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26/11/2012

La vie est belle en Belgique

La vie est belle !

 

Le nombre d’entreprises qui ferment pour causes de faillite atteint de nouveaux sommets chaque mois.  Le nombre d’ouvriers et d’employés qu’on licencie dépasse de loin tout ce que notre pays a connu depuis longtemps, et dans la presse on ne parle que des grosses entreprises or le nombre de licenciements dans les PME est à tout le moins égal aux licenciements en masse.

 

Des employés de grande surface commencent parfois à se plaindre du manque de clients bien plus tôt dans le mois qu’auparavant (on connaissait le phénomène des grandes surfaces vides les derniers jours du mois tout juste avant le paiement du traitement ou salaire sur le compte en banque).

 

Quand on se promène le soir dans certains lieux d’ordinaire achalandés et qu’on regarde le nombre de clients dans des cafés ou des restaurants, là aussi, c’est la dèche.

 

Récemment, j’ai dû prendre des rendez-vous dans des garages différents pour deux véhicules.  J’ai pu obtenir des rendez-vous à très courte échéance comme si ces garagistes m’attendaient justement.

 

On sait que la vente de certaines marques de voitures chute d’une façon spectaculaire, qu’il y a pour le moment une diminution de consommation d’électricité et de gaz dans notre pays.

 

Mon épouse, profitant d’une offre, est allée récemment dans une grande surface acheter un appareil photo Nikon avec deux objectifs (dont un 55-200) pour 500 euros.  Il n’y avait pas de file et encore plein d’appareils disponibles, pourtant elle n’y est pas allée le premier jour de cette offre exceptionnelle.

 

Bref la vie est belle !  Car les produits de luxe ne connaissent pas la crise, les voyages chers et lointains non plus.  Ceux qui ont du fric ne sentent pas la crise.

 

C’est normal car chez nous, à l’instar du candidat malheureux aux élections américaines, Mitt Romney, on ne veut pas taxer les riches ni la richesse.  Et quand je dis « on », je pense évidemment aux socialistes car des libéraux, on sait qu’il s’agit là d’un de leurs chevaux de bataille, le fait d’épargner les riches et nantis de ces turpides taxes.

 

Je ne me considère ni socialiste ni antisocialiste, ni libéral ni antilibéral.

 

Je me suis toujours considéré comme un être humain épris de démocratie et de principes d’égalité.  Je ne tiens pas à ce qu’on fasse une redistribution des richesses ni qu’on oblige les riches à se départir d’une partie de leurs richesses au profit des moins bien lotis.

 

Quand je parle de principe d’égalité, je ne pense pas plus que les hommes soient égaux d’un point de vue social ou de Q.I.  Je ne pense pas que les hommes aient les mêmes chances dans la vie, il y a bien trop d’impondérables (matériau génétique, dispositions mentales et physiques, physiologiques, milieu d’origine, différences de Q.I. et d’accès aux études, etc.) qui court-circuitent les meilleures volontés.  Il y a aussi le ‘destin’.  Pourquoi un enfant développera-t-il une leucémie ou un cancer à un âge précoce ?  Pourquoi une personne adulte devrait-elle mourir à trente-cinq ans, à quarante ans, ‘à la suite d’une longue et pénible maladie’ comme on le dit par euphémisme ?

 

Pourquoi certains ont-ils tout qui leur a réussi tout le temps ?  D’autres qui ratent tout, feront toujours les mauvais choix, tout le temps ?  À quoi cela tient-il ?

 

Les riches, ceux qui sont riches par tradition familiale, par héritage, par leur pugnacité à amasser une fortune, par hasard (lotto, etc.) ont évidemment le droit d’être riches.

 

Les pauvres ont-ils le droit d’être pauvres ?  Est-ce un droit d’être obligé de vivre dans la rue, à la merci de tout et de tous, sujet à des complications de santé, sujet à tomber dans la boisson et la négligence de soi ?

 

En Belgique, les socialistes ne veulent pas prendre l’argent des riches et le redistribuer.  Ce que je comprends.  Même si on accepte l’axiome de ‘la propriété c’est du vol’ (comme aurait dit Proudhon jadis), voler des biens ou des capitaux à ceux qui en ont trop, ce serait un vol manifeste.  Et, le voler pour le redistribuer aux pauvres, serait une aberration politique car il serait dès lors justifié de dire que le choix de la pauvreté (le droit à la pauvreté) serait récompensé par une compensation de l’État redistribuant ce qu’il aurait chipé aux nantis.

 

Mais, je suis peut-être niais.  Si on ne peut pas prendre chez les riches pour donner aux moins riches, l’État ne pourrait-il envisager que les riches contribuent aux charges de l’État d’une manière égalitaire ?  Égale ?  C’est-à-dire en fonction de leurs revenus et de leur fortune ?

 

Dernièrement, certains (des libéraux qui en général préfèrent que les plus démunis contribuent proportionnellement le plus aux déficits budgétaires et aux restrictions) ont parlé de ‘saut d’index’.  D’autres (les socialistes, pas plus futés, d’ailleurs) ont eux parlé d’augmentation de la TVA.

 

Sauts d’index et augmentation de la TVA touchent essentiellement les petits revenus par le biais d’une augmentation de l’assiette fiscale du ménage pour les consommations courantes, plus importante quand on dispose de petits revenus ; et, en proportion de leurs revenus, ces mesures touchent par contre très peu les riches, ils ont bien plus de ‘mou’ compte tenu du gouffre entre les capitaux qu’ils gèrent et ce que gère une famille monoparentale ou à bas salaire(s)’.

 

La Belgique me fait un peu penser à la Grèce.  Car ici aussi, on n’y taxe ni la richesse ni les apparences de richesse (piscines, yachts, villas somptueuses, collections d’œuvres d’art privées), ni les revenus de la richesse (participations dans des entreprise du type de sociétés anonymes, ‘stock options’ – cf. celle de Dehaene il y a quelques mois - émoluments plantureux pour des postes d’administrateurs dans des entreprises).

 

Mais cette façon de voir des socialistes qui ne veulent pas taxer le Capital (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tient peut-être au fait qu’il y a pas mal de cumulards dans ce parti, siégeant dans des entreprises publiques, des entités ou créations communales ou provinciales, des sociétés de logement ou autres sociétés parfois faites sur mesure pour planquer un petit copain ?

 

La vie est donc belle en Belgique.

 

Pour les riches en premier lieu, pour les petits copains politiques (il y en a évidemment dans d’autres partis puisque par la force des choses, on gouverne par coalition ici-bas) planqués dans des cumuls rémunérateurs, pour les patrons de grosses entreprises (on sait que le contrôle fiscal est quasi nul pour les entreprises, à peine un ou deux pour cent des déclarations fiscales d’entreprises font l’objet d’un contrôle de temps en temps), pour ceux qui sont gros actionnaires de sociétés anonymes ou bénéficient de plantureuses stock options ou de participations en actions à l’issue de chaque cycle annuel, pour ceux qui réalisent de beaux bénéfices lors de transactions commerciales (vente de stock options) ou boursières, pour tous ces commerçants du secteur Horeca qui préfèrent ne pas donner de souche TVA quand c’est possible, pour tous ces praticiens de professions dites ‘libérales’ dont des statistiques publiées de temps à autre indiquent clairement qu’ils constituent une sorte de sous-prolétariat (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tant leur niveau de revenus est affreusement bas, pour tous ces électriciens et plombiers, maçons, plafonneurs et autres corps de métier du bâtiment venant faire de petits travaux ou des réparations chez des particuliers et qui, autant que possible, préfèrent un paiement sans facture, histoire d’épargner la TVA (pas aux consommateurs de services).

 

Un exemple récent de fraude à une échelle vertigineuse.  Un fournisseur de bière en gros de la région de Waarschoot fait l’objet d’une enquête pour fraude à la TVA.  Il aurait livré de la bière sans ristourner la TVA au Fisc, à des milliers de patrons du secteur Horeca en Flandres occidentale et orientale.  Que dit à ce sujet le représentant du secteur Horeca pour la Flandre : « Mais ce sont maintenant d’énormes montants qui sont réclamés {par le Fisc, of course}.  Les patrons de café n’ont pas mis cet argent en poche : l’argent au noir est utilisé dans le secteur pour payer le personnel.  Cet argent est parti. » (De Standaard du 19 novembre 2012).

 

Je crois qu’il n’y a qu’en Belgique que de telles déclarations anti-étatistes sont possibles !  Je lis d’ailleurs que le gouvernement a décidé de surseoir de six mois à l’installation des caisses Horeca ‘intelligentes’…alors que d’un autre côté, il affirme vouloir lutter contre la fraude fiscale…

 

Car si la vie est en vérité belle pour pas mal de gens en Belgique, l’État en est pleinement fautif.  Car il n’assure pas de contrôles fiscaux adéquats pour les catégories qui sont les plus susceptibles de fraude ou d’évasion fiscale.  Il n’y a pas en Belgique d’intérêt réel pour la lutte contre la fraude, les détournements fiscaux et les abus de ce type.

 

Je viens de lire que près de 80 des Belges seraient pour l’instauration d’une taxe sur la richesse.  Pourquoi nos représentants politiques au gouvernement n’écoutent-ils pas les bons conseils ?  Eux qui ont tout de même été élus par ces voix et qui sont somme toute des « représentants de la Nation » ?

 

Si toutes les personnes en Belgique qui devraient être taxées en fonction des travaux effectués ou de services rendus l’étaient en réalité, si on prévoyait un minimum de, disons 10 % de taxe sur la richesse et les revenus de bénéfices réalisés en provenance d’opérations financières et boursières, si on se mettait à traquer les entourloupettes et paradis fiscaux, les brassages de participations aux bénéfices d’entreprises en actions ou stock options, si on instaurait les caisses intelligentes dans le secteur Horeca d’urgence, si on surveillait un peu mieux les revenus des professions libérales, devrait-on discuter durant 40 jours pour boucler un budget ?

 

Non !

 

L’argent irait après tout là où il doit aller et immédiatement, à la source : dans les caisses de l’État !

 

Et on reparlerait enfin de solidarité.

08/11/2012

'C'est la faute à Di Rupo', leitmotiv de Bart De Wever

 

Ford Genk ferme.  Di Rupo est le seul responsable. Il s’agit de la ‘wallonisation’ de la Flandre.

 

Quelque chose dérange Bart De Wever sur le plan politique et son impact sur la Flandre, c’est la faute à Di Rupo, au PS, à la Wallonie, aux Wallons.  Ne l’a-t-il pas dit lors d’une interview au Spiegel, en Belgique, il y a quelque temps ? Il y a en Belgique deux nations qui avancent selon deux vitesses et systèmes tout à fait différents (les Wallons à la traîne évidemment).  Oubliant par ailleurs Bruxelles, comme d’habitude, capitale de la Flandre mais que personne en Flandre n’aime ni ne défend jamais parce que trop francophone et francophile.

 

Après la marche triomphale de De Wever le 14 octobre dernier, certains (le bourgmestre de Gand Termont, le syndicaliste wallon Digneffe, le père Tobback) ont dit que certaines choses dans cette marche triomphale, cette manière de battre le pavé en célébrant la victoire, faisaient penser à Hitler, aux nazis, à l’ostracisme vis-à-vis des Juifs.

 

Pour bien comprendre la nature fasciste de la démarche de stigmatisation systématique de Di Rupo, du PS et de la Wallonie, qu’utilise à si bon escient De Wever, il faut nécessairement se plonger dans des textes de spécialistes de la psychologie des masses, car ici avec De Wever et ces dérapages verbaux perpétuels qu’il utilise comme des leitmotivs dénués d’idées nouvelles, nous ne sommes plus dans le strict cadre de débats et de déclarations politiques ordinaires mais plutôt dans une forme d’ostracisme.

 

Que disait Friedrich Hacker au sujet tu totalitarisme de type nazi sans son livre ‘Agression’ ?  « Pour les nationaux-socialistes, l’Allemagne, l’identité allemande, la mission allemande, furent des concepts centraux, autour desquels toutes les autres valeurs pouvaient se grouper et qui donnaient cependant des images expressives, dramatiques, du contre-type, de l’anti-image.  Dans la focalisation de l’ennemi non-allemand, on pouvait y emboîter en politique interne  les communistes, les libéraux, les Juifs ».

 

Voilà les deux éléments essentiels d’une démarche de type fasciste : nous avons d’une part un personnage à l’ego surdimensionné qui croit à lui seul personnifier sa ‘Nation’ et, pour rallier le plus possible de voix d’électeurs dégoûtés par les partis politiques traditionnels, il crée l’anti-image, le contre-type, en d’autres mots l’« ennemi », celui par qui et à cause de qui tous les maux, tous les malheurs, surviennent et qu’il faut combattre en premier lieu et tout le temps en matraquant le message sans arrêt.  Di Rupo, son nœud papillon (l’objet de risées chez les nationalistes flamands et même de slogans politiques nationalistes), les Wallons, la Wallonie, le PS, sont les archétypes de l’ennemi du développement et de l’épanouissement de la Nation flamande.  Pourquoi ?  Pour une question d’argent.  Ces Wallons (fainéants) leur coûtent bien trop et mettent en danger leur propre bien-être flamand.

 

Que disait Erich Fromm au sujet du narcissisme de masse (dans « Le cœur humain ») ? : «En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  Si l’on songe par exemple aux théories des petits Blancs du Sud des Etats-Unis sur les Noirs, ou encore à celles des nazis sur les Juifs, il est facile de voir à quel point elles sont faussées (…) Le narcissisme collectif demande une satisfaction, au même titre que le narcissisme individuel.  À un certain niveau, cette satisfaction est fournie par le dogme commun de la supériorité du groupe auquel on appartient, supériorité qui a pour corollaire l’infériorité de tous les autres groupes. »

 

Caractéristique ici sont le manque total d’objectivité et une déformation – pathologique – du jugement rationnel. Prenons le cas de Ford Genk que De Wever a traité de « wallonisation de la Flandre », la faute à ce marxiste de Di Rupo qui refuse d’alléger les charges patronales.  Les patrons de Ford ont clairement indiqué que ce n’était pas le niveau salarial plus élevé dans l’usine de Genk qui était la raison de la fermeture, mais une surcapacité de production.  Et, même si cet argument de coût salarial trop élevé tenait la route, réfléchissons de manière rationnelle et objective.  Di Rupo est le premier ministre d’un gouvernement de coalition comprenant 6 partis, dont 3 partis flamands représentant la majorité des voix dans la partie flamande et démocratique du parlement fédéral.  Peut-on croire un seul instant, quand on voit la durée des discussions pour boucler le budget, que Di Rupo impose une politique marxiste aux 5 autres partis de son gouvernement sans leur consentement ?

 

Une autre preuve évidente de ce narcissisme collectif autour de la personne du chef de la N-VA, c’est que s’il devait ne plus être à la tête de son parti, le nombre d’adhérents et de voix électorales chuterait d’une manière drastique.  Pourquoi ?  Parce que, bon parleur et débatteur tel qu’il l’est incontestablement, il se pose de plus en plus non pas comme l’homme fort de la Flandre mais comme son seul porte-parole.  Il rassemble donc en lui et autour de sa seule personne toutes les opinions opposées aux partis traditionnels, qu’il gagne par des slogans simplistes, d’ultra-droite, poujadistes, nationalistes, répétitifs, ce qui fait que tous ceux qui se sentent d’esprit N-VA sont fiers de cette appartenance, « nous contre tous les autres ».  Il y a une part d’illumination sectaire dans cette démarche de type fasciste qu’a accentué la marche triomphale d’Anvers le soir du 14 octobre 2012.  Et là encore, alors qu’on aurait pu s’attendre chez tout homme ‘normal’ à la révélation de sentiments de joie personnels et compréhensibles vu les circonstances de l’accès au mayorat d’Anvers, peut-être même des larmes ou un rire gêné, qu’a-t-on vu ? De Wever brandit à nouveau le spectre du Di Rupo marxiste, source de tous les maux de la Flandre.  De Wever a célébré non pas son choix en tant que bourgmestre potentiel de la ville la plus peuplée de Belgique, mais la victoire contre le marxisme à la Di Rupo. Il a élevé un simple scrutin communal au rang de référendum fédéral.  Cela m’a fait penser non pas aux marches triomphales que les nazis firent en Allemagne dans les années 30 mais à cette danse de la victoire d’Hitler après la signature de l’acte de reddition de la France en juin 1940. « Je les ai eus ! »  Esprit de revanche, petit esprit borné !  Mais futé car il engrange les voix de tous les dégoûtés, les envieux, les égoïstes, les partisans d’une Grande Flandre Indépendante.

 

Revanchisme, perte de rationalité, manque d’objectivité, slogans poujadistes à l’emporte-pièce, cela colle à une démarche fasciste éprouvée.  Qu’écrivait récemment un commentateur flamand dans « Weekblad », le supplément du week-end du Standaard du 3 novembre 2012, à propos de la controverse entre Digneffe et De Wever : « …c’est dommage mais en essence, Digneffe n’a rien dit de choquant et, en même temps, sa remarque n’était pas non plus dénuée de tout sens : il faut en effet craindre que De Wever, dans les prochaines années, imputera nombre de problèmes d’Anvers au PS.  Il l’a fait les années précédentes avec les problèmes de la Belgique et de la Flandre.  Dans toutes les élections récentes, son mélange de nationalisme et de libéralisme de droite lui a délivré des succès monstrueux, donc, pourquoi changerait-il. »  Et un sondage récent abonde dans ce sens, 37 % environ des Flamands trouvent la N-VA un parti crédible, les autres partis flamands (hormis Groen) tombant en dessous des 20 % de crédibilité.

 

Le philosophe Marcel Gauchet, interviewé dans Marianne (du 6 au 12 novembre 2010) indiquait ceci à propos du totalitarisme : « Les totalitarismes s’efforcent de résoudre un autre aspect du problème de la représentation : la discordance des opinions.  Le parti conjure magiquement cette discordance : il permet d’obtenir le peuple-idée en actes.  Au-delà, le leader suprême résume en sa personne à la fois l’âme du peuple et le corps de la collectivité. »

 

Coucou !  Ne repensez-vous pas à De Wever qui veut personnifier l’âme et le corps de la collectivité de sa Nation flamande ?  La N-VA est d’ailleurs, en Flandre – hormis le Blok dont on connaît la politique – le seul parti qui se pose des questions sur la Nation flamande, tentant tant et plus d’en revenir à cette notion qui n’est qu’un tremplin vers une émancipation régionale sous la forme d’indépendance.  Mais une Nation flamande quand on connaît les susceptibilités et sensibilités des West-flandriens et Limbourgeois opposés à la soi-disant suprématie des Anversois, tous ignorant bien sûr la destinée de Leur Capitale Bruxelles !

 

Toutefois, De Wever, en dehors de ses diatribes contre Di Rupo et les Wallons, personnifie un autre danger que peu d’observateurs notent.  Il représente un courant nationaliste et néolibéral de la pire espèce sur le plan économique.  Il est soutenu par une partie importante du patronat flamand (47 % des patrons d’entreprises voteraient N-VA selon un sondage d’il y a un mois).  Et, s’il ne peut être taxé de racisme (hormis à l’égard des Wallons et des Bruxellois, ce qui n’est en soi pas rien), on peut le soupçonner de mettre le social au rang des valeurs dont il faudrait revoir l’architecture dans le sens d’une déconstruction organisée.  Dans l’éthique néolibérale à laquelle il adhère à fond, seul le travail est digne d’être considéré comme noble.  Il conduit au bien-être.  Et s’il faut booster certains des secteurs de la sécurité sociale (allocations familiales, vacances annuelles qui profiteraient ainsi aux Flamands travailleurs), il me paraît clair qu’un De Wever ne doit pas être essentiellement différent du perdant des élections américaines, Mitt Romney (De Wever ne professe-t-il pas une grande admiration pour Cameron qui est en train de saper dans les dépenses publiques dont les sociales et dont le pays n’a jamais signé le volet social du Pacte de croissance européen) ;  je pense qu’un De Wever au pouvoir s’attaquerait aux allocations de chômage, favoriserait sans doute les 2e et 3e piliers des pensions (leitmotiv des néo- ou ultralibéraux).  Dans son premier jet de programme de discussions pour Anvers, n’a-t-il pas mis que pour les demandeurs d’assistance sociale (CPAS), une des conditions d’accès à l’aide sociale serait un passage obligatoire par des cours de langue néerlandaise ?  Ou l’ostracisme par la langue du sol.

 

Voilà.  De Wever n’est pas un fasciste.  D’aucune façon.  Mais pourquoi, lui qui est un historien réputé, utilise-t-il ces méthodes fascistes de stigmatisation systématique d’un ennemi de sa Nation qu’il croit représenter en son humble personne ?

 

Un point positif, à ce qu’il me semble, c’est que j’ai lu que certaines têtes pensantes de la N-VA sont assaillies de mails et de courriers critiques, voire injurieux. Ce qui me fait dire qu’il y a en Flandres des personnes qui ne sont pas dupes du jeu aux relents fascistes que joue De Wever.

 

Il nous incombe à nous francophones et Wallons d’attaquer De Wever – non pas par peur de la scission du pays – là où il est réellement vulnérable : sur son apparenté de démarche avec Hitler, sur ses programmes économique et social à la Cameron et Mitt Romney, sur son dédain du social, sur son racisme vis-à-vis des francophones et des Wallons.  Sur sa haine viscérale de Bruxelles qu’il se plaît à ne pas reconnaître ni en tant que région ni en tant que partenaire futur pour des discussions sur l’avenir confédéral de la Belgique…

 

Il n’est pas trop tard mais il serait temps que l’on recadre ce bonhomme en le plaçant dans son véritable – et dangereux – contexte historique.

20/10/2012

Alzheimer

Mardi dernier, le couperet est tombé.  Le médecin responsable du traitement de ma mère en unité gériatrique de l’hôpital m’a dit que tous les examens physiques n’avaient révélé aucun problème majeur ou nouveau (elle avait à nouveau été hospitalisée à la suite d’une chute à la maison), mais qu’à la suite de deux tests effectués par une psychologue à deux reprises éloignées, il était incontestable, en fonction du résultat aux tests cognitifs (score de 16 sur 30), qu’elle fût entrée dans le stade initial de la maladie d’Alzheimer.

 

Ce fut un choc pour moi et mon épouse.  D’emblée, nous pensâmes à l’avenir incertain puisque nous avions eu parmi nos connaissances ou des membres de la famille des personnes atteintes de cette terrifiante maladie et, comme elle nous pend au-dessus de la tête à nous tous comme une épée de Damoclès, nous nous étions documentés à ce sujet et avions vu quelques documentaires.

 

Puis, comme je suis un être de réflexion, j’ai demandé à mon épouse d’aller voir sur Internet en quoi consistaient les tests standardisés qu’on faisait passer aux personnes soupçonnées de commencer un type de démence encore non identifié.  Je dois dire que pour ma mère, que nous soignions à la maison à la suite de sa première hospitalisation causée par une fracture du fémur, et qui était incapable de s’habiller, se déshabiller ou se faire à manger seule, nous avions constaté certains épisodes bizarres ces dernières semaines.  Elle n’était plus fort capable de lire l’heure correctement et par deux fois, elle nous avait raconté des absurdités que nous mîmes sans plus sur le compte de son âge (91 ans).

 

Le mardi soir et le mercredi matin, je me suis un peu penché sur ces fameux tests psychologiques et je me suis demandé dans quelle mesure une part de ceux-ci concernait des exercices verbaux et quel était leur poids pour la détermination de la maladie d’Alzheimer ?

 

Car la vérité en ce qui concerne ma mère, c’est qu’elle est à considérer comme une analphabète au sens large et contemporain du terme, c’est-à-dire une personne qui sait lire mais est incapable de gérer ses propres affaires administratives et financières, une personne incapable de comprendre une lettre d’une quelconque administration et qui a besoin d’aide dans ces domaines.  Elle a été scolarisée jusqu’à l’âge de 18 ans en section professionnelle (couture), puis, quand elle a rencontré mon père assez jeune (17 ans), elle qui était flamande, s’est mise à ne plus parler que le français qu’elle a appris sur le tas sans formation formelle. Langue qu’elle ne sait pas écrire à part quelques mots pour nos anniversaires ou pour les vœux de Nouvel An. Mon père s’est toujours occupé des affaires administratives et financières (hormis les déclarations d’impôts que je remplissais) et à sa mort, j’ai repris la tâche de m’occuper des finances, du paiement des factures et de toutes les formalités administratives la concernant.

 

Ma mère qui a toutes les qualités d’une bonne mère n’est pas et n’a jamais été une intellectuelle, à ma connaissance elle n’a jamais lu un livre de sa vie ni un quelconque de mes textes (livres, blogs, articles).  Ma mère n’a jamais fait d’exercices mnémotechniques de sa vie, elle n’a jamais eu l’habitude d’entraîner sa mémoire.  Elle a conduit sa voiture jusqu’à l’âge de 89 ans sans avoir jamais provoqué d’accidents de sa faute ni commis d’infraction, elle ‘faisait’ même jusqu’à 10.000-12.000 kilomètres par an !

 

Le mercredi après-midi suivant l’annonce de sa terrible maladie, lors des visites à l’hôpital, j’ai dit au médecin que je pensais qu’on n’avait pas procédé à une anamnèse mentale et physique complète en ce qui concernait ma mère, puis je lui ai expliqué ce qu’il en était de son état habituel et de son état d’analphabète au sens actuel du terme.  Il m’a dit que c’était très important de savoir cela et qu’il allait en parler à la personne qui avait fait passer les tests à ma mère.

 

Dans un livre intitulé « La Prise en charge des démences – approche transdisciplinaire du patient et de sa famille » par Jean-Émile Vanderheyden et Bernard Kennes (De Boeck éditions), je lis ceci sous le point 3.2.3 du 4e chapitre (page 54): «L’anosognosie ou la non-conscience de ses difficultés cognitives et fonctionnelles nous amène fréquemment à recevoir des personnes qui ne présentent aucune plainte.  Pour évaluer leur fonctionnement dans leur quotidien, il est essentiel de se référer à une personne conjointe (un membre de la famille, un proche) susceptible de nous fournir des indications sur leurs difficultés. »

 

Je m’étonne donc qu’en tant que fils unique de la patiente, domicilié dans la même maison, vivant avec elle, chargé d’elle donc tant à la maison que pour ses affaires personnelles, personne à l’hôpital n’ait pris la peine de me questionner sur elle avant de lui faire passer des tests.  Et, en fouillant dans les notices pharmaceutiques des médicaments qu’elle prend contre l’hypertension et d’un médicament (de type de Contramal) qu’on lui a donné pour combattre des douleurs d’arthrose, je constate que ces médicaments peuvent avoir un impact sur les fonctions cognitives des personnes.

 

De plus, demander des définitions de mots à ma mère qui est flamande d’origine et pour qui le français est une langue apprise sur le tas, relève de l’aberration psychologique.  Jeudi après-midi, j’ai dit trois choses à ma mère concernant son prochain transfert dans une section de revalidation gériatrique et quand je l’ai appelée le soir vers 18 heures, elle m’a rappelé de ne pas oublier les trois choses importantes la concernant.  Sa mémoire à court terme fonctionne encore très bien donc, pour certaines choses.

 

Ce qui me confirme que si elle commence peut-être une démence (peut-être de type vasculaire), il ne s’agit peut-être pas d’Alzheimer.  Le médecin qui la traite a d’ailleurs dit que ce que je lui avais confié à son sujet expliquait la différence entre la façon rationnelle et alerte dont elle parlait  et répondait dans sa chambre (comme une personne normale non atteinte de démence) et ses piètres résultats aux tests psychologiques.

 

Mais, il ne faut pas se leurrer.  La mère d’un ami, hospitalisée en même temps que ma propre mère, a eu un score de 2 sur 30.  Pourquoi ?  Simple.  On lui a parlé en flamand standard alors qu’elle ne comprend que le dialecte d’un des villages autour de Ninove.  Et, de plus, elle est passablement sourde (un jour que j’avais appelé mon ami au téléphone et qu’elle avait décroché, elle ne m’avait ni compris en flamand ni même entendu, elle avait donc simplement raccroché).  Là aussi l’anamnèse a dû être bâclée.

 

Ces deux derniers faits me confirment, malheureusement, dans mon scepticisme fondamental à l’égard des psychologues qui, souvent, pratiquent leur métier selon des canevas immuables, sans nécessairement se référer à la réalité quotidienne des personnes soumises aux tests ou sans avoir l’intelligence nécessaire de sortir des sentiers bien battus et d’approfondir la personnalité, les circonstances d’existence, l’univers familier, le contexte familial, des personnes qu’elles ont en face d’eux.

 

Ainsi, on a peut-être demandé à ma mère si elle avait été à l’école et, en fonction d’une réponse affirmative, on a sans doute continué le test sans se poser des questions sur la vie qu’elle avait menée depuis 70 ans à l’issue de sa scolarité.  Et sans se poser des questions sur son français qui, pour quelqu’un averti en matière de langues comme moi, ne pouvait être qu’une langue acquise vu certaines des fautes de prononciation qu’elle a conservées. Donc le résultat significatif du test pouvait être remis en question pour les épreuves portant sur le langage (épreuves cognitives). J’ai lu aussi qu’il y a des exercices de calcul dans le ‘Mini-Mental State Examination’ (examen mini de l’état mental), le test standard.  Comme par exemple au départ de 100, soustraire 7 à chaque fois. J’ai connu beaucoup d’étrangers dans mon existence, or je sais que quand on compte c’est généralement dans sa langue maternelle; moi qui connais et parle 5 langues, je ne puis compter qu’en français et suis souvent incapable de dire ou noter un numéro de téléphone lorsqu’il y a inversion de chiffres comme en néerlandais ou en allemand.

 

J’ai vu qu’on peut demander à la personne en quelle année nous sommes, quelle saison, quel jour, etc.  Ma mère, depuis la mise à la retraite anticipée de mon père en 1976 sortait chaque jour, semaine et week-end compris, par tous les temps et toutes les saisons, en voiture avec lui et le chien pour aller boire un café dans un restoroute.  Et, à la mort de mon père, elle a continué à le faire jusqu’en avril 2011.  Pour elle, l’année, le mois, le jour, la date, n’ont aucune espèce d’importance ; souvent, dans la vie courante, elle me demandait quel jour de la semaine on était ?  Et pourquoi aurait-elle dû connaître le jour, la date, alors qu’elle ne s’occupait de rien ayant trait à cette date et que s’il le fallait, je m’en occupais ?

 

Heureusement que ma mère a une sensibilité extrême à certains types de médication, le médecin traitant son cas m’avait dit que, de ce fait on ne pouvait lui donner des médicaments liés à la maladie d’Alzheimer.  J’imagine les dégâts que de tels médicaments auraient pu provoquer chez quelqu’un pour qui le diagnostic d’Alzheimer n’est ni prouvé ni confirmé par d’autres types d’examens sous la forme de tests plus poussés ou d’examens cliniques.