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04/07/2013

Et pendant ce temps-là dans le monde...

Et pendant de temps-là dans le monde…

 

Certains pensaient que toute une série de pays (Libye, Égypte, Tunisie, Maroc) avaient bien trop vite basculé dans l’escarcelle des intégristes (ou des Frères musulmans).

 

Bonnes nouvelles ces dernières semaines.  Le peuple égyptien a forcé le président Morsi à se retirer, avec l’aide de l’armée ayant pris fait et cause pour la révolte populaire.  Ce qui m’a frappé quand je regardais les images que les chaînes de télévision me transmettaient de manifestations et de manifestants, c’était de voir tant de femmes voilées, certaines portant même la burqa – que, souvent, nous dans notre ignorance occidentale crasse nous assimilons un peu trop rapidement à des ‘intégristes’ du côté des opposants au régime autoritaire et islamique du président Morsi.

 

En Turquie, même topo avec là, surtout des jeunes qui manifestent et des gens des classes moyennes.  Rappelons-nous, le fondateur de la république laïque turque, Atatürk, avait interdit le voile et le fez dans tous les espaces publics et à l’intérieur des universités.  Atatürk consommait de l’alcool.  Erdogan, le maître penseur de l’AKP, qui reste populaire auprès d’une partie de l’électorat de souche paysanne, avait voulu interdire toute vente d’alcool à Istanbul.  Il avait dit publiquement au Parlement à cet égard «l’ancienne loi sur l’alcool a été instaurée par deux poivrots, ne devrions-nous pas plutôt privilégier la Loi de Dieu ? » (cf. ‘Der Spiegel’  no. 26, et au sujet des deux poivrots il visait Atatürk et son successeur Ismet Inönü).  Erdogan  permit que les étudiants et les ressortissants à la fonction publique puissent à nouveau porter le  voile.  Remarquons qu’il se montrait souvent en public accompagné de son épouse voilée.  Ce mouvement d’opposition, laïc d’essence car il va bien au-delà de la simple défense d’un parc sur la place Taksim voué à la destruction, est un fait positif car il nous prouve, à nouveau, que le monde musulman n’est pas occupé à basculer en bloc et à jamais vers l’intégrisme et le retour à la charia, qu’il y a, parmi les Musulmans, une diversité qui, somme toute, n’est pas différente de celle qui est la nôtre dans nos pays laïcs.

 

En Iran, des élections libres ont installé un nouveau président modéré qui souhaite améliorer les relations du pays avec les puissances et peuples occidentaux.  Celui qui doit râler c’est Bibi en Israël qui aurait tant souhaité pratiquer des frappes sur les installations nucléaires iraniennes.

 

Et, en Tunisie, il y a encore des femmes courageuses qui osent s’opposer aux diktats d’Enahda, au risque de se voir assassinées ou d’aller croupir en prison.

 

Je ne comprends pas l’étonnement de tous ces gens, journalistes, politiciens, au sujet de l’affaire Snowden et des écoutes massives que pratique la NSA (National Security Agency).  Cela fait longtemps (années 70/80) que j’ai lu des livres sur l’espionnage militaire, sur la CIA, le KGB, MI6, etc.  Je sais donc que depuis les années 80 au moins, les États-Unis pratiquaient des écoutes téléphoniques systématiques dans le monde, avec souvent, quelques mots-clés susceptibles de faire ‘sortir’ une conversation téléphonique (mais aussi un télex, ou un fax) du lot et induire à une enquête (ou transcription) plus approfondie.  Si je me souviens bien, les Britanniques avaient une gigantesque station de captage des fréquences radios et des lignes téléphoniques à Cheltenham.  Comme quoi, chez les journalistes, il n’y a plus de culture mais aussi aucune mémoire, aucune connaissance de base.  Et puis, soyons honnête, il y a maintenant certainement encore des secrets militaires à dégoter, mais le plus important – notamment pour des puissances telles les USA et la Russie – réside dans le commerce.  Voler des brevets, des formules chimiques, des procédés industriels, savoir ce que pensent des partenaires commerciaux en préparation de futures négociations, voilà actuellement l’essence même de l’espionnage, du moins chez nous.  Ne nous leurrons pas, les Chinois et les Japonais s’y frottent également et pour les mêmes motifs mercantiles.

 

On a retiré l’immunité parlementaire (européenne) à Marine le Pen, pour avoir comparé les prières de Musulmans dans la rue, par manque de place à la mosquée, à une occupation.  On veut la poursuivre, semble-t-il, pour ‘incitation à la haine’.  Inciter = ‘pousser quelqu’un à faire quelque chose’.  Haine = ‘sentiment violent qui pousse à vouloir faire du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive’ (cf. Petit Robert, qui d’autre ?).  Je serai clair, j’ai horreur de la droite sous toutes ses formes, d’Hitler, des révisionnistes, du FN et de tout ce qui se rattache à cette engeance.  Toutefois, plutôt que de monter sur ses grands chevaux, les impénitents défenseurs du politiquement correct auraient pu se poser la question de savoir si cette phrase de Le Pen était bien en adéquation juridique avec ce qu’ils se proposent de faire?  A-t-elle appelé à exterminer ces Musulmans?  A-t-elle émis le souhait de vouloir leur faire du mal?  Je pense, personnellement qu’il y aurait là matière, plutôt, à délit d’opinion, quitte à un tribunal de trancher sur cette base.  Quand son père par contre, dit que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire, on aurait, là, pu en déduire, qu’il émettait une opinion négationniste, qui, incontestablement, relève de la juridiction pénale.

 

J’ai vu que le petit-fils de Mandela avait déjà tout bien ourdi pour s’approprier les funérailles d’avance (avec projet de développement du village natal du héros sud-africain, question d’engranger de futures entrées d’argent…).  Comme quoi si un être exceptionnel a l’étoffe d’un Héros (majuscule), génétiquement, il n’est pas dit que cette qualité rejaillira sur ses descendants…

13/06/2013

Je n'ai pas de talent, mais je me soigne

« ‘Je suis national-socialiste’ cria-t-il en me

désignant du doigt, tu ne peux pas

comprendre, parce que tu as-tu as du talent.

Mais moi, qui en suis dépourvu, j’ai besoin

du national-socialisme. »

« Mémoires de Hongrie » de Sándor Márai

 

 

Une phrase facile à comprendre et qu’on adapte facilement à la mentalité des nazis car, c’est vrai, au top des dirigeants nazis, Hitler en premier lieu, si ces gens-là représentaient une élite, ce n’était nullement une élite intellectuelle, ni de goût. Leurs mentalités étriquées, leurs idées fixes sous la forme de slogans simplistes, leurs méthodes de voyous, leur manque d’empathie pour qui ne ‘pensait’ (quel mot élégant pour qualifier leurs petites idées obtuses) pas comme eux, leur déshumanisation progressive tout cela avait le niveau d’une porcherie,  d’une grande salle de beuveries bavaroise.  Sauf qu’à cause de ces imbéciles et à cause de millions d’imbéciles dans leur genre qui y ont cru dur comme fer à leurs slogans populistes et réducteurs (la 1e guerre mondiale, la crise économique des années 20, c’est la faute aux Juifs et aux bolcheviques, qui sont du pareil au même…), le monde a été projeté dans une catastrophe sans égal dans l’histoire de l’humanité.

 

Certains pourraient dire que cette pensée de Márai pouvait s’appliquer aux communistes soviétiques, des gens qui se seraient aussi lancés dans ce mouvement parce qu’ils étaient dépourvus de talent.

 

Ce n’est, objectivement, pas tout à fait exact.  De mes nombreuses lectures en plusieurs langues à propos du nazisme et du communisme, j’en ai retenu ceci : à la base du mouvement communiste et de l’adhésion de certains à ce mouvement révolutionnaire, il y avait nombre d’ouvriers et d’intellectuels dégoûtés des conditions d’existencesociale sous le joug de l’empereur de Russie, nombreux sont également ceux qui se sont ralliés au communisme par idéalisme. Prenons le cas de Lénine, Trotski, même Staline et tant d’autres dirigeants de la première heure, presque tous étaient issus de milieux bourgeois et pourtant ils prirent le parti des déshérités, des démunis.  Le communisme, à l’origine (ne parlons pas des dérives de terreur ultérieures déjà sous Lénine puis, massivement, sous Staline) était un mouvement d’amélioration du sort de l’homme, de progrès.

 

Pour les nazis, pas d’idéalisme parmi ceux qui s’y rallièrent ni parmi les futurs dirigeants du mouvement.  Tous, presque sans exceptions, étaient des aigris, des dégoûtés parce que le gouvernement les avait trahis, eux, les anciens soldats de l’armée impériale, qui prétendaient ne pas avoir perdu la guerre sur le terrain, eux qui se sentaient encore suffisamment forts pour imposer leur volonté à la Belgique et à la France occupées.  Quand on lit des biographies de gens qui devinrent tristement célèbres par la suite (Hitler, Himmler, Heydrich, Stroop le bourreau du ghetto de Varsovie, etc.), ce qui frappe c’est le fait qu’il s’agissait là de petits esprits portés sur le revanchisme, sur la supériorité de leurs idées, de leur sang pur, de leur ‘race’.  Il ne s’agit pas ici de créer un Homme Nouveau (comme le souhaitait le communisme à l’origine, projet raté il est vrai), mais de s’attaquer à ceux qui sont responsables de la Première guerre mondiale, à ceux qui profitent sur le dos des autres, à ceux qui ne sont pas dignes d’appartenir à la race des seigneurs (Juifs, Tsiganes, handicapés, témoins de Jehova, bolcheviques, etc.).  Quand on prend en considération les dirigeants du parti national-socialisme, seul Goebbels était réputé être un intellectuel.  Avez-vous déjà lu ou entendu certaines des phrases marquantes qu’il avait imaginées, si lui était un intellectuel que dire de ceux qui étaient plus médiocres encore – mentalement parlant – du panier à crabes nazi…

 

C’est là un exemple historique de gens totalement dépourvus de talent qui trouvent refuge dans une idéologie à leur niveau, un cocon qui les abrite, les rassure, les protège des intempéries que de vraies idées, de véritables concepts progressistes, auraient pu susciter dans leurs cerveaux creux.

 

Cependant, dans notre histoire contemporaine, on peut trouver l’équivalent, des gens sans talent pour quoi que ce soit (arts, loisirs, études, profession) qui trouvent des cocons refuges dans des idéologies ‘creuses’ (sans assises sérieuses, sans fondements politiques réels).  L’oisiveté, la fainéantise, le manque de talent, le manque d’ambition professionnelle ou de passion artistique, ce vide qui n’est pas identique au vide que célèbre le Zen, mais le vrai vide existentiel, peut pousser des jeunes désillusionnés, des adultes aigris, des gens ‘sans qualités’ (pour reprendre une expression de Musil, l’écrivain autrichien) qui trouvent souvent leur nid – leur vocation - dans des orientations d’extrême droite (front national, Vlaams Belang, Jobbik, Aube Dorée, etc.), dans le djihadisme ou salafisme actif (ce que nous appelons des intégristes).

 

Toutefois, quand on va plus loin et qu’on examine l’étoffe intellectuelle de nos politiciens actuels, tant en Belgique que dans les autres pays européens ou même en Amérique, que remarque-t-on ?  Il n’y a plus de talents dans la politique actuelle de l’étoffe intellectuelle des De Gaulle, Kennedy, Churchill, Adenauer.  Des hommes politiques qui avaient des idées innovatrices, qui étaient capables de penser à l’intérêt de leur pays à long terme, de leurs concitoyens, qui étaient capables de se hisser au-dessus d’une mêlée de médiocres et de faire entendre leur voix, à l’instar d’un Moïse revenant de la montagne porteur des Tables de la Loi, à l’instar d’un Jésus prônant le bien-être collectif sans se soucier de sa propre personne.

 

Comparez  Merkel, Hollande (ou Sarkozy), Di Rupo, Rutte, Cameron, Poutine, Rájoy, Van Rompuy et Barroso à ces titans intellectuels d’il y a soixante ans…on a l’impression que les vêtements qu’on leur a confectionnés sont bien trop large pour leur carrure (intellectuelle).  Le seul que j’exempterais, intellectuellement parlant, ce serait Obama mais qui n’est pas sans failles politiques (des idées certes, mais pas de moyens politiques pour les réaliser), même si du point de vue des neurones, il sort de l’ordinaire.

 

Tous ces politiciens actuels pensent comme des faiseurs de comptes d’apothicaires qui feraient leurs petits calculs électoraux à la semaine.  Ce n’est pas étonnant de constater que la majorité des politiciens dans tous les pays d’Europe est issue de la corporation du droit ou des sciences po, des gens qui ont été habitués dès l’entame de leurs études supérieures à ‘penser’ en termes de droit, de légalité, de conformité à la Loi, bref selon des concepts qui ne sont pas novateurs mais ancrés dans le passé, dans la tradition.

 

Qu’écrivait l’écrivain et poète Zamiatine en 1922 (auteur de ‘Nous autres’, un court roman futuriste) à propos de la différence entre penser au présent et se projeter dans l’avenir : ‘Le monde se développe uniquement en fonction des hérésies, en fonction de ceux qui rejettent le présent, apparemment inébranlable et infaillible.  Seuls les hérétiques découvrent des horizons nouveaux dans la science, dans l’art, dans la vie sociale ; seuls les hérétiques, rejetant le présent au nom de l’avenir, sont l’éternel ferment de la vie et assurent l’infini mouvement en avant de la vie. »

 

Kennedy a dit « ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays. ».

 

Et, je pense, c’est là justement que réside toute la différence entre un homme de talent qui se projette dans un avenir qu’il veut créer de ses propres mains et un homme dépourvu de talent (politique ou autre) qui s’accroche au passé, pense en termes et concepts traditionnels et est incapable d’imaginaire…

24/05/2013

Wagner - pour ou contre ?

Mercredi dernier, je me suis mis à regarder un gala ‘Wagner’ sur Arte, commençant par des extraits de la « Walkyrie », mais très vite j’ai abandonné l’écoute, les trois solistes que j’entendais s’ils chantaient juste et correctement, n’avaient aucune résonance, rien de ce que j’ai toujours aimé chez certains chanteurs wagnériens réputés que je connais via leur discographie ou que j’ai vu sur scène.

 

Naturellement, pour des gens aux goûts musicaux limités, qui trouveront formidable « The Voice » ou toutes ces émissions du même type, qui chanteront les louanges de ces chanteurs qui souvent le sont à peine, trouveraient-ils à redire à ces performances de chanteurs wagnériens qui, je crois, feraient honte à leur compositeur s’il devait revenir sur Terre.

 

Ce que je ne lui souhaite nullement car compte tenu de son antisémitisme notoire, de l’usage abondant que fit Hitler de sa musique et de ses théories, compte tenu de l’interdiction de sa musique par l’État d’Israël, je crois que si le bon vieux et mort Wagner devait réapparaître, on verrait l’extrême droite européenne qui en bloc descendrait dans la rue pour l’en féliciter – ayant trouvé en lui un nouveau symbole fort -, et tout ce qui est politiquement correct monter au créneau de contre-manifestations.

 

Pourtant, abstraction faite du personnage abject (par exemple, les merveilleux Lieder « Wesendonck Lieder » lui furent inspirés par cette maîtresse éponyme), sa musique est géniale.  Écoutant les premières mesures de « Walkyre » justement avec ces lignes géniales au violoncelle, jouées à l’unisson par une dizaine de ces instruments avec aussi pas mal de belles syncopes brisant le rythme mais créant une belle tension (qu’est-ce qu’une syncope sinon justement un déplacement rythmique provoquant une tension, Bach, Mozart et plein de compositeurs classiques en furent les créateurs et non les jazzmen, en fait), je me fis la réflexion, une fois de plus, que c’était là de la musique de tout grand cru.  Las, quand j’entendis les voix, féminine et masculines, je déchantai rapidement.

 

C’est sans doute lié à notre époque que tout se déglingue, mais au niveau de ce qui devrait être excellent.

 

Évidemment, cela fait longtemps que Lauritz Melchior et Kirsten Flagstad ont chanté leur merveilleux duo d’amour de ‘Tristan und Isolde’ dans les années cinquante ou que, plus tard, les Leonie Rysanek, Birgit Nillson, Theo Adam, Astrid Varnay, James King, nous flattèrent l’oreille de leur art consommé de vrais wagnériens purs et durs mais sachant aussi interpréter convenablement.  Puis, dans les années 80 et 90, il y eut, entre autres mais je parlerai de ceux que je connais via leurs disques ou que j’ai vu à Berlin, Siegfried Jerusalem, José Van Dam, Waltraut Meier, Rene Kollo, Matti Salminen, John Tomlison, Günther von Kannen, Hildegarde Behrens.  De vigoureux chanteurs qui, dans l’ensemble, firent honneur à cette musique assez difficile d’abord et à interpréter car elle requiert, outre des qualités vocales et une résistance physique (opéras parfois de quatre heures et demie) exceptionnelles, des dons d’acteur.  Et là, malheureusement, certains des solistes que j’ai cités se contentaient souvent d’être sur scène et de s’agiter selon un scénario assez banal, sans trop d’efforts.

 

Quand on entend et qu’on juge, sainement, la musique de Wagner, on se dit qu’il devait être soit un génie soit un fou.  Ou les deux et peut-être c’est là qu’il faut trouver la clé de l’énigme qu’il représente pour le monde de l’opéra. Car, il a tout écrit, musique et libretto, de tous ses opéras.  Il a imaginé et créé un lieu unique (Bayreuth) où chaque année on viendrait y jouer ses œuvres marquantes.  Un lieu où il a vécu, composé, un lieu qui est musée et cimetière de son œuvre comme de son corps, un lieu de culte, d’adoration pour certains, de dégoût profond pour d’autres.

 

Car il y eut ses déclarations et ses écrits antisémites.  Il y eut l’amitié d’Hitler pour la petite fille de Wagner, il y eut les larmes publiques d’Hitler à l’écoute de certains passages d’opéra de son compositeur fétiche.  Il est amusant de constater qu’à la fin du IIIe Reich, Hitler s’inspira – et sans doute tout à fait inconsciemment - du 4e volet de ce que les connaisseurs appellent le Ring (la tétralogie) car en effet dans ‘le Crépuscule des Dieux’, on s’entretue allègrement dans la dernière et sanglante partie (une espèce de nuit des longs couteaux wagnérienne), cette œuvre voit la fin des dieux et l’embrasement du Walhalla, après les meurtres et règlements de compte dignes de la mafia.  Certains se sont demandés dans quelle mesure ce pauvre fou d’Hitler n’avait pas été inspiré par ces portraits grandiloquents, et parfois un peu pathétiques, de héros wagnériens qui, s’il faut reconnaître qu’ils prêtent parfois à la pitié, n’en demeurent pas moins d’étourdissantes compositions d’opéras, personnages certes sanguinaires, naïfs, amoureux, vantards, batailleurs, qui outre le fait de clamer leur bonheur (‘Tristan et Isolde’), leur désespoir (Amfortas dans ‘Parsifal’), font la fête (‘Die Meistersinger von Nürnberg’), se marient pour le meilleur et pour le pire – surtout – (‘Lohengrin’), voguent sans jamais arriver à bon port (‘Der Fliegende Holländer’), mais souvent, se tuent, s’entretuent, se querellent, sur fond de déchaînements sonores, rythmiques, harmoniques inouïs.

 

Qui n’a jamais entendu en direct la chevauchée des Walkyries (2e volet du Ring) avec ces étourdissants contre-chants par groupes d’instruments et les cris de ces ramasseuses de cadavres, ne peut pas dire qu’il ait jamais entendu de la musique.  Autre chose que Zevoice, je vous assure.

 

Wagner est difficile d’approche, il requiert de l’endurance (assister à ‘Tristan und Isolde’, quatre heures et demie de délire, rien que le duo d’amour fait dans les trente minutes, c’est un calvaire pour les fesses, le dos et les jambes), il faut faire abstraction de la laideur idéologique du personnage, il faut oublier que son meilleur et plus grand supporter fut Hitler.  Il faut aussi oublier qu’Israël a pondu une loi interdisant la représentation publique d’œuvres de Wagner sur le territoire.  Malgré les efforts de Daniel Barenboim pour mettre fin à cet ostracisme légal (un grand wagnérien en tant que chef d’orchestre, que je vis à Berlin dans ‘L’or du Rhin’, le premier volet du Ring).

 

Toutefois, passé ces caps, si on se laisse éblouir par sa musique et capter par le génie de ses compositions, des voix fabuleuses d’antan, alors, musicalement, c’est le paradis même si, souvent, ce qu’il décrit sur scène représente l’enfer, l’enfer de ses visions de créateur qui, chez d’autres et pour moins que cela, les auraient envoyés tout droit à l’asile…

17:04 Publié dans Culture, Passions, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wagner, ring, opéras