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19/09/2014

LA STRATÉGIE DE POURRISSEMENT DE CERTAINS PARTIS FLAMANDS

L’échec du oui au référendum sur l’indépendance de l’Écosse tempérera l’appétit de la N-VA pour tenter la même expérience.  Et encore, ce parti en a fait l’article majeur de son programme, mais selon de Standaard seuls 20 % des Flamands seraient réellement pour l’indépendance de la Flandre, donc la moitié des votes cumulés de la N-VA + Vlaams Belang + LDD.  Il faudrait toutefois ajouter que si, dans le débat sur l’indépendance de l’Écosse, on parlait des richesses (pétrole notamment, mais certaines fortes industries telle celle du whiskey par exemple ou le saumon) de ce nouveau pays, dans une Flandre indépendante, celle-ci serait lourdement hypothéquée de près de 60 % de la dette publique belge – soit à peu près 180 milliards d’euros pour la seule Flandre ! -, dès le départ et il n’y aurait ni pétrole ni whiskey ni saumon  pour amoindrir la charge des intérêts de cette dette.

 

On sait que la N-VA a une stratégie de pourrissement de l’État fédéral.  Prouver, même en participant au gouvernement fédéral, qu’une Belgique n’est plus gérable sur le plan fédéral – national -, est l’objectif de ce parti.  Un échec d’une telle coalition ou un désaveu massif (par exemple à la suite de grèves prolongées ou de détérioration de la situation économique) démontrerait a fortiori qu’il faudrait passer à l’étape suivante, la séparation de corps et de biens des entités belges.  Sauf que pour la N-VA Bruxelles – entité qu’elle ne reconnaît pas – serait placée sous tutelle des entités séparées, Flandre t Wallonie!

 

Récemment, on a chanté les louanges de Wouter Beke, le président du CD&V, qui a choisi de sacrifier Peeters, le futur 1er Ministre, pour permettre à Marianne Thyssen d’obtenir un poste de commissaire européen.  De Standaard a même écrit en titre d’un article laudatif que c’était là un ‘coup de maître’.  Je n’ai pas la même lecture.  Jai vu jadis dans une interview de Beke qu’il se disait ‘flamingant’ (son propre terme en néerlandais).  Je pense, moi, que Beke a un agenda caché.  Il regrette peut-être le cartel avec la N-VA et, donc, en sacrifiant le poste de 1er Ministre de Belgique, en permettant sans doute que ce soit l’une ou l’autre des personnalités francophones du MR qui l’endosse, on pourrait à terme, N-VA et CD&V tendrement réunis et confondus dans une même idéologie séparatiste, juger que la Belgique, dirigée par un 1er Ministre francophone ou wallon, est ingouvernable.  Sachant que ce gouvernement de centre-droite (mais où est le centre dans cette coalition ’suédoise’?) amènera inévitablement, à terme, des conflits sociaux et qui sait, peut-être même de la bisbrouille entre les partenaires.  Car Beke, ce faux grand maître croit que ce qui donne des voix à la N-VA, ce n’est pas son programme économique, mais surtout et uniquement leur désir d’indépendance pour la Flandre.  Il croit donc qu’en œuvrant en coulisse dans le même sens que les séparatistes, il regagnera des voix de la N-VA.

 

Je pense que Wouter Beke a choisi le camp de la N-VA et du pourrissement.  Je crois que lui aussi a choisi de manière délibérée – et sans le dire – le camp des indépendantistes, le camp de ceux qui lègueront à leur peuple une dette d’environ 180 milliards d’euros si jamais on devait arriver à un référendum et à une indépendance de la Flandre.  Que la N-VA refuse systématiquement le poste de 1er Ministre sur le plan fédéral en dit long sur leur stratégie.  S’ils veulent bien être associés par le biais à une participation au fédéral, ils ne souhaitent pas qu’un éventuel 1er Ministre de leur propre parti (et surtout pas De Wever) porte le chapeau de l’échec programmé de cette coalition suédoise. Car l’échec est déjà programmé, souhaité, voulu, ce sera la preuve, une fois de plus, que la Belgique a vécu son temps et qu’il est temps de passer à des entités fédérées ou indépendantes.  Que le MR soit aveugle ou insensible à cette stratégie délibérée est navrant, sauf que je pense que l’attrait de 7 postes ministériels demeure le principal leurre qui guide leurs choix et décisions politiques.

 

J’ai bien ri quand j’ai lu que Maggie De Block était la politicienne la plus populaire en Belgique, celle qu’on verrait volontiers – tant en Flandre, à Bruxelles qu’en Wallonie – 1er Ministre du Royaume.  Outre sa laideur intrinsèque et son poids, qui a mon sens, constituent un handicap pour les relations internationales de notre pays si elle devait être 1er Ministre en titre (quelle image de notre pays donnerait-on?), le pire c’est que pas une seule personne de celles qui ont été sondées pour le sondage d’opinion et qui la verrait à ce poste ne serait capable de décrire un seul point du programme, une seule idée politique, une seule ligne de conduite politique, que cette brave dame aurait.  J’ai lu que quand on lui a demandé quel sentiment cela donnait d’être citée comme 1er Ministre potentielle, elle a répondu ‘Dat is een tof gevoel’ (c’est un chouette sentiment).  Sauf que ‘tof’, pour elle qui est médecin donc censée être intellectuelle, c’est un mot que ni adolescents ni adultes flamands n’emploient, seuls des enfants en bas âge utilisent ce mot avant de passer, plus tard, à des termes un peu plus relevés.  Selon, De Standaard, tout ce simulacre autour de De Block en tant que 1er Ministre ne vaut que pour lui permettre d’avoir un ‘gros’ portefeuille dans le prochain gouvernement, car elle n’a aucune chance d’être 1er Ministre.  Heureusement pour l’image de la Belgique!

 

Marc Reynebeau, l’un des faiseurs d’opinions les plus intelligents et influents du Standaard (capable de beaucoup de traits d’humour aussi, il suffit de lire sa rubrique ‘De Week volgens Marc Reynebeau’ dans le supplément du Standaard du week-end) a, dans un article récent[A] fustigé tant le gouvernement fédéral en devenir que le gouvernement flamand, qui font abstraction de leur rôle d’arbitre neutre, et témoignent leur attachement unique aux valeurs et idées patronales, abandonnant ce qui avait toujours fait la grandeur de notre tissu social, le dialogue social, inscrit dans la loi et qui seul jusqu’à présent, et ce depuis automne 1944 -  a permis d’éviter des conflits comme en ont connu le Royaume-Uni sous Thatcher et la France.

 

Ce qu’il dit est intéressant et mériterait qu’on en fasse plus de publicité:

 

En cela, le gouvernement flamand – tout comme le futur  gouvernement fédéral de coalition, analogue sur le plan idéologique – n’est plus un arbitre neutre dans le champ classique des tensions sociales.  Il prend parti au contraire, ce qu’il démontre en reprenant le discours patronal et donc, son matériau idéologique (…)  Cela se trouve aussi écrit dans l’accord de gouvernement.  Il opte pour ‘une gestion par l’autorité’ d’économie de marché et reconnaît dans cette logique uniquement les entrepreneurs en tant que créateurs ‘de prospérité et d’abondance

 

Remarquons aussi que bien qu’il y ait de plus en plus d’économistes sur le plan international et belge, qui vont maintenant dans le sens d’un stop à l’austérité, nos partenaires à la coalition à la suédoise n’ont que ce mot à la bouche, évidemment puisque Bart De Wever – et le MR dans une certaine mesure – n’ont comme idoles et points de référence politiques que des gens comme Thatcher ou Cameron.  Les déclarations venimeuses récentes à l’égard des syndicats de certaines des têtes pensantes de la N-VA donnent à penser que le dialogue social est mort et qu’on entre de plain-pied dans une ère thatcherienne de diktats et de recul social.  La Flandre déjà diminue les subsides aux organisations culturelles et sociales, augmente le minerval dans les universités, supprime la gratuite de transport pour les seniors flamands et ce n’est qu’un début.  Retour aux années 70 et 80 et à cette ère néolibérale qu’illustrèrent Thatcher et Reagan.

 

Ce syndicaliste de l’ACV n’avait pas tort quand il a parlé d’une coalition ‘Monaco’ plutôt que suédoise.

 

Si l’avenir en Belgique ne s’annonce pas rose, il s’annonce décidément jaune et noir (N-VA) avec la participation enthousiaste du MR, ces renégats francophones, ces fossoyeurs de l’État belge!  Incapables de comprendre dans quel jeu de dupes ils se laissent entraîner ou plutôt les mirettes fixées sur ce Veau d’Or que constituent postes ministériels et cabinets ministériels.

 

Quant à Lutgen, il aurait dû participer à cette coalition, la participation de son parti aurait été un gage de démocratie face à ce tsunami néolibéral qui va bientôt nous engloutir!

 

Deux choses maintiendront l’unité du pays en l’état: (un) la Royauté, (deux) l’impossibilité constitutionnelle d’organiser un référendum séparatiste.

 

  



[A]De Standaard du 17/9/2014)

02/09/2014

Paris est-elle déjà entrée au 21e siècle?

Paris est une ville incomparable dont on ne se fatigue pas.  Capitale de culture grâce à ses nombreux musées, c’est aussi une ville qui a des attraits architecturaux de haut niveau historique, de très beaux parcs, c’est une ville d’histoire où se sont en effet passés certains des événements qui ont créé le monde tel que nous le connaissons maintenant (je pense notamment à la Déclaration des droits de l’homme, au principe d’égalité, au Code Napoléon pour les principes de droit).

 

Je fréquente Paris depuis 47 ans et je ne m’en lasse jamais.  J’y trouve une cordialité chez les serveurs de cafés, bistros et restaurants (souvent des hommes, souvent encore avec le tablier blanc traditionnel) et un humour qui fait défaut ici en Belgique.  On dit des Parisiens qu’ils sont arrogants, froids, mais même quand j’achète un croissant dans une boutique de métro ou dans une boulangerie, l’accueil est chaleureux.  Que Paris soit une ville chère et surtout pour les boissons (19 euros par exemple pour deux verres de vin blanc dans le quartier latin) n’étonnera personne.  Par contre, celui qui veut boire ou manger à n’importe quelle heure n’a que le choix, je n’ai jamais vu une ville où il y avait autant de débits de boisson ou de restaurants.  Et on sait que la qualité de la nourriture dans certains établissements (je pense aux brasseries par exemple, comme Bofinger près de la Bastille, dont l’intérieur de style Art Nouveau est de toute beauté) y est incomparable.

 

Pourtant, abstraction faite des trésors de culture et de beautés architecturales qu’offre Paris aux millions de touristes, un récent séjour dans cette capitale européenne m’a laissé sur ma faim sur un certain nombre de plans.  Qui me font dire que Paris, pour aussi moderne qu’elle se targue d’être, n’est pas encore entrée de plain-pied au 21e siècle.

 

Un: le métro de Paris est fabuleux, rapide et pas trop cher (13 euros et quelques cents pour un carnet de 10 tickets).  Cependant, il faut être en très bonne santé et forme, ne pas être du tout handicapé ou diminué dans ses moyens physique, ne pas être une mère avec enfant en poussette pour le fréquenter.  Pratiquement aucun escalator (hormis à la Gare du Nord et aux Halles).

 

Souffrant d’un léger problème de ménisque interne (à opérer), j’y ai souffert dans ces fichus métros, avec parfois, un demi-kilomètre de dédales de corridors à parcourir (par exemple à la Station Châtelet pour sortir en direction de Beaubourg/des Halles), avec à chaque sortie de métro des dizaines et dizaines de marches d’escalier.  À Paris, c’est simple, je n’ai pas vu de handicapés ni dans les métros ni en surface.  Je présume que si on est handicapé à Paris, on reste chez soi. Je n’ai jamais vu non plus de mères/pères avec voitures d’enfant dans le métro. Je comprends que placer des ascenseurs dans certains stations serait inutile vu la longueur des corridors à emprunter, mais installer des escalators à certains endroits serait peut-être utile.  Question de se dire on est au 21e siècle, youpi!  Ou est-ce l’idée que la RATP se fait de la mise en forme obligatoire des usagers de métro?

 

Deux: les toilettes (W.-C.) dans certains cafés ou établissements (par ex. dans un café face au musée d’Orsay ou un autre en face de l’École militaire) ne sont pas encore au diapason d’une hygiène acceptable sur le plan européen, surtout si on compare ces lieux à certains pays dont la propreté est exemplaire (Pays-Bas par exemple).  Au Musée de l’Armée (Invalides), tant dans les toilettes pour hommes que pour dames, il n’y avait plus d’eau pour la chasse, les ‘choses’ s’accumulaient donc dans le pot du cabinet.

 

Trois: dans certains musées surtout fréquentés par les étrangers (le d’Orsay par exemple), les indications de titres et lieux d’œuvres picturales sont en français exclusivement.

 

Quatre: la gare du Nord est le seul endroit de départ que je connaisse au monde (j’ai visité plus de 50 pays) où les heures de départ ne sont affichées qu’un quart d’heure au grand maximum avant l’embarquement.  Évidemment, les voyageurs futés savent que les Thalys partent des voies 8 et 9.  Également, il y a très peu d’endroits où s’asseoir dans l’attente du départ.

 

Comme je suis curieux, un moment à Paris, j’ai regardé les annonces affichées sur les vitres d’une agence immobilière.  Et j’ai vu un appartement d’un peu plus de 8 mètres carrés en vente pour près de 80.000 euros.  J’ai l’impression que même Dutroux a une cellule qui doit faire plus de 8 mètres carrés (soit 4 mètres de longueur sur deux mètres de largeur par exemple).  J’imagine, moi qui me retrouverais seul et obligé d’aller vivre à Paris, ce que je pourrais caser dans une pièce aussi exiguë.  Avec mes centaines de livres à lire et centaines de livres dans mes deux bibliothèques (certains dans des coffres), mes centaines de CD, les vêtements et paires de chaussures…je serais obligé d’installer le tout verticalement (y compris le lit) et de séjourner peut-être dans un espace utile d’un mètre carré pour y vivre, pratiquer mes loisirs, manger, faire mes ablutions et dormir.  LE PIED!   Toutefois, un appartement d’une cinquantaine de mètres carrés allait dans les 270.000 euros, ce qui au fond est la surface d’un grand studio chez nous mais à un prix double.  Ce qui me fait dire que Paris et la France sont en passe de devenir un pays à deux vitesses.  Les nantis se paient des apparts incroyablement chers, les classes défavorisées migrent vers les banlieues et les problèmes tels qu’on les connaît dans les banlieues.

 

Paris, par contre (ville blessée, ville outragée, ville martyrisée…mais ville libérée) a, je crois, le plus grand nombre de jolies filles et femmes au kilomètre carré. Un régal pour les yeux, surtout pour quelqu’un comme moi qui ai fréquenté les rames de métro à 7 heures et demi du matin à Bruxelles avec les hordes de Flamandes laides et pressées d’aller dans leur administration. Et Paris a le plus grand nombre d’affiches dans les métros.  Et parmi les meilleurs musiciens de métro (sauf peut-être ceux de New York), j’y ai vu un mec jouer au soprano le morceau du film ‘Schindler’s List’ d’une façon belle et prenante.  Ce qui m’a frappé aussi à Paris, c’est que les tagueurs ne font pas de dessins, uniquement des graffitis et inscriptions ‘littéraires’. Pas d’œuvres d’art à vrai dire comme on peut les voir dans d’autres pays.  Ce manque de dessins tient-il à l’interdiction de peindre qui vaut pour les Musulmans?

 

Par contre, Paris est une ville qui vit, qui bouillonne, une ville toujours en émoi, une ville sûre, même si dans le deuxième métro que nous avons emprunté, nous avons vu une dame étrangère (polonaise je crois) qui a retrouvé son portefeuille tombé par terre et qui d’après sa mine, venait de se faire voler l’argent qui s’y trouvait.  Le plus amusant, c’est qu’elle était juste en face de mon épouse et de moi-même, puis elle a essayé d’ouvrir une fenêtre et tout à coup, son portefeuille qui roule à ses pieds, et ni elle ni nous n’avons constaté quoi que ce soit d’anormal.  On sait maintenant que ce sont surtout les étrangers, et plus particulièrement les Chinois, qui font l’objet de vols à la tire à Paris.  Peu de Chinois cette fois-ci à Paris mais beaucoup de Japonais individuels (pas en troupeaux) et des Russes qu’on reconnaît de loin à la mine rondelette et patibulaire du mari, nouveau riche.

 

Paris est aussi l’endroit où on peut trouver des romans (parfois des classiques) à 20 cents et ce ne sont pas les endroits de ce genre qui manquent, surtout au quartier latin. Paris est le lieu où quand on commande un vin (au verre) s’il est cher, toutefois en contrepartie le garçon apporte la bouteille à table pour le servir, il s’agit donc le plus souvent d’un bon vin.

 

Le Forum des Halles (la construction date des années 80) est en reconstruction totale, chantier terminé pour 2018.  Je ne comprends pas pourquoi les Français n’ont pas été capables de construire quelque chose de plus durable, trente ans c’est peu pour un ouvrage immobilier.  Encore une chose, le culte de héros pour Napoléon (Invalides, un bel endroit à visiter pour le lieu mais pas pour Napo), ce despote qui a mis l’Europe à feu et à sang, partant en Russie avec 120.000 hommes, en revenant avec 10.000, fuyant les champs de bataille quand il risquait de se faire tuer (retraite de Russie à la Berezina/défaite à Waterloo).  Mais l’endroit vaut le déplacement pour le Musée de l’Armée avec quantité d’uniformes et d’armes des principaux belligérants pour les deux guerres mondiales.  Et, au cimetière de Montparnasse, j’ai vu les tombes de Bruno Cremer et de Vergès, l’un à côté de l’autre!  Et j’ignorais que Petliura, dont le nom est associé à des pogromes en Ukraine du temps de la guerre entre Blancs et Rouges, fût enterré à Montparnasse!

12:20 Publié dans Passions, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris

15/07/2014

Dur, dur, d'être intellectuel et amateur d'art

Pour un intellectuel et un amateur d’art, il devient de plus en plus difficile de vivre dans cet environnement audiovisuel délétère et a-culturel.

 

Ne parlons pas de l’hystérie récente autour du Mondial de foot qui a monopolisé nombre de dizaines d’heures d’antennes.  Et, de plus, il n’était pas suffisant de retransmettre les matches en direct, il fallait aussi produire des heures de commentaires sur ce que les téléspectateurs venaient de voir.  Comme si tous ces téléspectateurs étaient idiots au fond et qu’il fallait – a posteriori – leur expliquer ce qu’ils avaient vu.

 

Récemment, car je lis tous les programmes des chaînes susceptibles de rassasier quelque peu mon goût immodéré pour la culture, j’avais vu qu’une chaîne française passait l’opéra ‘Boris Godounov’ (l’un de mes préférés) entre une heure et quatre heures et demie de la nuit.  Heureusement que j’ai la possibilité d’enregistrer et de regarder en différé! Je me souviens qu’un jour alors que j’avais bougrement sommeil et que je ne disposais plus à ce moment-là de moyen d’enregistrer, j’avais commencé à regarder sur une chaîne française ‘Moses und Aron’ d’Arnold Schoenberg, un opéra auquel j’étais resté indifférent mais quand je vis cette production, elle était fabuleuse, sauf que j’avais tellement sommeil que finalement je suis allé dormir sans la voir en entier.

 

Récemment, en zappant je suis tombé sur d’anciens concerts enregistrés par la VRT et je fus très étonné d’y voir jouer Cecil Taylor et Fred van Hove, deux tenants de l’avant-garde au piano.  Évidemment, cela change de Stromae et requiert de l’auditeur une connaissance des musiques et la capacité de découvrir et de comprendre une musique qui n’est pas pour le grand public idolâtre mais inculte.

 

Mais il n’y a pas que l’audiovisuel – et plus particulièrement des chaînes belges et francophones comme la RTBF, se présentant toujours comme LA chaîne culturelle, ou RTL-TVI et ses satellites qui ne sont là que pour nous fourguer de la publicité tout le temps - qui asphyxie la vraie culture.  Préparant depuis l’année dernière une biographie musicale de John Coltrane, le jazzman disparu en juillet 1967, j’ai eu la chance - car je désirais passer à la critique de jazz une bonne partie de ses enregistrements connus et moins connus -, d’avoir pu acheter en temps utile l’essentiel de ce qu’il a produit. Parce que, maintenant quand je me rends dans des grandes surfaces (Media Markt par exemple, concurrentiel du point de vue des prix), je vois que le rayon jazz s’amenuise de plus en plus et que pour Coltrane, on ne diffuse plus que certains albums précis et archiconnus, oubliant que nombre de ses chefs-d’œuvre ne sont plus offerts aux éventuels acheteurs et amateurs de jazz.  Ainsi en 2001, j’avais pu acheter au Japon l’intégralité (4 CD) de ses concerts au Japon de 1966 (avec Pharoah Sanders et son épouse Alice).  À l’époque, ces 4 CD n’étaient pas en vente en Europe.  Il y a évidemment ‘la Maison du Jazz à Liège’ (merci Pol Schroeder!) qui a tout Coltrane tant en disques, articles que DVD.  Je cherchais récemment un disque dont j’avais besoin, le concert de novembre 1961 que donnèrent à Paris le quartette de Coltrane avec Eric Dolphy.  Introuvable en magasin ni sur iTunes, finalement je l’ai obtenu via Amazon, mais beaucoup plus cher.

 

Notons que pour la littérature c’est du pareil au même, les grosses librairies ont tendance à disparaître et ici aussi, ce sont les goûts du public, et non ceux de la culture intangible, qui dictent les lois du marché et remplissent par conséquent les rayonnages.  Quand on déambule dans les rayons de littérature, on verra les grands noms dont tout le monde parle mais que l’amateur sérieux de littérature ne lira jamais pour une raison évidente. Il y a tellement de grandes œuvres de grands auteurs à lire qu’une vie de lecture n’y suffit pas, inutile donc de lire ces Levy, Modiano, Nothomb, Schmidt, etc. qui sortent leurs œuvres au rythme de la chute des feuilles et qui, quelques semaines après avoir lu la dernière page et refermé le livre, n’ont laissé aucune trace de ce qu’ils ont pondu pour la rentrée littéraire.  Ce ne sont pas de mauvais écrivains et ils écrivent convenablement, mais c’est là une littérature du vide qui reste vide après usage. J’ai lu quantité de Modiano et je n’ai pas retenu une seule image ou une seule figure de style.  Alors que pour ‘Guerre et Paix’ de Tolstoï, une seule lecture a suffi pour que j’en conserve des fragments à l’esprit pour toute ma vie, idem pour Dostoïevski, Mishima, Mailer, Dos Passos, Drieu, et pour ‘Voyage au bout de la nuit’ de Céline, même des citations épiques.   Par contre si on veut acquérir certaines œuvres majeures d’écrivains d’antan, d’un tout autre gabarit littéraire (Nobel par exemple ou que la postérité nous a légué) et dont les livres laissent des traces durables, il faut chercher pour les trouver et, maintenant et le plus souvent, il faut avoir recours à des chaînes de vente par internet (Amazon, pour ne pas la citer).

 

L’œuf ou la poule?

 

Si plus personne ne lit ‘Guerre et Paix’ de Tolstoï, ‘Les Damnés’, ‘Les frères Karamazov’ et ‘Crime et Châtiment’ de Dostoïevski, l’œuvre de Mishima et Kawabata du Japon, Céline, Drieu La Rochelle, Malraux, Camus et Sartre de France, sans compter les incontournables américains, sud-américains, britanniques, polonais, et même flamands, etc, que deviendra notre jeunesse.  Oui, d’accord, ‘Guerre et Paix’ c’est long, ennuyeux par moments, on ne s’y retrouve plus dans tous ces personnages, il y aurait des chapitres en entier à supprimer car ils ne font pas avancer le schmilblick.  Kawabata est plutôt longuet, Mishima porté sur le pas très propre.  Céline n’a pas un style très agréable pour la lecture. 

 

Quels sont les jeunes de maintenant, qui ont grandi dans le giron de  notre chaîne culturelle RTBF, qui surfent depuis leurs 11-12 ans, qui ont entendu parler de Thomas Pynchon aux USA, ou bien plus ancien dans l’histoire de la littérature américaine qui auraient lu John Dos Passos et son fabuleux ‘Manhattan Transfer’? Steinbeck?  Fitzgerald? Entendu le nom d’Anthony Burgess en Angleterre (il a pourtant écrit ‘Orange Mécanique’) ou Orwell? Lu le très contemporain et fort de café Irvine Welsh (qui en anglais est assez difficile à lire car une partie des dialogues reprend des déformations de langue écossaise, mais pour lequel un jour j’ai reçu des félicitations de son éditeur pour l’avoir lu en original, moi l’étranger)? Qui ont jamais vu des films de Buñuel, de Bergman, le cycle de Kieslowski sur les X commandements?  Ou vu les fabuleux documentaires sur l’Holocauste que réalisèrent Renais (Nuit et brouillard), Rossif (le temps du ghetto) ou la Belge Chagoll?  Entendu parler de Klarsfeld et de Wiesenthal.  Savoir qui est Soljenitsyne et pourquoi il est devenu célèbre.  Citer au moins un écrivain israélien contemporain?

 

La culture n’est pas nécessaire pour vivre, ce n’est pas comme les nécessités vitales que l’eau, l’électricité, le chauffage, l’alimentation, les vêtements.  On peut s’en passer.  S’il y a un certain devoir de mémoire à l’égard de certains moments douloureux de l’histoire humaine (guerres, génocides, grandes catastrophes, etc.), il n’y a aucun devoir de mémoire à l’égard de la culture, de l’art.  Ceux qui s’y adonnent le font par intérêt, pour leur propre épanouissement personnel.

 

Ma relation avec l’art, c’est ce qui me grandit en tant qu’homme, c’est ce qui soutire le meilleur de moi et m’extrait de mon isolement physique (engoncé dans mon corps et mon cerveau) et me sort de ce penchant naturel qu’a l’être humaine pour l’égocentrisme.  Admirer Coltrane, Burgess, Tolstoï, Mishima, Dos Passos, Kieslowski, Dali, etc. me permet d’oublier que l’homme est mortel, me permet d’occulter la banalité de l’existence de millions et millions d’êtres humains qui ne possèdent pas ces repères culturels et en sont d’autant plus pauvres, la misère physique ou mentale de ces millions de laissés pour compte culturels, leur manque d’ambition (il faut de l’ambition pour se consacrer à l’art), leur manque d’épanouissement mental et/ou culturel.

 

J’ai un ami qui a passé ‘Impressions’ de Coltrane à son mariage.  C’est rare et formidable.

 

Avec quelques rares amis et/ou connaissances, nous formons ainsi des atolls, des îlots, des archipels, de culture, alors que nous tous, les ‘cultivés’, nous nous préparons à l’inévitable montée des eaux, au tsunami, des incultes. 

 

Huxley et Orwell avaient tort.  Ce ne sont pas les états totalitaires qui nous menacent, c’est le totalitarisme de la masse inculte, le diktat des lois du marché dominé par le plus petit commun dénominateur culturel.  Ce dont on parle, ce dont on écrit, ce dont on buzze le plus doit être lu, vu, écouté et discuté autour de barbecues ou de fêtes entre amis, d’invitations, de vernissages, d’expos.

 

Stromae c’est l’avenir.  Tolstoï, Schoenberg, Picasso, Dali, Buñuel, c’est le passé.  Mort et enterré!

 

On pourrait s’écrier ‘No Pasaran!’  Sauf qu’ils sont déjà passés et depuis des dizaines d’années, les vandales de

 l’a-culture, les barbares incultes!