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13/02/2017

TRUMP: CLOWN, TYRAN, NARCISSE OU DANGER INTERNATIONAL?

TRUMP: CLOWN, TYRAN, NARCISSE OU DANGER INTERNATIONAL?

 

{certains faits repris ici sont extraits d’articles parus ces dernières semaines dans De Standaard (Belgique) ou Der Spiegel (Allemagne)}

 

Il n’a pas fallu attendre 100 jours pour jauger le président Trump et avoir une idée précise de ce dont il est capable.

 

Salman Rushdie a parfaitement décrit ce qui lui détruisit une partie de la vie avant qu’il ne comprît où se situait l’erreur (il parle de lui-même à la 3ème personne): «Il commençait à apprendre la leçon qui allait lui rendre la liberté: se laisser emprisonner par le besoin d’être aimé revient à être enfermé dans une cellule où l’on éprouve d’infinis tourments et dont il est impossible de s’échapper. Il fallait qu’il comprenne qu’il y avait des gens qui ne l’aimeraient jamais.» {Dans « Joseph Anton », le récit autobiographique de sa mise à l’écart du monde civilisé à la suite de la fatwa, Folio (Gallimard), page 418}.

 

Der Spiegel a récemment qualifié Trump d’enfant de 12 ans dans le corps d’un septuagénaire. 12 ans, pour moi, me paraît même flatteur. Quant à l’Association des Psychiatres du pays, qui a toujours refusé de poser un jugement psychiatrique à distance et sans voir la personne, a vu près de 14.000 praticiens qualifier le président Trump de personnalité narcissique pathologique, envisageant que son état mental pourrait conduire à une procédure d’impeachment (destitution par les deux chambres réunies).

 

Pour ceux qui manient l’anglais et qui ont entendu des extraits de discours, propos ou bribes d’interviews de Trump, une évidence saute immédiatement à l’esprit : tant ce qu’il écrit dans ses tweets que quand il parle, il utilise des phrases courtes sans propositions subordonnées {qu’elles fussent substantives, relatives, d’opposition, conditionnelles, etc.}, fondées sur des espèces de slogans qu’il martèle encore et encore, avec certains mots-clés (bad, disgracious, terrible…).

 

Un exemple récent, un tweet à propos de la firme US Nordstrom qui avait décidé d’abandonner la vente d’une ligne de produits vestimentaires d’Ivanka dans ses magasins de luxe. Trump, vexé {què, ils ne m’aiment pas s’ils ne respectent pas ma fille…} tweete immédiatement : «Ma fille Ivanka a été traitée si injustement par @Nordstrom. Elle est une super personne – me poussant toujours à faire ce qui est juste! Terrible!». On conçoit tout de suite l’élégance, les manières gracieuses d’un président américain qui fustige publiquement une firme parce qu’elle ne met plus en vente plus les produits de sa fille. Une fille qui en tant que conseillère proche du président est censée avoir cédé ses intérêts financiers et un président US qui est tout aussi censé ne pas s’occuper des affaires commerciales de sa fille. Après avoir tancé la firme Nordstrom, le cours d’action de cette société baissa jusqu’à ce que la firme fasse savoir par voie de communiqué qu’elle avait informé Ivanka début janvier de cette décision, car ces produits en question ne se vendaient pas. Du coup, le cours de l’action remonta. J’ai lu récemment que quand des CEO sont convoqués par Trump, ils n’osent ni parler franchement ni s’opposer à lui, de peur qu’il les descende en public ou via des tweets et qu’ils se retrouvent handicapés par ce coup bas et mis au ban de la société mercantile américaine. Parce qu’on sait déjà qu’en plus de son narcissisme extrême proche du pathologique, de sa pauvreté d’expression verbale et écrite, le président US est plutôt du type sanguin, prompt à se foutre en rogne pour un oui ou un non. Rappelons par exemple que lors de la première décision négative pour lui d’une cour d’appel américaine à propos de l’interdiction d’entrée de territoire de ressortissants de 7 pays à majorité musulmane, quand il apprit la décision, Trump se fendit d’un tweet jugeant honteuse la décision de ce soi-disant juge. J’ai aussi lu que quand le gouvernement fédéral a dû justifier sa position devant une autre cour d’appel siégeant avec trois juges cette fois, le gouvernement avait fait savoir que le tribunal n’était pas compétent pour cette matière. Alors qu’en fait, il s’agissait ici de recours fondés sur le respect de la Constitution qui, comme la nôtre, n’établit pas de discriminations fondés sur la race, la langue, l’origine ou la race.

 

Imagine-t-on ce que sera notre monde si Trump se mettait un jour en rogne disons contre la Russie ou la Chine, pour une peccadille, un mot qui ne lui plaît pas, ou un refus de prendre en considération une idée qu’il aurait émise? On sait que lui et son proche conseiller Stephen Bannon ont déjà discuté de l’éventualité d’une guerre avec la Chine et cette information vient de proches de la Maison Blanche. On sait que Stephen Bannon est un danger pour le monde, lui qui admirait jadis Lénine, qui avait su créer le chaos et qui se meut dans la mouvance de droite américaine la plus obtuse, la plus arriérée, la plus intolérante pour les gays/lesbiennes, les femmes voulant ou devant subir un avortement, les couches sociales défavorisées, les étrangers dont surtout les Musulmans…Bannon qui maintenant siège au conseil de sécurité interne de la Maison Blanche alors que le chef d’état-major et celui d’un organe de sécurité en sont désormais exlus. Ou comment faire de la politique d’apparatchiks sans plus se baser sur les avis des experts et/ou spécialistes.

 

Que constate-t-on après un peu plus de trois semaines de présidence américaine?

 

Trump aime parader devant les caméras pour signer des décrets et proclamer ses diktats qui, souvent, ne reposent sur aucun consensus sérieux entre gouvernement et administrations concernées {l’interdiction d’entrée des 7 pays n’a été discutée au préalable ni avec le département des Affaires étrangères ni avec les institutions de sécurité}. Il aime les effets de manches, les doigts qui pointent le danger, les gestes d’auto-encensement, il aime se faire aimer et montrer qu’il a les choses en mains, qu’il agit pour rendre sa grandeur aux États-Unis, il aime dire qu’avec lui ce sera meilleur, cela marchera.

 

Il est, à certains moments, tellement clownesque que je n’aimerais pas être membre de sa famille, je me cacherais de honte. Recevant récemment le Premier Ministre japonais Abe, Trump l’a d’abord étreint dans ses bras puis au moment de la séance photos, il a agrippé la main du pauvre Premier japonais qui a voulu, à deux ou trois reprises, la dégager, sans y réussir. Quand on connaît les sensibilités japonaises, on sait qu’ils rechignent au contact physique entre personnes étrangères, donc se serrer dans les bras et serrer des mains, ce n’est pas du tout leur truc culturel. Le respect pour eux tient à une certaine forme de décence, de non-intimité physique et d’abaissement de la tête ou du tronc en fonction du niveau de la personne qu’on salue par apport à son propre niveau.

 

Récemment, il semblerait que Trump ait atténué sa position – très dure au départ – vis-à-vis de la Chine. Ce que peu de gens savent c’est que la plupart des banques américaines avaient refusé d’encore donner des prêts à Trump; finalement, c’est une banque chinoise qui lui aurait accordé un prêt. Une décision d’apaisement purement politique ou subodore-t-on des intérêts financiers là-dessous?

 

Récemment aussi, une conseillère du président, Kellyanne Conway, aurait à plusieurs reprises évoqué un massacre dans un petit bled américain– perpétré par des terroristes musulmans, et cet argument pour justifier l’interdiction d’entrée de ressortissants de 7 pays -, un fait qui n’aurait jamais été révélé au grand public. Fake news, s’il en est, une invention pure. La même conseillère aurait récemment fait de la publicité en public lors d’une interview sur Fox News à propos de la ligne de vêtement d’Ivanka.

 

Déontologie, éthiques, valeurs morales, décence, sont des mots qui ne font pas partie du vocabulaire du nouveau président américain ni de certains de ses proches. Ni respect de la Constitution qu’il a pourtant juré de défendre. On sait que Trump divise les gens entre killers {ceux qui s’imposent sur le plan financier ou politique, les durs} et les autres. On sait aussi qu’il est effroyablement vindicatif et ne pardonne jamais une offense à son égard, de ne pas l’aimer ou de le contredire en public {d’après des sources de la Maison Blanche, aucun conseiller ne peut le contredire devant d’autres personnes, même s’il l’accepte en privé}.

 

Clown, tyran, Narcisse, danger international, il y a de tout cela chez Trump tout comme on dit de lui qu’il ne lit pas, qu’il passe son temps à regarder la télévision, qu’il a une capacité d’attention très réduite sauf quand on parle en bien de lui.

 

Ce qui me rassure un rien, c’est que déjà, il y a eu des manifestations d’opposants, qu’il y a des embryons de contestation et, connaissant le domaine de la justice en Amérique, on peut être sûr que nombre de ces diktats/décrets verront leur sort réglé devant des juridictions. Son candidat pour la Cour Suprême aurait même laissé entendre que critiquer la justice comme cela se faisait, n’était pas convenable.

 

Ceux qui ont raillé Sarkozy jadis pour son narcissisme maladif, doivent penser à l’heure actuelle qu’il n’était qu’un nain face au géant Trump.

 

Son slogan {de Bannon en fait} LET’S MAKE AMERICA GREAT AGAIN ! est en trois semaines devenu "WE MAKE AMERICA STUPID AGAIN !"

14/01/2017

UNE CONJUGRATION D'IMBÉCILES

UNE CONJURATION D’IMBÉCILES

 

Dans une émission récente de Myriam Leroy {‘Coupé au montage’}, lors d’une interview de Thomas Gunzig, la présentatrice de l’émission mentionna à juste titre le destin tragique de John Kennedy Toole, auteur du superbe roman «A Confederacy of Dunces» {que, personnellement, j’aurais traduit par ‘Une confédération de cancres’ au lieu du titre ci-dessus repris dans l’émission}. Alors qu’une trentaine de maisons d’édition l’avaient refusé, il se suicida par désespoir, à l’aube de la trentaine à peine. Et, son roman fut publié à titre posthume – grâce à sa mère – et il obtint le Pulitzer.

 

Comment ne pas penser à cette confédération de cancres quand on voit le président-élu américain et l’équipe de nitwits (crétins) sur le plan de l’expérience politique nationale autant qu’internationale qu’il a désignée. Même si la majorité des personnes choisies par Trump a excellé dans les affaires ou dans le domaine militaire, on peut difficilement les qualifier de génies ou même d’intelligence hors normes. Mais, quand on voit dans le passé américain des présidents qui eurent nom Truman, Eisenhower, Nixon, Reagan, Bush Jr., on peut dire sans hésiter un seul instant qu’accéder à la fonction suprême de l’état américain n’est pas un gage d’excellence sur le plan intellectuel. Et, on peut se demander pourquoi c’est souvent du côté démocrate que penchait la balance d’excellence intellectuelle, surtout quand on aligne quelques noms tels John F. Kennedy, Jimmy Carter (ingénieur nucléaire), Bill Clinton et Barack Obama.

 

Prenons en premier lieu le President-elect. L’actrice Meryl Streep le critique en public. Il tweete la même nuit qu’elle est surévaluée. Lui qui, le vendredi 20 janvier 2017 {une date qui vivra éternellement en infamie, pour paraphraser F.D. Roosevelt} va devoir jurer sur la Bible de respecter la Constitution des Etats-Unis. Sait-il, Trump, que l’amendement 1er (partie intégrante de la Constitution établissant les droits individuels des citoyens, intitulée Bill of Rights – Loi des Droits – et approuvée par les 12 états constitutifs de 1789 à 1939} garantit qu’on ne puisse abréger la liberté d’opinion ou de la presse. A-t-on déjà vu un (futur) président d’un état démocratique et respectueux de la défense des droits de ses concitoyens qui critique par voie publique une personne individuelle qui n’est pas d’accord avec lui ou sa politique ? Oui, Sarkozy avec le «casse-toi pauvre con», ou De Gaulle qui traitait la jeunesse contestatrice de «chienlit».

 

Quand, lors de son unique conférence de presse en début de semaine, un journaliste de CNN a voulu poser une question, Trump a répondu Not You ! {j’ai revu le passage hier lors de l’émission de Christiane Amanpour, sur CNN}.

 

Pourquoi refuser une question de CNN? Parce que CNN répand des fake news (informations délibérément erronées). Parce que le journaliste en question voulait poser une question au sujet du rapport de 35 pages comprenant des informations hot et de nature méchamment personnelles recueillies par le FSB à Moscou alors que l’homme d’affaires Trump s’y trouvait en 2013. Et, là aussi, nos médias ont été insuffisants tout comme Trump qui a tout de suite déclaré que c’était a disgrace (une honte) que les services de renseignements américains établissent de tels documents, totalement inventés. Et il fit la célèbre analogie avec l’Allemagne nazie. Trump erre et nos journaux télévisés également. En fait, ce rapport a été établi par un ex-agent du MI6 qui a eu des conversations avec des personnes en Russie qui ont fait état de faits incriminant Trump et le rendant susceptible de chantage lorsqu’il sera président. Une phrase qui apparaissait souvent sur écran mais non commentée faisait état de «perverted sexual acts» et de films de Trump dans sa chambre avec des prostituées. Le correspondant de la BBC à Washington, Paul Wood, aurait indiqué sur son blog personnel avoir reçu de plusieurs sources de la CIA {et avec un plaisir évident de leur part} des informations que des vidéos au sujet de Trump circuleraient, non seulement des sex tapes mais aussi certaines où on lui demandait de devenir espion pour la Russie contre avantages économiques. Sans avoir vu quoi que ce soit, la BBC ne diffusa jamais cette information {cette dernière information, cf. article dans De Standaard du 13-01-2017}. Ce que les services de renseignements américains ont réalisé en réalité – le FBI en fait -, c’est de mettre la main sur une copie du rapport de 35 pages et d’en dresser un synopsis de 2 pages, remis aux présidents Obama et à Trump. Comme le disait hier soir un ancien agent haut placé de la CIA à Amanpour {CNN}, c’est au FBI ou à la CIA qu’il conviendra d’examiner s’il y a une part de vérité dans ce rapport établi par quelqu’un qui n’a pas nécessairement eu accès au(x) dossier(s) mais relate des ouï-dire. Car, la question qui se pose en fait, c’est que s’il est avéré que Trump ait été filmé en pleine action avec des prostituées, la Russie peut exercer un chantage sur lui sous sa présidence et, ainsi, l’amadouer dans le sens du poil russe. N’oublions pas que l’URSS avait de longue date un dossier sur l’ancien secrétaire général de l’ONU Waldheim au sujet de certains faits de massacres et déportations nazis en Grèce durant lesquels il avait été présent en tant qu’officier de la Wehrmacht, mais qu’elle ne l’a jamais divulgué, on peut supposer qu’en retour, le secrétaire général avait à cœur de ne pas trop embêter les Soviétiques.

 

Néanmoins, que ces infos originaires de Russie soient justes ou fausses, en totalité ou en partie, ce qui est une honte pour un président élu et totalement disgracieux, c’est la réaction peu mesurée, totalement viscérale, peu respectueuse, de Trump, empêchant un journaliste d’exercer son droit constitutionnel, rabaissant les propres services de sécurité et de renseignements américains dont il sera le patron dans 6 jours. Cet ancien haut placé de la CIA disait d’ailleurs que l’ambiance y était actuellement tellement mauvaise – puisque ces agents ne se sentent ni soutenus ni appréciés par celui qui va les commander – que beaucoup partent ou comme il le dit de manière amusante «they polish their résumé» (ils revoient en améliorant leur curriculum vitæ)!

 

On vient aussi d’apprendre qu’Ivanka, après une réunion au plus haut niveau {je crois avec le 1er Ministre japonais Abe} avait, par la suite, envoyé un email aux journalistes présents, proposant un bracelet – comme celui qu’elle portait ce jour-là et dûment photographié et filmé -, au prix de 10.800 dollars. Trump, lui, a récemment tweeté à ses dizaines de millions de followers pour leur conseiller d’acheter des produits commerciaux d’une dame – patronne d’entreprise – qui avait royalement contribué à sa campagne électorale. Comme quoi, d’un point de vue éthique et moral, Trump ne fera aucune différence entre ce qui est susceptible de faire rentrer de l’argent dans les caisses de ses entreprises ou celles de ceux qui l’ont soutenu sur le plan politique, et la défense des intérêts de l’état américain, qui devrait dorénavant constituer son unique préoccupation et activité. Que sa fille et son beau-fils auront leur bureau et/ou entrées à la Maison Blanche est, d’un point de vue éthique, également condamnable, étant donné que tous deux sont (ont été) au plus haut niveau d’entreprises immobilières et n’ont pas encore déclaré de manière nette et convaincante mettre dans un trust fund (fonds, en fidéicommis) leurs intérêts de parts et de capitaux. Comme Trump lui-même en premier lieu, par ailleurs.

 

Trump n’est nullement un cancre dans tous les domaines puisqu’il a bâti un empire immobilier, a perdu des fortunes et les a refaites. Il faut un certain flair des affaires pour cela. Mais, j’ai côtoyé une partie de ma première carrière des hommes et les intellectuels s’ils ne sont pas inexistants sont plutôt rares. N’a-t-on pas rapporté que le beau-fils de Trump, s’il a bien étudié à Harvard, ce n’était pas tellement en fonction des cotes antérieures obtenues et fournies, mais d’un don du père de 2 millions de dollars à l’université {cf. un article de De Standaard, de cette semaine}.

 

Mais, ce qui me frappe en premier lieu quand je l’écoute en anglais, Trump, c’est que son vocabulaire est étonnamment limité, je n’ai jamais entendu sortir de sa bouche un mot sophistiqué, littéraire ou qui approcherait un tant soi peu de l’excellence d’un Obama. Le langage de Trump est basique, construit de petites phrases comme si, du point de vue cognitif, sa capacité d’expression verbale était restée coincée à celle d’un enfant de 10-12 ans. Ce qui frappe en deuxième lieu, c’est sa vulgarité. Il arbore en permanence et surtout confronté à des journalistes ou des opposants, un sneer autour des lèvres (ricaner, sourire d’un air méprisant), un air de supériorité bâti sur son compte en banque mais certainement pas sur ses prouesses neuronales. Et, en troisième lieu et ce qui est fondamental pour quelqu’un qui bientôt va être président, c’est son manque de respect pour ceux qui divergent d’opinion. Le président US est le président de tous les Américains, même de ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Le plus intelligent, quand quelqu’un fait une déclaration publique critique à son égard – ce qui est un droit constitutionnel -, pour un président, c’est de se placer au-dessus de la masse et de garder un silence présidentiel de réserve. Prenons par exemple quelqu’un comme Bush Jr., un président que je n’aimais pas. Il faut tout de même constater qu’il n’a jamais critiqué son successeur Obama en public et que lui, Bush, n’était pas raciste. Prenons l’équipe de Trump maintenant, une femme (milliardaire), un Noir (candidat à la présidence déçu), et le reste des milliardaires ou d’ex-généraux. Le Noir, je pesne parce qu’il faut toujours un Oncle Tom pour faire bien. J’ai vu récemment en direct sur CNN une partie des questions posées à la Commission du Sénat chargée d’interroger les candidats à des postes ministériels, et, notamment Jeff Sessions, futur ministre de la Justice. L’homme qui, quand il était procureur traitait de boy un Noir, collaborateur et diplômé en droit. Ses réponses étaient d’un niveau lamentable. On voyait vraiment ses neurones travailler alors qu’il luttait pour ne pas dévoiler certaines de ses convictions intimes susceptibles de heurter même certains Républicains. Et, quand une sénatrice lui posa la question de savoir pourquoi il avait gardé une plaquette d’honneur offerte par le Ku Klux Klan, deux Républicains intervinrent pour dire que tous les sénateurs recevaient de telles marques d’honneur et s’il fallait toutes les examiner et les trier…

 

Ce que personne n’ose dire ou même penser, c’est que ce Trump dont les doigts sont très agiles pour composer un tweet {du point de vue intellectuel, 140 caractères, c’est à son niveau}, ce seront ces mêmes doigts qui disposeront de l’accès aux codes nucléaires susceptibles de déclencher Armageddon. Et, si une nuit, par erreur ou dans un délire d’extase sexuelle mémorielle, repensant au bon vieux temps quand il n’y avait ni services de renseignements ni journalistes embêtants, il poussait sur le mauvais bouton send et envoyait des missiles nucléaires sur Moscou et Saint-Pétersbourg plutôt qu’un tweet à ses dizaines de millions de crétins de followers…

 

Ça serait au moins bidonnant…

21/12/2016

BERLIN

BERLIN

 

L’attentat de lundi au marché de Noël près de la Gedächtniskirche dans la partie de Berlin communément appelée Berlin-Ouest, provoque en moi beaucoup de remous et ravive les souvenirs, bons à très bons dans l’ensemble puisque j’aime beaucoup Berlin.

 

Berlin est une de mes villes préférées dans le monde et certainement en Europe. Pas pour et par sa beauté. Non, Berlin reste pour moi un pôle d’attraction car j’y suis allé pour la première fois en 1972, en voiture, après avoir traversé l’Allemagne de l’Est {une expérience unique mais angoissante à l’époque}. Ensuite, j’y suis retourné en city trips à 6 reprises et une autre fois, ce fut une excursion d’un jour en avion au départ de Zaventem, atterrissage à Tempelhof en plein centre de la ville, et retour par le dernier vol du soir. En 1993 – la 1ère fois que j’y retournai après la chute du Mur - quand on prenait le métro, on pouvait reconnaître d’un simple regard les habitants de Berlin Est à leurs vêtements aux couleurs fades et passées, à leur tenue physique un rien rabougrie, à leur relative méfiance non encore disparue.

 

Depuis 1993, je logeai généralement dans la partie est de la ville, la plus intéressante du point de vue architectural, la plus exciting également pour s’y promener et y flâner, loin de l’exubérance bling-bling du Kurfürstendam et de ses immenses boutiques pour touristes peu curieux ou peu amateurs d’art. La richesse en terme de musées, de beaux bâtiments, d’endroits charmants, était à l’est. Je me souviens des petits-déjeuners dans la grande salle du Hilton donnant sur Gendarmenplatz, alors que je dégustais une omelette qui avait été préparée devant moi en regardant le Dom à la merveilleuse coupole, et, certainement, très tôt le matin alors qu’elle était parfaitement illuminée et transmettait ses lueurs bleutées et dorées à la hauteur de mon omelette. Cette place était d’ailleurs d’une beauté transcendante. Un peu plus loin, il y avait l’université, Unter den Linden et le Deutsche Oper où mon épouse et moi allâmes voir un soir l’Or du Rhin de Wagner, dirigé par Daniel Barenboim, le chouchou de l’endroit et, ce soir-là {nous étions au premier rang, places de dernière minute que ne voudrait aucun véritable aficionado d’opéra mais dont nous nous contentâmes}, nous pûmes constater qu’il portait des baskets de couleur verte aux pieds, le maestro, le reste de son habillement étant l’habit de soirée traditionnel. En face de l’opéra, il y a – dans ce bâtiment qu’on appelle die Wache {la garde} - une fantastique Pietà sculptée par Käthe Kollwitz, Berlinoise d’adoption, et la mère qui tient l’enfant a tout de la physionomie de cette incomparable artiste. Un musée Berlin-ouest porte son nom, non loin de l’église du souvenir où eut lieu l’attentat. On peut d’ailleurs admirer une autre des créations sculpturales de Kollwitz au cimetière de guerre allemand à Vladslo (Belgique), où elle sculpta un couple éploré, agenouillé, face à la tombe où git leur fils Peter, soldat allemand engagé volontaire et qui périt devant Ypres en octobre 1914 lors du fameux massacre de soldats allemands appelé «le jour des étudiants», fauchés à la mitrailleuse par les Britanniques défendant les environs de la ville flamande assiégée.

 

Certains des musées de Berlin recèlent parmi les plus grandes et intéressantes collections au monde, surtout dans le domaine de l’archéologie, de l’art égyptien {cf. le buste de Néfertiti} ou de celui que produisirent les expressionnistes allemands {Grosz, Dix, Beckmann, etc.}. Nous eûmes aussi la chance de voir l’ourson Knut au zoo belinois, que sa mère avait rejeté et qui fut soigné au biberon tout d’abord par son soigneur. Et, plus tard, quand Knut mourut de manière inexpliquée, son fidèle soigneur se suicida un jour, merveilleuse et attristante histoire de l’amour qu’un être humain peut vouer à un animal, fût-il captif.

 

Les marchés de Noël de Berlin sont aussi chers à mon cœur. Celui que j’aimais surtout était justement située près du Deutsche Oper – Unten den Linden. Un marché de Noël en Allemagne, c’est d’ailleurs une tout autre atmosphère qu’en Belgique ou en France. C’est féérique, les gens y sont exubérants, de bonnes humeur et composition, gais, extravertis. Ils boivent mais qualitativement plutôt que quantitativement. Ah, ce Glühwein avec un Schuss d’Amaretto! Découvrir les enfants et petits-enfants du régime hitlérien, à deux pas de l’endroit où les nazis commirent leur premier autodafé {on peut voir une plaque commémorative au sol, sur la droite de l’opéra quand on regarde sa façade, en face de l’université} fait réfléchir. On sait que les Berlinois n’ont jamais été parmi les plus fascistes ni les plus nazis de la nation allemande, on sait que les Berlinois sont presque une race à part, ni proches de l’austérité et de la sécheresse protestante des populations du nord, ni proches de la mentalité paysanne, extravertie mais aussi raciste de la Bavière, mais quand on sait observer et bien observer, on réalise le chemin qu’ont parcouru la nation et la démocratie allemandes depuis Adenauer et le rétablissement d’un régime non seulement démocratique mais qui eut à cœur de restaurer l’image d’une Allemagne digne d’être partenaire dans une Europe renaissant des cendres, des larmes et du sang qu’elle avait elle-même disséminés dans les pays par elle conquis.

 

Le marché de Noël où a eu lieu l’attentat, nous le connaissions également, c’était un quartier de restaurants, de librairies, de galeries, c’était la station de métro avant le zoo, l’un des plus anciens et beaux d’Europe, où nous vîmes nos premiers pandas.

 

Un jour, nous prîmes le métro vers le nord et allâmes visiter le camp de concentration de Sachsenhausen. L’un des plus durs parmi les premiers camps de concentration. Passée l’entrée où est aussi inscrit «Arbeit macht frei», une cour circulaire. Dans cette cour depuis tôt le matin jusqu’à l’obscurité, des détenus – qu’on appelait le Schuhkommando {commando des chaussures} - marchaient en rond, sans arrêt, sans pause sauf celle du midi pour avaler en vitesse une soupe claire; ils marchaient toute la journée sous les regards meurtriers, les coups, la schlague des SS, usant des chaussures de marche ou des bottes neuves destinées aux soldats de la Wehrmacht et de la SS et qu’ils devaient assouplir. Oui, le travail rendait l’homme libre à Sachsenhausen. Quand on pense au nombre de morts que cette absurdité kafkaïenne mais au faciès nazi a suscité, on en reste baba devant une telle horreur. Dans un autre domaine, nous avons un jour vu à Berlin, une exposition Dali qui était tout bonnement extraordinaire, dans le quartier de Charlottenburg, là où se situe aussi le très célèbre musée égyptien. Et, nous avons vu les endroits où les nazis vécurent, travaillèrent, torturèrent, l’exposition permanente antifasciste «Topographie de la Terreur» sur les lieux même du QG de la Gestapo, l’endroit désertique où il y avait le Bunker d’Hitler, et l’affreux bâtiment du Ministère de l’Armée de l’Air où Goering avait son QG. Nous avons vu l’érection lente mais certaine du Mémorial aux victimes juives de la Shoah à Berlin, un espace assez vaste de pierres disparates {pour les Juifs, laisser des pierres sur des tombes est un signe de deuil}. Nous avons connu l’époque où des centaines de grues se faisaient concurrence du côté de la Potsdamerplatz afin d’y bâtir un des centres hypermodernes de la ville, merveilles architecturales au pied de laquelle il y avait un autre marché de Noël.

 

Un de mes quartiers favoris à Berlin c’est le quartier Nikolai, un petit bijou, entièrement restauré et de très bon goût architectural, avec un restaurant que nous connaissions bien où nous mangions des Berliner Buletten arrosées d’une Berliner Weisse, autre spécialité de bière locale. Il y avait aussi cette très belle statue de Saint-Georges et c’est surtout la tête du cheval qu’il chevauche qui m’a frappé par sa beauté intemporelle, surtout le soir quand la densité de touristes y était moindre.

 

Berlin, un de ces endroits du monde dont j’ai la nostalgie quand j’en vois un reportage ou des photos ou que je regarde les photos que nous y avons prises. Tant de bons moments, de bons souvenirs et une population qui n’avait rien à voir avec le nazisme, le communisme ni le racisme. Une population qui aimait rire, sortir, faire la fête, jouir calmement d’un marché de Noël, terni par une nouvelle horreur imbécile et primaire.

 

Berlin, si ne je dis pas bêtement comme certains qui n’y sont jamais allés ‘Ich bin in Berliner’, mon cœur saigne car je connais cette ville, je l’aime, je connais ses habitants, ils sont formidables.