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09/11/2015

MIGRANTS, BÉNÉVOLES ET POLITICIENS POPULISTES

Il y a quelques semaines, j’ai vu les images bouleversantes du sauvetage d’un petit enfant qu’on venait de retirer de la mer aux environs de Kuşadasi en Turquie, et, soudain, l’un des sauveteurs, s’exclama ‘il vit encore, il est vivant’, il lui fit d’abord sortir de l’eau des poumons en lui tapotant le dos, ensuite, il le prit par les pieds, ce qui permit à l’enfant de régurgiter toute l’eau qu’il avait avalée. Plus tard, on montra une image de l’enfant, heureux, détendu, dans les bras de sa mère.

 

Inutile de dire de quelle catégorie de personnes il s’agissait.

 

Ces belles images – réconfortantes pour une fois alors qu’on voit tant de drames de la mer et de la noyade – n’ont pas eu le même impact télévisé que celle de la mort du petit Aylan, également sur les côtes turques.

 

Si je n’ai aucune critique à formuler sur le fait que ces images d’un sauvetage réussi et d’une ‘ressuscitation’ presque miraculeuse d’un petit être humain voué à la mort certaine n’aient pas été diffusées sur une aussi grande échelle que celles de la mort d’Aylan – un image emblématique, symbole de la souffrance des réfugiés originaires de Syrie ou du nord de l’Irak-, ce qui me frappe, c’est le silence qui entoure l’action de ces milliers de bénévoles là-bas sur les côtes orientales de la Méditerranée, ceux qui sont dans la partie occidentale de la même mer travaillant sur des bateaux (dont un bateau affrété, financé et avec équipage MSF), mais aussi ces innombrables visages cachés qui œuvrent utilement dans ces immenses camps en Turquie, au Liban, en Jordanie et, plus près de chez nous, dans les Balkans, dans tous les pays où ces masses de réfugiés aboutissent tant bien que mal. Ainsi qu’en Allemagne dont les centres d’accueils et certaines communes croulent actuellement sous l’afflux de réfugiés mais tient le coup grâce à des milliers de bénévoles.

 

Cet afflux {le très populiste Cameron avait au début de la crise employé le mot anglais ‘swarm’ qui signifie ‘essaim’ comme substantif et ‘grouiller’, fourmiller’ comme verbe, mais qui peut faire référence à des fléaux ou, alternativement, aux Plaies d’Égypte} pose parfois de sérieux problèmes d’accueil digne et humanitaire. ‘Der Spiegel’ (no. 43 du 17.10.2015) indique qu’un grand centre situé près de Munich coordonne l’accueil global, mais que certains jours, il arrive entre 8.000 et 10.000 réfugiés, à répartir dans le pays. Est également cité le ressort de Hesepe en Basse-Saxe, 4000 réfugiés sur une population locale de 2500 habitants. De nombreuses maisons ont des jardins devant leurs maisons, et des habitants se plaignent ‘trop de bruit, trop de réfugiés, trop de détritus’, d’autres envisagent de partir de chez eux car les réfugiés squattent les murs de jardin à flanc de rue, certains fouillent dans les sacs poubelles, etc.

 

On a vu en Belgique que, confrontés à l’afflux d’une grande masse de réfugiés, tant le gouvernement fédéral que le Secrétaire d’État en charge des réfugiés, ont été incapables de mettre en place une aide sociale, humanitaire, digne, humaine, ni des règles d’accueil administratif dignes d’un pays civilisé et démocratique. Mais, personnellement, j’y vois là une volonté délibérée de la N-VA souhaitant sans doute mettre en exergue (1) le fait qu’il y ait trop de réfugiés pour la capacité et volonté restreintes d’une partie de la population belge (et flamande, surtout), (2) de prouver que les politiciens à Bruxelles sont nuls (ce que, personnellement, je pense qu’ils sont).

 

Heureusement, là, aussi, des volontaires sont rapidement apparus et ont pallié les manques fédéraux en œuvrant rapidement, dignement et efficacement.

 

Il y a, évidemment, des pays où l’afflux massif de réfugiés provoque des problèmes logistiques, on peut citer la Turquie mais aussi le Liban où les réfugiés constituent presque le tiers de la population.

 

Même dans les pays de l’Europe de l’Est à la ligne dure (Hongrie, Tchéquie, bientôt Pologne à la suite des dernières élections, etc.), des ONG, des individus, apparaissent et font ce qu’on attend d’êtres humains civilisé, tenter d’organiser une aide alimentaire, de pourvoir aux besoins sanitaires et médicaux.

 

Je sais pertinemment – même si je suis avant tout un humaniste – que nos pays d’Europe, même la généreuse Allemagne, ne pourront jamais assumer à eux seuls la prise en charge de centaines de milliers de réfugiés dont le statut entre réfugié politique et économique est parfois équivoque. Je sais que, confrontés comme nous le sommes en Europe à la crise économique qui n’a pas encore été jugulée, nos ressources financières en matière d’aide et d’entraide humaine sont forcément limitées.

 

Mais ce qui me dégoûte, c’est de voir l’égoïsme, le repli sur soi, reprendre le dessus au niveau de certains chefs d’états et de gouvernements, ou de politiciens populistes à la De Wever, Le Pen, Wilders, etc. Tandis que même Merkel, qui avait donné le signal de départ en Allemagne pour un accueil en masse des réfugiés {‘Wir schaffen das’ – nous le réussirons – avait même dit Schäuble qui refusait la même entraide humaine aux Grecs pour des motifs idéologiques}, subit le contrecoup de cet afflux massif puisque de plus en plus fréquemment maintenant, on parle de fermer ou surveiller les frontières du pays, dans son parti CDU et surtout à la CSU. Elle baisse dans les sondages d’intention de votes (moins 20 % en quelques mois à peine) et der Spiegel indique que ‘dans l’intervalle, de manière évidente, il y a plus de la moitié des députés qui souhaite une autre politique.’ Même son Ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière aurait confié à des collègues européens que ‘Merkel n’a pas de plan, plutôt des "pieds froids".’

 

Y a-t-il une solution durable?

 

Non! L’attrait de nos pays ‘vivant dans le luxe’ est irrésistible pour ces réfugiés, qu’ils soient politiques ou économiques. Ils ont une image idyllique des possibilités qu’offre l’Europe. Ils ne savent rien des substrats de racisme, de peur de l’Islam, de peur de l’étranger, qui remplissent encore les esprits de nombre de citoyens européens et pas uniquement en Europe de l’Est. En Allemagne de l’Est, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en France, en Belgique, dans certains pays scandinaves, il y a encore des courants de pensée populistes, xénophobes, distillés par des figures emblématiques, parfois suffisamment forts et captivants pour les imbéciles pour qu’on craigne que de telles figures de proue racistes ne puissent arriver au pouvoir. Le vote récent avec la victoire du parti conservateur en Pologne en est l’exemple type. Sans même devoir me référer aux commentaires de journalistes, dès que j’ai vu le résultat, j’ai su que ce qui avait motivé tant d’électeurs à voter à droite, c’était la peur de ces essaims de réfugiés, surtout que le frère du président défunt Kaczynski (mort dans un accident d’avion en Russie alors qu’il se rendait aux cérémonies commémoratives des massacres de Katyn par les Soviétiques) avait dit publiquement que ces réfugiés étaient porteurs de virus, de maladies transmissibles – donc, implicitement – constituaient un danger sanitaire pour les Polonais. On se serait cru au bon vieux temps d’Hitler qui considérait les Juifs comme des parasites, eux aussi porteurs de maladies dangereuses pour la population aryenne.

 

De Wever, qui n’en rate jamais une, vient d’écrire une lettre publique adressée à tous les partis européens de centre-droite, dans laquelle il prône, entre autres, le contrôle des frontières et des avantages de sécurité sociale à deux vitesses, accélérée pour les habitants du pays, avec effet retard pour les migrants. Et que ces migrants restent dans le premier pays d’accueil. Cachez ces migrants que je ne saurais voir. Si ça ne porte pas le nom de racisme, qu’est-ce qui est au fond du racisme ?

 

Ces politiciens populistes aux idées simplistes (vieille formule qu’utilisait avec tant de succès notre bon vieil Hitler jadis) sont faciles à comprendre. Leur message ne requiert pas plus de deux ou trois ans maximum d’études en primaires, ni de savoir lire ou écrire. Il suffit d’être capable de regarder la télévision et le tour manichéen est joué.

 

Finalement, il y a un effet miroir : le politicien lance des idées simplistes, les gens l’écoutent, le regardent, lui donnent raison. C’est un peu comme si leurs électeurs se miraient dans un miroir et s’éprenaient de ce qu’ils contemplaient. Sans se rendre compte que c’est là leur propre médiocrité et vil égoïsme qu’ils contempleraient. Via des gens qui leur ressemblent et qu’ils ont élu.

 

Oui, bravo aux dizaines de milliers de bénévoles, mais ceux qui tiennent le haut du pavé et vocifèrent et qui captent et retiennent l’attention, ce sont des politiciens bornés, aveugles, égoïstes, les neurones fixés sur la prochaine échéance électorale.

 

20:14 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

26/05/2015

Négationnisme et autres vérités historiques

La mode maintenant est de remettre tout en question et, paradoxalement, de s’attaquer à des œuvres écrites il y a près de 50 ans.

 

Alors que dans les années 60, il n’existait pratiquement aucun ouvrage en français sur le camp de la mort de Treblinka – où furent, notamment, envoyés tous les Juifs du ghetto de Varsovie -, le livre ‘Treblinka, la Révolte d’un Camp d’Extermination’ par Jean-François Steiner (paru en mai 1966 avec une préface de Simone de Beauvoir), constituait l’un des seuls qui nous permettaient de nous faire une idée de ce qui s’y était tramé et de cette fameuse révolte qui permit à quelques centaines de détenus de se révolter et de s’échapper.  Temporairement parce que l’immense majorité de ces détenus fut tuée ou reprise pour être tuée par la suite, les dures lois ne nazisme n’acceptaient d’aucune façon que les Juifs ou autres ‘parasites’ (ennemis du IIIème Reich) puissent survivre et, surtout.

 

Lisant maintenant en français le témoignage de l’un des rares survivants de cette révolte historique à Treblinka ‘Une Année à Treblinka’ par Jankiel Wiernik[i], je fus estomaqué de constater que 27 pages d’annexe étaient consacrées à une réfutation systématique des ‘thèses’ de Jean-François Steiner sous le titre de chapitre ‘Préhistoire du Négationisme {sic}: la manipulation des témoignages’.  Plus loin, on trouve en annexe un autre chapitre sous le titre ‘Contre les Illusionnistes de la Mémoire’ de 26 pages qui s’attaque aux ‘Bienveillantes’ de Jonathan Littell.

 

Pour Steiner, on a sorti la grosse artillerie (on peut également lire toutes ces critiques sur l’article circonstancié qui lui est consacré sur Wikipedia).  On reproche notamment à cet auteur ses critiques du ‘Judenrat’ (Conseil Juif) en tant qu’institution juive de collaboration avec les Allemands, et le fait que certains Juifs collaboraient à la destruction d’autres Juifs (notamment ceux qui étaient en poste à l’arrivée des trains et rassemblaient les valises et autres biens que les arrivants juifs devaient abandonner dans les wagons ou sur la rampe d’arrivée.  Steiner, dans son livre et plus tard lors d’interviews, fustigea également la passivitédes Juifs qui, pour l’immense majorité, se laissèrent conduire au massacre sans s’y opposer par la force.

 

N’oublions pas que le chapitre du livre ‘Une Année à Treblinka’ porte le titre de ‘négationnisme’, et, selon le Petit Robert, ce terme s’applique à l’idéologie qui conteste l’existence des chambres à gaz utilisées par les nazis.  Au passage, on n’hésite pas à égratigner Hannah Arendt qui, lors du procès d’Eichmann à Jérusalem en 1961, fustigea le rôle des Conseils Juifs.

 

Cela m’amuse énormément, cette propension typiquement française à couper les cheveux en quatre et à arguer de faits historiquement prouvés pour remettre à leur place des auteurs près de 50 ans après l’écriture de leur ouvrage pour ce qui concerne Steiner, et leur imputer tous les maux de l’antisémitisme réactualisé.  Reprocher à Steiner certains de ses avis tranchés, ou le manque de véracité historique de Littell, de la part d’historiens, montre à suffisance que des historiens sérieux sont incapables d’admettre que certains auteurs non historiens puissent avoir des avis divergents et que c’est là leur droit en vertu du principe de la liberté d’opinion et d’expression.

 

La question des ghettos en Pologne et dans les territoires de l’URSS, les rafles de Juifs, leurs déportations, leurs massacres, que ce le fût dans des vilalges, ghettos, villes, dans des chambres à gaz ou lors de tueries par des unités mobiles (Einsatzgruppen – la Shoah par balles) est complexe.  Il y a des vérités historiques qu’on peut lire dans les ouvrages d’historiens sérieux : Raul Hilberg, Léon Poliakov, Guido Knopp, Martin Gilbert, Joachim Fest, etc. Il y a d’autre part les témoignages de survivants de l’Holocauste ou de témoins-clés (parfois légués après leur mort comme dans le cas de Ringelblum) tels Wiesel, Kertész, Levi, Langbein, Nyiszli, Ringelblum, Venezia, Semprun, etc.

 

Cela constitue évidemment le fondement historique sérieux de ce que fut la Shoah, même s’il y a des historiens qui se méfient de témoignages de survivants.

 

Et, d’autre part, il y a des œuvres qu’il faut classer parmi celles ne relevant pas de l’histoire, même si elles s’en inspirent et y trouvent leur source, et le bouquin de Steiner, pour intéressant et bien écrit qu’il fût – relève de cette dernière catégorie.  Faut-il pour cela le détruire et y consacrer des centaines de mots à réfuter ses ‘thèses’ révisionnistes?

 

Il a eu l’avantage d’écrire en 1966 un livre sur un domaine inconnu alors du public français et des historiens de l’époque. Qui penserait d’ailleurs sérieusement et un seul instant le citer comme source pour l’écriture d’un article historique sérieux?

 

Toutefois, les thèses de Steiner en ce qui concerne la ‘collaboration’, la ‘passivité des Juifs’ et le rôle considéré comme criminel de certains Conseils Juifs (Judenrat au singulier), il ne fut pas le seul auteur ou personne à penser de manière semblable, cette manière qui fait l’objet de critiques d’historiens actuels.

 

Certains de ces historiens ou personnes appartenant à des générations plus jeunes ont tendance à oublier qu’avant le procès d’Eichmann en Israël en 1961, la plupart des Sabras (Israéliens nés en Palestine et non issus de l’Alliyah) pensaient que les Juifs portaient une part de responsabilité dans leur massacre durant cette période connue sous le terme de Shoah.  Eux qui, dès les années 20/30 et plus tard durant la lutte pour l’indépendance de l’état hébreu en 1948/1949, s’étaient battus contre cinq pays agresseurs et étaient parvenus à s’imposer alors qu’un embargo limitait leur accès à des armes lourdes, eux qui avaient fait de l’autosuffisance une vertu fondatrice de leurs valeurs de pionniers en cette terre de Palestine retrouvée, il n’avait eu que mépris pour ces Juifs européens qui s’étaient laissé amener à l’abattoir comme des animaux.  Et, les seuls qui, à leurs yeux de combattants aguerris, avaient trouvé une grâce rédemptrice, c’étaient ces jeunes du ghetto de Varsovie qui s’étaient révoltés en avril 1943.  Certains documentaires récents nous ont rappelé cette vérité essentielle. 

 

Et, pour les Israéliens, le procès d’Eichmann et ces centaines de centaines d’heures de témoignages de survivants (Jankiel Wiernik, auteur de ‘Une Année à Treblinka’ fut l’un des témoins appelés à la barre) fut le déclic.  Ils se rendirent soudain compte, en masse, qu’il n’avait pas été aussi évident que cela pour des Juifs ancrés dans leur pays et leur modes d’existence (ou déracinés comme ces Juifs immigrés en Belgique, France, aux Pays-Bas, etc.) de se révolter. 

 

Prenons l’exemple typique, une famille comprenant père, mère et deux enfants, est détenue dans le ghetto de Riga en Lettonie.  Puis, on placarde un avis que tous les Juifs qui ne sont pas en possession d’une carte de travail dûment valable et estampillée par les autorités allemandes devront se rassembler le lendemain matin à 05.00 heures.  Le père a une carte, son épouse et les enfants, non.  Que peut-il faire?  Il n’a que deux choix.  Accompagner ses proches dans la mort – puisqu’ils savaient qu’ils allaient être tués, des rumeurs à ce sujet avaient circulé dans le ghetto – ou laisser sa famille y aller seule, sans lui donc, à une mort certaine.

 

Se révolter n’était pas facile.  Au ghetto de Varsovie, en juillet 1942, avant les déportations de masse, on a promis un pain entier à ceux qui – volontairement – viendraient à l’Umschlagplatz (place de rassemblement pour les départs en train vers Treblinka).  Eh bien, il y eut une foule de gens affamés qui vinrent pour ce pain et furent déportée et gazée à Treblinka.  Il est facile pour nous d’en sourire maintenant (quelle naïveté !), de juger négativement ou d’émettre un quelconque avis.  Seuls ceux qui étaient dans le ghetto et crevaient de faim auraient pu émettre un jugement en la matière.

 

Ce qu’il faut c’est moins de sectarisme.  Condamner Hannah Arendt pour certaines opinions qu’elle a émises et qui sont partagées par d’autres est idiot.  On n’a pas encore écrit ni examiné à fond le rôle des Conseils Juifs.  N’oublions pas que ces Judenräte avaient notamment pour fonction de fixer des listes de personnes appelées à la déportation – et à la mort par gazage  ou par balles -, cette ‘collaboration’ fut-elle une réelle collaboration ou bien fut-elle la tentative d’hommes de bonne foi déterminés à sauver ce qui pouvait l’être?

 

Quand, à Varsovie, on décida en 1942 de déporter tous les enfants des institutions d’orphelinat du ghetto, Korczak, cet éminent pédagogue, auteur et personnage fabuleux, prit la tête du cortège des orphelins de sa propre institution marchant vers l’Umschlagplatz.  Vu sa notoriété, il aurait pu être sauvé, des amis à lui le lui proposèrent (cela aurait facile de corrompre l’un ou l’autre bonze SS, ils étaient tous pourris, outre leur idéologie perverse).  On fait allusion à son sacrifice dans les films ‘La Liste de Schindler’, également dans ‘A Courageous Heart (le film retraçant le parcours d’Irina Sendler qui sauva 2.500 enfants du ghetto), et Wajda consacra un excellent film à Korczak.  Le problème, c’est que tous les êtres humains n’avaient pas la fibre ni la personnalité ni la justesse de vue d’un Korczak. 

 

L’homme est frêle, mais l’homme est aussi un animal social.  Pour un mâle juif en bonne santé, abandonner sa famille et partir se battre avec les partisans ou fomenter une révolte était un acte de bravoure mais aussi de lâcheté puisqu’il fallait par la même occasion abandonner et sacrifier ceux qui étaient les plus chers.

 

Qu’auriez-vous fait à leur place?

 

Et, faut-il ne pas lire Steiner ni Littell parce que certains historiens les critiquent ou jugent leurs œuvres incomplètes historiquement parlant, ou biaisées?  Après tout, de la diversité naît la vérité.

 



[i]Vendémiaire Editions 2014, l’original en polonais ayant déjà été publié dans les années quarante

12:06 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

29/03/2015

LA TELEVISION EN TANT QU'INSTRUMENT DE CULTURE

Récemment, après avoir regardé un film russe intitulé ‘V Toumaniè’ (‘dans la brume’, je pense que le titre fait référence à une nouvelle de Tchekhov) que j’avais enregistré sur DVD recorder, en en discutant avec mon épouse, elle me dit ‘Qui ce genre de film intéresse-t-il ? Un film d’art de surcroît ?

 

C’est une histoire qui se passe durant la Deuxième guerre mondiale en Biélorusse.  Un employé des chemins de fer est arrêté par les Allemands après un sabotage d’une voie ferrée.  Trois de ses collègues sont pendus, lui est relâché, ce qui induit les partisans de la région à vouloir l’exécuter pour collaboration supposée avec l’ennemi.  Ce film présente deux aspects intéressants : (1) des développements lents, avec des plans de la nature et de l’espace pour des conversations significatives tels qu’on les a connus aux meilleurs moments du cinéma d’art soviétique (pensons au superbe film sur Andreï Roubliev ou à ‘Guerre et Paix’), (2) des flashbacks qui illustrent le passé récent des trois protagonistes principaux du scénario, une technique un rien pareille à ‘Rashômon’ de Kurosawa.  Ou comment faire apparaître la vérité en fonction du miroir déformant de l’un ou l’autre protagoniste, la vérité totale n’étant somme toute que le reflet accumulé des vérités partielles.  Mais évidemment, en ces temps de disette culturelle, peu de personnes saurant ce qu’est Kurosawa et ce qu’est ‘Rashômon’.  Surtout quand Moustique par exemple qualifie ‘Le Divan de Marc-Olivier Fogiel’ de Magazine Culturel.  J’imagine déjà la personne disant, ah j’ai vu Finkielkraut à l’émission de Fogiel la semaine passée, il est Juif.  Et une bribe de culture de plus…

 

J’ai toujours considéré la télévision comme un instrument culturel. Mais qui implique de ne pas être son esclave, qui implique que le choix reste celui de l’homme et non de l’instrument mis à sa disposition ou de la commande à distance (ou le zappeur en tant qu’instrument de culture). Dans les années 70 et au début des années 80, je n’avais pas de téléviseur, je n’ai pris un abonnement que quand le câble a placé la BBC à la disposition des abonnés. La BBC qui a cette époque était la référence culturelle par excellence (une des premières émissions enregistrées en 1985 fut ‘The Legacy of John Coltrane’ – l’héritage de John Coltrane, le sujet de l’une des plus grandes figures du jazz contemporain). Et, j’ai toujours eu l’habitude de lire à l’avance les programmes de télévision et de choisir ce qui me plaît en fonction d’impératifs personnels (films si possible en version originale, documentaires y compris les superbes documentaires animaliers de la BBC, etc.), le plus souvent avec une connotation historique ou culturelle, mais je ne dédaigne pas pour autant le plaisir et le divertissement parce qu’un être humain doit combiner sérieux et relaxation (oui, j’avoue j’ai vu ‘Wasebi’, mais je n’ai jamais aimé voire regardé de Funès, Bourvil ou Fernandel encore moins Delon, Gabin ou Belmondo).  Et, autant que possible, j’enregistre ce qui est susceptible de m’intéresser, ce qui me permet de regarder à l’aise quand je l’ai décidé et de deleter ce que j’ai enregistré si je m’aperçois que cela ne me plaît pas, est mal fignolé ou peu susceptible de m’intéresser.  Pour les films, c’est la règle des 10 minutes maximum, si je me mets à gigoter et à m’ennuyer après dix minutes, on delete et on passe à quelque chose d’autre.

 

J’ai ainsi pu enregistrer tout aussi récemment une émission que peu de personnes ont sans doute vue intitulée ‘Sorella’.  Il s’agissait d’une émission produite par une chaîne française relative à un massacre très connu parmi ceux qui s’intéressent à la Shoah par balles dans les pays balte: celui de Liepāja en Lettonie en décembre 1941.  Quelque milliers de Juifs y furent assassinés par des Allemands et des collaborateurs lettons, en plein hiver, les Juifs étant obligés de se déshabiller avant leur meurtre programmé.  Des photos y furent prises et l’une d’entre elles est célèbre, elle montre 5 personnes posant devant la caméra à demi-dénudées, une très vieille femme, une femme, deux adolescentes et sur la gauche, il y a une très jeune fille qui se cache en partie car elle devait être terrorisée par ce qui se passait aux alentours et ce qui les attendait.  En effet, ces massacres n’étaient pas secrets, ils avaient lieu à l’écart des agglomérations certes mais en présence de ceux qui attendaient leur tour pour mourir, dans les dunes de Liepāja, non loin de la mer.  Quelques milliers de personnes y furent tuées en un seul jour.

 

Voici cette célèbre photo et le film a tenté de reconstituer ce que cette jeune fille aurait pu devenir si elle n’avait pas croisé le chemin des séides d’Hitler.

 

 

 

 

 

La RTBF que je critique assez souvent parce qu’elle est tout sauf une chaîne vraiment culturelle a passé ce vendredi dernier deux épisodes produits par la Russie sur la célèbre bataille de Stalingrad (juillet 1942/février 1943), la bataille de Stalingrad - que j'ai visitée en 1970 - étant l'un de mes dadas et de longue date. Émission avec trois bémols : (1) présentée par Elodie de Sélys qui a une voix aux antipodes de la phonogénie et qui, personnellement, me hérisse quand je l’entends, (2) avec des blocs de publicité ( !?) et l’intervention d’historiens.  Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait des historiens pour expliquer le contenu didactique et le contexte historique qu’une émission venait de présenter.  Naturellement, oui je comprends pourquoi.  Pour beaucoup de gens qui regarderaient ce genre d’émission (il y a parfois des miracles !), il ne leur viendrait jamais à l’idée de lire un quelconque ouvrage historique à ce sujet, un parce que la télévision est devenue la référence culturelle par excellence, et deux parce que tout ce qui a pu être écrit jadis, à condition que ce ne soit pas repris sur Google ou Wikipedia, n’a strictement aucun intérêt pour les générations actuelles qui se fondent sur l’immédiateté et la superficialité.

 

Ça, c’est pour les gens qui ont déjà une culture et savent choisir (ou ont décidé de rester libre de leur temps limité sur cette Terre). 

 

Pour la grande masse des téléspectateurs qui ne font pas usage de la liberté de choix, imaginons ce qu’ils peuvent regarder aux heures de grande affluence (je me base sur Moustique pour la journée du 30 mars et je vais des pages de gauche vers la droite et uniquement pour les chaînes francophones), soit :

The Voice/Top Chef/Clem/Rizzoli & Isles: autopsie d’un meurtre/la comédie ‘David et Madame Hansen’/Alain Souchon et Laurent Voulzy, un duo magique/’Psychose’ de Hitchcock sans doute en version française/une comédie ‘Clara et les Chics Types’/film fantastique ‘Underworld3: le soulèvement des Lycans’/Tout le monde en a parlé/un thriller ‘Déjà Vu’/Le Doc du Bourlingueur (écrit ‘Bourlingeur’ dans Moustique)/On n’est plus des Pigeons/un téléfilm dramatique ‘Marie Marmaille’.

 

Les amateurs de culture n’ont donc que le choix.

 

Je déplore depuis longtemps la suprême indigence créative des scénaristes, qu’ils soient Français ou Américains.  Mardi 31 mars, un épisode programmé des ‘Experts’ : ‘Dernier billard’ : Un homme laissé pour mort et enterré vivant a réussi à s’extirper de sa tombe. Il a rampé jusqu’à une route, mais a malheureusement été renversé par un chauffard, avant de succomber pour de bon à ses blessures.  La victime, Jimmy Turelli, était un ancien membre de la mafia…’ (cf. le résumé de Moustique  Qui dont a envie de voir pareille imbécillité, sachant que quand le Capo de tutti le Capi new-yorkais John Gotti a perdu son fils écrasé par inadvertance par un voisin, un tribunal a décidé qu’il s’agissait d’un accident malencontreux.  Le voisin de Gotti a omis de déménager à temps…il a disparu et on n’a plus jamais retrouvé son corps… donc, parlant de ce épisode des experts on peut supposer qu’il y aura de la vengeance dans l’air puisque la victime était un ancien mafioso…

 

Tous les jours entre 18.15 et 18.45 heures, on peut voir sur Plug RTL (la chaîne culturelle par excellence!) ‘Allô Nabilla: ma famille en Californie’.  Hormis Nabilla qui a un physique agréable et n’est pas vilaine quand elle sourit et que je regarde avec une certaine touche de sympathie, parfois je regarde cette ‘émission’ de téléréalité durant une ou deux minutes (c’est en général vers cette heure que je regarde les télétextes des chaînes hollandaise 1 et VRT 1, d’ordinaire d’excellentes sources d’information pour moi) avant de fermer le téléviseur, et je me suis demandé, (1) quel est/sont le ou les minus qui a/ont écrit des scénarios aussi débiles et (2) des gens peuvent-ils en vérité regarder toute cette émission?  L’attendre, la cocher dans Moustique, l’enregistrer afin de la revoir à satiété?  S’y intéresser?

 

J’ai vu récemment dans Moustique (aussi une référence en matière de culture!) que ’47 Ronin’ passait sur Be. ‘Un étranger, formé à l’art du samouraï, s’associe à 47 ronins bien décidés à venger la mort de leur maître assassiné par un seigneur sans scrupules.  Avec Keanu Reeves (l’étranger je suppose).  Aucun autre commentaire donné par Moustique et pour cause, il faudrait tout d’abord savoir que l’histoire des ‘47 Ronin’ (des rônin(s) – pluriel inexistant en langue japonaise - sont des samouraïs qui n’ont plus de maître) est un des grands classiques du Japon.  J’ai visité leur tombe à Tôkyô et je me suis recueilli un instant dans un esprit purement zen.  Donc, tout d’abord, donc, c’est inspiré d’un fait réel et, deuxièmement, connaissant le Japon et son histoire même féodale, je doute que ces 47 rônins qui avaient décidé de venger la mort injuste de leur maître eussent jamais accepté un gaijin (japonais, en fait gaikokujin ou étrange/pays/personne) en leur sein.  Mais nos scénaristes ont de tels prodiges d’imagination et un film japonais sans un seul étranger (lisez: blanc) serait-il viable ? Il y a bien eu ‘Les 7 Samouraïs’ toujours de Kurusawa avec uniquement des Japonais (help Wikipedia!), mais ça c’était du temps de la préhistoire du cinéma quand des gens avaient encore des bribes de culture…

 

La culture à la télévision certes.  À petites doses.  Choisies.  Et en sachant distinguer ce qui est de la pure culture (récemment un opéra de Schoenberg, un autre de Hindemith, sur France 3 à une heure nocturne par exemple), du divertissement, du talk-show, du remplissage d’antenne et du ‘brol’…