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01/10/2012

Tallinn, capitale de l'Estonie

Tallinn, la capitale de l’Estonie découverte par une fine pluie, un ciel bas et très peu de gens dans la vieille ville, classée patrimoine historique de l’Unesco, ne m’a pas fait une impression délirante de beauté au premier abord.

 

J’avais déjà eu l’occasion de visiter Riga (Lettonie), capitale mondiale de l’Art Nouveau, puis Vilnius (Lituanie), une ville découverte en plein mois de janvier sous la neige, mais jolie et prenante avec de petites rues arborant de jolies maisons colorées et de grands espaces plus classiques de style.

 

L’Estonie est proche de la Russie et de la Finlande et cela se sent.  D’un point de vue linguistique, l’estonien est de finno-ougrien de souche donc comme le finnois, le hongrois et le turc, incompréhensible car il ne recèle que peu de mots semblables à ceux que l’on retrouve communément dans les langues européennes.  Et la proximité de la Russie se ressent à un autre point de vue puisque près de 25 % de la population autochtone de l’Estonie est constituée d’anciens russophones laissés pour compte quand le grand chambardement de la seconde indépendance du pays a été proclamée.

 

Comme d’autres pays de l’Europe de l’Est, l’histoire de l’Estonie a été chahutée, avec l’invasion du pays par les nazis, une certaine forme de collaboration morale et armée avec le Reich, puis la déferlante de l’armée rouge et l’occupation du pays jusqu’à l’indépendance au début des années 90.

 

Ma première impression de Tallinn c’est que cette ville et surtout la vieille ville basse, me fait penser à une cité hanséatique avec ses quantités de maisons à pignon pointu (triangulaire) – typiquement des maisons de commerçants aisés - datant du XVe siècle, des maisons à balcons avec toits étagés aux tuiles rouges, ou encore des maisons à trois/quatre étages de teinte pastel et de style vaguement art nouveau.  Les ruelles sinueuses ont des pavés pires que ceux de l’enfer du Nord (de la France).  La place principale de l’hôtel de ville (Rakoeja plats) est belle mais bordée de terrasses de cafés/restaurants avec un hôtel de ville de style gothique que l’on verrait très bien recelant plein d’oubliettes dans lesquelles croupiraient ceux qui avaient eu l’heur de déplaire au seigneur du lieu.  Une jolie place mais qui n’égale pas la Grand-Place de Bruxelles, plus flamboyante, plus ‘brugeoise’ par certaines de ses maisons.

 

Pignons pointus.JPGRaekoja.JPGRuelle.JPG

 

Le premier contact humain avec les habitants de la ville est éminemment positif ; ils parlent un excellent anglais plutôt américain de prononciation avec un vocabulaire qui n’est pas limité au strict minimum touristico-culinaire comme dans nombre de pays.  Les gens semblent fort accueillants et gentils, d’une gentillesse naturelle.  Ma chambre d’hôtel – 4 étoiles, à 50 mètres de Rakoeja plats) est une pure merveille, aussi grande que le studio que nous avons à la Côte et vers 18 heures on m’apporte une bouteille d’eau minérale et un chocolat.  Le petit-déjeuner est une merveille, buffet froid où je me suis régalé de hareng (maatjes en fait) et autres poissons ; on avait aussi la possibilité d’avoir sur commande une omelette, des œufs brouillés agrémentés de protéines au choix, ou des pancakes.

 

Le deuxième jour, bottines aux pieds – nécessaires, les chaussures molles et hauts talons pour le sexe féminin, seraient à proscrire – j’entame la visite complète de la ville basse, qui ne dure pas plus d’une heure, car l’essentiel de ce qu’elle comprend de plus intéressant en matière de maisons, bâtiments et églises, se concentre sur quelques rues à peine, les rues Pikk (qui veut dire long), Lai (qui veut dire large), la rue Vene (qui je crois veut dire ‘russe’), la place de l’hôtel de ville elle-même et quelques rues avoisinantes qui sont intéressantes et comprennent de fort beaux bâtiments.  Beaucoup de maisons  colorées à façades à pignons pointus, de maisons à trois/quatre étage de style pseudo art nouveau pou de maisons à balcons et toits étagés aux tuiles rouges, sont belles.  De loin.  Car l’une des choses qui m’a d’emblée frappé quand j’ai vu les habitations typiquement colorées des rues de la vieille ville, la ville basse, c’est que du point de vue de la rénovation, Tallinn est en retard par rapport à Riga, Prague, Vilnius, Cracovie.  Beaucoup de maisons ont des façades en mauvais état et mériteraient un sérieux ravalement.  Quant aux autres maisons à toits étagés aux tuiles rouges ou les maisons de trois/quatre étages en style vaguement art nouveau, elles sont jolies sans être étincelantes de beauté

 

 La religion dominante du pays étant d’essence luthérienne, les églises sont sobres, on n’y trouve pas ces amoncellements – que je trouve horribles personnellement - d’effets baroques, cette outrance superfétatoire.  Celle du Saint-Esprit, près de la Rakoeja plats, m’a plu par ses très beaux vitraux dont certains d’essence contemporaine, intéressante.  eglise du saint-esprit.JPG

 

La ville haute – Toompea (une voyelle doublée rallonge la valeur du son) – a certains charmes isolés, car l’ensemble ne m’a pas sidéré d’une  beauté extraordinaire.  J’y ai relevé surtout la Cathédrale Newski de toute beauté tant intérieure qu’extérieure, qu’on ne peut photographier ni filmer comme dans tous les lieux orthodoxes.  Le Parlement en face est un joli palais baroque rose.  Et le lieu d’où on peut apercevoir la ville, au loin le Golfe de Tallinn avec quelques paquebots ancrés dans les espaces portuaires, est grandiose de beauté surtout que j’ai eu la chance d’avoir du soleil les deux occasions où j’y suis allé.  Il y a aussi la vue très connue – et photogénique - de tous ces toits de tuiles rouges, qui est, je crois, l’une des caractéristiques de ce qu’on montre généralement de cette ville de Tallinn en partie moyenâgeuse.  Dans cette ville haute, j’ai également vu la Tour dont le nom – pour nous Belges comprenant le néerlandais y compris les parlers dialectaux – est assez comique, la Tour ‘Kiek in de Kök qui veut dire ‘regardez dans la cuisine’. Et ce ‘kiek’ est très proche du west-flandrien ‘regarde’, ce qui prouve que Tallinn a conservé de nombreuses traces des occupations danoises et allemandes.  nevski.JPGvue sur le golfe.JPG

 

J’ai pourtant été un brin déçu du point de vue architectural.  On disait qu’à Tallinn, hormis les demeures de style hanséatique et moyenâgeux, il y avait des bâtiments d’art nouveau ou d’art moderne, intéressants. Ce que j’y ai vu était décevant, aucune comparaison avec les maisons de Riga ni de Prague ou du Jugendstil à Vienne.  L’aspect global de cette cité est celle de demeures cossues de commerçants aisés qui eurent à cœur d’y faire construire de jolies demeures, mais non des demeures imprégnées d’art ou de culture.  Un autre aspect de cette capital européenne que je trouve détestable, c’est que nombre de magasins du centre historique sont du type « suveneriid » axés sur les zozos de touristes qui y achèteront de l’ambre (qui me parut chère comparé à Riga et Vilnius) ou d’autres souvenirs n’en valant pas la peine.

 

J’avais lu qu’en été, de 30 à 40 ferries journaliers débarquaient leur lot de Finlandais en quête de boissons alcoolisées (la réglementation dans ce pays y est très sévère quant à la consommation d’alcool).  Je n’ai pas eu la chance de rencontrer ces Finlandais en goguette.  Par contre pour les touristes, j’ai rencontré pas mal de touristes russes.  Faciles à reconnaître de loin.  De super nanas, très jolies, style revue féminine, et à côté d’elles, leur mec, tête rondelette, taillée à gros traits, le genre de tête de mafioso qui ne déparerait pas un film de catégorie B-, un corps sans grâce, mais de grands pieds (et sans doute un portefeuille garni).  Quant aux Russes autochtones (si on peut dire puisque l’état estonien rechigne quelque peu à leur accorder automatiquement la nationalité estonienne du simple fait qu’ils habitaient en Estonie au moment de la deuxième indépendance du pays), on les reconnaît tout autrement que les touristes de Russie.  Ils ont l’air d’appartenir à un sous-prolétariat, des laissés pour compte, les hommes portant des habits anciens, passés de mode, portant encore parfois ce type de béret à la mode du temps de la révolution de 1917 (cf. le couvre-chef de Lénine, les babouchkas étant restées identiques à ce qu’elles ont toujours été tout au long de l’existence de la Sainte Russie.  Elles semblaient également spécialisées dans la vente de lainages divers du côté de la porte de Viru, à l’ouest de la vieille ville.  Et au-delà de cette porte, j’ai vu un shopping centre à étages fabuleux, 4 étages de boutiques hypermodernes.

 

À la longue, je me suis un peu attaché à ces maisons hanséatiques, à ces maisons colorées, à ces toitures rouges, à ces Estoniens qui me faisaient penser à des Finlandais du point de vue morphologique et auditif.  Mais, après l’exploration de la Tallinn classique, j’ai opté pour le culturel.  J’ai découvert un superbe musée, le KUMU.  Qui se trouve dans un assez grand espace vert appelé le ‘Kadrioru Park’.  On y trouve tout d’abord un Palais – de Kadriorg -  qu’y fit construire Pierre le Grand en tant que résidence d’été, à tons rosés et beiges. Kadriorg.JPG

 Le musée KUMU, à quelques centaines de mètres de là est une réussite d’architecture très contemporaine, hypermoderne mais jolie. Il ne renferme que des œuvres de peintres estoniens et, le visitant, j’ai été étonné de voir à quel point certains des peintres exposés étaient originaux.  J’y ai notamment noté les tableaux expressionnistes de Märt Laarman (mort en 1975), classique moderne d’Alexandra Bejova (morte en 1981) et des dessins de ton expressionniste de buveurs d’absinthe et une femme nue d’Eduard Wiiralt (mort en 1954).  Ces derniers, me firent penser aux meilleurs œuvres de peintres comme Dix, Grosz ou Beckmann. Il faut dire que j’ai un faible pour les expressionnistes allemands.  Mais, il y avait d’autres œuvres et peintres fort intéressants que je n’ai pas notés mais qui valent incontestablement le déplacement.

 

Je suis allé au Musée de l’Occupation, non pas par intérêt, mais parce que je connais le rôle de l’Estonie durant la Deuxième guerre mondiale.  Je n’ai pas été déçu.  J’ai pu prendre trois photos d’un documentaire montrant l’accueil enthousiaste réservé par la population – surtout féminine – aux envahisseurs allemands de juillet 1941.  Il faut savoir que l’URSS, à la suite de clauses demeurées secrètes du fameux accord Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939, avait envahi les trois états baltes, après une soi-disant demande d’assistance par les parlements respectifs.  Et, à leur manière inimitable, les Soviétiques avaient arrêté, interrogé et déporté vers la Sibérie nombre d’Estoniens réputés ennemis du peuple.  Nous avons une autre conception des choses en Europe de l’Ouest.  Entre deux maux, un qui a nom communisme à la sauce soviétique et l’autre qui a nom fascisme à la sauce hitlérienne, les vrais patriotes parmi nous n’auraient jamais hésité et n’auraient jamais levé le moindre doigt pour aider ce régime qui décida de faire une différence entre les seigneurs et les Untermenschen et, comme ce n’était déjà pas suffisant en soi, de commencer à les exterminer, Juifs et autres, d’une manière industrielle.

 

J’ai vu aussi sans plaisir et sans fierté qu’un Belge appelé Léon Degrelle, dont la photo en uniforme de la SS, croix de fer bien apparente, trône en page  49, avait combattu en Estonie avec son unité « Wallonie ».  Contre les Soviétiques, sur le front d’Emajõgi.  « Le bataillon de Léon Degrelle fut absolument remarquable dans ces batailles. » (cf. ‘Estonia in World War II’ par Mart Laar, acheté au musée même).  Sur un panneau, près de l’entrée du musée, on parlait de l’occupation du pays par les nazis en ces termes : « Comparée à d’autres pays, l’occupation allemande fut considérée plutôt légère. »  Au musée, il n’y a pas un mot sur le sort des Juifs, peu nombreux dans le pays (4000 environ) dont 90 % furent exterminés.  L’Estonie recelait des camps de concentration, tel Klooga par exemple, où des Juifs d’autres pays furent envoyés pour y connaître le sort habituel des Juifs, tués sur place, affaiblis par la faim ou déportés quand tout commença à aller de mal en pis pour le IIIe Reich.  Il paraît que chaque année, les nostalgiques de la Division SS estonienne défilent en grandes pompes à Tallinn.  Autres pays, autres mœurs !

 

La vie est chère à Tallinn, les prix dans les restaurants et les prix des boissons sont quasi équivalents à nos prix en Belgique, plats entre 10 et 22 euros ; 6,5 euros pour un verre de vin, café entre 2 et 3,5 euros.  Mais les serveurs sont généralement accueillants, souriants et parlent bien l’anglais (souvent aussi le russe).  Mais j’y ai bien mangé ; mon regret c’est qu’à cause de leur antisoviétisme notoire, on y trouve difficilement de la vodka russe (genre ‘Russkii Standart’, ma préférée que je bois ‘sec’).

 

J’ai voyagé avec Estonian Air et je m’en suis réjoui, j’ai même reçu à l’aller et au retour une collation légère et gratuite, les sièges font 79 centimètres d’espace (ce qui est confortable pour mon mètre quatre-vingts) et le personnel de bord extrêmement poli et serviable.  Les avions étaient à l’heure à l’arrivée.  L’aéroport de Tallinn est petit avec peu d’activité aérienne.

 

Ah oui, les femmes estoniennes sont plutôt jolies, pas grosses, parfois grandes, et les jeunes gens sont aussi grands, le blond domine pour les deux sexes.  C’est un peuple d’apparence exubérante, gaie, qui me fait penser aux Finlandais, mélange de vie intérieure intense et d’extraversion tout aussi intense.  porte Viru.JPG

 

À voir, mais trois jours suffisent, car en un jour et demi, on fait facilement le tour de tout ce qu’il y a à voir, les distances entre lieux touristiques sont extrêmement réduites.  Et avec la Tallinn Card, accéder à certains lieux plus lointains par tramway ou trolleybus (Kadriorg, mais aussi le zoo qui recèle un super tigre de l’Amur malheureusement mal installé, et de superbes ours blancs, tout aussi mal lotis, mais le zoo promet de leur aménager de nouveaux espaces quand ils auront trouvé les fonds) ne prend pas plus d’un quart d’heure ou vingt minutes et la fréquence y est très convenable.  Et les arrêts sont indiqués dans les trams ou trolleybus.

14/02/2012

Les incomparables beautés de Riga et de Vilnius

Les trois pays baltes sont largement méconnus du grand public des voyageurs.  Moi-même qui avais déjà visité une cinquantaine de pays sur 4 continents (depuis 1970), j’ai dû attendre 2009 pour effectuer mon premier city trip dans une capitale de pays balte.

 

J’ai ainsi visité Riga en Lettonie en premier lieu et ensuite, récemment, Vilnius en Lituanie. 

 

Du point de vue linguistique, le letton et le lituanien sont des langues à part dans l’histoire de la naissance de nos langues indo-européennes (l’estonien, lui, ressortit à la classe du finnois-ougrien, donc de structure et de nature proches du finnois et du hongrois contemporains).  Comme l’indiquent Michel Chicouène et Laurynas-Algimantas Skupas, auteur de « Parlons Lituanien » (éd. L’Harmattan) : « Le lituanien est une langue indo-européenne tout à fait curieuse, qui n’a évolué que très lentement pendant que les autres langues de la même famille se transformaient au cours des siècles.  Cette langue a gardé sa structure très proche de ce qu’a été, à l’origine, l’organisation du langage de nos lointains ancêtres, il y a cinq ou six mille ans. »

 

À l’origine du peuplement de ces contrées, il y eut plusieurs vagues successives d’envahisseurs venant du lointain Oural dont, entre autres, les Estes (Estonie, Finlande), les Lives (Lettonie) arrivant aux abords de la Mer Baltique, au Ve siècle avant J.C.  Deux mille ans plus tard, les Proto-Baltes s’installent en Russie puis vers 500 ans avant J.C., ils peuplent la Lettonie et la Lituanie (cf. Le Guide Vert – Michelin, page 60).

 

Sans entrer dans tous les détails de leur histoire particulièrement secouée, il suffit de regarder une carte géographique pour s’apercevoir que ces pays allaient bientôt être la proie d’autres types d’envahisseurs venant des pays scandinaves, de Pologne ou de Russie.

 

Au XXe siècle, la Lettonie et la Lituanie acquirent leur indépendance à l’issue de la Première guerre mondiale.  Relative parce que Vilnius, par exemple, fut exclue de la Lituanie indépendante et devint une ville polonaise sous le nom de Wilna (Wilno pour les Juifs).  L’URSS envahit les pays baltes en mai 1940 (en vertu d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939), procéda à un nettoyage politique en bonne et due forme (près de 30.000 déportés en 1941, une semaine avant l’invasion du pays par les Allemands, en Lituanie et le même nombre approximatif en Lettonie, dans des circonstances semblables).  Puis survint la guerre et le massacre de près de 90 % des populations juives de ces pays, soit 80.000 en Lettonie et plus de 200.000 en Lituanie).  ‘Libération’ par l’Armée rouge et occupation de ces pays jusqu’en 1991, quand, après la formation d’une longue chaîne humaine de 600 kilomètres le 23 août 1989 et de nombreux cas de désobéissance civile, l’URSS accepta finalement d’admettre la scission de ces états baltes.

 

Riga, la capitale de la Lettonie est une ville remarquable, autoproclamée capitale mondiale de l’Art Nouveau.  C’est là un titre qu’elle mérite amplement.  Alors, que dans nos pays, on peut parfois voir certaines maisons isolées ressortissant à cette forme d’art architectural de toute beauté, à Riga, il y a au moins trois rues entières  avec des dizaines de maisons offrant aux yeux émerveillés de foules de touristes présents sur place dès neuf heures du matin, leurs beautés incomparables : les rues Alberta, Strelnieku et Elisabetes. Et ce ne sont pas les seules dans la ville !  Certains des bâtiments les plus réputés de ces rues ont été construits et imaginés par Mikhaïl Eisenstein, le père du célèbre cinéaste soviétique (Cuirassée Potemkine, etc.).  Par exemple, le bâtiment du 10a de la rue Elizabetes qu’a construit Eisenstein, est une merveille incomparable, surtout tôt le matin ou tard dans l’après-midi quand le soleil en illumine la façade.  Au-dessus d’une porte ornementale, trois loggias superposées à chaque étage et au fronton de la maison, de part et d’autre d’ornements centraux, deux têtes de femmes énormes et de profil de teinte claire proche de celle du grès (deux mètres au moins) en sont comme les gardiennes – ou déesses.  Elles n’ont pas l’air heureux, lèvres serrées, nez aquilins, paupières pesantes.  Quant à la façade, on peut y voir entre quinze et vingt enjolivements sous la forme de bas-reliefs (masques stylisés, têtes d’animaux, formes géométriques comme par exemples des cercles traversés de doubles croix, espèces de lyres, etc.).  Au 10b, la façade offre des hauts-reliefs : têtes de lions, têtes de femmes d’essence pure et quasi classique, têtes d’hommes à l’aspect de machos ou de guerriers.  En face, l’immeuble du 33 offre une série de balcons à ferronnerie à entrelacs, et, le plus captivant, des statues d’hommes et de femmes qu’on pourrait croire issues en droite ligne de la Grèce classique.  L’un de mes bâtiments préférés est celui situé au 13 de la rue Alberta où le consulat de Belgique a des bureaux.  Une façade à tomber évanoui tant elle est glorieuse avec sa teinte d’un beau doré.  Une énorme tête sous la forme d’un masque de carnaval vénitien est surplombée d’une statue d’Artémis tandis qu’une vingtaine de balcons d’aspect Art Nouveau classique à ferronnerie non ornementale, des colonnes, de multiples bas-reliefs et hauts-reliefs, quelques loggias, sont surplombés par un fronton où Apollon est flanqué de hauts-reliefs de masques, d’ornementations à symboles orientaux et gothiques, et, se profilant de part et d’autres, des têtes d’animaux.

 

J’ai eu la chance de séjourner à l’hôtel Albert, tout proche de ce quartier. Et, mon épouse et moi, où que nous avions décidé d’aller le matin, nous parcourions en premier lieu ces trois rues adjacentes pour nous rassasier encore et toujours de ces beautés architecturales que peu de gens connaissent, que peu de gens ont la curiosité de découvrir, tant ils sont obnubilés par Prague, Budapest et Vienne (capitales qui incontestablement, valent la visite).

 

Riga est une ville qui se visite à pied et de préférence en été car les hivers, s’ils sont moins rudes qu’à Vilnius n’épargnent aux visiteurs ni neige ni gadoue.

 

Les Lettons sont, dans l’ensemble, accueillants, gentils et la vie n’y est pas chère, on mange à deux pour moins de 50 euros.

 

Vilnius, la capitale de la Lituanie, est d’un tout autre genre.  Une ville plutôt provinciale tant elle offre peu de piétons à n’importe quelle heure du jour, une ville qu’on peut parcourir à pied si on tient la distance, mais une ville dont les charmes résident dans un tout autre domaine que Riga.

 

Comme à Riga, Vilnius offre aux regards émerveillés toute une série de maisons colorées, généralement assez basses, notamment à la rue Pilies, l’artère piétonne principale de la ville, ou autour de la place menant à l’Hôtel de Ville.

 

Mais ce qui à mon sens différencie tout à fait Vilnius de Riga, et en fait son principal attrait, c’est le nombre incalculable d’églises et leur beauté esthétique.  Plutôt que la Cathédrale - dont le bâtiment néo-classique de teinte blanc cassé est de toute beauté -, c’est en premier lieu l’église St.-Jean, située dans l’enceinte même de l’université – dont on peut visiter les 13 belles cours -, qui m’a le plus impressionné par la beauté de certains tableaux qui y ornent les murs, de même que l’élégance presque classique de certaines des statues.  Plafonds, colonnes, dans des tons pastel rehaussent l’impression générale de séduction de cette église baroque qui n’en est pour autant chargée ou trop rococo.  Devant la Cathédrale, le centre du Vilnius classique et touristique, une dalle commémore le point final de la chaîne humaine de 600 kilomètres que formèrent des millions de manifestants lettons, estoniens et lituaniens en 1989, une chaîne originaire d’Estonie et qui marqua le début de la lutte finale pour l’indépendance recouvrée de ces trois contrées à l’histoire torturée. Une statue équestre de Gedimino, le fondateur de la ville, se trouve aux abords de la Cathédrale et à l’arrière de celle-ci, sur une colline, l’endroit où le père-fondateur de la ville eut le rêve de la construire.

 

Si on remonte la rue Pilies vers le haut, en passant par la place de l’Hôtel de Ville, et qu’on emprunte la rue de la Porte de l’Aube, on découvre en chemin quatre des plus belles églises de la ville.  Successivement, les églises Pyatnitskay, St.-Nicolas, St.-Casimir et surtout l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit. Les églises Pyanitskay et du Saint-Esprit sont des églises bigarrées surmontées de dômes, superbes, à la russe.  Dans l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit, j’ai vu une file de babouchkas venant se signer devant un tombeau – crypte - à vitres transparentes sous lequel on apercevait  des statues de 3 gisants (des saints) dont seuls têtes et pieds dépassaient d’un linceul.  Les femmes allaient baiser les pieds des saints après s’être signées.  Un peu plus loin, surplombant la rue de la Porte de l’Aube, une baie vitrée permet d’apercevoir une icône de la Vierge aux vertus miraculeuses datant du XIIe siècle.  Un lieu de prière et de messe mais que l’on peut visiter pratiquement toute la journée si on a la chance d’y entrer en dehors de l’office religieux.

 

Pour les fanatiques d’histoire, il y a deux musées juifs intéressants, celui qu’on appelle la ‘Green House’ qui est en fait le Musée de l’Holocauste et la maison de la Tolérance où j’ai pu faire la connaissance inopinée d’un petit-fils d’un neveu de Wittenberg, le chef de la résistance juive du ghetto de Vilnius qui, sommé de se rendre pour éviter la mort d’une centaine de Juifs, se rendit mais eut l’occasion de se suicider avant d’être torturé par les nazis.  Et, pour les anticommunistes, il y a le Musée du Génocide, qui, dans l’acception lituanienne ne recouvre que les victimes du communisme et n’inclut nullement les Juifs assassinés durant la Deuxième guerre mondiale.

 

Se loger à Vilnius est bon marché.  J’y ai passé trois nuits en single (mais en chambre double) pour à peu près 120 euros.  Dans un hôtel 4 étoiles qui, comme je le découvris par la suite, était ‘kosher’ ; mais en fait, il se trouvait situé près de la nouvelle synagogue et n’était pas loin de l’ancien grand ghetto.

 

On mange aussi très bien à Vilnius et pour pas très cher.  Les gens sont dans l’ensemble plutôt accueillants, le service est excellent.  Les filles sont très jolies dans l’ensemble (peu de blondes en fait, et la plupart des filles portent les cheveux lisses) et j’ai remarqué peu de personnes atteintes d’obésité dans ce pays.  Pourtant il est réputé pour sa nourriture grasse et abondante et les pâtisseries n’y manquaient pas.

 

En bref, des capitales à découvrir au plus vite toutes affaires cessantes !

 

Ci-dessous, deux photos qu'a prises mon épouse illustratives de l'Art Nouveau à Riga.

 

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Elisabetes Iela.JPG