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24/06/2017

NE PAS VOULOIR VOIR

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Certaines personnes n’aiment pas regarder ce genre de photos, prétextant d’une certaine sensibilité ou répugnance à voir des choses horribles. Pourtant, il s’agit là pour ces deux exemples de photos à l’intérêt historique, prises en automne 1941, montrant les victimes juives quelques instants avant leur mort par balles par des Einsatzgruppen, certaines de ces unités mobiles de tueries nazies ayant été assistées par des collaborateurs locaux, lettons, lituaniens, ukrainiens, biélorusses, etc.

J’ai trouvé dans un livre de documents sur le nazisme, une évocation par un témoin d’un massacre par balles dans la région de Dubno {territoire de l’URSS à l’époque) que je traduis de l’allemand pour illustrer ce que c’était de tuer 1000 voire 2000 voire 14000 personnes en un seul jour: «La fosse était déjà remplie aux trois quarts. D’après moi, il devait y avoir là déjà à peu près 1000 personnes. Je regardai l’un des gardes. Celui-là, un SS, était assis au bord du bord le plus étroit de la fosse, il laissait traîner les jambes au-dessus de celle-ci, sur ses genoux il y avait le pistolet-mitrailleur et il fumait une cigarette. Les gens complètement nus se dirigeaient vers des marches taillées dans la paroi d’argile, en descendaient, trébuchaient sur les têtes des gisants, jusqu’à l’endroit que le SS leur indiquait. Ils se couchaient sur les corps morts ou encore vivants, certains caressaient certains vivant encore et leur parlaient à voix basse. Ensuite, j’entendis une série de détonations. Je regardai dans la fosse et vis comment les corps tressautaient ou les têtes déjà immobiles reposant sur les corps sous elles. Des nuques du sang coulait…» {extrait du chapitre ‘Judenverfolgung und Judenausrottung’ dans ‘‘Der Nationalsozialismus – Dokumente 1933-1945’’ constitué par Walther Hofer}.

J’ai eu de la chance pour ce qui concerne les scènes de violence et y ai été drillé très jeune. Un père violent et la première grande et grosse scène violente quand j’avais 5 ans, souvenir dans lequel je m’interpose entre un père tenant une chaise et une mère terrorisée. Premier souvenir enfantin! À 17 ans, sans y être préparé, je vais voir «Le Temps du Ghetto», de Frédéric Rossif, un documentaire dans lequel sont montrées toutes les horreurs du temps du ghetto de Varsovie y compris les files de brouettes et charrettes dans lesquelles chaque matin la moisson des corps nus et décharnés des morts de la nuit était transportée en une file dantesque vers une fosse commune. Certaines de ces scènes me sont restées au cerveau gravées au fer rouge de l’infamie nazie. Cinq ans plus tard, c’était la famine du Biafra dont on se tapait les photos dans des revues, mais déjà j’avais commencé à travailler dans une firme dont les patrons étaient juifs, rescapés de l’Holocauste et ainsi, mon intérêt pour la Shoah en fut exacerbé.

Grâce et à cause de mon père {je lui ai pardonné mon enfance gâchée en fin de compte}, très tôt j’ai commencé à m’intéresser au phénomène de la violence, cherchant à comprendre ses causes profondes ou enfouies et que seule l’étude psychologique en profondeur des personnes pourrait disséquer.

J’ai vu quantité de documentaires sur la Shoah, mais mon intérêt pour la violence que provoque l’Homme n’est pas limité à cela, il se fixe également sur la violence que la nature inflige aux hommes par le biais par exemple de famines; ainsi en 1984 ou 1985, une Carte Blanche de ma plume était parue dans Le Soir en première page, un texte que j’avais écrit presque à chaud et en larmes au lendemain d’avoir vu un reportage de la BBC tout bonnement effroyable à voir, sur la famine en Éthiopie {et qui déboucha sur Band Aid et le fameux méga-concert à Wembley l’année suivante, organisé et pensé par Bob Geldoff.

Certaines de mes connaissances soutiennent ne pas vouloir regarder des images, photos ou reportages d’horreurs tels les massacres indiscriminés de civils en Syrie, telles ces images montrant un sol jonché de cadavres et/ou de membres épars après un attentat à la voiture piégée en Afghanistan, Pakistan, Turquie ou Irak. Ou ces photos parues un peu partout de victimes syriennes des geôles et tortionnaires de l’armée et/ou de la police sous la coupe de Bashar Al-Assad {prise par un photographe officiel et pour le compte du régime, ayant réussi à mettre 50.000 clichés sur une clé USB et à s’enfuir du pays avec la clé}. Ce qui m’a toujours interpellé – depuis plus de cinquante ans que je m’occupe de la problématique de la violence par l’homme faite à l’homme -, ce sont les raisons d’un tel comportement ‘‘humain’’. En un demi-siècle je n’ai jamais compris comment et pourquoi des tortionnaires, des exécuteurs {exemple ce SS au bord d’une fosse dans les environs de Dubno}, pouvaient travailler à la chaîne la journée en tuant ou torturant hommes, femmes, enfants, vieillards, et, le soir, caresser leur chien, admirer leur progéniture et aimer leur épouse, leurs parents, tout en sirotant à l’aise un apéro ou un bon verre de vin.

Je ne suis pas morbide. J’aime la vie, j’aime voir les gens heureux et vivre sereinement. Pourtant, je ne puis, humainement me refuser à voir ces images d’enfants que des Casques blancs syriens {du côté des rebelles} sortent de ruines après un bombardement par des avions syriens ou russes, et constater que deux d’entre eux vivent encore et que le plus petit, vu sa lividité de visage, doit être mort. Moi qui n’ai pas eu d’enfants, j’ai alors les larmes aux yeux, mais en tant qu’être humain solidaire de cette planète sur laquelle un hasard m’a débarqué {et pas uniquement en criant «il faut sauver la planète»} j’estime qu’il est de mon devoir d’humaniste de savoir quels sont les crimes odieux qui sont commis dans le monde et quels autres crimes sous couvert de famines, malaria, sida, etc. y sont perpétrés dans ce monde qui est aussi le mien dans sa totalité. Et, pour les fléaux dits ‘naturels’, je pense en premier lieu aux disproportions dans le coût des médicaments et des moyens médicaux mis en œuvre pour éradiquer ces problèmes de la part de la communauté internationale hors ONG humanitaires et caritatives. Qui font par exemple en sorte que des couches entières de populations souffrant en Afrique de dénutrition, du sida, de la malaria, ne peuvent être soignées faute non pas de moyens mais d’aide en suffisance de la part des pays du nord. Si certaines nations surtout occidentales ou de l’hémisphère nord étaient plus sensibles aux disparités sociales, corporelles, géographiques et humaines, plutôt qu’à cette nouvelle mouvance ultralibérale et de globalisation visant la croissance éternelle, on pourrait facilement éradiquer la famine dans le monde et la malaria, la dysenterie et mieux soigner les personnes atteintes du sida {je pense ici à l’Afrique en premier lieu}, de la tuberculose et de l’hépatite.

Au fond, ces personnes qui refusent de contempler certaines images tragiques mais qui illustrent soit la barbarie humaine de l’homme contre l’homme, soit le laisser-aller des sociétés de consommation et du bien-vivre à l’égard de certaines parties du monde ou de continents qui ne les intéressent guère, ne seraient-elles pas à considérer comme des antihumanistes, des personnes non pas fragiles mais aveugles, sourdes et muettes, qui vivent cosy et gemütlich dans leur Tour d’Ivoire, engoncées dans leur cocoon confortable, refusant avec une ténacité peu humaine de partager ne fût-ce qu’une seconde, une demi-minute, les souffrances de nos concitoyens du monde, de nos frères comme dirait Baudelaire? Car, les enfants nés souffrant du sida en Afrique du Sud, ces enfants au ventre ballonné souffrant de dénutrition en Somalie du sud, ces enfants qu’on déterre vivants ou morts dans des ruines d’une ville assiégée et bombardée par Assad et Poutine, ces hommes qui crèvent dans les prisons d’Assad, en Corée du nord ou en Russie dans des camps qui sont resté des «zones» {cf. le terme russe « zona »} aux teintes du goulag stalinien, ces Noirs américains qu’on abat sans sommations, ces homosexuels qu’on pend ou lapide en Iran ou en Arabie Saoudite, sont mes frères car ils sont humains comme moi et que leur sort m’intéresse tout comme m’a intéressé celui des Juifs de la Shoah, des Arméniens de 1915, des Cambodgiens victimes des Khmers rouges, des Tutsis en 1994, tout comme m’intéresse le sort des femmes battues et des enfants martyrisés. Bref, tout ce qui est humain dans toutes ses formes m’intéresse et m’interpelle.

Et, soyons honnêtes, pourquoi tant de gens ordinaires supportent-ils de voir des tués, des pugilats, des tortures, dès qu’il s’agit de séries, policiers ou thrillers voire films de SF et refusent-ils de voir des victimes réelles, des gens qui ont versé du vrai sans et non du ketchup, des gens restés au sol pour l’éternité et non pour une scène vite achevée? Il s’agit là d’une forme de distanciation extrême qui me fait penser à la schizophrénie. Scotché aux victimes de scénarios, mais refusant la réalité. Trépidant pour connaître le meurtrier dans un policier mais refusant de voir les œuvres d’Hitler, de Staline, de Mao, de Bachar?

…mon cœur pleure d’une langueur amère et en jachère que n’oblitère ni ne pondère cette vision primaire et délétère, la consécration ultime de l’Homme continuant éternellement et imperturbablement à être pis qu’un loup pour l’homme, le loup tuant pour manger, l’homme tuant souvent par plaisir ou désœuvrement…

18:02 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2016

LA N-VA ET LE CONDITIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE

N-VA ET LE CONDITIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE

 

Comme les anges à l’œil fauve,

Je reviendrai dans ton alcôve

Et vers toi glisserai sans bruit

Avec les ombres de la nuit ;

{Baudelaire – Le Revenant, poème LXVI – Les Fleurs du Mal}

 

La mort récente d’une des grandes voix de la BRT/VRT, Jef Lambrecht de RADIO 1, que j’ai connu personnellement et avec qui j’étais épisodiquement resté en contact après notre voyage commun au Vietnam en 1993 -, m’a remis en mémoire qu’il a été l’un des tout premiers à affirmer haut et fort que « la VRT avait donné la stature de grands à des gens comme Bart De Wever de la N-VA et Jean-Marie Dedecker du LDD en les invitant sur ses plateaux ou à des émissions comme "De Slimste Mens Ter Wereld".

 

J’ai une assez bonne connaissance de ce qui se dit et se montre en Flandre puisque je suis parfait multilingues (dont le néerlandais). Il y a quelques mois, je lisais ainsi une interview de Geert Hoste, stand-up comedian surtout connu par son show satirique de fin d’année que la VRT retransmettait chaque fois un des tout premiers jours de l’année suivante. J’ai vu plusieurs fois ses shows avec dans le public des Bekende Vlamingen {caméra sur le visage quand le comique se permettait un mot d’humour pas trop méchant à leur égard}. C’étaient surtout la famille royale, Di Rupo et les Wallons qui subissaient ses traits d’humour et cela marchait très bien. Car, pour les Flamands se rendant à de tels spectacles, le Walloon-bashing, cela fait rire à tous les coups, Tout comme les inévitables blagues sur les rois Albert II et/ou Philippe et leur utilisation un rien guindée et vieux jeu du néerlandais. Eh bien, Hoste a déclaré lors de son interview récente que quand il avait essayé de faire des blagues avec des personnalités de la N-VA, un grand froid se répandait dans la salle. Je m’étais déjà fait la réflexion que Hoste devait être raciste {à l’encontre des Wallons} ou peu courageux, car je n’avais jamais entendu la moindre critique ou blague contre des gens de la N-VA, sauf peut-être quelques traits pas trop méchants contre le guindé Bourgeois, de gentilles moqueries tout le contraire de celles plus virulentes contre Wallons et membres de la famille royale.

 

Ce que je trouve également aberrant c’est que récemment, on a dit que près de 20 % de la population wallonne avait de la sympathie pour la N-VA !?

 

Parlons de conditionnement maintenant. Le conditionnement - et le pionnier soviétique Pavlov ne me démentira pas à ce propos -, consiste à provoquer des réflexes conditionnés chez des animaux ou des personnes, et, comme l’indique le Petit Robert, il consiste également à « provoquer des habitudes de pensée, de comportement, dans un ensemble social ».

 

Jef Lambrecht a affirmé lors de son départ à la pension en 2009 que la VRT avait donné une stature de grand notamment à Bart De Wever. Et c’est incontestable. Avant la prise de pouvoir par la N-VA du bastion socialiste d’Anvers aux élections communales ensuite de la Belgique fédérale à celles de 2014, De Wever était – et reste actuellement - omniprésent sur les ondes de la VRT, une véritable figure de proue. Invité à des talk-shows aux meilleures heures (dimanche midi), invité à De Slimste Mens Ter Wereld jadis où il se montra brillant candidat, invité lors d’interviews, extraits de discours ou de happenings {le dernier en date à Plopsaland, le weekend dernier}, chantant des chants flamingants lors de la grande fête du chant. Partout, tout le temps on le voit, vitupérant, râlant, critiquant, tel un Moïse dont il serait le Dieu, un démiurge de la politique flamande, ergo belge.

 

Hitler avait – bien avant qu’on ne connût les travaux de Pavlov – compris, de manière presque intuitive, ce que le conditionnement pouvait provoquer en termes d’adhésion à un programme, à un leader. N’était-ce pas lui qui avait soutenu dans Mein Kampf qu’il fallait parler en slogans simples et les répéter tant et plus. Cela lui réussit car quand on lit des analyses approfondies au sujet des généraux et simples soldats de la Wehrmacht {ceux qui avec la SS commirent les plus grands crimes de guerre}, on constate que cet endoctrinement, ce conditionnement psychologique, avaient porté leurs fruits : les généraux et les soldats, presque sans exception, considéraient les Juifs comme des parasites et les communistes et Slaves comme des Untermenschen. Il y a suffisamment d’études historiques qui ont démontré qu’il n’y eut pas que les SS qui furent de rabiques et fanatiques propagateurs – et criminels – de l’idéologie nazie.

 

Sans que De Wever fût nazi ou fasciste, il est à tout le moins étonnant de l’entendre vitupérer depuis bientôt une décennie contre les Wallons qui vivent aux dépens de la Flandre {souvenez-vous de l’action ludique des camions bourrés de fric allant en Wallonie, ou de Bartje déguisé en panda, importés en Wallonie avec l’argent de la Belgique donc des Flamands travailleurs}, des Wallons les champions en nombre de chômeurs et d’invalides de mutualité, des Wallons à la traîne de la Flandre. C’est lui qui déjà il y a plus de dix ans avait repris à son compte cette théorie juteuse sur le plan électoral d’une Belgique à deux vitesses {et à l’époque les analogies avec la défunte Tchécoslovaquie avaient fusé}. Théorie qu’il n’a jamais abandonnée et qui reste le socle sur lequel s’appuie toute son idéologie perverse. Théorie qu’il n’a jamais abandonnée et qui reste le socle sur lequel s’appuie toute l’idéologie de libération du joug financier que constitue la partie sud du pays.

 

Mais là où les journalistes de la VRT sont en faute {mais on peut englober nos médias francophones dans le même moule} c’est que quand Bart De Wever sort une énormité, comme celle sur les pandas importés en Wallonie avec l’argent fédéral, aucun journaliste n’a le courage d’apporter un élément contradictoire. Sans doute de peur qu’un jour – et il approche à grands pas – la N-VA aura fait son entrée fracassante au conseil d’administration de la VRT ou acquerra le poste de président du CA.

 

Donc, par simple conditionnement depuis bientôt une décennie, De Wever et la N-VA, à force d’asséner sans cesse des mensonges, des contre-vérités, des approximations simplistes surtout contre les Wallons mais maintenant contre les étrangers de culture musulmane, gagne la guerre de la conquête des esprits. Les gens en Flandre commencent à croire dur comme fer que les Wallons sont des fainéants, des assistés, des parasites sociaux.

 

Et, si on examine les derniers sondages, on voit que la N-VA baisse dans les intentions de vote. OUI ! 25 % N-VA + 15 % Vlaams Belang, cela fait 40 % des Flamands qui voteraient pour des partis aux idées simplistes, populistes vaguement ou franchement xénophobes, anti-wallonnes à outrance, des partis peu différents de l’indigence intellectuelle que nous sert Trump aux States. Deux partis qui veulent la destruction de la Belgique unitaire pour mettre en place une Flandre nationaliste, autocrate, autoritaire, réactionnaire et conservatrice {on n’a jamais vu De Wever à des spectacles de théâtre ou d’opéra d’avant-garde, ou louer des auteurs tels Lanoye ou Verhulst ou assister à des concerts de musique contemporaine ou de free jazz}, bref une Flandre dont les penseurs actuels ont toutes les caractéristiques de ce que constitue la définition du fascisme, et on peut y ajouter le flirt avec les gros industriels et la haute finance.

 

Mais, l’influence insidieuse et perverse de cette idéologie du rejet des parasites et assistés wallons a gagné d’autres partis puisque, par exemple, en assurance-maladie-invalidité, on va revoir les processus d’octroi des allocations de maladie {cf. De Block}. Ce qui est amusant, sachant que pour des raisons historiques ou peut-être de complaisance, une grosse majorité des invalides se situe en Wallonie {Dutroux était reconnu invalide !}. J’ai entendu hier dans l’affaire de l’insulte raciste proférée par le député VLD Luk Van Biesen à l’égard de la députée allochtone Meryame Kitir, qu’il n’aurait pas dit qu’elle devait retourner au Maroc, mais qu’il aurait dit en substance « si ces ouvriers de Caterpillar sont si bons, ils retrouveront un emploi ici, en Turquie ou au Maroc ». Ce qui est tout aussi raciste à l’égard des Wallons et qui montre aisément que cette idéologie de la N-VA raciste, perverse et dénigrante à l’égard des Wallons, gagne du terrain et pollue les esprits de gens d’autres partis.

 

D’une certaine manière, les Wallons et francophones sont pour De Wever et les têtes pensantes de la N-VA des parasites, des Untermenschen (sous-hommes). On ne veut pas dans ce parti les tuer, non. On veut couper le cordon ombilical qui relie la Flandre riche, égoïste et donatrice de montants illimités à fonds perdus, à cette Wallonie fainéante, parasitaire, qui ne mérite que d’être laissée à son propre et triste sort. Comme les migrants. Comme les Musulmans.

 

Baudelaire avait raison. Il se glisse dans nos alcôves aves le ombres de la nuit, pollue et pervertit les esprits. Avec l’aide bienveillante de journalistes de la presse télévisée aussi bien qu’écrite, avec bientôt l’aide d’une partie des Wallons…

 

Pauvre Belgique comme aurait di Baudelaire jadis.

12:06 Publié dans Belgique, Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

24/04/2016

APPROXIMATIONS VERBALES ET ROBOTISATION

APPROXIMATIONS VERBALES ET ROBOTISATION

 

Partout, dans les médias, dans les déclarations de politiciens ou ministres en poste, on remarque de plus en plus d’imprécisions, d’images ou de comparaisons parfois grotesques, voulues ou non, qui, pour moi, signifient une seule chose: nos élus, mais également ceux qui sont censés être les garde-fous de la démocratie et du pluralisme intellectuel que constituent les journalistes, sombrent eux aussi dans ce salmigondis peu ragoûtant d’approximations verbales, sémantiques voire « intellectuelles ».

 

Le Ministre-président de la région bruxelloise Vervoort avait déjà lancé la première pierre dans ce salmigondis en disant qu’il était impossible de retirer la carte d’identité ou le passeport des djihadistes revenus de Syrie « parce que les Nazis avaient fait la même chose avec les Juifs. » Comparer ce que serait appelé à faire un état de droit démocratique tel la Belgique vis-à-vis de terroristes ou de futurs terroristes à ce que fit un régime autoritaire, raciste, coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, était déjà l’un de ces raccourcis mentaux qui font frémir.

 

Le Ministre de l’Intérieur Jambon a récemment fait deux déclarations fracassantes. Dans la première, il avait déclaré chez VTM à propos du soutien logistique et humain qu’Abdeslam aurait trouvé à Molenbeek, et je cite en néerlandais « Er zijn joodse mensen die vier jaar onderdoken, en dat was ook een verschrikkelijke regime dat continu naar die mensen op zoek was. » (sources De Standaard, traduction : Il y a des personnes juives qui se sont cachées pendant quatre ans, et cela était AUSSI un régime terrifiant qui traquait continuellement ces personnes). Si je comprends bien le sens de l’adverbe ook {français : aussi, également}, la Belgique est un régime terrifiant. Belle analogie, heer Jambon!

 

Ce même Jambon a récemment jonglé avec l’adjectif significatif, disant notamment qu’une partie significative de la population musulmane avait dansé dans les rues après les attentats du 22 mars dernier. Pour le sens premier, tout le monde est d’accord sur le fait qu’il n’y eut pas de signes de joie évidents dans la communauté musulmane, elle aussi touchée par les attentats perpétrés sur des rassemblements de masse de manière indiscriminée. Mais, le second sens du Petit Robert, nous aide peut-être à comprendre ce que désirait prouver Jambon « Qui renseigne sur quelque chose ou confirme une opinion. » On sait qu’il y eut pas mal de transfuges du Vlaams Belang partis sévir sous l’aile bienveillante de la N-VA {un politicien flamand a récemment dénombré et dressé la liste de 55 élus à tous niveaux originaires du VB agissant maintenant sous couleur N-VA}. On sait que la N-VA, outre l’émancipation de la Flandre est partisane d’une Nation flamande homogène des points de vue linguistique, social, ennemie du multiculturalisme et du multilinguisme. Il suffit d’assembler toutes les déclarations de Homans, Jambon, ou de constater de quel laxisme bienveillant disposent de nouveaux groupements antimusulmans tels PEGIDA – qui marcha hier à Anvers, une manif certes autorisée dans le fief de Bart De Wever -, PEGIDA dont les slogans anti-arabes, pour la protection des frontières non seulement de l’Europe mais du pays {lisez : Flandres}, sont des thèmes que BDW a lui-même mis en exergue ces derniers mois. Non la N-VA n’est pas ouvertement raciste, mais si elle peut apporter sa petite pierre constructive à pointer du doigt les défauts d’une communauté qui la dérange par sa diversité culturelle et linguistique, elle le fera même s’il faut pour le faire, tomber dans les approximations douteuses.

 

Pour la presse, cela ne vaut pas mieux. La Dernière Heure et Moustique nous ont présenté Justine Katz comme spécialiste du terrorisme, à l’instar de Dominique Demoulin. Vous voulez rire ? Jef Lambrecht, ancien journaliste de Radio 1 à la VRT, retraité maintenant, a vu paraître son ouvrage intitulé « IS » {appellation anglo-saxonne ainsi que néerlandaise de l’Etat islamique}, plus de cinq cents pages de texte dense, plus de 600 notes explicatives. Ça c’est de l’expertise. Katz et Demoulin rapportent des faits que leur relaient la police, les parquets, ou des sources proches des enquêtes; elles n’ont pas d’opinion en profondeur des faits qu’elles relatent, elles ne sont pas capables de tirer des conclusions politiques, sociales, de ces faits, d’extrapoler, d’avoir une vision globale stratégique. Elles sont toutes deux sympa mais je me pose des questions sur ces journalistes de la DH et Moustique, qui, eux, les instituent spécialistes alors que les véritables spécialistes tels Lambrecht ou ces experts qu’on voit parfois intervenir à l’émission « C dans l’Air » d’Yves Calvi {La cinq}, ne sont jamais mentionnés par ces organes de presse. Mais quand on fait soi-même dans l’approximation intellectuelle, comment distinguer le vrai du faux?

 

Moustique d’ailleurs cette semaine, semble s’approprier l’opinion de Dominique Moïsi, auteur de « La Géopolitique des Séries » que « Comprendre le monde des séries télé c’est comprendre le monde tout court ». AU SECOURS ! LES SÉRIES M’AIDENT À COMPRENDRE LE MONDE ?

 

Récemment, suite au différend Galant/Ledoux, j’ai entendu comme commentaire à la RTBF que cette affaire donnait une mauvaise impression non seulement de la ministre mais de l’administration. Ayant travaillé 22 ans dans une administration fédérale, je dois dire que j’ai jubilé quand j’ai entendu et vu parler le fonctionnaire général du SPF Mobilité Ledoux. Un homme comme je les aime, qui a son franc-parler, qui n’assume pas automatiquement la position du tapis de service face à des cabinetards et/ou ministre incompétents. Dans l’administration, je n’ai connu que des yes-men à l’exception de brillantes exceptions tel par exemple le fonctionnaire dirigeant de la Banque-Carrefour de la sécurité sociale que j’ai vu souvent lors de réunions et qui était d’une intelligence rare et d’un franc-parler tout aussi rares.

 

Quand je vois la haute qualité des débats à l’émission de Calvi, celle de l’émission hollandaise ‘Pauw’ (Hollande 1), quand je vois la qualité des reportages souvent étrangers que diffuse la chaîne flamande Canvas, les émissions culturelles ou musicales de BBC4, je me dis qu’il y a encore un peu d’espoir de ne pas sombrer dans l’abêtissement le plus crasse. Mais, pour ne pas y sombrer, il vaut mieux être curieux de nature, multilingue, s’alimenter à d’autres sources que celles qu’on nous promulgue, et de sortir de l’abysse intellectuel et culturel que constituent des journaux ou revues tels la Dernière Heure, Moustique, et des chaînes comme la RTBF et RTL-TVI, qui nous cloisonnent dans un paysage audio-visuel du plus petit commun dénominateur d’où sont absentes les informations qui seraient susceptibles de rehausser le niveau des téléspectateurs ou, quand elles sont présentes comme certaines émissions culturelles, elles le sont à une heure tellement tardive que beaucoup de gens décrochent. Un exemple, récemment France 3 a passé à deux reprises un documentaire intitulé « Les Petits héros du Ghetto de Varsovie » sur l’extraordinaire résilience d’enfants du ghetto {certains avaient 6 ans quand ils s’en sont échappés et ont continué à vivre dans la rue en pleine guerre et y ont survécu !}. Chaque diffusion avait lieu après minuit. Pour moi, pas de problème, je programme mon enregistreur et enregistre l’émission que je regarde par après, mais combien de téléspectateurs ne choisissent-ils pas la solution la plus confortable de regarder en direct, c’est-à-dire de ne pas regarder quand c’est trop tard le soir ou la nuit?

 

En Allemagne sévit actuellement un débat acerbe au sujet du comique Jan Böhmermann qui, il y a quelques semaines, a lu un poème de sa composition contre Erdogan, le président turc. Pas seulement osé le poème mais franchement porno, sauf que le prétexte de cette satire politique diffusée sur ZDF était de montrer aux téléspectateurs ce qu’était réellement un sujet propice à une plainte pour diffamation et outrage à un chef d’état étranger. Ni en France ni dans la Belgique bien-pensantes robotisées, des journalistes ou intellectuels se sont élevés pour dire « WIR SIND BÖHMERMANN ! ». Car le président turc a déposé une plainte au pénal en Allemagne contre lui et la chancelière Merkel a agréé cette plainte et chargé le parquet de faire une enquête à ce sujet. Alors qu’en fait elle aurait dû refuser d’accepter cette plainte puisqu’il s’agit ici de la liberté de pensée et d’opinion, à l’instar de ce qu’elle fit jadis pour défendre CHARLIE HEBDO. Ça se passe loin de chez nous, donc nos robotiseurs médiatiques n’en parlent nullement car la liberté d’opinion de Charlie Hebdo est bien plus vitale que celle de Böhmermann qui a dû demander déjà une protection policière !

 

Voilà ce qu’on fait de nous. Des robots. À coups d’approximations verbales, journalistiques, de réductions intellectuelles et artistiques {vanter par exemple Renaud ou Adamo qui chantent comme des patates et n’ont pas de voix}.

 

Si ça continue comme ça, dans 30 ans, on nommera journaliste tout gus ou gonzesse capable de lire un prompteur ou de citer le titre d’un film ou d’un livre…quitte à faire faire les interviews par des spécialistes ou experts-maison…

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