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11/03/2014

Peter Kollwitz mourut en Belgique et ce fut juste

Récemment, mon épouse qui était à la Panne m’a demandé si un livre sur Peter Kollwitz en néerlandais m’intéressait.

 

Peter Kollwitz m’est connu surtout parce que j’admire sa mère, Käthe Kollwitz, sculpteuse, dessinatrice et peintre, morte en 1945 et qui a milité pour la gauche à Berlin – par ses œuvres notamment – dans ce Berlin qui au début du 20e siècle connaissait encore la misère dans les quartiers ouvriers.

 

J’ai déjà visité à de nombreuses reprises les musées qui montrent des œuvres de Kollwitz, le musée de Berlin mais aussi à Koekelaere en Flandre, car, assez étrangement le destin de Kollwitz, fils et mère, est lié à la Flandre.

 

En 1914, quand éclatent les hostilités au départ de l’ultimatum austro-hongrois aux Serbes puis que, par le jeu des alliances (la Grande Entente) Allemands se joignent aux Austro-Hongrois tandis que la France, l’Angleterre et la Russie s’opposent à leurs desseins machiavéliques de conquête territoriale, Peter et son frère sont enthousiastes et s’engagent pour la bonne cause boche.

 

Comme on le sait, les Boches, envahissant la Belgique dès le 4 août 1914, ne firent pas dans la dentelle.  Il y eut des massacres de civils.  Comme me le rappelait encore un copain récemment, son propre grand-père fut parmi des civils fusillés par les Boches en 14, il en réchappa et dut sortir de dessous les cadavres pour s’échapper. Il n’y eut pas qu’un massacre, moi-même, dans ma jeunesse, j’ai connu une dame (la grand-mère d’un condisciple) qui avait été prise dans un massacre dans le Namurois et y avait survécu.

 

Peter Kollwitz s’engagea donc et vint combattre en Belgique, dans les Flandres.  Il y mourut le 22 octobre 1914.

 

Après la guerre, sa mère inconsolable fit son deuil à sa manière, elle sculpta deux superbes œuvres, représentant le père agenouillé et la mère dans une posture de recueillement du type de la Pietà.

 

Käthe Kollwitz était une artiste dont les œuvres irradient un profond pessimisme.  Il y a des dessins chez elle qui sont d’une noirceur incommensurable, décrivant la misère coutumière des petites familles ouvrières de Berlin, ou des cycles dédiés à des grèves (d’ouvriers de filatures par exemple).  Ses statues représentent souvent une femme agenouillée ou dans la posture de la Pietà, tenant un enfant dans les bras.  Les traits de visage sont rudes, un peu à l’instar de cette incomparable artiste qui, en vieillissant, eut des traits de plus en plus marqués par le délitement du temps.  La mort de son fils Peter – en plus d’une relation conjugale qui, avec le passage des années et des épreuves, était devenue plus une affection entre camarades de combat social qu’un véritable amour  - l’avait marquée à jamais.

 

Käthe Kollwitz créa donc son hommage au fils décédé, les statues côte à côte furent installées dans le cimetière flamand où reposaient les restes du corps de son fils, dans les années 20. 

 

Puis, après un certain temps, il y eut un regroupement de tombes et c’est maintenant au cimetière militaire allemand de Vladslo (région de Dixmude) que sont installées ces superbes statues représentant en fait le père et la mère de Peter Kollwitz.

 

Dès qu’on entre dans le cimetière, on aperçoit les deux statues dans le fond, témoins silencieux et merveilleux d’une douleur illimitée et pérenne.

 

La pierre tombale où git leeur fils leur fait face, à quelque dix mètres des parents éplorés.

 

Les cimetières allemands sont en général d’une tout autre nature que les cimetières britanniques du style de Tyne Cot (Passendaele).  Le sombre domine, les arbres, les pelouses, les pierres tombales plates, engagent au silence et au recueillement.  Il y a très peu de fleurs, tout est deuil, deuil, deuil.  Dans les cimetières militaires britanniques, le deuil est allié à la couleur, aux fleurs, aux pelouses bien vertes, tout est exposé, sans arbres, sans ombre, au grand jour.  Une façon différente de concevoir le deuil.

 

Quand je visite ce cimetière de Vladslo, je vois cette tombe de Peter Kollwitz, le fils d’une artiste d’un talent considérable pour qui j’éprouve une admiration sans bornes, et pourtant, même si je comprends la douleur d’une mère qui a perdu son fils, je me dis que non je n’achèterai pas ce livre sur Peter Kollwitz.  Je sais (puisque j’ai lu des biographies de sa mère) qu’il s’est engagé avec une solide dose d’enthousiasme dans cette guerre de type colonial qui visait l’annexion de territoires (le nôtre en l’occurrence, mais aussi celui de la France), non je ne veux pas savoir ce qu’il a fait d’août à octobre 1914.

 

Non, son destin ne m’intéresse pas, pis, je me dis que c’était bien qu’il mourût en Belgique car l’armée de Boches dans laquelle il servait avait pratiqué des massacres de civils, avait incendié des maisons (notamment la bibliothèque de Louvain), c’étaient des sauvages, des Huns partis à la conquête de territoires pour satisfaire l’ambition d’Empereurs arrogants, dignes descendants de la mentalité du 19e siècle, celle des conquêtes par la force.

 

Qu’était-il donc venu faire en Flandre Peter Kollwitz? Sinon y semer la mort, la destruction et la douleur, comme ses camarades d’armée, enthousiastes, épris de gloire militaire qui croyaient encore qu’il était bon de mourir pour la Patrie.

 

Eh bien, il est mort pour sa Patrie dévoyée.  Le pis c’est la douleur de sa mère.  Et si j’aime le cimetière de Vladslo, ce n’est pas parce que Peter Kollwitz y git, c’est parce que là il y a une œuvre d’art exceptionnelle, le don d’amour d’une mère pour son fils.

 

En toute éternité.  Paix aux âmes de bonne volonté, mais les Boches ayant débarqué en Belgique en 1914 n’étaient pas des gentlemen ni de bonne volonté, ils avaient l’arrogance des Huns, des troupes de Ghengis Khan.  Comme leurs fils qui débarquèrent vingt-six ans plus tard…

 

24/02/2014

C'est le printemps mais pas chez tout le monde!

C’est le printemps!

 

Quand on se promène dans la nature, les premiers signes d’un printemps hâtif     bondent déjà, fleurs et bourgeons qui apparaissent, oiseaux qui chantent comme si on était déjà à Pâques, mâles qui construisent déjà les nids où bientôt apparaîtra la prochaine génération (cf. des pies près de ma maison).

 

À Kiev, le printemps s’est montré sous son meilleur jour et la Jeanne d’Arc ukrainienne y a, paraît-il fait une apparition, très remarquée.  À la voir, altière, fière, imposante sur le plan mental, elle n’a rien perdu de sa superbe.  Elle y croit dur comme fer, la seule chose qu’elle attend c’est qu’un mâle quelconque lui construise sonfutur nid de premier ministre ou de président. Qui n’essaie rien n’a rien, et le fait que certaines mauvaises langues (cf. l’émission de Taddeï de vendredi dernier ou un article dans De Standaard du 24 février) lui reprochent sa gabegie ou son incapacité à avoir accompli quoi que ce fût de son programme ambitieux du temps où elle fut au pouvoir, ne doit en rien nous ternir notre joie à voir l’Ukraine bientôt entre de bonnes et capables mains de femme. J’ai vu que cette autre grande égérie (de Huy, une autre Jeanne d’Arc?) allait écrire un livre sur l’Ukraine.  Je me suis dit, pas mal, va-t-elle parler de la statue de Bandera à Lvov que les anciens dirigeants ukrainiens – avant Yanukovitch – permirent d’édifier?  Bandera, chef d’un des mouvements ukrainiens antisoviétique qui collabora avec les nazis mais qui, aussi, participa à la traque et la mise à mort des Juifs. L’un de mes anciens patrons juifs fut un temps partisan dans un groupe ressortissant à la mouvance de Bandera.  Il m’a confié, si ces gens avaient su qu’il était juif, ils l’auraient liquidé aussitôt.  Cela c’est l’Ukraine qu’on ne montre pas à l’écran, ni la résurgence d’intérêt pour l’ancienne division SS ukrainienne…et quand on en parle (j’en parle moi en tant que personne soucieuse de préserver la mémoire de l’Holocauste, uniquement), on se fait traiter de pro-Poutine ou de prorusse…comme si parler de l’antisémitisme et des crimes odieux qui ensanglantent le passé de l’Ukraine ne faisait nullement partie du devoir de mémoire mais aussi du bagage culturel…

 

Tout comme on a signalé un concert inédit à Sotchi de ces incomparables artistes que sont les Pussy Riot.  Comme d’habitude, leur musique était d’une teneur et d’un niveau bien supérieurs à ce qu’ont pu faire de pâles compositeurs tels Chostakovitch, Prokofiev, Rachmaninov et autres Scriabine, ce menu fretin musical  Non, avec les Pussy Riot, on est dans la musique d’avant-garde non pas basée sur une tonalité, des accords (accords, hi-hi !) et/ou une quelconque mélodie.  On est dans le happening genre ‘shout’, une tradition qu’inventèrent les Noirs américains du temps où ils étaient encore esclaves à la solde des riches propriétaires des Etats du Sud. Mais, en Russie, on met les artistes en prison.  Ah, s’ils étaient en Belgique, je les verrais volontiers chanter et se trémousser en tant que backing vocalists derrière Stromae ou Adamo, toutefois, c’est vrai, ils devraient soigner leur chorégraphie plutôt primaire, mais pour la justesse, pas de soucis à se faire, il y a maintenant des consoles qui permettent de rectifier toute note fausse et d’en faire une note acceptable…mais pourquoi diable est-ce que j’emploie le singulier pour ‘fausse note’?

 

Les pandas sont arrivés en Wallonie et les Flamands en prennent plein le baba.  Cela ne m’étonnerait pas que bientôt ces pandas ne deviennent un enjeu électoral de taille.  Les Flamands sont jaloux, c’est normal, ils n’ont pas investi un cent dans cet accord commercial et politique (les pandas ne sont-ils pas des ambassadeurs de Chine?) et ils voudraient en percevoir les retombées économiques sans avoir fait quoi que ce soit!  Pour ceux qui étaient là (comme mon épouse et moi) dès les tout débuts de Paradisio, c’est fabuleux de voir comment ce parc animalier a évolué, toujours dans un sens positif, ajoutant une dimension religieuse et culturelle dans ce qui ne devait après tout n’être qu’un simple zoo ou parc animalier.  J’espère qu’un jour les Pussy Riot viendront y faire un concert à Pairi Daiza pour ajouter un peu de culture à ce qui est déjà un centre culturel de renom pour la Wallonie mais pas grâce aux dirigeants wallons, non merci.  Notons au passage que c’est là un des rares endroits de ce genre où on peut côtoyer des lémuriens (pas des politiciens) et les caresser (tôt après l’ouverture avant les grandes foules).

 

Je suis allé à la Foire du Livre samedi dernier (ayant vu en passant Michel Drucker accepter de bonne humeur de se faire photographier par des admiratrices, il est bien conservé Drucker malgré la septantaine), écouter une causerie d’Antony Beevor, un historien militaire, auteur d’un superbe livre sur les batailles de Berlin et de Stalingrad et un autre sur la guerre d’Espagne. Le thème était ‘La Deuxième guerre mondiale a-t-elle commencé en 1917, et ce débat sous la forme de questions et de réponses de l’auteur était animé par Aude Merlin, spécialiste de la langue russe et de la Russie.  Pour Beevor, la révolution bolchevique de 1917 a été très importante en Europe, cette révolution bolchevique a créé un fossé de peur, un cercle vicieux de causes à effets.  Il a cité aussi l’influence importante de la révolution bolchevique sur les gouvernements espagnols des années 34 et 36 {juste avant le putsch de Franco}.  Il a ajouté  - et là je suis tombé de ma chaise ! - qu’on pouvait parler d’une longue guerre qui aurait duré de 1917 à 1989.  Quant à l’animatrice, elle a proposé la thèse de la brutalisation des sociétés.

 

J’ai beaucoup de respect pour Beevor que j’ai lu et que j’apprécie sur le plan de l’histoire militaire.  Mais, d’une part ce terme de bolchevique qu’il a utilisé (tout comme souvent celui de ‘Russes’ au lieu de ‘Soviétiques) et qui est tout à fait correct sur le plan historique, je l’ai lu et entendu tant de fois dans la bouche ou dans les écrits de Hitler, que le fait d’employer la même terminologie que celui, qui au fond et par sa seule force mentale, déclencha cet horrible cataclysme mondial, me rend malade.  Si Beevor prend comme points de repères 1917 à 1989, il vise l’URSS, l’ ‘Empire du Mal’ tel que le décrivit Reagan jadis.  Cela me paraît une réduction simpliste mais populaire dans le cadre du caractère antirusse que les événements récents en Ukraine ont provoquée en Europe, mais cette prise de position ignore totalement l’origine réelle de la Deuxième guerre mondiale et le lot de souffrances des populations civiles qu’elle engendra, dans nos pays de l'Europe de l'Ouest et de l'Est, non pas par les fautes des Russes mais par la faute des nazis.

 

Durant le débat de près de trois quarts d’heure, si on a parlé d’abondance des crimes commis par l’URSS (2 millions de femmes violées en Prusse orientale, Poméranie, Berlin, etc.) nulle fois ai-je entendu parler de ces autres types de brutalisations des sociétés que commirent les Britanniques avec les camps de concentration dans leur guerre contre les Boers, le génocide en Namibie commis par les Allemands, les bombardements italiens en Ethiopie, les massacres de civils en Belgique dès 1914, puis, plus tard – puisqu’il fut question de Deuxième guerre mondiale, les atrocités dont les nazis mais aussi la Wehrmacht se rendirent coupables (politique de la terre brûlée, affamer les prisonniers soviétiques, utilisation de travailleurs civils et détenus de camps de la mort comme esclaves, chasser des millions de personnes de leur maisons et terrains en URSS dans des buts militaires ou d’occupation, etc.), pas un mot non plus sur le génocide juif, sur le massacre d’Allemands via le programme T4 (100.000 Allemands handicapés mentaux ou jugés inaptes à la vie, furent ainsi tués en 1939).  En abrégé, c’était l’URSS, le fauteur de troubles, le grand coupable et la Russie actuelle ne vaut guère mieux (Merlin cita l’affaire de la télé Dojd’, réduite au silence pour avoir osé faire une enquête sur la reddition possible ou nécessaire de Leningrad).  Pas de printemps ici, pas de dégel quelconque, on ne construit pas des nids, on table sur une certaine arrogance liée à un passé de contentieux, n’oublions pas que les Britanniques, alors même que l’URSS était leur alliée militaire, ont toujours été anticommunistes.  Soyons clair.  Oui l’URSS a commis des crimes en masse, contre ses propres citoyens (Soljenitsyne parle de 60 millions de victimes du communisme soviétique) et contre l’Allemagne occupée.  Mais dans un débat sur l’origine de la deuxième guerre mondiale, ne fallait-il pas parler un rien de la véritable origine de cette guerre de revanche? À savoir que les soldats allemands – qui occupaient encore la Belgique et la France en novembre 1918 - ont eu le sentiment (1) qu’ils n’avaient pas perdu la guerre sur  le plan militaire, (2) qu’ils avaient été trahis – poignardés dans le dos – par la clique politique judéo-bolchevique. Et nous savons que ce concept – tout comme le traité de Versailles pour lequel Beevor a eu raison d’y trouver une des causes probables du conflit ultérieur – fut à la base de l’idéologie de Hitler.  Et, l’auteur Beevor aurait dû dire que la grande masse des soldats et des officiers de la Wehrmacht avait été nazifiée au point que l’ennemi militaire – l’URSS – était aussi mais avant tout un ennemi idéologique qu’il fallait exterminer, comme les Juifs et les Slaves.  À une question d’une spectatrice si, pour les chiffres avancés (2 millions de femmes violées, etc.), l’auteur s’était basé sur des sources soviétiques, Beevor a répondu par l’affirmative.  J’ai vérifié à la page 562 du livre ‘La Chute de Berlin’, aucun renvoi ou citation de sources soviétiques.  D’ailleurs, tant la question que la réponse faisaient preuve d’une légèreté historique.  Comment les Soviétiques, sachant que leurs troupes avaient commis des crimes en masse, inconstestables d'ailleurs, auraient-ils recensé le nombre de victimes allemandes dans leurs propres archives? C’était contraire à l’esprit qui régnait à l’époque puisque l’écrivain et journaliste Ilya Ehrenburg, mais aussi des commandants d’unités (dûment cités par Beevor dans son ouvrage) avaient appelé les troupes de l’Armée Rouge à se montrer sans pitié une fois qu’ils entreraient sur le territoire allemand.  Et ainsi en fut-il…

09/11/2013

Double langage, double morale, double représentation

C’est Orwell qui a parlé le premier du double langage (double talk), c’est-à-dire dire une chose et vouloir suggérer une autre chose.

 

Je viens de terminer «Les Sirènes de Bagdad» de Yasmina Khadra qui comme le clame une phrase sur la couverture de dos du Poche est  un «magnifique plaidoyer contre toute forme de fanatisme.»

 

Ma lecture est toute différente.  Le protagoniste principal du livre, un adolescent vivant dans un petit village irakien, est tout d’abord témoin de la mort par stupidité américaine d’un jeune adolescent faible d’esprit, puis plus tard, de l’irruption de soldats américains dans sa maison, humiliant père, mère, sœurs, ne faisant preuve d’aucun respect pour la culture irakienne, les mœurs en usage dans les pays musulmans (surtout à l’égard des personnes de sexe féminin).

 

Le résultat c’est que l’adolescent humilié formulera des idées de vengeance et frayera avec des mecs de la mouvance djihadiste.  Enrôlé pour un projet d’assassinat de masse via un virus qu’on lui aurait inoculé, quand il est à l’aéroport sur le point de s’envoler vers l’Europe pour y propager son virus létal, il ne prend pas l’avion.

 

Donc, c’est vrai, une première lecture superficielle pourrait faire croire que l’auteur a voulu que la morale et le non-terrorisme triomphent en fin de compte.  Sauf qu’une lecture un rien plus approfondie me permet de dire que si l’adolescent ne part pas, ce n’est pas sous l’effet d’une poussée de moralité lui ayant fait prendre conscience de la gravité de l’acte de terrorisme qu’il allait commettre.  On a plutôt l’impression que sous l’effet de la violence autour de lui, une lassitude générale s’est installée et que c’est de lassitude, d’inertie, qu’il ne prend pas l’avion, non pas le fait d’un choix conscient et délibéré.

 

Cette fin laisse planer le doute, et je pense que c’est voulu car ce que je retiens aussi de ce livre, c’est la charge antiaméricaine primaire de l’auteur.  Qui, non seulement n’aime pas les Américains et leur rôle en Irak et Afghanistan, mais aligne les lapalissades à charge de ce ‘monstre’ US.  Une phrase typique «Le GI noir ne comprenait pas grand-chose à  ce qu’essayait de lui expliquer le ferronnier;  il semblait excédé qu’on lui parlât dans une langue qui ne lui disait rien, et cela le foutait doublement en rogne.»

 

Antiaméricanisme mais aussi racisme puisque le symbole du fossé culturel séparant les deux cultures est un Noir.

 

Le message de refus du terrorisme aurait été moins ambigu si le protagoniste principal eût refusé catégoriquement devant ses commanditaires de servir de virus ambulant.

 

 

 

Parlant de clichés, hier soir j’ai essayé de regarder ‘Ray’, le film sur ray Charles (que j’ai adoré alors que j’étais adolescent et que j’ai vu à Comblain en 1964), j’ai abandonné au bout de 10 minutes.  Dans un certain type de cinéma on présente encore toujours les Noirs sous la forme de stéréotypes effroyables, je pensais que l’égalité sur le plan des droits civils et l’accession d’Obama à la présidence US, avaient eu un effet sur ce genre de représentation de la communauté noire.  C’était un peu trop demander à ceux qui produisent des hits à Hollywood et ailleurs (j’avais aussi détesté ‘Bird’ et ‘Round Midnight’ pour les mêmes raisons, encore plus quand le film est doublé en français.  Et des images que j’ai vues de ‘Intouchable’, j’en ai retenu la même chose, l’acteur noir est représenté sous les traits de ce que des scénaristes et réalisateurs blancs pensent qu’un Noir doit être.  Pour ça, j’ai mieux aimé ‘Un Prophète’ et ‘Indigènes’ où les Musulmans n’étaient pas des stéréotypes faits à notre représentation d’eux.

 

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Dans un autre domaine, j’ai constaté qu’il y a aussi du double langage.  Un Wallon connu et en vue a récemment été accusé du meurtre de son épouse et incarcéré.  Dès le lendemain des faits, une certaine presse fit état de problèmes psychiatriques de l’épouse décédée.   Puis on parla de journée bien arrosée (une interview d’un proche affirma que ce serait peut-être là un drame de la boisson, aujourd’hui on dit qu’elle avait 3 grammes d’alcool dans le sang).  On étala le fait que l’épouse était «suicidaire».  Puis, on affirma que le mari était jaloux et que l’épouse avait décidé de divorcer.  On fit état d’un coup de fil malencontreux de son ex et amant.

 

Tout cela me dégoûte, pourquoi faut-il quand il y a un drame, que ce soit un meurtre ou un suicide, étaler les travers réels ou journalistiques de la victime des faits? Une victime n’a-t-elle pas droit au respect?  Et le secret de l’instruction ne vaut-il jamais pour les victimes dans des drames qui touchent des people?  Et, si c’était un meurtre au fond, eh bien, on pourrait déjà parler d’atténuation, de circonstances atténuantes, car il y avait (1) la boisson, (2) le passé psychiatrique de l’épouse, (3) la jalousie du mari et, (4) d’autres tentatives de suicide précédentes (simpliste le raisonnement par ailleurs, une personne suicidaire ne peut-elle être victime d’un meurtre ?) (5) une séparation et divorce en vue, (6) un coup de fil de l’amant qui aurait déclenché l’‘algarade’, ce dernier fait à lui seul justifiant sans doute dans l’esprit de certains un homicide.

 

On voit ainsi, via certains médias, se dessiner une stratégie de défense où un homme accusé du meurtre de son épouse, pourra faire valoir plein de circonstances atténuantes ayant conduit au drame.  Et, avec un excellent avocat, le tour sera vite joué.

 

Il est aussi amusant de voir la différence de traitement entre un meurtrier présumé issu des ténèbres et de la misère d’une vie sans aura ‘people’ et qui sera traité de tous les noms, et le sort d’un homme public avec lequel on reste déférent tandis que c’est la victime qui via des insinuations, de petites phrases assassines (ce qu’en anglais on appelle l’assassinat de la personnalité), est considérée comme la principale responsable de ce qui s’est produit.