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20/08/2012

Le bonheur et les vicissitudes de la vie...

Si je puis fixer une date où je ressentis le  bonheur terrestre à son apogée, ce fut dans la soirée du 27 avril de cette année alors que Francine et moi assistions à un superbe coucher de soleil au large de la mer, à la Panne.

 

Nous étions allés pour la première fois dans un resto sympa et nous avions bien mangé.  Nous venions d’aménager dans un studio moderne et meublé dans un lieu à l’écart du centre avec une terrasse plein sud et une vue sur des maisons à trois étages et des dunes (pas sur des buildings avoisinants).

 

Le lendemain matin, le 28 avril (date mémorable !) une espèce d’intuition me dicta de demander à Francine d’allumer son GSM tout juste avant notre petit-déjeuner.  Cinq minutes après, un appel paniqué de voisins à laquelle nous avions demandé d’ouvrir et fermer le poulailler du jardin étant donné que ma mère de 90 ans (vivant indépendamment mais dans la même maison que nous) avait des problèmes de genoux et faisait montre parfois d’un équilibre instable, sachant que quand elle tombait à genoux ou par terre, elle était incapable de se relever seule.  Après de longues minutes affolées, nous apprîmes que le voisin avait trouvé ma mère devant la porte du poulailler et qu’il semblait qu’il fût impossible de la relever.  Le voisin appela donc le 100 et nous, à la Panne, nous nous apprêtâmes à rentrer au plus vite.  En cours de route, via un coup de fil aux urgences, nous apprîmes qu’il s’agissait d’une fracture du col du fémur et qu’elle serait bientôt opérée.  C’était, évidemment, le classique pour les personnes âgées, ça ou la hanche.  J’avais même pu parler avec ma mère qui semblait avoir tous ses esprits, attendant l’opération avec sérénité.

 

L’après-midi même nous étions à l’hôpital.  L’opération s’était bien passée et ma mère était consciente.  Ma mère me demanda de lui pardonner car je lui avais interdit d’aller au poulailler seule, étant donné que nous avions demandé à un amical et agréable voisin de le faire.

 

Quatre jours plus tard, grosse première tuile, une escarre au talon gauche.  Sans conteste due à un manque de soins adéquats ou d’attention  puisque il s’agit là d’une séquelle connue et bien documentée de ce type d’opération (mon épouse a travaillé en milieu hospitalier une partie importante de sa carrière et a soigné des personnes âgées, ergo arrivées dans son service, espèce de service hospitalier de type « G » porteuses d’escarres).

 

Au bout d’une semaine, elle fut transférée en « revalidation », dans le même hôpital.  Au début, je m’étais rendu auprès du médecin responsable de l’unité à qui j’avais donné un protocole de radios des genoux duquel il apparaissait clairement qu’elle souffrait d’une « gonarthrose » (arthrose des genoux) importante, disant donc qu’il y avait des exercices qui seraient contre-indiqués pour elle vu son état.  Résultat, elle fit de la bicyclette tous les jours comme tout le monde parce que le principe dominant de cette unité de revalidation (j’en ai discuté avec les infirmières et le médecin) c’était que à 19 ou 90 ans, tous les patients étaient astreints au même régime.  Comme disaient les Boches jadis « Ordnung muss sein » (Il Faut de l’Ordre).  Entre-temps, cela ne s’arrangeait pas avec son escarre car d’après ses voisines successives, chaque matin quand on faisait les soins d’escarre, elle hurlait.  Question repas, ce n’était pas mieux, petit-déjeuner à 9 heures, 9 heures trente, dix heures, après les soins d’escarre et sans tenir compte qu’une personne âgée peut très bien faire une syncope par manque de nourriture dans l’estomac.  Parfois dîner froid parce qu’on l’avait amenée en radiologie pour effectuer des radios sur  le temps du midi.  Parce que entre-temps, autres tuiles, outre son escarre, elle s’étai tapé une infection de la vessie, avait montré des signes d’anémie, donc tout un temps, elle eut une sonde vésiculaire, des Baxter, etc.  Un point positif, une infirmière agréable lui demanda un jour ce qu’elle aimait manger (car elle ne mangeait pas beaucoup), elle répondit « du poisson » et miracle, elle reçut désormais et pour quelques semaines du poisson trois à quatre fois par semaine.

 

Puis, début juin, on nous indiqua qu’elle sortirait de revalidation le 21 juin.

 

Dans mon optique, une revalidation c’était faire en sorte que la personne accidentée ou ayant subi une opération la handicapant dans sa marche puisse recouvre un minimum de mobilité et, partant, vaquer à ses occupations habituelles comme avant le traumatisme ou l’opération.  En prévoyance de son retour, nous avions fait remplacer son W.-C., y installant un plus élevé avec des barres latérales.

 

Nous étions prêts pour la recevoir !

 

Las !

 

Quand elle revint à la maison, nous nous aperçûmes immédiatement (et quel choc pour nous !) que c’était effroyable.  Elle était incapable de s’habiller ou de se déshabiller seule, incapable d’enlever ou de mettre ses chaussettes et ses chaussures.  Incapable d’aller seule faire ses besoins dans la chaise percée.  Incapable de s’aider de ses bras ou de ses coudes pour se lever du lit ou de se relever du fauteuil.

 

Les quelques premiers jours furent assez dramatiques et pour nous, effroyables de fatigue et de stress.

 

Au lever, par panique ou à cause des douleurs causées par l’escarre, quand Francine et moi allions ensemble au début pour la lever de son lit le matin et l’habiller, elle restait collée le derrière au lit, craignant de tomber, rendant l’habillement difficile voire impossible.  Les premiers matins, elle se mettait à hurler (avec le résultat que Francine qui souffre de légère tachycardie avait le pouls qui montait à 130/140 ; moi par contre, je reste cool quand elle hurle, comme mon père la battait de temps à autre durant mon enfance, les hurlements de ma mère c’est quelque chose que je connais…et qui ne m’angoisse ou ne m’effraie plus).

 

Autres particularité liées à son retour et à son état physique lamentable : visite journalière d’infirmière pour la toilette et les soins d’escarre, le matin et, l’après-midi, 4 jours sur 5, de la kiné.  Au début, nous avions reçu des gens qui avaient été sélectionnés par l’assistante sociale de l’hosto via un service de soins à domicile (nous n’avions aucune expérience en la matière), ce furent des Roumaines, gentilles certes mais un jour que Francine assista aux soins d’escarre, elle en fut dégoûtée d’un strict point de vue infirmier, tant du point de vue de l’hygiène que du ‘know-how.  Nous changeâmes donc d’infirmiers, ayant recours à un infirmier privé d’une conscience et d’un professionnalisme exemplaires (l’épisode roumain eut des séquelles, une infection au niveau de l’escarre par des Escherichia coli – en, provenance de selles donc à un talon ! - avec prise d’antibiotiques durant 10 jours).

 

Très vite, nous nous rendîmes compte que nous allions vivre un calvaire un peu proche de l’enfer.  Et moi qui avais déjà pu profiter de 7 années de pension bien remplies, je me devais d’avoir pitié de Francine, mon épouse, à peine pensionnée depuis le début de l’année et qui en attendait tant de cette pension (voyages nombreux, excursions, unif’ des aînés, bénévolat, enfin avoir le temps de se consacrer à des choses qu’elle aimait faire…).

 

Ce qui fit que tout cela eut assez rapidement un impact négatif sur son moral.  Quant à moi, témoin de violence conjugale durant mon enfance, self-made man dans pas mal de domaines (la musique que je pratique en autodidacte, le russe que j’ai appris par moi-même, l’écriture que je pratique en français et en anglais…), j’avais une résilience meilleure.  Malgré le temps que nous consacrions à nous occuper de ma mère, je n’abandonnai aucun de mes hobbies/passions, je faisais du saxophone ténor que je venais d’acheter fin mars, je lisais mes 7/8 bouquins en 5 langues, simultanément, j’écrivais des blogs, je retravaillais un roman et je faisais encore des traductions pour MSF.

 

Une des conséquences directes de ce qui nous était tombé dessus, ce fut que Francine et moi nous fûmes obligés de prendre des séjours de détente, de déstressage (ou de reconstitution de santé) séparément.  Désormais, les couchers de soleil à la Panne, ce n’était plus à deux, en amoureux, que nous les contemplions, finis les restos sympas en tête-à-tête, les promenades sur le sable mi-mouillé au bord des embruns.

 

Moi qui n’avais jamais cuisiné, je dus me mettre à préparer des plats simples (poisson/purée, omelette, pommes de terre rissolées, etc…) quand Francine n’était pas à la maison.  Et, moi qui n’avais jamais eu d’enfant, j’appris ce que sont les joies des inévitables langes à mettre à ma mère pour la nuit – avec les accidents de parcours quand le lange n’avait pas été suffisant, avait été mal mis ou que ma mère avait jugé utile de s’en débarrasser au petit matin, mouillant draps de lit, chemise de nuit, etc.  Autres habitudes à prendre, voir sa mère nue, l’entendre uriner ou déféquer, vider la panne (ah je vois que notre achat de studio à la Panne était prédestiné !).  J’ai aussi appris ce que c’est de nettoyer le caca des autres, nouvelles occupation d’un pensionné…

 

Nous étions certes encore heureux mais d’une manière différente et correspondant à peine à ce que nous avions envisagé de faire dès la prise de pension de Francine.

 

Il y eut aussi des mots car tant Francine que moi-même, pensionnés, nous avions du mal à recevoir des ordres de ma mère (fais rentrer le chat Kochka ! fais rentrer le chien ! où est mon café ? et mes vêtements ?) et, compte tenu de l’excédent de travail et de stress liés aux premières semaines d’enfer que nous vécûmes du 21 juin à la mi-juillet (accrus par le fait que nous habitons au 1er et 2e, ma mère au rez-de-chaussée, ce qui fait que certains jours nous faisons près de 40/50 étages d’ « exercice »).  Et, au début, nous trouvions tous les deux que ma mère ne semblait pas particulièrement heureuse d’être revenue chez elle, qu’elle manquait de reconnaissance, souriait rarement, disait rarement merci, faits que nous imputions à son âge et à sa détresse que nous ne pouvions partager toutefois car elle n’en parlait pas.

 

Un autre problème, c’était que je savais pertinemment bien que ma mère n’accepterait jamais d’aller en maison de repos et que je rechignerais quelque peu à l’y envoyer d’une manière coercitive.  D’ailleurs, je sais que si je devais en parler, elle ferait du chantage, dirait qu’elle se tuerait ou se laisserait mourir, car, à certains égards, elle fait parfois preuve d’un comportement immature, pubère.  Dans sa jeunesse, elle a été chouchoutée par son père.  Puis elle est tombée sur un mari violent et peu tendre.  Et son fils (ro-bin, bibi, moi !) était tout pour elle.

 

Moi qui suis un angoissé, je ne ressens pourtant nulle angoisse à son égard.  Tout au contraire de Francine (d’un type non-angoissé) qui panique plus que moi.  Je sais que ma mère peut faire à n’importe quel moment une chute, qu’il peut lui arriver un accident cardiaque ou un AVC (elle a entre-temps eu 91 ans), j’y suis préparé mentalement donc cela ne m’angoisse pas ; ce qui m’angoisse ce sont les choses diffuses que je ne puis cerner.  Chaque fois que j’ouvre la porte le matin, pourtant, j’ai une certaine crainte, de la trouver morte ou frappée d’une attaque.

 

Dès le départ, une chose positive nous apparut rapidement.  Ma mère qui n’avait jamais été une grande mangeuse, se mit à manger et même très bien et plus qu’avant ou que durant son hospitalisation.  Il faut dire qu’elle était tombée dans un hôtel 4 étoiles ou une maison de repos bien cotée.  Petit-déjeuner et grand café servi à table, repas chaud le midi avec desserts variés.  Soupe à 3 heures trente de l’après-midi et repas froid le soir, avec, en prime parfois dans la soirée une frangipane ou du chocolat.

 

Son anémie et son manque de fer disparurent comme sous l’effet d’une bonne fée.  Et, miracle, de temps en temps, elle se mit à sourire, à remercier.  Durant tout le temps depuis sa chute, elle n’avait nullement ‘perdu la boule’, restant fixée sur certaines petites choses liées à son environnement immédiat, à ses besoins, et, parfois, à ce que nous lui disions de nous.

 

Début août, alors que j’étais allé 3 jours à La Panne, Francine me dit que ma mère avait fait pas mal de progrès, qu’en cachette, elle se rendait seule sur sa chaise percée, enlevait pantalon et culotte, faisait ses besoins et remettait le tout, puis retournait s’asseoir dans son fauteuil.  Parfois, elle se levait pour faire rentrer l’un des chats par la fenêtre ou sortir le chien par la porte.  Il faut dire que, d’une certaine façon, connaissant son déficit musculaire, j’avais fixé des objectifs plus lointains pour elle, mais j’appris ainsi avec plaisir qu’elle était motivée, courageuse et que son souci d’indépendance et sa volonté d’embêter les autres aussi peu que possible, la poussaient à faire certaines choses dont elle était peut-être capable bien que peut-être prématurées.  Et miracle, après un épisode « chaud » quand cela avait crié du côté de Francine parce que le lit avait été trempé de pipi puisque ma mère avait jugé utile d’ôter le lange toute seule, répandant ainsi le fruit de son urine de la nuit…je constatai à mon retour de La Panne que Francine avait changé, elle semblait avoir repris du poil de la bête, parvenait à se détacher de ces vicissitudes pressantes, à prendre de la hauteur, bref à « accepter » cette situation…

 

Et, récemment, le 15 août, Francine et moi avons pu faire une excursion de 7 heures et demie.  Nous l’avons laissée seule à la maison après le passage de l’infirmière ; nous lui avions préparé son snack du midi, ses médicaments.  Elle avait le numéro d’appel de nos GSM (elle a même téléphoné vers 16 heures trente, inquiète de ne pas nous voir revenir).

 

Comme quoi si le ciel reste couvert pour le moment, il y a de temps en temps des éclaircies et qui sait, peut-être que dans trois ou quatre mois, je pourrai me rendre avec elle dans un café en chaise roulante pour qu’elle sorte un peu de chez nous, histoire de se changer les idées, comme je le faisais avant son accident deux ou trois fois par semaine.

 

Je dois reconnaître et non pas parce que c’est ma mère, qu’elle est dotée d’une sacrée dose de courage et de persévérance pour une personne de 91 ans reconnue handicapée des membres inférieurs à 50 %.  D’ailleurs, ce n’est pas unique car jusqu’en avril 2011 (donc à l’âge de 89 ans) elle a conduit sa voiture, elle n’a jamais eu d’accident de sa faute d’ailleurs.

 

Et, alors que durant sa « revalidation » tout ou presque tout fut franchement négatif (d’après le médecin elle était de ‘mauvaise volonté’ et quand elle en avait marre elle disait aux infirmières « mon fils m’apprendra à marcher »), ici, chez nous, hormis la première période allant du 21 juin à la mi-juillet, où cela allait au plus mal et où nous désespérions qu’elle puisse jamais recouvrer une certaine mobilité, et au cours de laquelle nous subissions les effets d’une fatigue tuante, elle a fait son possible dès le début, essayant de se soulever (elle ne pesait pas lourd, 55 kilos) des coudes, marchant cahin-caha avec la tribune, comme un crabe, toute de travers, mais persévérant.  Puis, sous l’influence de la kiné (une dame d’un certain âge déjà et d’une expérience certaine, gentille et attentionnée), elle se refit un minimum de musculature dans les cuisses et aux bras, ce qui nous facilita la tâche car au début donc, soulever une personne qui reste assise comme un sac de ciment, ce n’est pas évident, surtout pour moi qui relevait d’épaule gelée (capsulite rétractile) l’année dernière et qui avais perdu une bonne partie de ma musculature des biceps et quadriceps.  Quant à Francine, ancienne responsable d’unité dans un hôpital, elle avait subi un accident du travail justement en soulevant une personne lourde qui, à un mauvais moment, fit un geste en porte à faux avec celui des deux infirmières chargées de la soulever, donc, elle craignait de répéter cette scène de l’accident (ayant conduit à une sciatique et à un taux d’incapacité de travail permanent).

 

Et, finalement, au moment de border ma mère le soir, j’ai pris l’habitude, comme Francine, de l’embrasser chaque soir (chose que je n’ai jamais faite auparavant sauf pour les anniversaires, Nouvel An, etc.) et je dois dire que le regard plein d’amour, de confiance et de reconnaissance qu’elle nous offre à ce moment-là, en échange, vaut peut-être tous les sacrifices…même si c’est dur et si, souvent, nous râlons…

03/07/2012

Le caractère unique de l'Holocauste

Certains intellectuels ou historiens contestent le caractère unique de l’Holocauste.

 

Quelles sont les différentes théories à cet effet?

 

Certains maintiennent que ce que les Français perpétrèrent au Vietnam et en Algérie fut une forme de génocide équivalente à la Shoah.  D’autres arguent que les Allemands se conduisirent d’une façon bestiale (proche du génocide, donc de l’Holocauste) dans certaines de leurs anciennes colonies en Afrique orientale (Namibie, par exemple), ou les Italiens en Éthiopie (1936). D’autres encore, citant les génocides contre les Arméniens en Turquie (1915), les Cambodgiens (sous les Khmers Rouges après la conquête du pays par ces derniers, en 1975), les Tutsis au Rwanda (1994), seront de l’opinion qu’il n’y avait pas de différence essentielle entre ces formes de génocide et celui connu sous l’appellation d’‘Holocauste’ (Shoah).

 

Certains, aussi, argueraient que l’Holocauste peut être comparé à ce que les Blancs américains firent subir aux populations indiennes (natives) durant l’expansion vers le Far West, ou mettraient sur le même pied d’égalité que l’Holocauste le refus d’entrée dans la Forteresse Europe aux candidats immigrés originaires d’Afrique ou d’Asie ; ou, même que le fait de laisser des populations d’Afrique mourir de famine serait une nouvelle forme de processus similaire à la Shoah.

 

Il est vrai que, d’une manière superficielle, si vous regardez des photos de victimes de génocides, fussent-ils Juifs, Tutsis, Arméniens, Cambodgiens, le résultat paraît tristement similaire pour toute personne ayant conservé un degré d’empathie à l’égard des victimes de ces tueries collectives.

 

Cependant, pour comparer de façon légitime, il faut surtout et avant tout examiner les concepts conceptuels, les méthodes organisationnelles d’extermination et le contexte sociopolitique général, à la base des génocides

 

Et, si vous prenez ces facteurs spécifiques en considération, il n’y a absolument aucun doute que la destruction en masse des Juifs d’Europe, perpétrée par les nazis entre 1939 et 1945 ait un caractère unique avéré.

 

Après que la décision politique d’exterminer tous les Juifs d’Europe eut été prise au plus haut niveau nazi, l’Allemagne imagina un système industriel d’extermination des Juifs.  Et, pour atteindre ce but, des branches spécifiques de l’administration SS (l’Abteilung B 4 – Gestapo -  d’Eichmann supervisant les camps de la mort, la SD gérant les Einsatzgruppen) planifièrent l’intégralité du processus des exterminations à venir.  Ils construisirent ou rénovèrent des endroits appropriés à cet effet (souvent avec l’aide de détenus juifs) et levèrent les troupes appropriées pour l’exécution des ces tueries.  Les nazis créèrent des usines de mises à mort de deux types spécifiques: (1) les infâmes chambres à gaz (Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Majdanek, Chelmno, Sobibor, Belzec), et (2) les ‘killing fields’, des zones naturelles souvent en plein air, comme par exemple lors des massacres en masse à Rumbula (1941, près de Riga, Lettonie), Baby Yar (1941, près de Kiev, URSS), à Panerių près de Vilnius et au IXe Fort à Kaunas (1941-1944, Lituanie).  Ce processus d’industrialisation à outrance  permit une plus grande capacité de tueries, un turnover plus rapide, permit à l’Allemagne, grâce à une organisation parfaitement huilée et efficiente (les Allemands avaient toujours eu le don et la réputation de produire des produits de qualité !) de s’attaquer à l’immense problème d’annihiler des millions de personnes jugées inférieures à la race germanique aryenne.  Ces massacres en masse n’eurent rien à voir avec les tueries manquant parfois de rigueur, parfois anarchiques, telles qu’on les vit au Cambodge, en Turquie ou au Rwanda, parce qu’elles avaient été bien pensées à l’avance et furent exécutées conformément à des décrets, des directives et des ordres, d’une manière ordonnée comme il sied aux personnalités anales qui imaginèrent ces plans odieux.  Et cela fut rendu possible, également, car sous les nazis, les Juifs avaient été dépossédés de leurs droits, de leurs biens, et avaient été parqués dans des endroits clos (ghettos), dans l’attente de leur sort ultime qui était la Solution Finale.

 

Dans l’intervalle, toutefois, et c’est là le deuxième aspect du caractère unique de la Shoah, les Allemands avaient décidé qu’avant leur mort, les Juifs – ceux qui du moins avaient échappé aux massacres - deviendraient des esclaves, travaillant dans des ateliers ou des usines, partant en corvées réparer des routes, allant couper des arbres, triant des vêtements ou portant des morceaux de rochers, dans des conditions défiant la raison, jusqu’à ce que mort s’ensuive, d’épuisement, de faim, ou ‘à travers la cheminée’ (comme les détenus des camps de la mort appelaient la mort dans la chambre à gaz puis le passage du corps au four crématoire).  Ceci fut la version allemande de la théorie darwinienne du ‘survival of the fittest’ (la survie des plus forts).

 

Et, le 3e aspect prouvant au-delà de tout doute possible que l’Holocauste fut un phénomène unique, c’est que même quand les massacres en masse par balles (appelée la ‘Shoah par balles’) étaient exécutés par les troupes spéciales de la SD (Einsatzgruppen/Ordnungspolizei) dans des endroits naturels en plein air, dans les états baltes, en  Ukraine, Biélorussie, Russie, là aussi on assista à un processus où rien n’était laissé au hasard.  Les troupes de tueurs en série professionnels avaient ainsi des objectifs de destruction nettement définis, des zones d’action à ‘purifier’, et, après chaque Action, des listes et des rapports étaient rédigés et adressés aux autorités en charge, comme il convient dans une administration parfaitement efficiente.  Et, aussi, pour les détenus survivants des camps de la mort, les esclaves,  ils furent ‘marqués, devenant de simples numéros.  Et ici, également, des listes étaient tenues d’une manière ordonnée.

 

Eichmann (en charge de la Gestapo SS), le prototype du criminel nazi, n’a jamais touché de Juif de sa vie.  C’était un SS croyant d’une manière aveugle à ce que le Führer avait ordonné, un simple rouage dans une vaste bureaucratie SS, qui s’appliqua d’une façon minutieuse à rendre possible la réalisation du grand dessein machiavélique que ses supérieurs hiérarchiques avaient conçu.  Dans d’autres circonstances, il aurait pu être le responsable à l’échelon le plus élevé de production de boulons, de fauteuils ou de roulements à billes.  Qu’il eût eu à organiser l’arrestation, la déportation et le processus de mise à mort de millions de Juifs, ne fut pour lui qu’une tâche administrative.  Une mission à remplir.  Et la remplir, il le fit avec le zèle et au mieux de ses capacités, celles d’un bureaucrate qui souhaite être bien noté et ne pas faire de vagues.

 

C’était un homme ordinaire, un simple rouage et puis, finalement, et comme il le répéta d’une manière pédante au cours de son procès à Jérusalem, il n’avait fait qu’exécuter les ordres de ses supérieurs.  Et, entre parenthèses, en tant que manager d’un des empires du mal les plus monstrueux jamais imaginés, il parut n’avoir jamais pensé à la différence qui pût exister entre produire des roulement à billes et faire exterminer des Juifs…

 

Et, ce détachement presque schizophrénique entre la réalité sanglante des massacres en masse, dont Eichmann fit preuve tout au cours de la guerre et durant son procès ultérieur à Jérusalem, devrait constituer une leçon pour n’importe quels projets académiques ou pseudo-historiques qui tendent à mettre sur le même pied d’égalité les victimes de n’importe quels massacres en masse ou la mort de couches entières de population, pour raison de famine ou de négligence, sans, à tout le moins, tenter d’aller au cœur même des décisions, des processus de mises à mort et des méthodes spécifiques ayant conduit à ces infortunées morts…

 

 

20/05/2012

Expressions, citations, proverbes, calqués sur la vie politique actuelle

Vlaanderen waar de Vlamingen zich thuis voelen

Au plus fort de la lutte pour l’émancipation linguistique, on pouvait lire cette phrase sur des panneaux à l’entrée de certaines communes, le plus souvent situées à la périphérie de Bruxelles ou dans ces communes du Brabant flamand jouxtant cette francophonie si haïe.

 

Si on examine cette expression à la lumière (attention, lumière est ici à interpréter dans le sens de retour aux ténèbres…) de l’ère présente, on voit que ce discours ethnocentriste, égoïste, a été repris, notamment par Bart De Wever, et Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en France.  Que prônent ces gens que d’aucuns disent bien-pensants ?  Le repli sur soi, l’intégrité raciale, linguistique, religieuse, de la population, des frontières fermées à l’afflux d’immigrés, la défense des vraies valeurs nationales.  Valeurs souvent aux antipodes de la nécessaire tolérance dans une société hybride, du cosmopolitisme qu’un monde moderne nous impose sous peine de périr, des principes d’égalité, de fraternité et de nécessaire solidarité sociétaire.

 

 

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours (avant de l’avoir tué)

La Flandre se voit déjà indépendante.  Riche, repliée sur soi.  Fière, arrogante, proclamant haut et fort les droits sacrés du sol et de la langue.

 

Ce que ces politiciens de maigre envergure oublient – car ils ont le nez pointé sur le court terme – c’est que la Flandre dans quarante/cinquante ans, ne sera pas tellement différente de ce que la Wallonie a connu quand son déclin économique a sonné dès la fin des années soixante.  Parce qu’une industrialisation à outrance, avec son lot de pollutions atmosphérique, des voies d’eaux naturelles et des nappes aquifères, la pollution due au lisier de l’élevage de porcins (et le défaut de mesures adéquates pour contrecarrer ce fléau), feront en sorte que leur population sera de plus en plus touchée par des maladies liées à ce manque de prévoyance politique, entraînant son inévitable lot de maladies chroniques, d’invalides, de personnes handicapées.  Les signes avant-coureurs ne trompent pas : élévation du nombre de naissances avant terme (avec ce que cela implique de risques de handicap physique ou mental irréversible), montée effroyable chez les jeunes de maladies d’allergie ou d’asthme, surcharge pondérale chez les jeunes dès l’âge tendre (< de 8 ans), pics de pollution à répétition dès qu’il y a un anticyclone durable avec peu de vent, particules fines dont les effets à long terme ne sont pas encore connus mais qui sont liés à des pollutions industrielle et de parc automobile, effets encore inconnus des lignes à haute tension et des émissions dues à des antennes GSM, effets à long terme de pollution industrielle (Anvers, Gand…), effets à long termes de laprise d’hormones de synthèse chez les femmes…

 

Les politiciens flamands tablent sur la prospérité actuelle pour vouloir leur indépendance. 

 

Quand ils l’auront (parce qu’ils la décrocheront tôt ou tard grâce à la pusillanimité habituelle de nombre de politiciens wallons et francophones), ils en payeront le prix fort, à l’instar de ce subit actuellement la Wallonie…mais il n’y aura plus de solidarité wallonne…

 

HAINE

En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur (Mahatma Gandhi – Tous les hommes sont frères)

Vivons donc heureusement, sans haïr ceux qui nous haïssent.  Parmi ceux qui nous haïssent, passons dépourvus de haine (Bouddha – Dhammapada)

Tout cela, n’en déplaise aux puristes, c’était bon pour le passé. Pour Gandhi, notamment, que je respecte car son discours de paix et de fraternité est immortel.  Mais, si Gandhi avait eu comme ennemi politique les nazis ou les gens du NKVD (à l’époque des purges et terreur staliniennes dans les années 30, 40), il se serait retrouvé bien vite incarcéré et transformé en cendres chez les Boches ou en bloc de glace chez les Soviétiques.

 

Prenons le cas actuel de l’intégrisme islamique, y répondre par des discours sur la paix universelle, l’indispensable fraternité entre races humaines, ne mènerait qu’à plus d’attentats, de bombes de kamikazes ou d’actes de folie ciblée.  Ces gens sont insensibles à la raison, ils ne pensent qu’en termes de bourrage de crâne.  De Gandhi, ils n’auraient fait qu’une victime de plus de leur folie organisée.

 

Lorsqu’on voit certains types de discours poujadistes, populistes, prônés par certains politiciens certes populaires mais dépourvus de tout sens de l’État, que faut-il en penser ?  Bart De Wever hait les Wallons et les francophones qu’il considère comme des fainéants, des profiteurs, des assistés, Marine le Pen pense la même chose mais à l’égard de toute personne vivant en France et qui n’a pas la couleur locale (comme disait un tube de musique africaine, dans les années 80).

 

Doit-on y répondre – en tant que démocrates cosmopolites – par l’indifférence, la non-haine ? 

 

Pas du tout, il faut haïr ces gens-là et transformer notre haine intellectuelle à leur égard en armes intellectuelles.  Les combattre non pas par la pusillanimité et les bonnes manières.  Dire haut et clair dans quelle mesure leur message politique est fasciste et rappeler les précédents, Hitler mais aussi Franco, Salazar, les colonels en Grèce, les régimes fascistes en Argentine, en Uruguay, au Chili, des régimes qui prônaient l’intolérance, le repli sur soi, le refus du pluralisme politique, l’anti-cosmopolitisme, l’ethnocentrisme.  Parler de valeurs nationales, de Nation, c’est ce que faisait Hitler jadis (ein Reich, ein Volk, ein Führer).

 

HUMILITÉ

Attache plus de prix à être un humble vertueux qu’un riche orgueilleux (Cervantes – Don Quichotte)

Une citation faite sur mesure pour les Flamands de maintenant qui adorent arborer leur richesse : villas, deux ou trois voitures par famille, teint hâlé grâce aux nombreuses vacances (sports d’hiver, grandes vacances, trips), quincaillerie portée à la vue de tout le monde (y compris des petites frappes qui n’en demandent pas plus).  Leur richesse individuelle et régionale a déteint sur leurs modes de penser.  Imprégnés de cette richesse fraîchement acquise (il y a deux générations, c’étaient encore des boerkes), ils ont développé une arrogance politique telle qu’ils se croient tout permis.  Et comme les frères déshérités au sud du sillon Sambre-Meuse vivent dans le besoin de transferts en provenance de ce nouvel Eldorado flandrien, les politiciens flamands se sont sentis pousser des ailes de conquérants.  Ils se prennent maintenant pour de nouveaux conquistadors et la première chose à conquérir ce serait leur liberté loin de cette devise nationale (l’Union fait la Force) tant haïe par eux.  Mais, me dis-je, plus haut est le vol, plus dure sera la chute…

 

UNITÉ

Tous pour un, un pour tous (A. Dumas – Les Trois mousquetaires)

Certains pourraient croire que les Flamands sont unis.  Oui, de manière superficielle, car bon nombre d’entre eux vote pour des mouvements d’émancipation nationale (près de 50 % si on additionne les votes pour la N-VA, le VB et LDD).  Rien ne serait plus fallacieux de le croire.  Il suffit de lire leur presse, de connaître leurs mentalités, pour savoir que les Anversois se croient les seuls véritables représentants – l’élite de la Nation flamande - d’une Flandre prospère, économiquement et intellectuellement.  Tous en Flandre  s’accordent pour dire que les Limbourgeois et les West-Flandriens sont les parents pauvres – mentalement – d’une Flandre arrogante et fière de sa richesse.  Combien n’y a-t-il pas de blagues flamandes faites sur les dos des Limbourgeois et des West-Flandriens dont on se gausse allègrement, de leur comportement arriéré, de leur accent de ‘paysans’, de leur manque de grâce sociale dans une Flandre qui joue avec les plus grands du monde…

 

Un jour un collègue flamand m’a dit qu’il y avait bien plus de transferts de la Flandre vers le Limbourg que vers la Wallonie.  Et quant aux boerkes west-flandriens, moi qui les fréquente et connais leur mentalité, j’ai remarqué qu’il y a bien moins de flamingants à la Côte (flamande ou belge, c’est kif-kif) que chez ces gens habitant du côté de Hal, Dilbeek ou Rhode.

 

Et, quand on parle d’unité flamande, on sait bien que les Flamands défendent les intérêts des Flamands de Bruxelles, bec et ongles alors bien qu’ils détestent Bruxelles et feront tout pour ne jamais permettre à Bruxelles d’assumer son statut de capitale européenne peuplée d’une majorité écrasante de non-Flamands !

 

La place de l’homme dans la vie est marquée non par ce qu’il sait, mais par ce qu’il veut et ce qu’il peut (G. Le Bon – hier et demain)

Nous vivons dans l’ère du savoir.  Jamais auparavant dans l’existence terrestre, autant de savoir (de connaissances) n’a-t-il été disponible aussi facilement et rapidement – à portée de quelques clics de souris.  Jamais pourtant, n’a-t-on eu si peu de personnes cultivées.  Et, c’est vrai, nous n’en sommes – hélas – plus à l’ère du savoir, ce qui compte maintenant c’est l’action, c’est le pouvoir, c’est la capacité de réaliser.

 

Bart De Wever est un homme cultivé, je le sais car j’ai un jour vu une émission à la VRT, tard le soir, où, en compagnie de Van Rompuy, il a montré qu’il était aussi un véritable animal cultivé, sans ironie ni critique.  Un véritable intellectuel.  Or, ce qui porte, ce qui est porteur de suffrages électoraux, ce n’est pas du tout sa culture, ce sont des slogans simples, faciles à retenir, souvent faux sur le fond, populistes, poujadistes, un brin fascistes (suprématie d’une nation sur les autres, nécessité d’avoir un ennemi extérieur commun, défense des vraies valeurs nationales, recherche d’une valeur-nation, etc.).  Marine et Nicolas en France, n’étaient pas du tout des gens cultivés, et si on peut leur accoler le terme de ‘culture’ sur l’uniforme de politicien qu’ils ont endossé, ce serait celui de ‘monsieur tout le monde’ qui sait beaucoup de choses comme n’importe quel pilier de bistrot populaire  pour ne finalement savoir rien du tout dans aucun domaine relevant de la vraie culture, de l’histoire.

 

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Je me suis largement inspiré du « Dictionnaire des Citations du Monde entier » de Karl Petit, Collection Marabout.

 

Karl Petit que j’ai eu le privilège de côtoyer, un grand homme, connaisseur de l’Orient, de son art, un être cultivé comme on n’en rencontre plus.  S’il a « voulu », s’il a « fait », ce le fut sur le plan de la culture, du savoir, non de l’action.

 

Qui se souvient de lui, ou de Joseph Devondel, autre admirateur et connaisseur de l’Orient et, surtout sensei en yoga et tai chi chuan que j’eus également le privilège de côtoyer.

 

Le devant de la scène actuelle, les feux de l’actualité, sont braqués sur les faiseurs, les beaux parleurs, ceux qui réalisent des choses.

 

Pour ceux qui, comme moi, pensent, savent, nous vivons en coulisse ou de manière souterraine.  Far from the madding crowd…

 

Dans cinquante ans, il n’y aura plus de culture, plus que des clics de souris, sans compréhension véritable, sans ajouts d’interprétation, de raisonnements, personnels. 

 

D’ailleurs, quand on voit avec quel succès des épouvantails aussi creux que De Wever, Sarkozy, Le Pen, attirent les suffrages par des discours empreints de simplismes, on peut déjà pressentir quel sera le sort – intellectuel, historique – de notre monde s’il continue dans la même lignée de nivellement par le bas…