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03/07/2012

Le caractère unique de l'Holocauste

Certains intellectuels ou historiens contestent le caractère unique de l’Holocauste.

 

Quelles sont les différentes théories à cet effet?

 

Certains maintiennent que ce que les Français perpétrèrent au Vietnam et en Algérie fut une forme de génocide équivalente à la Shoah.  D’autres arguent que les Allemands se conduisirent d’une façon bestiale (proche du génocide, donc de l’Holocauste) dans certaines de leurs anciennes colonies en Afrique orientale (Namibie, par exemple), ou les Italiens en Éthiopie (1936). D’autres encore, citant les génocides contre les Arméniens en Turquie (1915), les Cambodgiens (sous les Khmers Rouges après la conquête du pays par ces derniers, en 1975), les Tutsis au Rwanda (1994), seront de l’opinion qu’il n’y avait pas de différence essentielle entre ces formes de génocide et celui connu sous l’appellation d’‘Holocauste’ (Shoah).

 

Certains, aussi, argueraient que l’Holocauste peut être comparé à ce que les Blancs américains firent subir aux populations indiennes (natives) durant l’expansion vers le Far West, ou mettraient sur le même pied d’égalité que l’Holocauste le refus d’entrée dans la Forteresse Europe aux candidats immigrés originaires d’Afrique ou d’Asie ; ou, même que le fait de laisser des populations d’Afrique mourir de famine serait une nouvelle forme de processus similaire à la Shoah.

 

Il est vrai que, d’une manière superficielle, si vous regardez des photos de victimes de génocides, fussent-ils Juifs, Tutsis, Arméniens, Cambodgiens, le résultat paraît tristement similaire pour toute personne ayant conservé un degré d’empathie à l’égard des victimes de ces tueries collectives.

 

Cependant, pour comparer de façon légitime, il faut surtout et avant tout examiner les concepts conceptuels, les méthodes organisationnelles d’extermination et le contexte sociopolitique général, à la base des génocides

 

Et, si vous prenez ces facteurs spécifiques en considération, il n’y a absolument aucun doute que la destruction en masse des Juifs d’Europe, perpétrée par les nazis entre 1939 et 1945 ait un caractère unique avéré.

 

Après que la décision politique d’exterminer tous les Juifs d’Europe eut été prise au plus haut niveau nazi, l’Allemagne imagina un système industriel d’extermination des Juifs.  Et, pour atteindre ce but, des branches spécifiques de l’administration SS (l’Abteilung B 4 – Gestapo -  d’Eichmann supervisant les camps de la mort, la SD gérant les Einsatzgruppen) planifièrent l’intégralité du processus des exterminations à venir.  Ils construisirent ou rénovèrent des endroits appropriés à cet effet (souvent avec l’aide de détenus juifs) et levèrent les troupes appropriées pour l’exécution des ces tueries.  Les nazis créèrent des usines de mises à mort de deux types spécifiques: (1) les infâmes chambres à gaz (Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Majdanek, Chelmno, Sobibor, Belzec), et (2) les ‘killing fields’, des zones naturelles souvent en plein air, comme par exemple lors des massacres en masse à Rumbula (1941, près de Riga, Lettonie), Baby Yar (1941, près de Kiev, URSS), à Panerių près de Vilnius et au IXe Fort à Kaunas (1941-1944, Lituanie).  Ce processus d’industrialisation à outrance  permit une plus grande capacité de tueries, un turnover plus rapide, permit à l’Allemagne, grâce à une organisation parfaitement huilée et efficiente (les Allemands avaient toujours eu le don et la réputation de produire des produits de qualité !) de s’attaquer à l’immense problème d’annihiler des millions de personnes jugées inférieures à la race germanique aryenne.  Ces massacres en masse n’eurent rien à voir avec les tueries manquant parfois de rigueur, parfois anarchiques, telles qu’on les vit au Cambodge, en Turquie ou au Rwanda, parce qu’elles avaient été bien pensées à l’avance et furent exécutées conformément à des décrets, des directives et des ordres, d’une manière ordonnée comme il sied aux personnalités anales qui imaginèrent ces plans odieux.  Et cela fut rendu possible, également, car sous les nazis, les Juifs avaient été dépossédés de leurs droits, de leurs biens, et avaient été parqués dans des endroits clos (ghettos), dans l’attente de leur sort ultime qui était la Solution Finale.

 

Dans l’intervalle, toutefois, et c’est là le deuxième aspect du caractère unique de la Shoah, les Allemands avaient décidé qu’avant leur mort, les Juifs – ceux qui du moins avaient échappé aux massacres - deviendraient des esclaves, travaillant dans des ateliers ou des usines, partant en corvées réparer des routes, allant couper des arbres, triant des vêtements ou portant des morceaux de rochers, dans des conditions défiant la raison, jusqu’à ce que mort s’ensuive, d’épuisement, de faim, ou ‘à travers la cheminée’ (comme les détenus des camps de la mort appelaient la mort dans la chambre à gaz puis le passage du corps au four crématoire).  Ceci fut la version allemande de la théorie darwinienne du ‘survival of the fittest’ (la survie des plus forts).

 

Et, le 3e aspect prouvant au-delà de tout doute possible que l’Holocauste fut un phénomène unique, c’est que même quand les massacres en masse par balles (appelée la ‘Shoah par balles’) étaient exécutés par les troupes spéciales de la SD (Einsatzgruppen/Ordnungspolizei) dans des endroits naturels en plein air, dans les états baltes, en  Ukraine, Biélorussie, Russie, là aussi on assista à un processus où rien n’était laissé au hasard.  Les troupes de tueurs en série professionnels avaient ainsi des objectifs de destruction nettement définis, des zones d’action à ‘purifier’, et, après chaque Action, des listes et des rapports étaient rédigés et adressés aux autorités en charge, comme il convient dans une administration parfaitement efficiente.  Et, aussi, pour les détenus survivants des camps de la mort, les esclaves,  ils furent ‘marqués, devenant de simples numéros.  Et ici, également, des listes étaient tenues d’une manière ordonnée.

 

Eichmann (en charge de la Gestapo SS), le prototype du criminel nazi, n’a jamais touché de Juif de sa vie.  C’était un SS croyant d’une manière aveugle à ce que le Führer avait ordonné, un simple rouage dans une vaste bureaucratie SS, qui s’appliqua d’une façon minutieuse à rendre possible la réalisation du grand dessein machiavélique que ses supérieurs hiérarchiques avaient conçu.  Dans d’autres circonstances, il aurait pu être le responsable à l’échelon le plus élevé de production de boulons, de fauteuils ou de roulements à billes.  Qu’il eût eu à organiser l’arrestation, la déportation et le processus de mise à mort de millions de Juifs, ne fut pour lui qu’une tâche administrative.  Une mission à remplir.  Et la remplir, il le fit avec le zèle et au mieux de ses capacités, celles d’un bureaucrate qui souhaite être bien noté et ne pas faire de vagues.

 

C’était un homme ordinaire, un simple rouage et puis, finalement, et comme il le répéta d’une manière pédante au cours de son procès à Jérusalem, il n’avait fait qu’exécuter les ordres de ses supérieurs.  Et, entre parenthèses, en tant que manager d’un des empires du mal les plus monstrueux jamais imaginés, il parut n’avoir jamais pensé à la différence qui pût exister entre produire des roulement à billes et faire exterminer des Juifs…

 

Et, ce détachement presque schizophrénique entre la réalité sanglante des massacres en masse, dont Eichmann fit preuve tout au cours de la guerre et durant son procès ultérieur à Jérusalem, devrait constituer une leçon pour n’importe quels projets académiques ou pseudo-historiques qui tendent à mettre sur le même pied d’égalité les victimes de n’importe quels massacres en masse ou la mort de couches entières de population, pour raison de famine ou de négligence, sans, à tout le moins, tenter d’aller au cœur même des décisions, des processus de mises à mort et des méthodes spécifiques ayant conduit à ces infortunées morts…