Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

04/04/2014

Barbarie boche en 14-18 et cécité flamande nationaliste

Lorsqu’on examine – avec un certain détachement historique fondé sur des textes – le comportement des troupes allemandes lors de la Première guerre mondiale, on ne peut s’empêcher d’être frappé par les similitudes de manifestations de barbarie d’une armée qui se croyait – déjà à cette époque – au-dessus des règles gérant les conflits militaires.  Ce que firent les Boches entre 1914 et 1918 mais surtout lors des premiers mois de leur invasion de notre pays fut fait à une échelle certes modeste si on compare l’abomination des crimes de guerre et contre l’humanité commis par la Wehrmacht sous le commandement de Hitler, mais crimes il y eut bien et crimes de guerre certainement.

 

Quand on parle de guerres, on pense souvent aux conventions de La Haye et de Genève; peu de gens savent qu’il y eut déjà une convention datant du 18 octobre 1907 {de La Haye} ‘concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre et son annexe : règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre’.

 

Cette convention était pleinement d’application lorsque les troupes allemandes déferlèrent sur le territoire belge dès le 4 août 1914.  Gott ist mit uns’ était inscrit sur le ceinturon des soldats allemands, mais le message qu’ils emportèrent avec eux était tout sauf divin.

 

Voilà ce qu’écrivait le chef d’état-major allemand {chargé de la conquête de la Belgique} en date du 5 août 1914 déjà : «Notre progression en Belgique est incontestablement brutale, mais nous nous battons pour notre survie, et tous ceux qui se mettent en travers de notre chemin doivent en supporter les conséquences.»[1]

 

Alors que l’article 46 de la convention est censé protéger la vie des individus et des propriétés privées et que les articles 26 à 28 inclus interdisent la destruction de biens privés ou publics au cours d’opérations militaires, ne voilà-t-il pas que très tôt les occupants boches, sous le prétexte fallacieux de ‘francs-tireurs’ et la peur d’embusqués civils qui leur tireraient dans le dos, pratiquent massacres et destructions arbitraires.  Même s’il est maintenant établi, formellement, qu’il y eut dès le début de l’invasion des faits de résistance armée de citoyens outrés par la perfidie de ce peuple germain qui n’avait nullement respecté la neutralité du pays. «Les forces d’invasion et leur commandant réagirent avec une poigne d’acier, brûlant les maisons, rassemblant les habitants des villages – hommes, femmes, et parfois même les enfants – et exécutant nombre d’entre eux, 6 à Warsage, 50 à Seilles, presque 400 à Tamines et plus de 600 à Dinant.[2]

 

D’autres sources citent des chiffres supplémentaires : «Ainsi à Aarschot le 19 août (…)  Comme représailles, la ville fut mise à sac durant les heures suivantes et 183 civils exécutés (…) Namur…quand la ville tomba aux mains des Allemands…Durant deux jours on pilla, on mit le feu et on tua.  75 civils y laissèrent la vie (…)  À Andenne, le pillage dura 8 jours; le nombre de victimes civiles se monta à 400 personnes  (…)  Le pire se passa pourtant à Leuven.  Conquise le 19 août, cette ville fut, dans la nuit du 25 au 26 août et jusqu’au 29, partiellement détruite par le glaive et le feu.  218 civils y laissèrent la vie et pas moins de 1200 bâtiments – parmi lesquels la bibliothèque universitaire – furent détruits.»  L’auteur cite également le nombre de 2 millions de Belges qui fuirent devant l’avance allemande, des centaines de milliers d’entre eux se réfugiant en Hollande et en France.[3]

 

Quant à Termonde, voilà ce qu’en dit une autre source historique «Lors de la prise de Lebbeke, les Allemands font sortir les hommes des maisons pour les pousser devant eux en tant que boucliers humains, vers les avant-postes belges. Ils entrent ensuite dans la ville de Termonde.  Le 5 septembre commence la destruction systématique d’environ 1500 maisons (…) Les habitants de Lebbeke et de Termonde sont pris en otage et transférés en Allemagne.  Plusieurs d’entre eux périront, victime de toute cette violence.»[4]

 

Mais il eut encore d’autres mesures prises par les autorités d’occupation allemandes à l’encontre de la population, contraires aux dispositions de la convention de La Haye de 1907.  Voici, à titre d’exemples, quelques mesures prises par les Boches : «Le 15 mai 1916 le gouverneur-général von Bissing signa un arrêté par lequel les autorités militaires allemandes pouvaient mettre au travail les chômeurs.  Le 28 septembre 1916 le gouverneur-général décida que les ouvriers civils pouvaient être astreints à aller travailler en Allemagne ou sur le territoire du front.»  Si, à cause du refus de collaboration et la vague de protestations des communes, des autorités religieuses et des mandataires publics, ces mesures furent finalement retirées, dans le hinterland {Etappengebiet} derrière le front, on continua à obliger des travailleurs à œuvrer sur les lignes du front: 170 à Waregem, 240 à Zwevegem, 365 à Kuurne, 900 à Harelbeke, 1500 à Wevelgem, 1780 à Kortrijk et 2411 à Mouscron.  En plus, l’autorité d’occupation allemande imposa un ‘impôt de guerre’ aux villes et communes qui, en 1917, s’éleva à 720 millions, soit le double des impôts pour toute la Belgique de 1913.[5]

 

Il ne faut pas oublier aussi qu’il y eut des exécutions de soi-disant ‘espions’ «Le 4 décembre – 1914 – la première exécutions pour espionnage tut diffusée par l’intermédiaire d’affiches rouges.  De telles affiches se virent encore en 1915 et 1916, mais l’occupant commença à se rendre compte de  l’effet adverse atteint par de telles mesures, et il les remplaça par des communications de sanctions disciplinaires faites par des tribunaux allemands, particulièrement pour sabotage, tentatives de fuite ou refus de travailler.»[6]

 

N’oublions pas aussi qu’en avril 1915, les Boches furent les premiers à employer des gaz létaux, une arme formellement interdite par la convention de 1907 de La Haye.  N’oublions pas, mais on parle peu dans les livres historiques, que les occupants boches réquisitionnèrent des maisons et bâtiments publics et privés pour s’y loger, quelquefois sans compensation financière et que la confiscation de bétail et de cheptel était monnaie courante pour cette armée qui, à certains égards, faisait penser aux hordes de Huns de jadis.

 

Pas plus tard que dimanche dernier, un cousin me dit qu’à Hastière, un petit patelin entre Dinant et Givet en France, 17 personnes avaient été passées par les armes en 1914, dont deux enfants, l’un de 8 ans, l’autre de 10 ans.  La RTBF qui prépare une émission au sujet de telles exactions militaires a recensé au moins une centaine de villages où eurent lieu de tels massacres ‘insignifiants’ par rapport aux gros massacres connus, mais qui démontrent que ces soldats et ces autorités militaires allemands, n’avaient en fait aucun respect pour les lois de la guerre, aucune idée de ce qu’est un traitement juste et humain de civils dans un pays occupé, aucune idée au fond des droits de l’homme.

 

Quant aux nostalgiques de la grande ‘Verbrüderung’ (fraternisation) entre peuples germains – c’est-à-dire flamand et allemand –, ceux qui peut-être un peu trop rapidement pardonnèrent les crimes de guerre commis pas les Boches, oublient que nombre de leurs propres concitoyens flamands furent victimes de cette barbarie sans nom.  Ils n’ont pas en eux cette fibre du ‘devoir de mémoire’ comme l’ont les Juifs, les Arméniens, les Wallons, ils oublient et renient les victimes de leur propre peuple à des fins purement nationalistes.  Ils pardonnent certes aux Boches toutes les atrocités commises mais refusent le même pardon chrétien aux officiers belges qui parlaient uniquement en français aux soldats flamands.  Eux, si tolérants pour les uns, si intransigeants pour les autres, n’érigèrent-ils pas une tour à Dixmude censée proclamer ‘Plus de guerre/Nooit meer Oorlog/Nie wieder Krieg’, pourtant ils l’ornèrent d’un AVV/VVK – Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus, montrant par là toute l’étendue de leur étroitesse d’esprit nationaliste.

 

Un ami flamand me disait hier que 50 % de la population flamande était de cœur avec les Boches en 40.  Dans son propre village, il peut citer ceux qui affichèrent un tel amour du IIIe Reich.  Et, lui qui est flamand, m’a souvent affirmé que tous ces nationalistes flamands, leurs racines trempent dans la collaboration ou dans l’adoration du pangermanisme.

 

Mon grand-père maternel a combattu sur le front de l’Yser, il a tué des Boches, j’en suis fier et j’aurais aimé qu’il en tue encore plus.  Si Hitler avait été tué en Flandre, il n’y aurait pas eu de Seconde guerre mondiale et 50 millions de personnes, civils et militaires n’auraient pas péri entre septembre 1939 et août 1945.



[1]Cf. ’14-18 La Grande Guerre’, par Jay Winter & Blaine Baggett

[2]Dito

[3]‘14-18 Een oorlog in Vlaanderen’ van Luc Schekens

[4]‘365 Photos 1914-1918’ par Julus Serafien D’haene & André Gysel’, édition quadrilingue

[5]  Tous citations et chiffres de ce paragraphe extraits de ’14-18 Een Oorlog in Vlaanderen’, ouvrage cité

[6]Dito