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20/05/2012

Expressions, citations, proverbes, calqués sur la vie politique actuelle

Vlaanderen waar de Vlamingen zich thuis voelen

Au plus fort de la lutte pour l’émancipation linguistique, on pouvait lire cette phrase sur des panneaux à l’entrée de certaines communes, le plus souvent situées à la périphérie de Bruxelles ou dans ces communes du Brabant flamand jouxtant cette francophonie si haïe.

 

Si on examine cette expression à la lumière (attention, lumière est ici à interpréter dans le sens de retour aux ténèbres…) de l’ère présente, on voit que ce discours ethnocentriste, égoïste, a été repris, notamment par Bart De Wever, et Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en France.  Que prônent ces gens que d’aucuns disent bien-pensants ?  Le repli sur soi, l’intégrité raciale, linguistique, religieuse, de la population, des frontières fermées à l’afflux d’immigrés, la défense des vraies valeurs nationales.  Valeurs souvent aux antipodes de la nécessaire tolérance dans une société hybride, du cosmopolitisme qu’un monde moderne nous impose sous peine de périr, des principes d’égalité, de fraternité et de nécessaire solidarité sociétaire.

 

 

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours (avant de l’avoir tué)

La Flandre se voit déjà indépendante.  Riche, repliée sur soi.  Fière, arrogante, proclamant haut et fort les droits sacrés du sol et de la langue.

 

Ce que ces politiciens de maigre envergure oublient – car ils ont le nez pointé sur le court terme – c’est que la Flandre dans quarante/cinquante ans, ne sera pas tellement différente de ce que la Wallonie a connu quand son déclin économique a sonné dès la fin des années soixante.  Parce qu’une industrialisation à outrance, avec son lot de pollutions atmosphérique, des voies d’eaux naturelles et des nappes aquifères, la pollution due au lisier de l’élevage de porcins (et le défaut de mesures adéquates pour contrecarrer ce fléau), feront en sorte que leur population sera de plus en plus touchée par des maladies liées à ce manque de prévoyance politique, entraînant son inévitable lot de maladies chroniques, d’invalides, de personnes handicapées.  Les signes avant-coureurs ne trompent pas : élévation du nombre de naissances avant terme (avec ce que cela implique de risques de handicap physique ou mental irréversible), montée effroyable chez les jeunes de maladies d’allergie ou d’asthme, surcharge pondérale chez les jeunes dès l’âge tendre (< de 8 ans), pics de pollution à répétition dès qu’il y a un anticyclone durable avec peu de vent, particules fines dont les effets à long terme ne sont pas encore connus mais qui sont liés à des pollutions industrielle et de parc automobile, effets encore inconnus des lignes à haute tension et des émissions dues à des antennes GSM, effets à long terme de pollution industrielle (Anvers, Gand…), effets à long termes de laprise d’hormones de synthèse chez les femmes…

 

Les politiciens flamands tablent sur la prospérité actuelle pour vouloir leur indépendance. 

 

Quand ils l’auront (parce qu’ils la décrocheront tôt ou tard grâce à la pusillanimité habituelle de nombre de politiciens wallons et francophones), ils en payeront le prix fort, à l’instar de ce subit actuellement la Wallonie…mais il n’y aura plus de solidarité wallonne…

 

HAINE

En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur (Mahatma Gandhi – Tous les hommes sont frères)

Vivons donc heureusement, sans haïr ceux qui nous haïssent.  Parmi ceux qui nous haïssent, passons dépourvus de haine (Bouddha – Dhammapada)

Tout cela, n’en déplaise aux puristes, c’était bon pour le passé. Pour Gandhi, notamment, que je respecte car son discours de paix et de fraternité est immortel.  Mais, si Gandhi avait eu comme ennemi politique les nazis ou les gens du NKVD (à l’époque des purges et terreur staliniennes dans les années 30, 40), il se serait retrouvé bien vite incarcéré et transformé en cendres chez les Boches ou en bloc de glace chez les Soviétiques.

 

Prenons le cas actuel de l’intégrisme islamique, y répondre par des discours sur la paix universelle, l’indispensable fraternité entre races humaines, ne mènerait qu’à plus d’attentats, de bombes de kamikazes ou d’actes de folie ciblée.  Ces gens sont insensibles à la raison, ils ne pensent qu’en termes de bourrage de crâne.  De Gandhi, ils n’auraient fait qu’une victime de plus de leur folie organisée.

 

Lorsqu’on voit certains types de discours poujadistes, populistes, prônés par certains politiciens certes populaires mais dépourvus de tout sens de l’État, que faut-il en penser ?  Bart De Wever hait les Wallons et les francophones qu’il considère comme des fainéants, des profiteurs, des assistés, Marine le Pen pense la même chose mais à l’égard de toute personne vivant en France et qui n’a pas la couleur locale (comme disait un tube de musique africaine, dans les années 80).

 

Doit-on y répondre – en tant que démocrates cosmopolites – par l’indifférence, la non-haine ? 

 

Pas du tout, il faut haïr ces gens-là et transformer notre haine intellectuelle à leur égard en armes intellectuelles.  Les combattre non pas par la pusillanimité et les bonnes manières.  Dire haut et clair dans quelle mesure leur message politique est fasciste et rappeler les précédents, Hitler mais aussi Franco, Salazar, les colonels en Grèce, les régimes fascistes en Argentine, en Uruguay, au Chili, des régimes qui prônaient l’intolérance, le repli sur soi, le refus du pluralisme politique, l’anti-cosmopolitisme, l’ethnocentrisme.  Parler de valeurs nationales, de Nation, c’est ce que faisait Hitler jadis (ein Reich, ein Volk, ein Führer).

 

HUMILITÉ

Attache plus de prix à être un humble vertueux qu’un riche orgueilleux (Cervantes – Don Quichotte)

Une citation faite sur mesure pour les Flamands de maintenant qui adorent arborer leur richesse : villas, deux ou trois voitures par famille, teint hâlé grâce aux nombreuses vacances (sports d’hiver, grandes vacances, trips), quincaillerie portée à la vue de tout le monde (y compris des petites frappes qui n’en demandent pas plus).  Leur richesse individuelle et régionale a déteint sur leurs modes de penser.  Imprégnés de cette richesse fraîchement acquise (il y a deux générations, c’étaient encore des boerkes), ils ont développé une arrogance politique telle qu’ils se croient tout permis.  Et comme les frères déshérités au sud du sillon Sambre-Meuse vivent dans le besoin de transferts en provenance de ce nouvel Eldorado flandrien, les politiciens flamands se sont sentis pousser des ailes de conquérants.  Ils se prennent maintenant pour de nouveaux conquistadors et la première chose à conquérir ce serait leur liberté loin de cette devise nationale (l’Union fait la Force) tant haïe par eux.  Mais, me dis-je, plus haut est le vol, plus dure sera la chute…

 

UNITÉ

Tous pour un, un pour tous (A. Dumas – Les Trois mousquetaires)

Certains pourraient croire que les Flamands sont unis.  Oui, de manière superficielle, car bon nombre d’entre eux vote pour des mouvements d’émancipation nationale (près de 50 % si on additionne les votes pour la N-VA, le VB et LDD).  Rien ne serait plus fallacieux de le croire.  Il suffit de lire leur presse, de connaître leurs mentalités, pour savoir que les Anversois se croient les seuls véritables représentants – l’élite de la Nation flamande - d’une Flandre prospère, économiquement et intellectuellement.  Tous en Flandre  s’accordent pour dire que les Limbourgeois et les West-Flandriens sont les parents pauvres – mentalement – d’une Flandre arrogante et fière de sa richesse.  Combien n’y a-t-il pas de blagues flamandes faites sur les dos des Limbourgeois et des West-Flandriens dont on se gausse allègrement, de leur comportement arriéré, de leur accent de ‘paysans’, de leur manque de grâce sociale dans une Flandre qui joue avec les plus grands du monde…

 

Un jour un collègue flamand m’a dit qu’il y avait bien plus de transferts de la Flandre vers le Limbourg que vers la Wallonie.  Et quant aux boerkes west-flandriens, moi qui les fréquente et connais leur mentalité, j’ai remarqué qu’il y a bien moins de flamingants à la Côte (flamande ou belge, c’est kif-kif) que chez ces gens habitant du côté de Hal, Dilbeek ou Rhode.

 

Et, quand on parle d’unité flamande, on sait bien que les Flamands défendent les intérêts des Flamands de Bruxelles, bec et ongles alors bien qu’ils détestent Bruxelles et feront tout pour ne jamais permettre à Bruxelles d’assumer son statut de capitale européenne peuplée d’une majorité écrasante de non-Flamands !

 

La place de l’homme dans la vie est marquée non par ce qu’il sait, mais par ce qu’il veut et ce qu’il peut (G. Le Bon – hier et demain)

Nous vivons dans l’ère du savoir.  Jamais auparavant dans l’existence terrestre, autant de savoir (de connaissances) n’a-t-il été disponible aussi facilement et rapidement – à portée de quelques clics de souris.  Jamais pourtant, n’a-t-on eu si peu de personnes cultivées.  Et, c’est vrai, nous n’en sommes – hélas – plus à l’ère du savoir, ce qui compte maintenant c’est l’action, c’est le pouvoir, c’est la capacité de réaliser.

 

Bart De Wever est un homme cultivé, je le sais car j’ai un jour vu une émission à la VRT, tard le soir, où, en compagnie de Van Rompuy, il a montré qu’il était aussi un véritable animal cultivé, sans ironie ni critique.  Un véritable intellectuel.  Or, ce qui porte, ce qui est porteur de suffrages électoraux, ce n’est pas du tout sa culture, ce sont des slogans simples, faciles à retenir, souvent faux sur le fond, populistes, poujadistes, un brin fascistes (suprématie d’une nation sur les autres, nécessité d’avoir un ennemi extérieur commun, défense des vraies valeurs nationales, recherche d’une valeur-nation, etc.).  Marine et Nicolas en France, n’étaient pas du tout des gens cultivés, et si on peut leur accoler le terme de ‘culture’ sur l’uniforme de politicien qu’ils ont endossé, ce serait celui de ‘monsieur tout le monde’ qui sait beaucoup de choses comme n’importe quel pilier de bistrot populaire  pour ne finalement savoir rien du tout dans aucun domaine relevant de la vraie culture, de l’histoire.

 

                                                                       *

 

Je me suis largement inspiré du « Dictionnaire des Citations du Monde entier » de Karl Petit, Collection Marabout.

 

Karl Petit que j’ai eu le privilège de côtoyer, un grand homme, connaisseur de l’Orient, de son art, un être cultivé comme on n’en rencontre plus.  S’il a « voulu », s’il a « fait », ce le fut sur le plan de la culture, du savoir, non de l’action.

 

Qui se souvient de lui, ou de Joseph Devondel, autre admirateur et connaisseur de l’Orient et, surtout sensei en yoga et tai chi chuan que j’eus également le privilège de côtoyer.

 

Le devant de la scène actuelle, les feux de l’actualité, sont braqués sur les faiseurs, les beaux parleurs, ceux qui réalisent des choses.

 

Pour ceux qui, comme moi, pensent, savent, nous vivons en coulisse ou de manière souterraine.  Far from the madding crowd…

 

Dans cinquante ans, il n’y aura plus de culture, plus que des clics de souris, sans compréhension véritable, sans ajouts d’interprétation, de raisonnements, personnels. 

 

D’ailleurs, quand on voit avec quel succès des épouvantails aussi creux que De Wever, Sarkozy, Le Pen, attirent les suffrages par des discours empreints de simplismes, on peut déjà pressentir quel sera le sort – intellectuel, historique – de notre monde s’il continue dans la même lignée de nivellement par le bas…

05/01/2012

On ne joue pas de théâtre sur un cimetière

« On ne joue pas de théâtre sur un cimetière »

 

Voilà la phrase qui était placardée sur des affiches dan le ghetto de Vilnius (Lituanie)

 

Alors que les habitants juifs de Vilnius et des bourgades environnantes avaient été regroupés dans un ghetto et que les premiers massacres avaient déjà eu lieu, alors que les Juifs devaient « produire » et travailler au sein d’Arbeitskommandos, la vie culturelle s’organisait.  On avait créé des écoles, des orphelinats, des clubs de jeunes, puis on créa un théâtre qui, lui, fit l’objet de critiques.

 

Quand je lisais des ‘journaux’ tenus par des Juifs ayant connu les affres du ghetto de Varsovie ou que je lisais des récits historiques ou de survivants à ce sujet, j’ai toujours été frappé par l’effervescence de l’activité culturelle que les Juifs prisonniers de ghettos y déployaient.

 

C’était un peu comme s’ils n’avaient pas pu vivre sans culture.

 

On sait que dans les stalags et oflags, on organisait aussi et de manière très régulière, des soirées culturelles.  On sait que certains prisonniers dont l’expertise dans certains domaines était reconnue ou avérée, donnaient des cours aux autres prisonniers de guerre.  Dans cet univers carcéral – certes moins effrayant que celui des ghettos ou de Birkenau puisque l’objectif n’y était pas l’extermination -, il y avait donc, d’une part des hommes soucieux d’inculquer ce qu’ils savaient et, d’autre part, d’autres hommes soucieux d’apprendre.

 

Soljenitsyne écrivit une bonne partie des récits de zeks qu’il entendit du temps de son incarcération dans l’engrenage du goulag dans sa tête. Evguenia Guinsbourg (ayant décrit l’univers impitoyable de la Kolyma) fit de même car les zeks étaient astreints à des fouilles régulières. D’autres détenus des geôles soviétiques composèrent des œuvres poétiques, voire littéraires, dans leur tête.

 

J’ai un jour lu en anglais le récit d’un Américain qui a fait du goulag.  Durant des semaines, il a subi des tortures psychologiques et physiques.  Par exemple, durant des semaines, on lui interdit de dormir.  Ingénieux, notre gars mit en place un système astucieux qui lui permit de dormir des microsecondes, voire microminutes.  Et, par ailleurs, pour se tenir en forme, il tenta – avec succès – de se rappeler ses cours d’université.

 

Cela laisse rêveur…

 

Ce courage, cette foi en la postérité, ces faits de mémoire assez prodigieux, ce besoin qu’ont certains êtres d’exception de se tenir en formes physique et mentale.  Cette volonté de demeurer un animal cultivé alors qu’autour de soi l’univers est constitué de bêtes qui en sont réduites à leurs plus bas instincts, tout cela c’est admirable.  Ou, dans les ghettos, alors que la mort menaçait à tout moment, ces gens trouvaient encore l’énergie spirituelle suffisante pour produire de la culture ou en recueillir les fruits.

 

Et, mon rêve s’arrête brusquement lorsque je pense à notre époque actuelle.  Si Goebbels vivait encore, il ne devrait plus tirer son revolver de son étui pour combattre cette culture qu’il vilipendait.

 

Aucun besoin, la culture a fichu le camp, toute seule.

 

Il suffit pour s’en convaincre de lire ce que bloggeurs et apprentis-politologues écrivent sur les différents forums que nous distille internet.  Outre l’orthographe dont il vaut mieux ne pas parler, souvent, on ne lit que des platitudes d’un niveau dont on doute qu’il puisse être au minimum celui de quelqu’un qui aurait terminé ses humanités avec fruit.  Arguments de piliers de bistrots, insultes gratuites et en tous genres, revendications sans pour autant qu’il y ait chez une majorité d’internautes donneurs d’avis la moindre substance politique, historique, sociale ou culturelle à la base pour étayer ce qu’ils affirment péremptoirement.

 

Mais, quand on examine ce que nous offre le média le plus utilisé par l’homme de notre temps – la télévision – et quelles sont les émissions les plus regardées, on peut à vrai dire se poser la question : pourquoi les cinquante/soixante années qui séparent de nous ces prisonniers de ghettos ou de goulag épris de culture au point d’y consacrer leurs maigres forces, ont-elles tant changé les mentalités ?

 

Ou, pour conserver le désir de se cultiver envers et contre tout, faut-il des circonstances particulières ?  Et, quand on cherche à se cultiver au sein de ce désert d’acculture généralisé, est-on nécessairement un Martien, un anormal ?

 

Depuis les années soixante, notre monde moderne n’a eu de cesse de prôner la civilisation des loisirs.  Je suis le premier à y croire et depuis des décennies.  Puisque déjà, du temps de mon activité professionnelle, je me cultivais passivement (lecture, musique, opéra, concerts, visites de musées ou de villes culturellement intéressantes) et, aussi, j’écrivais et je faisais de la musique en musicien amateur.  Depuis que je suis pensionné, j’ai accru ces types d’activité.  Je connais d’autres personnes qui, arrivées à l’âge de la retraite, ont conservé une activité considérable sur le plan culturel.

 

Peu, c’est vrai.

 

Néanmoins, il ne faut pas se leurrer.  Lorsqu’on voit que Pirette est l’un des comiques préférés des Belges ; lorsqu’on voit certaines images de bêtisiers que l’on passe comme des musts télévisés ou qu’on voit le succès d’une émission comme ‘the Voice Belgique’, lorsqu’on voit les taux d’audiences de séries d’un misérabilisme culturel crasse, on peut se poser des questions sur le niveau culturel moyen de nos concitoyens.  Arte qui était un outil culturel tombe dans le tohu-bohu du nivellement par le bas.  Il y tant d’anciens films à haute teneur culturelle (je pense aux Cassavetes, Bergman, Buñuel, le père Penn etc.), il y a tant de documentaires culturels, sociaux, historiques, il y a tant de versions filmées d’opéras ou de concerts de jazz, de concerts de grands chefs ou de solistes d’exception de musique classique (pensons à Rubinstein, Heifetz, Oïstrakh, du Pré, etc…).  On pourrait, idéalement, remplir des programmes de chaînes grand public durant des mois de films, documentaires, retransmissions de concerts ou d’opéras, sans jamais lasser un public averti.  Et, surtout, en ne passant pas que cela puisqu’il faut du divertissement (entertainment).

 

Public averti ?

 

Y a-t-il en l’être humain contemporain un gène régressif pour la culture ?

 

Ce qui, en d’autres mots, voudrait dire que nous naîtrions nanti d’un solide bagage génétique à vocation culturelle et que, grandissant dans un monde aculturé (alpha privatif) à outrance, les jeunes de maintenant en viendraient avant tout à privilégier le clinquant, le kitsch, le bling-bling, le superficiel, le fun, le divertissement populaire plutôt que la culture.  Parce que – et j’en sais quelque chose – s’astreindre à la culture, c’est y consacrer des heures et des heures qui se comptent par milliers, d’écoute attentive, de vision intéressée, de lecture captivante, di visites de musées et/ou de monuments.  L’esprit sans cesse en éveil, sans cesse à la découverte du neuf, de l’inédit.  Sans tenir compte des modes, des suggestions de magazines spécialisés ou de cotations.

 

Récemment, je disais à une amie de mon épouse que j’étais capable de reconnaître des musiciens de jazz qui ont marqué l’histoire de cette forme d’art de leur passage (Charlie Parker, John Coltrane, Eric Dolphy, Coleman Hawkins, Art Tatum, Sidney Bechet, Johnnie Dodds, Oscar Peterson et Keith Jarrett, Petrucciani en piano solo) ; je puis aussi reconnaître certaines œuvres classiques ou extraits d’opéras dès les toutes premières mesures.  Il ne s’agit pas là de quelque chose d’exceptionnel de ma part ; cela résulte du fruit de milliers d’heures d’écoute de musiques en tous genres, d’accoutumance musicale et de culture.  Car, la musique pour moi – hormis le fait que je sois musicien amateur sans pour autant avoir l’oreille absolue -, ce n’est pas un hobby ou une occupation.  C’est une passion dévorante, multiforme et essentielle pour ma survie mentale.

 

Lorsqu’on voit qu’un public de téléspectateurs a pu s’engouer pour la Star Ac’ ou maintenant pour ‘The Voice’, (remisant ces émissions dans le domaine ‘culturel’), sans disposer des bases musicales nécessaires à une correcte évaluation des ‘performances’ ou à la jouissance de morceaux bien chantés, simplement parce qu’il s’agit ici d’une forme de voyeurisme, de culture de bistrot, d’appât superficiel, de show.

 

Et puis, plus on se cultive, plus on apprend, mieux on est capable d’évaluer ce qu’on nous passe comme produits culturels.  Dans ma jeunesse, alors que mon oreille musicale était aux antipodes d’une perfection, je n’aimais pas Elvis Presley.  Pas du tout.  Rien de lui.  Après avoir fait évoluer mon oreille surtout grâce à la Callas et à la fréquentation du monde de l’opéra (de Tchaïkovski à Alban Berg en passant par Wagner…), je me suis dit qu’Elvis chantait juste, qu’il avait une belle voix de baryton et une tessiture assez étendue.  Et moi qui aimais les Beatles lorsque j’étais adolescent, je ne peux pratiquement plus les écouter, à cause de leur manque de justesse surtout.

 

En littérature, c’est la même chose.  Certains auteurs sont adulés (Nothomb, Modiano, etc.).  Je les ai lus et je dois dire honnêtement que tant pour la Nothomb que pour le Modiano, s’ils écrivent bien, je considère que leurs œuvres manquent de pertinence culturelle durable.  Quatre mois après avoir terminé la dernière page, on ne se souvient même pas de ce à quoi cela avait eu trait.  Tandis que ‘Ulysse’ de James Joyce que je lus pour la première fois en anglais au début des années 70, ou ‘Orange Mécanique’ de Burgess, lu à la même époque, me sont restés en tête tels des balles incrustées dans ma mémoire éternelle.  Je connais Joyce Carol Oates depuis la fin des années 60 et quand je lis une nouvelle œuvre de cet écrivain qui aurait déjà mérité le Nobel depuis belle lurette, je suis à chaque fois ébahi de son talent, de sa prodigieuse capacité de production dans des genres et styles différents.  Je lis en ce moment ‘’What I lived for’ (Ce pourquoi j’ai vécu) où cette remarquable femme crée un personnage d’homme, de politicien américain d’origine irlandaise, un fornicateur impénitent, blasphémateur, buveur, prompt à s’exciter, un mec qui est sur une pente de dérapage psychologique dangereuse, un portrait vraiment d’une réussite humaine étourdissante, et je crois que ce roman me restera en tête comme un phare indestructible.  J’éprouve la même admiration émerveillée lorsque je lis ce que Philip Roth continue à produire en termes d’excellents romans.

 

Mais voilà, la publicité, le bling-bling, l’attrait de la superficialité des choses, font en sorte que les téléspectateurs actuels, les lecteurs actuels, les ‘mélomanes’ actuels, se rueront plutôt sur ce dont on parle plutôt que sur les véritables objets culturels.  C’est pourquoi aussi, l’offre vraiment culturelle à la télévision est à la baisse.  On ne rend pas les gens idiots, on répond à un besoin d’idiotie.

 

Savez-vous qu’en Flandres on vend énormément de livres ?  Dont la majorité est constituée de livres de cuisine !  Et, par ricochet, on en assimile presque la cuisine à de la culture puisque maintenant en lieu et place d’émissions culturelles, la nouvelle vague veut qu’on assiste à ces scènes de ‘chefs’ préparant leurs mets que des personnes triées sur le volet dégusteront.  Quelle est la valeur culturelle de tels programmes ?  Regardez la liste des films les plus populaires aux States : rien que des films d’aventures dans le futur, ou des films d’action que des neurones paresseux peuvent suivre sans aucune difficulté.  Regardez la liste des émissions francophones les plus suivies en Belgique ?

 

À se flinguer !

 

Avant, dans les ghettos, au goulag, dans les stalags et oflags, on se cultivait.

 

Actuellement, on remise la culture dans des ghettos culturels pour une élite en voie de disparition.

 

Et, quand on a le malheur d’être cultivé et de vouloir continuer à le faire, envers et contre tous, on a l’impression d’être des rejetés, des handicapés mentaux…

 

Pauvres hommes !

12:22 Publié dans Belgique, Culture, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture