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11/02/2015

FIN DE VIE - EUTHANASIE

Le weekend dernier j’ai regardé ‘Amour’ le sublime film de Michael Haneke avec les tout aussi sublimes interprètes Trintignant et Riva.

 

Certains aspects de ce film, retraçant la lente déchéance mentale et physique d’une femme, m’ont rappelé cette époque lorsque mon épouse et moi-même avions pris sur nous de nous occuper à domicile de ma mère, après qu’elle eut subi une fracture du col du fémur à près de 90 ans.

 

Certains des aspects du film ne peuvent d’ailleurs être compris que par ceux qui ont vécu une telle expérience plutôt ‘lourde’, je pense notamment au licenciement de l’infirmière à domicile ‘pour incompétence’ (cf. la façon dont elle peignait sa patiente avec violence et voulait absolument qu’elle se regarde dans le miroir par après), la scène où le mari lave les cheveux de son épouse hémiplégique, son épouse qui crie parfois sans cesse ‘mal’ alors que son cerveau est déjà ailleurs.

 

Outre la diminution physique d’une personne aimée, ce qui est sans aucun doute le plus dur à accepter, c’est l’éloignement progressif d’un cerveau qui prend, lui, ses distances avec les êtres aimés, les perçoit à peine, ne communique plus pour, vers la fin, n’être plus qu’une enveloppe d’où se sont échappés à jamais ce qui faisait la personnalité, l’histoire, le parcours, la grandeur et la valeur d’une personne frappée d’une telle malédiction terrestre.

 

Quand le mari, finalement, étouffe son épouse avec un coussin, et d’une façon aussi inattendue que brutale, c’est là – et ne nous y trompons pas – un geste d’amour, pas le geste d’un homme qui ne supporte plus les terrifiantes exigences qu’une telle existence au service total d’une autre personne lui demande, non, c’est un geste d’amour d’un homme qui ne supporte plus la déchéance de sa femme aimée pour elle, par rapport à ce qu’elle a été.

 

Ce qui m’amène aux éternels débats entre fin de vie (comprenons, une fin de vie sans pratique d’euthanasie ou de suicide assisté – cf. la Suisse – mais assortie de soins palliatifs) et euthanasie.

 

En France, puisqu’on en parle depuis un certain temps, j’ai remarqué que le mot ‘euthanasie’ faisait peur, tout comme celui de mariage gay faisait peur.  On emploie des phrases évasives, ce qui est amusant pour le pays qu’est la France.

 

Je suis moi-même sceptique, j’ai été confronté à un cas dans ma famille (belle-mère) qui en phase terminale de cancer a été placée dans un établissement dispensant des soins palliatifs parce que l’ampleur des douleurs physiques rendait un traitement à domicile difficile sinon impossible.  Mercredi: entrée dans le service, le cerveau fonctionnait encore bien merci, car il s’agissait d’un cancer de l’intestin avec métastases au foie.  Jeudi: visite et conversation avec elle, tout semble en ordre.  Vendredi: pré-coma, plus aucune conversation possible.  Samedi matin: décès.

 

Le problème avec ce genre de soins palliatifs, et je connais au moins 3 autres cas d’issue fatale aussi rapide, c’est qu’on dispense aux patients des solutions déshydratantes, soit des solutions comprenant des doses importantes de morphine.  D’ordinaire les partisans des soins palliatifs sont contre l’euthanasie et crient leur grand Dieu qu’ils ne pratiqueraient jamais des méthodes aussi inhumaines de tuer des malades, même à leur demande.  Par contre, ce qui se passe, c’est que parfois à l’insu même des patients et de leur famille, on leur administre des médicaments qui raccourcissent l’existence par déshydratation ou débilité (au sens médical du terme) accélérée.

 

Début janvier, le 6, un documentaire réalisé et commenté par Harry Roselmack intitulé ‘Aux Frontières de la Vie’ a démontré de manière limpide quelles étaient les frontières indéfinissables entre ‘fin de vie’ (soins palliatifs) et euthanasie.  Dans un établissement qui tenait de la maison de retraite, le médecin – farouchement contre l’euthanasie – acceptait d’administrer un cocktail à des patients et à leur demande, un cocktail médicamenteux qui avait pour effet de déshydrater et d’affamer le corps qui, après un temps indéterminé en fonction de l’état de résistance de la personne, cessait ses fonctions vitales et mourait.  Et, comme l’indiquait la fille d’une telle patiente qui avait demandé ce traitement de pseudo-euthanasie, cela lui faisait mal au cœur de savoir qu’on allait faire mourir sa mère en lui refusant progressivement tous nutriments capables de la maintenir en vie.

 

Les Français ne se rendent pas compte de l’énorme hypocrisie de médecins qui fidèles à leur serment d’Hippocrate refusent de pratiquer l’euthanasie ‘active’ mais acceptent volontiers de faire mourir des patients – à leur demande – par des procédés qui me paraissent inhumains et cruels.

 

Parmi les dernières images du documentaire, il y avait cette dame partie en Suisse pour qu’on lui pratique le suicide assisté, et comme le montrait la scène finale, on prépare tout pour la personne, mais c’est elle qui, elle-même, ouvre le robinet de la perfusion.  Ce qui était touchant, hormis le fait de voir une dame accomplir l’acte, tout juste avant qu’elle ne meure (et la caméra ne filma pas la toute fin, heureusement pour la dignité de la personne qui avait déjà eu la grandeur d’âme d’accepter qu’on la filme), ce fut de voir l’immense tristesse de Roselmack, cette empathie, parfois rare chez les journalistes professionnels.

 

Il faut reconnaître que l’euthanasie, même dans notre pays, reste un sujet tabou et que certains médecins qui se disent résolument contre pratiquent eux-mêmes des formes de fin de vie, qui sont synonymes d’euthanasie différée même si on ne leur applique pas ce nom-là.

11:25 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

07/01/2015

LE DÉCLIN DE LA FRANCE

Ante scriptum:  j’ai écrit ce texte au sujet de ce que je pense des idées de Finkielkraut, Houellebecq et Zemmour avant d’apprendre la nouvelle de l’effroyable tuerie à la rédaction de ‘Charlie Hebdo’ ce matin même.  C’est une abomination, un acte de terreur et de totalitarisme religieux que je condamne avec la plus grande véhémence.  Mais, cet acte abominable et que j’espère isolé, ne change rien à ce que j’ai écrit au sujet des idées que véhiculent ces trois nouveaux penseurs français, propagateurs d’un message de rejet plutôt que de cohésion, de compréhension et de partage.

 

                                               *

 

Quelles polémiques en France en ce moment!  Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, ont sorti l’artillerie lourde.  Certains de leurs détracteurs n’hésitent nullement à parler d’islamophobie, d’autres les placent d’emblée dans le camp du Front National.  À Bruxelles, comme souvent, on n’a nullement fait dans la dentelle puisque certains politiciens adeptes du politiquement correct souhaitaient interdire l’apparition publique de Zemmour dans une librairie ce mardi 6 janvier sous le fallacieux prétexte que sa venue aurait pu provoquer des manifestations et troubler l’ordre public!

 

Le pays (la Belgique), qui a accueilli en son temps Zola, Hugo, Baudelaire et tant d’autres exilés français qui avaient eu maille à partir avec leurs autorités pour des œuvres jugées contraires aux mœurs ou contraires à certaines opinions déjà politiquement correctes, aurait donc refusé l’entrée sur son territoire de quelqu’un qui a la liberté d’exprimer des opinions qui ne nous plaisent pas!

 

Ces trois hommes tiennent peu ou prou le même discours.  Tous trois sonnent les trompettes de l’apocalypse française, annoncent la fin des temps.  Surtout pour la France qui est le seul et unique sujet qui les préoccupe (vive l’ethnocentrisme !). Pas question pour eux de parler d’Ebola ou de ces maladies létales qui tuent des dizaines de milliers d’enfants africains, sud-américains et asiatiques chaque jour de l’année. Pas question pour eux de se soucier du sort de ces millions de familles dans ces pays déshérités qui vivent avec un revenu journalier d’un dollar.  Pas question pour eux d’aborder le fléau qui frappe ces enfants de sidéens ou de victimes d’Ebola et qui se retrouvent orphelins sans personne pour les aider.  Pas question pour eux de se pencher sur le sort de ces enfants en Afrique, Asie, victimes de malformations cardiaques ou handicapés et qui ne connaîtront jamais les bienfaits d’une chirurgie à visage social comme nous la connaissons dans nos pays de nantis.  Pas question pour eux de parler du sort des immigrés qui se noient en Méditerranée ou de penser un seul moment à ces millions de réfugiés syriens, irakiens, dans des camps, certains y vivant depuis bientôt trois ans.  Pas question pour eux de citer le sort des enfants palestiniens ayant subi des traumatismes de guerre avec épisodes répétés, à la suite des frappes israéliennes.

 

À les entendre et les voir on a l’impression de ce passage ‘Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite’ (Apocalypse 4, ‘Dieu remet à l’Agneau les destinées du monde’ ; Nouveau Testament).

 

Ce sont des visionnaires, ils annoncent le déclin inévitable de la France, et les causes en sont multiples: c’est la faute aux Musulmans, aux femmes, à mai ’68, au multiculturalisme (lisez plutôt l’influence pernicieuse des Musulmans et la ghettoïsation et criminalisation accélérées des banlieues).

 

Tous les trois ont incontestablement raison, la France est en déclin.  Physique.  Quand je les regarde à l’écran, que je regarde leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, que je les entends parler, que j’observe leurs tics, oui, la France est en déclin, elle s’en va à vau-l’eau et ces trois représentants de l’apocalypse en sont les meilleures et plus prégnantes émanations physiques.

 

Moi qui ai un sens de l’esthétique, je conserve à l’esprit cette photo de Baudelaire, figure altière, belle, une présence.  Dans un autre domaine, prenons des artistes comme Chéreau et Boulez, mêmes ports d’hommes de consistance, d’hommes ayant appris à vieillir sans décrépitude physique, d’hommes qui mettent à l’honneur le bien-porter, le bien-paraître.  Chez les femmes, prenons par exemple Catherine Deneuve, l’exemple même d’une femme qui reste physiquement digne, ou Claire Chazal sur TF1  Classe, élégance.  Prenons aussi la classe et l’élégance d’Harry Roselmack (que j’ai vu hier, formidable d’efficacité dans ‘Aux frontières de la vie’, une remarquable émission sur l’euthanasie et la fin de vie en France).

 

Houellebecq, lui, laid, sans élégance vestimentaire, sans élégance verbale, exhibe la face de quelqu’un pour qui l’hygiène de vie (savoir gérer sa vie sans verser dans des excès) semble avoir été un concept pour has been ou losers.  Il exemplifie à merveille le déclin qu’il annonce.  Sa manière aussi de biaiser de la tête, ce manque de regard franc, le rendent antipathique au possible.  Et ce qu’il dit, passons.

 

Zemmour est petit, laid et, s’il s’habille un rien mieux et porte bien ce qu’il a endossé, comme Houellebecq, il manque d’élégance verbale.  Quand il parle ou rétorque, on a l’impression d’avoir affaire à un roquet qui mord dès qu’on l’approche.  Il n’a pas l’aisance verbale naturelle d’un debater, d’un Besancenot et, hier soir au JT de RTL-TVI, quand on l’a vu oser une blague, il en a ri de la même manière que Sarkozy, rire de cabotin qui s’esclaffe de son propre humour qui ne fait rire que des followers manquant sérieusement de neurones et de sens critique et objectif.

 

Pour Finkielkraut, je fais une exception même si sur le plan de la condamnation du multiculturalisme il me fait vomir.  Finkielkraut a de la classe, il s’habille très bien. Il est ‘racé’. Il parle superbement bien, manie les longues phrases emberlificotées et retombe toujours pile là où il voulait arriver.  Je l’écoute avec intérêt et, du point de vue linguistique, même avec fascination.  Le seul problème est de nature physique, dès qu’on le contredit un peu trop ardemment, il se met à gesticuler, à trembler des mains, devient une vision pathétique de l’Ange (de l’Apocalypse: ‘L’Apocalypse, prologue 1, Nouveau Testament).  On l’a vu ainsi, fort pathétique, il y a quelques mois lors d’un débat sous la houlette de Taddeï et on l’a revu ainsi à la fin de son intervention au grand journal de canal Plus cette semaine.

 

La France intellectuelle et artistique est-elle en déclin?

 

Prenons l’industrie littéraire, elle se porte très bien.  Chaque année à la rentrée, plus de 700 titres sortent et il y a des auteurs qui se vendent bien, qui sont adulés, le salon du Livre à Paris draine chaque année des dizaines de milliers d’enthousiastes qui y viennent uniquement pour se régaler de ce contact avec le livre papier et des séances de signatures qui remportent toujours un immense succès. Évidemment, même si un auteur français a reçu le Prix Nobel de littérature, on ne peut pas dire que les milliers de titres qui paraissent chaque année soient tous porteurs de qualités littéraires incontestables.  Ce qui me frappe aussi et me réjouis, moi qui porte un intérêt certain et durable pour la littérature étrangère, c’est qu’on traduit de plus en plus et de mieux en mieux.

 

L’industrie du cinéma en France est florissante, la France est une des nations produisant le plus de films et séries (avec l’Inde, les States, etc.).  Bon, une bonne partie ne vaut pas tripette et sert d’amusement populaire, mais la France, outre ses gloires cinématographiques des années ‘60-80, a tout de même donné naissance à de vrais et nouveaux talents d’acteurs, je citerais par exemple Luchini, Bacri, Darroussin, Cluzet, Cotillard, Scott Thomas.  Ces acteurs, contrairement à certains des anciennes générations (Delon, etc…) font preuve de réels dons d’acteurs qui se remarquent à leurs expressions et mobilité faciales, bien meilleures que les expressions figées des grandes gloires du cinéma des années 60.  Certaines séries, comme celle de la France sous l’occupation sont bien fignolées, intéressantes, présentant des acteurs crédibles.

 

En France, il y a aussi le théâtre, surtout classique, qui draine également les foules, et, parallèlement au théâtre, il y a  parfois des bijoux qui ressortissent au monde du spectacle et dont la spécificité essentiellement française (liée à la langue, à la culture, françaises, à ces jeux de mots) réussit non seulement à divertir mais à faire rire, comme par exemple ‘L’Abribus’ ou ‘Le Sexe’ (la merveilleuse leçon d’histoire de cet organe par Michel Leeb).

 

Mais le domaine français qui me parle le plus et qui n’a jamais subi de déclin quelconque, c’est celui de la musique dite sérieuse (classique/opéra).  Parlons de festivals prestigieux tel celui des Chorégies d’Orange, prenons les journées de la musique au retentissement mondial: la Folle Journée (de piano) à la Roque- d’Anthéron, la folle journée de Nantes. Parlons des scènes d’opéra à Paris, de l’opéra de Lyon.  J’ai récemment vu Roberto Alagna (que je vis à l’opéra Bastille en février 1995) à l’émission de Drucker, chantant un peu de tout.  J’ai remarqué la superbe évolution de sa voix, devenue d’une profondeur d’expression, d’une maturité et précisions rares.  Il y a tant d’autres solistes français de talent: Dessay (qui abandonne la scène de l’opéra), Gens, Naouri, etc.  Pour le piano, Grimaud, les sœurs Queffélec, etc.  La France a l’apanage d’avoir parmi les meilleurs cuivres au monde, flûtes, trompettes surtout, certains des chefs d’orchestre les mieux cotés.

 

Mais il y a aussi le jazz et certains des jazzmen français ont un niveau et une réputation internationaux, notamment pour le piano et les saxophones.

 

Dans les années 90, il m’a été donné de voir et d’entendre représenter deux opéras de Puccini – jamais joués dans des salles d’opéra européennes - en versions concertantes à la Maison de la Radio, ‘Le Villi’ et ‘Edgar’, deux œuvres intéressantes, et les concerts étaient entièrement gratuits, la salle pleine et attentive.

 

Je vois deux domaines artistiques où la France est en déclin, celui des comiques et celui de la chanson française.  Pour qui a un peu le sens de l’humour et l’oreille musicale, il y a de ces aberrations, de ces lacunes, de ce manque de créativité véritable, qui blessent mon sens de l’art.

 

Mais ce qui fait aussi la grandeur de la France, c’est que dans ce pays et sur des plateaux, il peut encore y avoir des débats d’idées à très haut niveau (Calvi/Taddeï/le grand journal) et cela tient au fait que, contrairement à la Belgique qui invite surtout des politiciens adeptes de la langue de bois, c’est qu’en France, on fait le plus souvent appel à des spécialistes de certaines matières ou à des gens qui ont des idées, même si elles sont contraires aux miennes, mais ils reçoivent un droit d’antenne.

 

Quant au multiculturalisme, on critique les Musulmans qui se terrent dans des banlieues et y font régner la violence et la terreur quotidienne.  ‘Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre’, pourrait-on dire.  On oblige tous ces gens (Musulmans) à aller vivre terrés dans des HLM dans des banlieues et habitations insalubres, parce que du point de vue économique la France bienséante, bienpensante et ‘riche’ (par rapport aux couches de la population défavorisées) ne les accepte pas à Neuilly, aux Champs-Élysées, dans le 1e ou 7e à Paris, ou que ces gens ne peuvent se payer de tels loyers de riches, etc.  On leur refuse l’accès à l’emploi, l’accès égalitaire à tous les types d’éducation et d’institutions d’enseignement.  On les stigmatise d’un point de vue social, puis, car ils n’ont pas d’autres échappatoires que – parfois – le recours à des formes de subversion connues (attaques contre la police, petite délinquance, recours aux drogues dures, vente de drogues dures), on le leur reproche et on parle de déclin, par leur faute parce que ces gens ne s’intègrent pas.  En psychologie ou dans des expériences de laboratoires, on a constaté que quand on fourgue ensemble de trop grandes quantités d’animaux sur un espace trop limité, l’agressivité augmente.  Le même phénomène se passe dans nos pays surtout si, en plous, de la densité de population extrême, on applique des principes policiers de délit de sale gueule et de harcèlement sur la voie publique quand les gens n’ont pas la tête convenable.

 

 

Je terminerai par une phrase de Zemmour (citée dans De Standaard du 7/1/2015) ‘Je n’ai aucun problème avec les homosexuels mais bien avec tout le mouvement gay qui prêche la liberté, la gaieté.’  Lui, donc, l’archange de la liberté d’expression la refuse aux gays! Quel petit personnage gonflé d’une énorme importance, lui qui parle également du tort que féminisation de la société a causé à la France.

 

Voilà l’avenir d'une certaine nouvelle France intellectuelle qui porte à droite: xénophobe (pas contre les Juifs, l’exception qui confirme la règle), homophobe, misogyne, islamophobe, contre le multiculturalisme.

 

Ce qu’en psychologie on appelle au fond ‘la régression’.

 

Ces trois personnages, ces trois intellectuels, sont au fond des égocentristes, imbus de leurs visions apocalyptiques de faux prophètes, des gens qui refusent la société moderne, hybride, multiculturelle, diversifiée, des gens qui ont une idée de leur Nation, de son Identité, de sa Laïcité, aux antipodes de ce qui a fait vivre et vibrer la France de jadis: son ouverture aux influences étrangères, son accueil des artistes et populations étrangères, la liberté d’opinion et d’expression. N’oublions jamais que dans leurs colonies, les Français étaient les seuls qui se mariaient fréquemment avec des autochtones (Vietnam, pays africains, etc.) au contraire des Britanniques et des Belges.

 

Et, ce qu’ils ne comprennent pas, ces trois-là et tous ceux qui les soutiennent sur le plan intellectuel, c’est que ce retour à une France où il faisait bon vivre est un peu semblable à la France qui condamna Dreyfus et divisa la société entre dreyfusards et antidreyfusards (disons antisémites) , de cette France qui aida les Allemands dans leur traque aux Juifs durant la guerre. Sauf que maintenant le germe qui menace l’intégrité de la France, ce n’est plus le Juif mais le Musulman…et le symptôme est le même, le déclin du pays…

 

Ne vaudrait-il pas mieux que ces archanges de la déchéance programmée mettent leur talent et leur temps au profit des déshérités de la planète, au profit de ces infortunés qui ne connaissent ni soins de santé ni traitements de maladies chroniques ou létales, au profit de ces hommes, femmes et enfants, qui triment dans les champs, rizières ou plantations pour gagner un dollar par jour pour toute une famille

 

Il y a des combats qui apportent la noblesse, la grandeur d’âme, la dignité humaine, loin des spots ou des caméras de la télévision.  Mais, aussi, ces combats anonymes rapportent moins de fric…

 

Vanité des vanités et tout n’est que vanité…

12/11/2014

DIKTATS, CONTRE-VÉRITÉS ET POSITIONNEMENT DE LA N-VA

La N-VA tient le haut du pavé pour le moment.  Elle est omniprésente, dans les interviews, dans les réactions à chaud, dans les prises de position sur n’importe quel problème soulevé sur le plan fédéral.  En Flandre elle surfe sur le succès touristique des commémorations liées à la Première guerre mondiale, comme s’il n’y avait au fond eu que la Flandre et les Flamands qui avaient souffert de la guerre et de l’occupation boche.  Une commentatrice flamande (dans De Standaard du 10/11/14) a d’ailleurs dit que l’histoire des pauvres soldats flamands qui ne comprenaient pas le français des officiers était incomplète, ces fils de paysans et d’ouvriers flamands n’auraient pas plus compris le beau néerlandais de leurs officiers.

 

Ces déclarations à l’emporte-pièce, souvent le fait du seul Bart De Wever, l’inévitable ténor et stentor du parti populiste flamand empêchent tout débat politique sur n’importe quel sujet.  Il suffit que le bourgmestre d’Anvers parle et le sujet est clos.  Ex-cathedra.

 

Légalisation du cannabis?  NEEN! du haut de la Tour d’Ivoire anversoise.  Débat clos alors que (et je ne suis pas partisan de la légalisation, je n’en ai jamais consommé, je laisse cela aux têtes creuses et bourgeois baba cool), en vérité, on pourrait demander l’avis des scientifiques et médecins, faire état d’études ou de rapports sur le sujet et sur le danger de dépendance accrue à des drogues plus dures, etc.

 

Taxer les fortunes ou les gros revenus ?  NEEN! du haut de la Tour d’Ivoire d’Anvers.  Pas question (par la voix de Jan Jambon cette fois-ci).

 

Tout cela marche bien en Flandre, car il dit ce qu’il pense De Wever des fainéants, parasites et assistés de Wallons, cela frappe l’esprit, et on retient ces prises de position mâles ou macho, car l’électeur flamand n’est plus du type à écouter ou lire des intellectuels, des articles de fond, à s’abreuver à différentes opinions contraires pour se faire sa propre idée.  Les preuves : (1) le journal le plus vendu en Flandres est ‘Het Laatste Nieuws’ ou les nouvelles présentées d’une manière populaire et simpliste avec beaucoup de photos, (2) les deux livres les plus vendus lors de la récente Foire du Livre à Anvers (terminée le 11/11) étaient deux livres de cuisine.

 

L’autre raison pour laquelle les déclarations de De Wever et de la N-VA ont tant de poids, c’est que ce parti populiste – se rapprochant à certains égards du poujadisme – a engrangé plus de 30 % des voix de Flamands, à la limite les seuls qui comptent encore en Belgique fédérale.

 

Récemment, il y a eu pire.  De Wever a déclaré que ce que font et disent actuellement les socialistes wallons est criminel.

 

Voyons voir ce que dit ce cher Robert à propos de criminel? «Qui est coupable d’une grave infraction à la morale, à la loi

 

Donc, récapitulons :

 

  • les socialistes wallons font des déclarations et ont des agissements criminels

  • par contre, quant il s’agit de la collaboration de Belges, une sommité dans ce domaine – Jan Jambon – a estimé que les ‘collaborateurs avaient leurs raisons’.

     

    Collaborateur = ‘personne qui travaille avec une ou plusieurs personnes à une œuvre commune.’

     

    L’œuvre commune dans ce cas c’était le nazisme avec son idéologie de race supérieure et de parasites à éradiquer.  Donc, ceux qui collaborèrent à cette œuvre commune, déclarée criminelle par le Tribunal de Nuremberg (1945/1946)sont des criminels par association.  Et, rappelons que ces crimes commis par les nazis allèrent d’arrestation et de déportation dans vers les camps de la mort de Juifs, résistants, gauchistes, etc.  De tueries arbitraires de civils (otages), de l’envoi de civils pour le travail obligatoire en Allemagne, y compris dans des usines d’armements, etc.  Outre le génocide des Juifs, la Wehrmacht, la SS et les forces occupantes, aidées par des volontaires locaux souvent regroupés en milices de collaborateurs, policiers auxiliaires ou personnes haut placées dans l’administration ou la police, se rendirent coupables de crimes de guerre, crimes contre l’humanité.  Oui, ces gens avaient leurs raisons, ça c’est sûr.

     

    Vous rappelez-vous ces photos de De Wever et Jambon posant avec leur idole, Jean-Marie Le Pen?  L’homme qui a un jour déclaré que ‘les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire.’

     

    Ne trouvez-vous pas que chez toute une série de gens de la N-VA, il se dégage une odeur de soufre, une odeur pestilentielle.

     

    Mais, il y a pire aussi.

     

    Dans cette stratégie vocale tendant à occuper le terrain partout et tout le temps, dans cette stratégie de diabolisation d’un ennemi idéologique à qui on peut imputer tout ce qui ne marche pas ou tout ce qui empêche une évolution dynamique de Sa Propre Nation, dans cette stratégie de minimisations constantes des aspects négatifs de sa propre politique et maximation de sa propre personne, de son propre ego en tant que représentant de Sa Nation, je le regrette, je ne vois que l’ombre de Hitler, en tant que grand  et pervers stratège qui a réussi à atteindre une partie de ses objectifs (notamment ceux ayant trait à l’éradication des Juifs et des bolcheviques) grâce à une stratégie simpliste et simplificatrice, réductrice, pratiquant l’amalgame {fait d’englober artificiellement, en exploitant un point commun, diverses formations politiques afin de les discréditer[i]}, une stratégie fondée sur la répétition ad vitam nauseam des mêmes clichés, des mêmes a priori sans fondements, des mêmes stéréotypes populistes {les Wallons sont des fainéants, des profiteurs, des parasites, des assistés, des fraudeurs sociaux, etc.}, destinés à pratiquer du bourrage de crânes, du conditionnement psychologique.

     

    Je suis clair: De Wever et son parti ne sont pas des néonazis, mais ils utilisent certaines des méthodes qui ont permis à Hitler de réussir à conditionner le peuple allemand durant un peu plus d’une décennie.  69 ans après la fin de la guerre et alors que certains psychiatres et auteurs de renom ont décortiqué ces méthodes nazies réductrices et populistes (cf. par exemple Friedrich Hacker dans son libre sur l’Agression ou Wilhelm Reich), chez nous actuellement, je ne vois, n’entends et ne lis personne parmi les politiciens de l’opposition qui décortique ces stratégies de contre-vérités, réductions, slogans de la N-VA et fait face à ces innombrables diktats réducteurs de démocratie de quelqu’un qui semble ne voir dans la politique que la réalisation de ses seules et propres idées.  Comme Hitler.  Comme Staline.  L’ego amplifié qui réduit tout autour de soi afin que l’image que le miroir renvoie soit la seule image tolérée.  Une image qui incarne Sa Nation (flamande).

     

    Mon seul espoir c’est que je constate, parmi le cercle de mes amis ‘intellectuels’ ou ‘artistes’ sur Facebook, que certains musiciens, commentateurs voire écrivains/poètes, voient clair, qu’ils se manifestent, tout comme dans la presse écrite, on a déjà vu et entendu nombre d’artistes, d’intellectuels, dénoncer l’inconsistance, les aspects politiquement pervers et dangereux de cette nouvelle droite néolibérale, capitaliste, raciste larvée (à l’égard des Wallons et des Bruxellois francophones) et rétrograde sur le plan social qu’a nom la N-VA.

     

    Cela fait plaisir mais ce n’est pas suffisant.

     

    Quand Onkelinx a dit qu’elle entendait ‘le bruit des bottes’, elle n’était ni excessive ni criminelle.

     

    Il y a un bruit de bottes dans ce pays, décidément, et les Flamands ne s’en rendent pas compte ou bien auraient-ils la nostalgie des années ‘30 (= lutte contre le bolchevisme) et ‘40 (occupation, collaboration, déportations, engagements dans la SS de Belges…)?

     

    Car voter pour la N-VA, voter pour De Wever, c’est voter pour un révisionnisme historique – au-delà de la scission du pays et du thatcherisme de sa politique.  C’est pardonner et oublier l’impardonnable et ce qui ne peut en aucun cas être oublié.  Des actes et comportements criminels. De vrais! Et qui doivent le rester à jamais, pour que perdure la mémoire de ces crimes haineux et celle des innombrables victimes du nazisme et de ses collaborateurs!



[i]Toutes citations du Petit Robert édition 2015