culot de réaliser.  Cet Holocauste ne fut toutefois possible que grâce au concours enthousiaste d’une partie non négligeable de l’armée, de la SS et du peuple, allemands, ainsi que près de 300 000 collaborateurs dans les pays conquis. Gagnés à sa cause.  À son idéologie perverse.