Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

02/01/2013

Notre pays a besoin de héros

Je souhaite une très bonne année 2013 à mes lecteurs.  Merci de m’accorder un peu de votre temps pour me lire.

 

                                                        *

 

J’ai toujours été fasciné par les comportements héroïques.

 

Dans notre monde actuel dominé par les platitudes habituelles de politiciens routiniers, par l’arrogance et la fatuité des personnes people et VIP n’ayant en vérité rien à confier, lorsqu’on voit à l’occasion d’un fait dramatique que des personnes font fi de leur propre vie et, parfois, en payent les conséquence, cela me laisse admiratif.

 

Ainsi, lors du massacre récent à Newtown dans le Connecticut, la directrice et la psychologue de l’établissement scolaire se sont avancées vers le tueur dès qu’elles ont entendu retentir les premiers coups de feu, pour essayer de discuter avec lui.  Elles ont payé le prix lourd comme certaines institutrices qui ont eu de bons réflexes au bon moment (celui, essentiel, de sauver la vie des enfants qui leur avaient été confiés), l’un d’entre elles ayant également perdu la vie.  Des comportements altruistes face au danger digne de notre reconnaissance et admiration.

 

IL y a près de 30 ans, un accident d’avion dramatique s’était produit à Washington D.C.  Par temps de forte tempête de neige, un avion prêt à décoller ayant fait dégivrer les ailes avait dû attendre trop longtemps avant le décollage ce qui fit que les ailes étaient à nouveau gelées.  Au moment du décollage il était trop lourd et s’écrasa bientôt dans le fleuve Potomac.  Des témoins oculaires virent un homme s’extraire de la carlingue, sauver une personne, puis une deuxième, ensuite une troisième, une quatrième et une cinquième.  Et après avoir tenté de sauver une sixième personne, l’inconnu se noya dans les eaux glacées du fleuve.

 

En septembre 2011, de courageux passagers du vol 93 d’United airlines tentèrent de reprendre le contrôle de l’appareil détourné par des terroristes islamiques.  L’avion s’écrasa mais l’histoire aura retenu les noms des héros qui tentèrent le tout pour le tout.

 

Lisant récemment un livre d’un rescapé du ghetto de Varsovie, je me faisais une réflexion.  Parmi les Juifs qui se liguèrent en automne 1942 et décidèrent de résister à la déportation les armes à la main (la révolte débuta le 19 avril 1943 comme on le sait), il est établi que la plupart des combattants juifs armés étaient jeunes, non mariés et sans charges de famille. Ce furent incontestablement des héros.

 

Par contre de nombreuses voix critiquèrent les Juifs qui se laissèrent déporter dans les camps de la mort comme des moutons.  Et, bizarrement, ce type de critique qu’on pourrait trouver déplacée, se faisait entendre en Israël même, en provenance des Sabras (Juifs nés en Palestine ou Israël) à l’égard des survivants de la Shoah.  Des  critiques qui se turent lors du procès d’Eichmann à Jérusalem, retransmis en direct à la radio, quand les Israéliens de souche réalisèrent l’ampleur et l’horreur de l’Holocauste et l’impossibilité matérielle de se sauver qu’avaient eue les masses de population.  Personnellement, par opposition aux héros de la révolte de Varsovie, je pense qu’un père de famille par exemple, conscient de la charge et de la responsabilité qu’il devait assumer envers son épouse et ses enfants, choisir de ne pas les abandonner alors qu’il aurait pu survivre en les laissant seuls, était en fait un acte de courage, un fait héroïque tout aussi admirable que la révolte du ghetto de Varsovie de l’OJC[1], ou de celle des révisionnistes.[2]

 

J’ai travaillé dix-sept ans dans une firme dont les patrons étaient juifs.  Le plus jeune né en 1927 avait 15 ans lorsqu’il s’échappa du ghetto de Lvov, cette ville polonaise à l’époque située en Galicie orientale. À cet âge-là, il rejoignit les troupes de partisans dans les forêts et, comme il me l’avait dit à de nombreuses reprises, tant pour certains des groupes de partisans polonais que pour les partisans ukrainiens (Lvov, une ville maintenant ukrainienne était alors peuplée à un tiers d’Ukrainiens), s’il avait révélé qu’il était juif, il aurait été tué tout de suite, tant l’antisémitisme y était non seulement répandu mais d’une virulence qu’on ne peut imaginer maintenant.  Puis, il combattit l’arme à la main durant des mois, des années, jusqu’à la libération du pays par l’Armée Rouge.  À l’âge de 15, 16, 17 ans !  Obligé de se battre avec ceux qui l’auraient tué s’ils avaient su qu’il était juif et contre les allemands qui l’auraient tué également pour la même raison.  Une autre fois, m’avait-il confié, son groupe de partisans avait été encerclé par les Allemands, seuls deux partisans survécurent, un autre Juif et lui-même. Quand on pense qu’il n’était qu’adolescent à l’époque !  Un vrai héros.  Méconnu comme des centaines ou des milliers d’autres à cette époque.

 

Pourquoi cette admiration pour des héros, pour des actes héroïques?

 

Sans doute parce que mon père ne fut pas et jamais un héros, quelqu’un digne d’être admiré ?  Et que dans ma vie et surtout dans ma seconde carrière au sein d’une administration fédérale, j’ai été confronté à tant de veulerie et de lâcheté hiérarchique que j’ai besoin de ma ration vivifiante de héros et d’actes héroïques.

 

N’ai-je pas lu il y a quelques semaines qu’un homme était entré dans une maison en flamme pour y sauver des personnes et qu’il avait réussi?

 

N’ai-je pas lu il y a quelques semaines qu’un photographe a filmé à New York la mort d’un homme projeté sur les rails du métro alors que s’il avait fait fonctionner ses neurones au lieu de son appareil à souvenirs marquants, il aurait pu sauver cet infortuné?

 

Malheureusement à une certaine époque, la mode, l’orthodoxie politique, firent en sorte qu’on prit pour modèles de héros des gens qui n’étaient après tout que des serial killers ou des suppôts de serial killers : Che, Mao, Hô, Castro.  Ne parlons pas de ceux qui dans la Russie actuelle ou dans l’ancienne Allemagne de l’est ont la nostalgie du bon vieux temps du communisme.

 

J’ai eu à traduire récemment pour une ONG un article édifiant, d’un chirurgien parti pour quelques semaines dans un hôpital de campagne à Kunduz en Afghanistan.  Relatant ce qui faisait son ordinaire : la chirurgie de guerre, la chirurgie des accidentés de la route et par balles.  Et qui concluait en disant que cela avait été une expérience intéressante, à renouveler.

 

Si on cherche autour de soi, des héros on en trouve en grand nombre.  Femmes seules au foyer qui se débrouillent tant bien que mal pour subvenir aux besoins élémentaires de leur(s) enfant(s), parfois sans aide financière, prestant des heures impossibles, menant une double ou triple vie.  Médecins, infirmières et personnel logistique qui sacrifient une possibilité d’avoir un salaire plantureux et des perspectives de promotion en Belgique pour aller œuvrer au sein d’une ONG en Afrique, Asie et dans ces pays ensanglantés qui font l’essentiel des news mais attirent peu les vocations.  Les pompiers des services d’urgence du 112 qui de jour et de nuit sont sur la brèche pour aller chercher les accidentés de la route, les victimes d’accidents ou de malaise à la maison, toujours de bonne humeur (et j’y ai eu recours deux fois cette année pour ma mère ainsi que des voisins pour ma mère également en notre absence), toujours serviables, toujours professionnels.  Je citerais aussi ces médecins urgentistes qui posent souvent le bon diagnostic et ces chirurgiens d’urgence qui sont là quand un corps a besoin en hâte d’une opération.  Je citerais également ces policiers de la route et de patrouille qui ne pensent pas à verbaliser les délits mineurs (voiture mal garée ne présentant aucun danger pour la circulation…) mais ont à cœur de combattre la vraie criminalité, celle qui met à mal la fibre sociale de notre société, parfois au risque de leur vie.  Comme héroïnes, je citerais aussi ces trop nombreuses femmes victimes de violence familiale et qui, souvent, restent associées à un homme violent pour le bien des enfants.  J’en sais quelque chose puisque ce fut le cas de ma mère…

 

Et peut-être pour faire comprendre ce que ce terme de « héros » n’englobe pas, je citerais ce titre d’un article dans Paris Match du 20 au 26 décembre 2012 : « La Berezina fut une victoire sur l’adversité, celle d’un Empereur de génie secondé par des hommes d’exception » (le texte va malheureusement dans le même sens laudatif que le titre) par Jean-Marie Rouart de l’Académie Française.

 

Curieux !  Alors que les Français considèrent Hitler – qui envahit leur pays en mai 1940 – comme une bête immonde, ces mêmes Français considèrent encore toujours Napoléon comme un héros.  Et lui qu’allait-il donc faire en Russie, son incursion sur un territoire indépendant n’était-elle pas pareille à celle d’Hitler ?

 

Comme quoi notre monde n’a pas seulement besoin de héros, il a besoin de gens capables de déterminer ce qui fait l’étoffe du véritable héroïsme…

 

 



[1]Organisation Juive de Combat, dont Mordechai Anielewicz fut le chef, constituée principalement de jeunes femmes et hommes de gauche, membres en majeure partie du Hashomer Hatsaïr ou du Bund

[2]Pour des raisons idéologiques et de manque de coopération, les «révisionnistes », admirateurs de Jabotinski, créèrent l’Union militaire juive qui combattit aussi avec fermeté et courage à Varsovie mais sous commandement séparé.

12:09 Publié dans Autres, Culture, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : héroïsme, héros

15/12/2012

La Flandre s'enfonce de plus en plus dans l'hermétisme

La Flandre régresse de plus en plus sur les plans des libertés fondamentales des citoyens et de la raison et s'enfonce dans une espèce d'hermétisme socio-culturel qui, si cela continue ainsi fera d'elle une région paria aux antipodes de la notion de progrès humain.

 

On le sait, dans une série de communes sous la houlette désormais de la N-VA, on va nommer des échevins des affaires flamandes (un comble, nommer en Flandre des échevins ayant de telles compétences).  Celui d’Alost a déjà innové, il veut doter les plaques de rues d’un lion flamand.

 

Quel progrès !  Quelle avancé intellectuelle et, surtout, culturelle ! Vlaanderen in Actie !

 

Ailleurs en Flandre, on sanctionne les enfants immigrés qui ont le culot de parler l’arabe, le turc ou le pashtoun, l’albanais ou l’ourdou, dans la cour de récréation  Dans ces cours de récréation, et suivant la situation géographique, les enfants du cru pourront parler à satiété en dialecte ouest-flandrien, en plat anversois ou en incompréhensible limbourgeois, sous l’œil bienveillant de leurs surveillants braqués sur toute manifestation de xénophilie articulée dans l’une quelconque des langues de Babel exception faite du sabir du cru, seul toléré voire même promu.

 

Dans De Standaard des 8 et 9 décembre, est parue une interview intéressante de Lode Wils, un des meilleurs connaisseurs et historiens du Vlaamse Beweging (Mouvement flamand).  Le titre de l’article est évocateur « Le nationalisme flamand demeure un produit de la collaboration ».

 

Personnellement, je sais que la collaboration en Belgique durant la Deuxième guerre mondiale fut le fait de la Wallonie tout autant que de la Flandre.  La différence essentielle était idéologique.  Quand en Wallonie, on collaborait c’était par admiration pour le Führer, ses idées raciales, pour le sentiment de force que son armée avait apporté aux faibles d’esprit, mais surtout aussi en tant que soutien de sa lutte contre le bolchevisme.  Par contre, en Flandre, la collaboration (qui ne fut pas aussi massive que certains Wallons et francophones veulent encore le croire) si elle fut idéologique le fut en tant que but vers une émancipation de la Nation flamande et une indépendance de cette région sous la houlette bienveillante d’un Hitler qui aurait reconnu que les Flamands étaient des frères de race de la nation germanique.

 

Lode Wils rétablit quelques vérités, tout en condamnant les journalistes qui vont et écrivent surtout dans le sens du poil (« vous devez aller contre les mythes qui sont tout le temps répandus et répétés » - cf. la scission du pays).  Que dit-il en réponse à la question disant que la collaboration est encore pour certains parmi le Mouvement flamand quelque chose dont on est toujours fier ?  « …vous voyez que les collaborateurs ont, après la guerre, tenté de reprendre l’intégralité du Mouvement Flamand en main…ils furent rejetés par une majorité de la population.  Et de ce fait, pour ces gens, s’ils voulaient se justifier vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs enfants, il n’y eut d’autre alternative que de faire disparaître la Belgique.  Si cela réussit, ils seront considérés comme les libérateurs de la Flandre.  Au lieu d’être les traîtres de la Belgique. »

 

Lors d’un débat avec un historien de la N-VA, ce dernier demanda à Wils pourquoi il revenait toujours sur des faits vieux d’il y a 50 ans ?  « Parce que la moitié des membres du Mouvement flamand sont des héritiers de la collaboration ou appartiennent à une famille qui fut soi-disant réprimée pour faits de collaboration. » répondit Wils. Le membre de la N-VA Eric Defoort lui répondit aussitôt « Bien plus que la moitié ! ».

 

À la question de savoir si la N-VA s’est distanciée du spectre de la collaboration, Wils répond « En grande partie, oui, c’est évident.  Mais tout aussi évident.  Pas totalement, car c’est impossible.  Le Mouvement flamand a collaboré, il a été de droite, clérical.  Mais pourquoi posez-vous la question ?  C’est tout de même évident ?  Pourquoi n’osez-vous pas l’écrire en tant que journalistes ?  Pourquoi n’osez-vous pas prendre position ? »

 

Cela fait plaisir à lire !

 

Mais pour De Wever, je l’ai toujours dit et écrit, le pire, c’est que son parti représente une nette régression sur le plan social.  Ainsi l’accord conclu entre son parti et les judas des autres partis (notamment Van Peel du CD&V qui a mis en avant ses ambitions personnelles au détriment de l’accord de liste unique qu’il avait signé avec les socialistes) ne laisse aucun doute sur ce qui attend les Flamands si jamais De Wever devenait Premier d’une Flandre indépendante.  Voici quelques exemples choisis d’obligations qui seront faites aux Anversois après l’installation du conseil communal et qui à mon sens sont contraires aux droits fondamentaux des êtres humains, convention à laquelle la Belgique a souscrit tout comme – de facto – les entités régionales la composant: (1) pour bénéficier du revenu d’intégration du CPAS, les candidats devront prouver leur volonté d’apprendre la langue de la région et de travailler, (2) dans les crèches, on veillera à ce que le néerlandais demeure la langue d’expression, (3) pour les logements sociaux, ceux qui refuseront d’apprendre le néerlandais seront sanctionnés, et (4) pour les logements sociaux, priorité sera donnée aux personnes bénéficiant de revenus du travail et aux seniors. (De Standaard du 11/12/2012).

 

On voit tout de suite que l’arrivée de De Wever au pouvoir a des effets harmonieux, il s’empresse tout de suite de pratiquer ses vertus politiques essentielles : empathie pour les pauvres et déshérités, redistribution des revenus, aide aux plus démunis, et last but not least respect absolu de la convention des droits de l’homme et des libertés fondamentales que chaque pays de l’U.E. a fait sienne.

 

Niederländisch macht frei ?  Quant à l’autre aspect important de la ‘philosophie’ de Bart, c’est le travail.  La Flandre c’est sans doute le pays ‘des gens qui se lèvent tôt’, de l’‘honneur et du travail’.  Ce genre de démagogue populiste et poujadiste oublie que quand on accède à une fonction officielle, fût-elle  celle de bourgmestre ou de Premier Ministre, on représente tous les segments de la population, évidemment ceux qui contribuent au bien-être de la nation – les travailleurs - mais aussi les laissés pour compte, les chômeurs, les invalides, les handicapés et last but not least même les étrangers qui ne veulent ou ne savent pas parler le néerlandais.  Cette arrogance d’homme qui ne souffre aucune idée ou opinion contraire est celle des dictateurs.  Dommage que Chaplin soit décédé, il aurait pu croquer un merveilleux portrait sous forme de persiflage de ce type qui a nom De Wever et qui, petit à petit, commence à révéler son vrai visage politique d’une droite qui a des relents antisociaux et xénophobes (oh, habilement camouflés, reconnaissons-le, mais pratiquer une discrimination à l’égard des étrangers sous couvert d’apprentissage d’une langue, c’est du racisme larvé) détestables.

 

                                                                       *

 

C’est dommage de voir que la Flandre se replie sur elle-même au niveau linguistique puisqu’il n’y a pas que le français qu’elle déteste entendre ou lire sur des affiches, publicités, ou vitrines de commerces.  De plus en plus, les Flamands (sous l’égide du Seigneur es Langues, Geert Bourgeois) traquent, débusquent, punissent, tout ce qui de près ou de loin s’éloigne de leur langue.

 

Je lis aujourd’hui que « De Lijn » perdrait 900.000 euros de revenus annuels car cette société de transport ne peut plus afficher de publicité en langue étrangère (Pas de « Come to the USA, you’ll feel great ! »  « Have a Burger, feel free » « Les bulles c’est la vie », « Hasta la vista ! », “Na sdaroviye !”, « Skol ! » etc.).

 

Ce repli culturel d’un peuple doué pour les langues et qui les apprenait avec facilité (une facilité que n’ont d’ordinaire guère les francophones ou Wallons) me laisse perplexe.  J’avais déjà constaté par le passé que les Flamands connaissaient généralement bien l’anglais et que pour l’allemand, la connivence linguistique entre leur langue et celle de leurs voisins sur le plan culturel (le néerlandais est au fond du bas allemand) faisait qu’ils la baragouinaient tant bien que mal.  Le français constituait pour eux le nécessaire passage, un pour causer avec les gens du sud et de Bruxelles incapables de s’adresser à eux en néerlandais, deux pour accéder à une profession dans le privé, trois pour au moins pouvoir comprendre ce que pense l’ennemi héréditaire.

 

Maintenant, ce qui me désole c’est de voir que la connaissance du français est en régression totale chez les jeunes, que l’anglais n’est plus connu que par sa version américaine, les séries, tubes de musique et expression les plus éculées, que l’allemand devient une sorte de langue exotique.  Quant à apprendre des langues telles que les langues slaves, le chinois, le japonais, l’espagnol, etc., ne rêvons pas.

 

Bref, la Flandre qui fait partie de l’Union Européenne retourne vers ce pays de cocagne du temps où les guildes régnaient en maîtres dans les cités cossues, il y a plus de 500 ans…

11:56 Publié dans Belgique, Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

26/11/2012

La vie est belle en Belgique

La vie est belle !

 

Le nombre d’entreprises qui ferment pour causes de faillite atteint de nouveaux sommets chaque mois.  Le nombre d’ouvriers et d’employés qu’on licencie dépasse de loin tout ce que notre pays a connu depuis longtemps, et dans la presse on ne parle que des grosses entreprises or le nombre de licenciements dans les PME est à tout le moins égal aux licenciements en masse.

 

Des employés de grande surface commencent parfois à se plaindre du manque de clients bien plus tôt dans le mois qu’auparavant (on connaissait le phénomène des grandes surfaces vides les derniers jours du mois tout juste avant le paiement du traitement ou salaire sur le compte en banque).

 

Quand on se promène le soir dans certains lieux d’ordinaire achalandés et qu’on regarde le nombre de clients dans des cafés ou des restaurants, là aussi, c’est la dèche.

 

Récemment, j’ai dû prendre des rendez-vous dans des garages différents pour deux véhicules.  J’ai pu obtenir des rendez-vous à très courte échéance comme si ces garagistes m’attendaient justement.

 

On sait que la vente de certaines marques de voitures chute d’une façon spectaculaire, qu’il y a pour le moment une diminution de consommation d’électricité et de gaz dans notre pays.

 

Mon épouse, profitant d’une offre, est allée récemment dans une grande surface acheter un appareil photo Nikon avec deux objectifs (dont un 55-200) pour 500 euros.  Il n’y avait pas de file et encore plein d’appareils disponibles, pourtant elle n’y est pas allée le premier jour de cette offre exceptionnelle.

 

Bref la vie est belle !  Car les produits de luxe ne connaissent pas la crise, les voyages chers et lointains non plus.  Ceux qui ont du fric ne sentent pas la crise.

 

C’est normal car chez nous, à l’instar du candidat malheureux aux élections américaines, Mitt Romney, on ne veut pas taxer les riches ni la richesse.  Et quand je dis « on », je pense évidemment aux socialistes car des libéraux, on sait qu’il s’agit là d’un de leurs chevaux de bataille, le fait d’épargner les riches et nantis de ces turpides taxes.

 

Je ne me considère ni socialiste ni antisocialiste, ni libéral ni antilibéral.

 

Je me suis toujours considéré comme un être humain épris de démocratie et de principes d’égalité.  Je ne tiens pas à ce qu’on fasse une redistribution des richesses ni qu’on oblige les riches à se départir d’une partie de leurs richesses au profit des moins bien lotis.

 

Quand je parle de principe d’égalité, je ne pense pas plus que les hommes soient égaux d’un point de vue social ou de Q.I.  Je ne pense pas que les hommes aient les mêmes chances dans la vie, il y a bien trop d’impondérables (matériau génétique, dispositions mentales et physiques, physiologiques, milieu d’origine, différences de Q.I. et d’accès aux études, etc.) qui court-circuitent les meilleures volontés.  Il y a aussi le ‘destin’.  Pourquoi un enfant développera-t-il une leucémie ou un cancer à un âge précoce ?  Pourquoi une personne adulte devrait-elle mourir à trente-cinq ans, à quarante ans, ‘à la suite d’une longue et pénible maladie’ comme on le dit par euphémisme ?

 

Pourquoi certains ont-ils tout qui leur a réussi tout le temps ?  D’autres qui ratent tout, feront toujours les mauvais choix, tout le temps ?  À quoi cela tient-il ?

 

Les riches, ceux qui sont riches par tradition familiale, par héritage, par leur pugnacité à amasser une fortune, par hasard (lotto, etc.) ont évidemment le droit d’être riches.

 

Les pauvres ont-ils le droit d’être pauvres ?  Est-ce un droit d’être obligé de vivre dans la rue, à la merci de tout et de tous, sujet à des complications de santé, sujet à tomber dans la boisson et la négligence de soi ?

 

En Belgique, les socialistes ne veulent pas prendre l’argent des riches et le redistribuer.  Ce que je comprends.  Même si on accepte l’axiome de ‘la propriété c’est du vol’ (comme aurait dit Proudhon jadis), voler des biens ou des capitaux à ceux qui en ont trop, ce serait un vol manifeste.  Et, le voler pour le redistribuer aux pauvres, serait une aberration politique car il serait dès lors justifié de dire que le choix de la pauvreté (le droit à la pauvreté) serait récompensé par une compensation de l’État redistribuant ce qu’il aurait chipé aux nantis.

 

Mais, je suis peut-être niais.  Si on ne peut pas prendre chez les riches pour donner aux moins riches, l’État ne pourrait-il envisager que les riches contribuent aux charges de l’État d’une manière égalitaire ?  Égale ?  C’est-à-dire en fonction de leurs revenus et de leur fortune ?

 

Dernièrement, certains (des libéraux qui en général préfèrent que les plus démunis contribuent proportionnellement le plus aux déficits budgétaires et aux restrictions) ont parlé de ‘saut d’index’.  D’autres (les socialistes, pas plus futés, d’ailleurs) ont eux parlé d’augmentation de la TVA.

 

Sauts d’index et augmentation de la TVA touchent essentiellement les petits revenus par le biais d’une augmentation de l’assiette fiscale du ménage pour les consommations courantes, plus importante quand on dispose de petits revenus ; et, en proportion de leurs revenus, ces mesures touchent par contre très peu les riches, ils ont bien plus de ‘mou’ compte tenu du gouffre entre les capitaux qu’ils gèrent et ce que gère une famille monoparentale ou à bas salaire(s)’.

 

La Belgique me fait un peu penser à la Grèce.  Car ici aussi, on n’y taxe ni la richesse ni les apparences de richesse (piscines, yachts, villas somptueuses, collections d’œuvres d’art privées), ni les revenus de la richesse (participations dans des entreprise du type de sociétés anonymes, ‘stock options’ – cf. celle de Dehaene il y a quelques mois - émoluments plantureux pour des postes d’administrateurs dans des entreprises).

 

Mais cette façon de voir des socialistes qui ne veulent pas taxer le Capital (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tient peut-être au fait qu’il y a pas mal de cumulards dans ce parti, siégeant dans des entreprises publiques, des entités ou créations communales ou provinciales, des sociétés de logement ou autres sociétés parfois faites sur mesure pour planquer un petit copain ?

 

La vie est donc belle en Belgique.

 

Pour les riches en premier lieu, pour les petits copains politiques (il y en a évidemment dans d’autres partis puisque par la force des choses, on gouverne par coalition ici-bas) planqués dans des cumuls rémunérateurs, pour les patrons de grosses entreprises (on sait que le contrôle fiscal est quasi nul pour les entreprises, à peine un ou deux pour cent des déclarations fiscales d’entreprises font l’objet d’un contrôle de temps en temps), pour ceux qui sont gros actionnaires de sociétés anonymes ou bénéficient de plantureuses stock options ou de participations en actions à l’issue de chaque cycle annuel, pour ceux qui réalisent de beaux bénéfices lors de transactions commerciales (vente de stock options) ou boursières, pour tous ces commerçants du secteur Horeca qui préfèrent ne pas donner de souche TVA quand c’est possible, pour tous ces praticiens de professions dites ‘libérales’ dont des statistiques publiées de temps à autre indiquent clairement qu’ils constituent une sorte de sous-prolétariat (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tant leur niveau de revenus est affreusement bas, pour tous ces électriciens et plombiers, maçons, plafonneurs et autres corps de métier du bâtiment venant faire de petits travaux ou des réparations chez des particuliers et qui, autant que possible, préfèrent un paiement sans facture, histoire d’épargner la TVA (pas aux consommateurs de services).

 

Un exemple récent de fraude à une échelle vertigineuse.  Un fournisseur de bière en gros de la région de Waarschoot fait l’objet d’une enquête pour fraude à la TVA.  Il aurait livré de la bière sans ristourner la TVA au Fisc, à des milliers de patrons du secteur Horeca en Flandres occidentale et orientale.  Que dit à ce sujet le représentant du secteur Horeca pour la Flandre : « Mais ce sont maintenant d’énormes montants qui sont réclamés {par le Fisc, of course}.  Les patrons de café n’ont pas mis cet argent en poche : l’argent au noir est utilisé dans le secteur pour payer le personnel.  Cet argent est parti. » (De Standaard du 19 novembre 2012).

 

Je crois qu’il n’y a qu’en Belgique que de telles déclarations anti-étatistes sont possibles !  Je lis d’ailleurs que le gouvernement a décidé de surseoir de six mois à l’installation des caisses Horeca ‘intelligentes’…alors que d’un autre côté, il affirme vouloir lutter contre la fraude fiscale…

 

Car si la vie est en vérité belle pour pas mal de gens en Belgique, l’État en est pleinement fautif.  Car il n’assure pas de contrôles fiscaux adéquats pour les catégories qui sont les plus susceptibles de fraude ou d’évasion fiscale.  Il n’y a pas en Belgique d’intérêt réel pour la lutte contre la fraude, les détournements fiscaux et les abus de ce type.

 

Je viens de lire que près de 80 des Belges seraient pour l’instauration d’une taxe sur la richesse.  Pourquoi nos représentants politiques au gouvernement n’écoutent-ils pas les bons conseils ?  Eux qui ont tout de même été élus par ces voix et qui sont somme toute des « représentants de la Nation » ?

 

Si toutes les personnes en Belgique qui devraient être taxées en fonction des travaux effectués ou de services rendus l’étaient en réalité, si on prévoyait un minimum de, disons 10 % de taxe sur la richesse et les revenus de bénéfices réalisés en provenance d’opérations financières et boursières, si on se mettait à traquer les entourloupettes et paradis fiscaux, les brassages de participations aux bénéfices d’entreprises en actions ou stock options, si on instaurait les caisses intelligentes dans le secteur Horeca d’urgence, si on surveillait un peu mieux les revenus des professions libérales, devrait-on discuter durant 40 jours pour boucler un budget ?

 

Non !

 

L’argent irait après tout là où il doit aller et immédiatement, à la source : dans les caisses de l’État !

 

Et on reparlerait enfin de solidarité.