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11/10/2013

Politiciens ou artistes, mon choix est vite fait

L’ex-premier ministre Wilfried Martens est décédé.

 

Près d’une demi-heure de panégyrique sur les chaînes belges.

 

Mais, chez ces politiciens, qu’ils soient décédés ou encore bien actifs, rarement ai-je pu percevoir chez eux le moindre intérêt pour l’art, le beau, ce qui nous différencie des animaux, cette capacité qu’ont d’aucuns à créer.  Des œuvres durables.  Prégnantes.

 

Cette réflexion cynique, je me la suis faite car quelques jours auparavant c’était Patrice Chéreau qui mourait.  Là, quelques mots en vitesse sur nos deux chaînes nationales, sauf un émouvant hommage sur Canal+ par la Ministre française de la Culture, très prenant.  Chéreau par les 4 films que j’ai vus de lui m’a déjà donné amplement plus de plaisir que l’ex-premier ministre, l’inventeur du ‘Walen buiten’ à Louvain, un des premiers propagateurs flamands d’un message de haine.  Ou, en d’autres mots, comment propager le message d’amour du Christ en le restreignant à sa propre communauté linguistique.

 

Pour Chéreau, nous sommes dans une autre stratosphère du tout au tout.  Je me souviens particulièrement de «Ceux qui m’aiment prendront le train», un film dont les premiers plans montrent des personnages qui se rendent en train à un enterrement en province.  Puis, petit à petit, arrivés sur place, apparaissent toutes les inimitiés, tous les égoïsmes, les haines larvées ou ouvertes et on commence à se déchirer, s’entre-déchirer.  Dans «Gabrielle», un film avec de superbes plans et photographies, en partie en noir et blanc, deux personnages, homme et femme, se déchirent après l’infidélité passagère de l’épouse.  Le mari est odieux et, rarement il m’a été permis de voir un tel degré d’antipathie chez un homme.  «Son Frère» était aussi un superbe film, racontant la fin d’un homme qui a décidé de mourir dignement, à sa manière, tout en renouant sa relation avec son frère. Quant à «La Reine Margot», tout le monde le connaît, mais je devrais le revoir surtout pour les scènes du massacre de la St-Barthélemy. Chéreau savait aussi choisir ses acteurs.  Dans celui sur l’enterrement, c’était la première fois que je voyais la sœur de Carla Bruni, Bruni-Tedeschi, une superbe actrice qui m’a tout de suite intéressé.

 

Mais, c’est toujours la même chose.  Si Johnny dit ou fait quelque chose, qu’il a un nouveau CD, on en parle partout. Ou Carla Bruni.  Cantat, blanchi du meurtre perpétré à Vilnius sur la fille Trintignant, se refait une virginité musicale et on doit en parler car c’est du «buzz», cela fait vendre.

 

Vous direz, mais Johnny et Cantat, Carla, ce sont des artistes comme Chéreau.  Peut-être pour le grand public, ceux qui se régalent d’articles people dans les feuilles de chou.  Chéreau, en 1976, a mis en scène à Bayreuth le Ring (de Wagner, pour ceux qui l’ignorent, donc une tétralogie c’est-à-dire une suite de quatre opéras faisant plus de 12 heures de scène), dirigé par Pierre Boulez.  Deux Français, deux modernistes à l’assaut du bastion de l’orthodoxie wagnérienne, et cela resta une création d’anthologie.  Sauf qu’entre-temps, ceux qui dirigent Bayreuth font appel à n’importe quel metteur en scène qui fait n’importe quoi sous couvert de modernisme.

 

Le jour où John Kennedy était assassiné mourait également Aldous Huxley.  Et bien que j’aie été triste au décès de J.F. Kennedy, je ne puis le comparer à Huxley, qui, l’un des premiers, écrivit sur les dangers du conditionnement d’état et du totalitarisme.

 

Mais il y a bien d’autres formes de conditionnement, pas d’état, mais de médias.  À force de nous dire que T. Silva est jolie, que Stromae est génial, que le Grand Jojo est une de nos gloires culturelles nationales, toute une série de personnes, peu capables de se faire une opinion par elles-mêmes vont répéter le message, puis, finalement, y croire.  C’est ce qu’a décrit à merveille Huxley (après lui, il y eut Orwell).  Eh puis, pour nombre de personnes qui sortent, socialisent, il y a des sujets qu’il faut aborder et quand on n’a pas de culture ni de bases culturelles ni un quelconque intérêt pour l’art, on ressasse n’importe quoi vite fait bien fait, c’est-à-dire ce qu’on vient de lire dans la presse people.

 

C’est triste à reconnaître, mais plus l’information s’étend, plus les moyens d’accéder à tous les types d’information subissent une croissance exponentielle, plus les gens ordinaires se laissent gober comme des enfants en bas âge.  Médias télévisuels et feuilles de chou concourent à restreindre les centres d’intérêt des gens, à leur faire acquérir des centres d’intérêt de masse. Nivellement par le bas. Car, aussi, ceux qui écrivent dans ces feuilles people n’ont eux-mêmes ni les bases, ni le talent, utiles pour reconnaître le talent chez les autres et séparer le bon grain artistique de l’ivraie populiste.

 

Je viens de regarder (à nouveau?, je ne me souviens plus si je l’avais vu à l’origine en 62 tout en ayant le feeling que si) «Les Communiants», d’Ingmar Bergman et je viens de visionner la moitié d’ ‘Amen’ de Costa-Gravas.  Autre chose que «Joséphine ange gardien», je puis vous l’assurer. Nous sommes là dans une toute autre galaxie qui ennuierait nos nouvelles petites têtes pensantes, peu enclines à se taper des films à thèse.  Mais, à force de ne passer que cela ou «Profilage», «Les Feux de l’amour», «Les enfants de la télé», on conditionne petit à petit les téléspectateurs à ne plus faire la différence entre ce qui bon ou génial et ce qui ordinaire ou médiocre.  Ou en d’autres mots, on en fait des crétins sur les plans culturel et artistique.

 

D’un côté je suis heureux que quand j’étais jeune et en parfait autodidacte, je me suis forgé mes goûts cinématographiques avec Bergman et Buñuel mais aussi le cinéma japonais, j’ai vu «Le temps de Ghetto» de Rossif à l’âge de 17 ans et certaines des scènes me sont restées gravées à jamais dans la mémoire.  J’ai formé mes goûts musicaux à partir du jazz hard de John Coltrane puis, plus tard en classique avec Wagner, l’école atonale mais aussi les romantiques, l’opéra par l’écoute de la Callas, Gigli, Corelli, la musique rock, pop et soul en écoutant les Noirs (Sam Cooke, Marvin Gaye, Curtis Mayfield…).

 

J’ai une méthode simple, je forme mes goûts par moi-même sans jamais me laisser influencer par les autres.

 

Si j’étais jeune et que je devais grandir maintenant, peut-être que moi aussi je trouverais Adamo ou Stromae géniaux et que ces voix mal posées ou éraillées constitueraient pour moi le summum de la jouissance artistique…

17:04 Publié dans Belgique, Culture, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chéreau, people

21/09/2013

Les différentes facettes des enterrements et des crémations

Quand on arrive à un certain âge, l’une des obligations récurrentes, ce sont les enterrements ou crémations auxquels nous sommes astreints d’assister, soit parce qu’il s’agit de personnes fort proches, de parents d’amis ou de connaissances suffisamment proches.

 

Quand on arrive sur le lieu, à l’accueil, il y a la famille proche, éplorée, parfois vêtue de noir comme dans l’ancien temps.  Puis la cérémonie a lieu, on offre ses condoléances à tous ceux qui se sont mis en file pour les recueillir.  Puis, après, la collation où les esprits, les corps, les humeurs, se dérident, on parle des bons moments du défunt, de ses travers, et, parfois, après une demi-heure, il y a des rires francs, de la bonne humeur revenue, des blagues, il y a les raconteur-nés (dont le mari d’une cousine à moi) qui dérident tout le monde en toutes circonstances.  Comme si cette réunion d’après l’adieu final constituait un continuum de l’existence.  Une sorte d’hommage déguisé.

 

J’ai eu un ami qui était seul à l’enterrement de sa mère. Cette année-ci lors de l’enterrement d’une tante de mon épouse, il y avait trois personnes, et ce fut assez pathétique. À l’enterrement d’un ami il y a une quinzaine d’années, il y avait 8 personnes. Et, sa fille avait organisé un enterrement religieux alors qu’il était athée.  Et qu’il s’était suicidé.  Un collègue à moi qui s’était également suicidé a eu droit à une messe complète et une crémation alors que d’après ses proches du syndicat (il était président de syndicat socialiste dans une administration), outre le fait qu’il était athée, il aurait voulu être enterré.  6 personnes outre le Rabbin officiant, c’était également le nombre de personnes présentes lors de l’enterrement d’un collègue très cher et de 40 ans mon aîné. Mais j’ai connu des enterrements ou crémation avec près de 100 personnes (dont ma belle-mère).  Parfois, le conjoint ou les enfants du défunt passent un morceau de musique qu’aimait le défunt.  C’est comme ça que je ne puis plus écouter ‘Con te partiro’, depuis 1997.  Et comme me l’avait dit un ancien collègue, à l’enterrement d’un très jeune neveu, on avait passé ‘Old Lange Syne’ (Ce n’est qu’un au revoir), un morceau déjà triste en soi dont j’ai la partition mais que je ne jouerais jamais, comme pour conjurer le sort.

 

J’ai connu des messes et enterrements où un directeur de mon administration nommait des candidats chinois pour y assister à l’enterrement du parent d’une collègue éloignée. On y assistait sans rien ressentir sauf un ennui de passer autant de temps dans un endroit pour quelqu’un qu’on n’avait jamais connu, tout cela parce qu’un directeur trouvait qu’il fallait le faire et qu’il était trop fainéant pour y aller en personne. C’est ainsi qu’à l’enterrement de ma belle-mère, un de mes collègues que j’appréciais le moins est venu représenter mon administration, ce qui ne m’a pas plu, mais que pouvais-je faire sinon le remercier.  Par contre, lors de l’enterrement du fils d’une de mes collègues directs, ce fut extrêmement émouvant avec une atmosphère de recueillement et de douleur à couper au couteau.

 

À la dernière crémation à laquelle j’ai assisté, après des speeches assez insipides, tout à coup, ‘La Première Gymnopédie’ d’Eric Satie et là j’ai senti les larmes poindre car je suis très sensible à la musique.  Mais il ne s’agissait pas d’un air qu’avait aimé la défunte, simplement un morceau choisi par la dame de la firme de pompes funèbres qui assumait la tâche de dire l’oraison funèbre.  Pour l’enterrement de mon ami à l’église, il y a quinze ans, là, ce fut plus original, puisque sa fille y fit passer un enregistrement de lui-même jouant un morceau de jazz au piano.  La dernière fois qu’il avait joué au piano de sa vie par ailleurs.  Sauf que moi j’avais de bien meilleurs enregistrements de morceaux que nous avions joués ensemble.  Mais cette notion de ‘dernier/dernière’ a, dans des moments douloureux, une résonnance de mémoire qu’on ne peut nier.  Il y a quelques années, j’ai entendu un fragment de morceau joué à l’enterrement de John Coltrane (jazzman, décédé en 1967), il s’agissait d’Albert Ayler jouant une musique free, torturée, mais, en fait, convenant parfaitement à la dernière voie musicale qu’avait empruntée Coltrane, mais il me fallut du temps pour m’en apercevoir.

 

L’année dernière, lors de la mise en terre de la tante de mon épouse, alors que nous nous attendions que l’on fasse descendre le cercueil dans la fosse, la dame des pompes funèbres, très enthousiaste et commerçante, se tourna vers le mari de la défunte, effondré car il s’agissait d’un couple fusionnel et isolé, lui dit, textuellement «vous voyez, Monsieur, c’est ici que vous serez plus tard, sur votre épouse, oh pas maintenant évidemment, plus tard…».  Difficile de se retenir de rire dans de tels moments.  Mais difficile aussi de ne pas dire à la dame de ce qu’on pense de son imbécillité.

 

Ou, il y a deux ans et demi à l’enterrement de l’une de mes tantes, une des filles fait un petit speech, disant ce qu’elle a fait pour la défunte.  Puis, parle l’autre fille, disant «mais, Maman, tu avais aussi une autre fille, et moi aussi je m’occupais de toi, je te rendais visite, je te téléphonais..»  Et, cerise sur le gâteau, arriva le fils qui dit «Maman, tu avais aussi un fils… »  Ou comment laver son linge sale en public.

 

Il y a des speeches (que je ne qualifierais pas d’oraisons funèbres) qui sont effroyables à écouter, emplis de très bonnes intentions, mais pleins de lapalissades, de choses éculées qu’on a déjà entendu des dizaines de fois.  Il y a les prêtres qui tutoient le défunt sans l’avoir jamais connu(e), ce qui ajoute un peu plus de désarroi aux proches qui n’ont pas la force de prendre la parole eux-mêmes.  Dire d’une personne décédée qu’elle vivra éternellement dans notre mémoire, qu’elle sera éternellement présente parmi nous, c’était peut-être bon aux tout début des oraisons funèbres, mais maintenant, je crois qu’il faut faire preuve d’un peu de créativité.  De même dire combien on tenait à la personne et combien elle tenait à nous, me fait penser que ceux qui le disent trouvent souvent nécessaire de se justifier vis-à-vis d’autrui, car ce qui est évident entre le défunt et les personnes organisant les obsèques ne doit pas nécessairement être dit ou justifié.

 

Lors de la crémation récente de ma mère, j’ai choisi de parler, mais sans dire combien nous tenions à elle et combien elle avait tenu à nous (lapalissades), j’ai choisi de parler d’elle sur un mode humoristique, disant notamment que la voiture remplaçait ses genoux (elle était handicapée), qu’elle partait tout le temps en voiture, mais que comme je tenais à la vie, je n’avais jamais été passager dans sa voiture.  Ajoutant qu’elle avait conduit jusqu’à près de 89 ans sans avoir jamais causé ou provoqué un quelconque accident ou eu une contravention, roulant près de 15 000 kilomètres par an et ayant encore une bonne vue comme je m’en étais aperçu quand je la conduisais moi-même en voiture ces dernières années.  J’ai parlé ainsi pendant 5 minutes, sur un mode léger.  Pourquoi aurais-je dû dire que les 15 derniers mois de sa vie avaient été un long calvaire physique (fractures du col du fémur et du fémur), qu’elle perdait la raison, qu’elle était devenue d’une maigreur qui faisait penser aux prisonniers de camps nazis et qu’à la fin elle hurlait chaque fois qu’on la manipulait pour la laver ou lui changer les langes…

 

En Wallonie, on ne peut désormais plus jeter de fleur sur le cercueil gisant dans sa fosse.  Interdiction.  Pourtant, je considérais qu’il s’agissait là d’une coutume civilisée, rendre ainsi un dernier hommage au défunt avait une certaine élégance de geste que nos politiciens – obtus – ne sont pas en mesure d’apprécier.  On légifère pour tout.  Et même quand on ne légifère pas, les gens rouspètent.  Ainsi, un ami m’a dit qu’à certains endroits en Flandre où on avait voulu implanter un crématorium, les gens se seraient plaints de la pollution possible.  Les pauvres abrutis, ils ont sans doute une fois dans leur vie vu un documentaire sur Auschwitz où les fumées sortant des cheminées de crématoriums contenaient des cendres humaines.  Parlant de cendres, une amie de mon épouse a fait placer les cendres de son époux près de celles de son chien dans le jardin.  Cela paraît absurde à première vue, mais pourquoi pas, le type en question était détesté par tant de gens, il a tellement terrorisé sa propre épouse qu’en fait son chien fut peut-être son seul véritable ami dans la vie.

 

Car, lors du dernier voyage d’un être humain, on n’en dit que du bien, on oublie outrages, jurons, sales coups, engueulades, dérapages verbaux ou physiques.  Du plus grand dévoyé, on le couvre de lauriers, chantant ses louanges… Toutefois, il y a aussi l’hypocrisie de certains proches à des enterrements et on y constate toutes sortes de comportements. On se sourit, on se parle au cimetière ou lors de la collation alors qu’on se déteste ardemment et qu'on verrait très bien cette personne haïe au fond de la fosse pour l'éternité.  On fait semblant d’éprouver de la douleur quand on sait très bien qu’il n’y avait jamais eu le moindre intérêt pour le défunt.  Ou, on vient à l’enterrement sans avoir jamais fréquenté le mari de la défunte car on est appâté par la maison et son contenu alors que soi-même on n’a pas de maison propre.

 

Car, après tout, les enterrements et les crémations, c’est comme la vie, on y constate toutes les diversités, facettes, on y voit le meilleur comme le pire de notre humanité.

 

15:54 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

07/09/2013

Champs de bataille et villes martyre

Certains aiment se promener dans les cimetières, moi de longue date, je m’intéresse aux champs de bataille ou aux villes ayant connu des batailles célèbres.  J’habite d’ailleurs à côté de Waterloo, un lieu qui célèbre encore la victoire ratée de Napoléon.

 

Pas plus tard qu’il y a quelques jours à peine, je mes suis promené sur la plage de Bray-Dunes où, à marée basse, j’ai pu voir quelques épaves conservées de l’opération Dynamo, ayant vu le rapatriement par la Mer de quelque 300.000 Britanniques et alliés.  Une opération magistrale mise en place en très peu de temps et avec la collaboration de nombre de marins professionnels ainsi que de marins civils n’ayant pas hésité à mettre leur vie en danger pour leur pays assiégé.  Deux semaines auparavant, je suis allé à Ponary en Lituanie, un petit et joli lieu boisé, un lieu célèbre parmi les Juifs des pays baltes puisque 70.000 des leurs y furent exterminés et 30.000 autres personnes (Soviétiques, Polonais, Lituaniens, prisonniers de guerre russes, etc.).  Je me suis également promené dans les rues qui constituaient le ghetto de Vilnius.

 

J’ai commencé mon odyssée du souvenir en 1970, année qui me permit de visiter Volgograd, l’ancienne Stalingrad.  J’avais déjà à l’époque lu quelques livres au sujet de cette célèbre bataille, ce fut donc pour moi des moments particulièrement émouvants de voir la Volga, la colline de Mamaïev Kourgan (où officiellement 42.000 soldats de l’Armée rouge périrent mais en réalité un chiffre peut-être 5 fois supérieur)), la maison ‘Pavlov’ (un sergent qui joua un rôle héroïque pour la défense de cette habitation avec à peine 5 soldats en tout qui résistèrent jusqu’à la mort) et le célèbre ‘Unimag’ où le chef de la VIe Armée allemande, le maréchal von Paulus présenta la reddition de ses troupes.  Sur les quelque 300.000 soldats allemands à l’origine, seuls 90.000 avaient survécu l’enfer de Stalingrad, 6.000 revinrent de captivité.

 

J’ai visité Hiroshima où une seule ruine de maison, située sous l’impact de la bombe A, atteste encore de ce qui s’y est passé.  Dresden, bombardée par les Alliés durant deux jours et nuits fit également un nombre impressionnant de victimes civiles.  Ce sont des villes martyres, comme le fut Varsovie que j’ai visitée de même que l’emplacement du ghetto (dont il ne reste aucune trace hormis un monument).  Pour rester en Pologne, j’ai tout de même visité Auschwitz-Birkenau, à deux reprises, un lieu qui reste à jamais inscrit dans la mémoire de ceux qui s’intéressent à l’histoire et je suis passé en autocar à proximité du camp de Plaszow, célèbre depuis le film ‘La Liste de Schindler’.  À Singapour, je suis allé devant le camp de Changi, un célèbre lieu de détention de soldats alliés par les Japonais et au Vietnam, outre Hanoi, autre ville martyre, j’ai visité ce qui reste (pour touristes) d’un tunnel à Cu Chi.  J’ai monté sur les Pyramides où mon voisin de Waterloo (Napoléon) a dit que 40 siècles d’histoire…

 

Parfois, de simples lieux visités durant les vacances peuvent constituer des points du souvenir historique, comme Dubrovnik en Croatie par exemple qui fut bombardé durant des semaines par les Serbes dans les années 90, ou Paris, une ville où le touriste un rien attentif peut remarquer nombre de plaques commémoratives rappelant qu’un policier ou un FFI est tombé à un endroit précis (durant l’insurrection d’août 44), ou, sur des murs de lycées, des plaques rappelant l’arrestation des lycéens juifs.  Rotterdam, Berlin, Hambourg, d’autres villes que j’ai visitées firent aussi l’objet d’effroyables bombardements.

 

À Bruxelles, une plaque sur un immeuble de l’avenue Louise rappelle l’exploit d’un pilote belge de la RAF venu mitrailler le siège de la Gestapo en plein jour (de Sélys de Longchamp si je m’en souviens).  Mais dans un athénée que j’ai fréquenté à la fin des années 50 à Koekelberg, il y avait une plaque commémorative rappelant les noms des jeunes Juifs arrêtés et déportés à Birkenau, dont le fils d’une famille juive voisine de la maison à Jette où j’habitais avec mes parents à l’époque.

 

Mais, quand on parle de la Première guerre mondiale, pour nous qui avons un studio à la Panne, dès qu’on sillonne un peu la région, il y des masses d’endroits qui constituèrent des lieux sanglants et j’aime aussi les visiter ; après tout mon grand-père maternel y combattit ainsi que le grand-père maternel de mon épouse.  Chaque fois que je vois l’indication de Geluvelt sur la voie rapide menant à Ypres, je pense au brave soldat Hitler qui y fit ses armes, un soldat qui était messager.  Et chaque fois, je me dis, si un Britannique, Australien, fantassin français ou belge, avait bien visé, une affaire de quelques millimètres peut-être, ou si les lois mathématiques réglant la trajectoire d’obus de mortier ou de tirs d’artillerie, avec un vent un rien favorable, avaient pu effacer ce fou de la race humaine, une fois pour toutes, je pense assurément qu’il y a un tas de lieux liés à la Seconde guerre mondiale, que je n’aurais jamais eu l’occasion de visiter.  Et tant mieux pour les existences humaine qui auraient ainsi été épargnées.

 

J’en aurais peut-être été réduit à jouer à la pétanque, faire des sudokus ou lire les infos sportives.

 

Et, question à 50 cents.  Comment expliquer que si un homme avait eu l’immense chance d’être tué au bon moment à Geluvelt ou ailleurs en France quand il y fut stationné, il n’y aurait pas eu 50 millions de victimes dans le monde, 6 millions de Juifs tués, une centaine de milliers de handicapés allemands, nombre de Roms, etc.

 

Certains affirmeraient que sans Hitler la guerre aurait tout de même eu lieu. C’est méconnaître la médiocrité de l’entourage d’Hitler (pas qu’Hitler eût été un génie ou génial, mais il eut de l’ascendant sur ses proches du parti, les hauts gradés de la Wehrmacht et la population) et survint cet engrenage malicieux (le Destin !) qui fit que le mauvais homme apparut au mauvais poste au plus mauvais moment de l’histoire de l’Europe pour y pratiquer son œuvre diabolique.

 

Certains diraient qu’il s’agit là d’un unique concours de circonstances.  Bien, pensons à Milošević, à El-Assad, dans l’histoire récente, et reconnaissons que, souvent, nous sommes impuissants face aux dictateurs et leaders de pays totalitaires.

 

Pour une raison simple, nous respectons les lois et les usages civils et militaires convenables tandis qu’eux s’en soucient comme de leur première.  Et souvent, donc, ils gagnent, le temps suffisant pour exterminer ceux qu’ils considèrent comme des ennemis ou contraires à leurs idées.  Et nous nous regardons en spectateurs et nous sommes outragés.

 

Vraiment outragés!

12:09 Publié dans Autres, Perso | Lien permanent | Commentaires (0)