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22/04/2014

Certains aspects ignorés de la Première guerre mondiale

Récemment, en zappant je suis tombé sur une émission de Ruquier où avaient été invités les réalisateurs d’ ‘Apocalypse 14-18’.  Et j’ai entendu quelqu’un dire ‘il n’y avait ni bons ni mauvais’ et cela sembla être la conclusion de cette partie du débat.

 

Aberrant!

 

L’Autriche déclare la guerre à la Serbie à la suite de l’attentat de Sarajevo, l’Allemagne envahit la Belgique et s’attaqua à la France et on ose dire 100 ans après qu’il n’y eut ni mauvais ni bons dans ce conflit!

 

La semaine dernière, j’ai regardé les deux premiers épisodes d’ ‘Apocalypse 14-18’, bien que je me méfie de ces réalisateurs car pour leur documentaire sur la Deuxième guerre mondiale, j’avais ça et là noté des raccourcis historiques gênants ou des failles d’information; puis il y eut ce documentaire qu’ils firent sur Hitler où leur thèse voulait qu’Hitler ait été victime de délires.  Ces auteurs avaient évidemment confondu délires du point de vue d’un symptôme médical d’une psychose (paranoïa par exemple) et le simple fait que Hitler dès les années 20 et surtout dans son livre ‘Mein Kampf’ avait défini de manière précise quels étaient les ennemis de la Nation allemande et ceux responsables de l’état de faillite dans laquelle elle se trouvait alors, à savoir les bolcheviques et les Juifs.  Et après ‘Mein Kampf’, il poursuivit sans cesse, convainquit les généraux de l’armée, les industriels, la population, de la nécessité d’en découdre avec ces ennemis du IIIe Reich, les bolcheviques et les Juifs.  Et ce n’étaient pas là des délires psychotiques mais des visions politiques. Il était certes fou et de plus en plus vers la fin de sa vie, mais ce qui le motiva depuis le 11 novembre 18 (le coup de poignard dans le dos du soldat allemand), ce furent des idées fixes, et, il se forgea les moyens pour les réaliser, avec l’aide de toute une nation allemande – et autrichienne - enthousiaste.

 

Les deux premières parties d’Apocalypse 14-18 sont excellentes en ce qui concerne le choix des photos et images animées et colorisées (comme on dit maintenant), mais ce qui m’a frappé d’emblée – moi qui m’intéresse aux guerres depuis plus de 50 ans -, ce furent les failles, les non-dits, qui étaient essentiels pour comprendre cette mécanique de destruction à grande échelle que fut ce conflit.

 

Aucune mention, aucune photo (il y en a pourtant) de la première attaque aux gaz (ypérite) du 22 avril 1915 à Steenstraat (près de l’Yser) où des soldats français furent les premières victimes (des indigènes en fait). L’utilisation de gaz asphyxiants, une monstruosité que reprirent à leur compte les nazis pour les camps de la mort. On commente évidemment certains faits (notamment la journée où l’armée française subit sa plus grosse perte en hommes, car un livre vient de paraître à cet égard et tout le monde en parle), nul mot par contre sur la première retraite des Français à Charleroi, du contingent britannique à Mons. 

 

J’ai entendu dans le documentaire que les Français assuraient la retraite en parfait ordre.  C’est parfaitement faux, seuls les Britanniques et les Belges assurèrent des retraites ordonnées (avec arrière-garde chargée de tenir l’ennemi à distance), pour les Français par contre il n’y avait pas de plan de retraite, ce fut parfois le chaos sur les routes car les plans militaires français étaient fondés sur le ‘furia francese’, l’attaque à la baïonnette, dont nulle mention dans le documentaire.  Stratégie d’imbéciles pourtant essentielle et qui coûta des centaines de milliers de vis de Français fauchés par les tirs de mitrailleuses allemandes.

 

Je n’ai rien entendu dire non plus sur les stratégies militaires, le plan von Schliefen qui prévoyait de contourner les Français via la Belgique, le fait qu’une fois les forces allemandes tenues en échec un peu partout (France/Belgique), les Boches firent en sorte de détenir les hauteurs (cf. le saillant d’Ypres, Passendaele, etc.) leur permettant des champs de tir meurtriers via les mitrailleuses afin de contrer les attaques ennemies.  On parle du massacre et de l’incendie de Louvain mais rien sur les autres exactions boches qui furent aussi sanglantes que nombreuses.  Évidemment, on ne peut pas parler de tout mais on pourrait à tout le moins avoir parlé de la manière dont les Allemands outrepassèrent les règles en usage vis-à-vis des populations locales lors de conflits armés.

 

Dans le passage sur l’invasion des Dardanelles, c’était tout à fait frappant, la manière dont les Turcs, conseillés par d’excellents généraux allemands, tenaient les hauteurs et firent des ravages parmi les troupes ANZAC (Australiens et Néo-Zélandais), françaises et britanniques envoyées au casse-pipe. Aucune mention de ce bateau britannique, qui lors du débarquement dans un port des Dardanelles en avril 1915, et duquel débarquèrent des troupes britanniques fauchées par des mitrailleuses et mortiers situés sur les sommets aux mains de Turcs. Aucune mention non plus de Pine Cove aux Dardanelles, cette attaque par les soldats de la cavalerie légère australienne (à pied, évidemment) envoyés à l’assaut hors des tranchées sur une position ennemie en hauteur et bien organisée, alors qu’en fait cette attaque ne fut qu’une simple diversion chargée de concentrer des forces adverses alors qu’un autre débarquement avait lieu sur cette presqu’île.  Unité presque décimée dans sa totalité.  Aucune mention de la faiblesse intrinsèque des officiers supérieurs britanniques et français, incapables de s’adapter à de nouvelles situations militaires et dont les états-majors se trouvaient en général dans des châteaux à une quinzaine de kilomètres à l’arrière.  Ni aucune mention de l’incapacité d’un général Samsonov à Tannenberg en Prusse orientale qui se suicida, endossant la responsabilité de la défaite de l’armée russe.  Aucune mention de la vaillance des soldats russes et de l’incapacité notoire des officiers supérieurs, du manque de coordination – et de plans stratégiques - entre les deux armées russes attaquant à Tannenberg.  Etc.  aucune mention de la stratégie de génie de l’armée belge – et du Roi Albert qui fit inonder les polders, permettant ainsi que l’armée boche fut stoppée dans son élan invincible.

 

Je me suis dit finalement que ce sont là d’excellents monteurs d’images – qui sont extraordinaires – mais de là à vouloir faire œuvre d’historiens, il y a un pas qu’ils ont franchi, certes, mais je juge qu’il leur manque le background (le fond) étayé par des dizaines voire des centaines d’ouvrages sur le sujet abordé.  C’est certes utile pour un très grand public qui n’y connaît pas grand-chose ou pour des gens comme moi qui souhaitent voir des images inédites, mais le recours aux ouvrages historiques sérieux demeure nécessaire.

 

 

Comme j’étais à la Mer la semaine dernière, j’ai voulu revoir certains lieux de batailles, cimetières et autres endroits liés à la guerre.  Malheureusement, nous n’avions pas de carte d’état-major, nous étant dits que la Région flamande aurait paré à tout avec de claires indications (wat wij zelf doen, doen wij beter/ce que nous réalisons nous-mêmes, nous le faisons mieux)

 

Vladslo,  en premier lieu où se trouvent les deux célèbres statues de Käthe Kollwitz. À l’entrée de ce village, une plaque indique qu’il y a bien un cimetière militaire allemand, puis dans la traversée du village ou plus loin, aucune plaque indiquant la direction à suivre, ni à la sortie du village.  Nous l’avons trouvé au pifomètre car je savais qu’il était en dehors du village et à l’orée d’un bois.  Donc, nous avons roulé vers tous les bois que nous apercevions au lointain.  Le jour suivant, nous voulions visiter trois endroits dans les environs de Passendaele (un mot clé pour les Britanniques et Canadiens, ce nom de village).  Prenant un raccourci via Langemark, nous nous disons pourquoi ne pas aller voir le cimetière militaire allemand de ce lieu qui, lui aussi, contient quatre belles statues de soldats.  Jamais trouvé!   Aucune plaque de direction! (pourtant nous y étions déjà allé au moins deux fois).  Pis, nous nous sommes perdus dans Langemark (aucune plaque vers quoi que ce soit), puis, sortant du village, joie un cimetière britannique ‘ Cement Farm’.  Et nous avons abouti à Ypres plutôt qu’à Passendale.  Car nous avions perdu trop de temps avant le retour chez nous.

 

Voyant le Boyau de la Mort (bien indiqué), je me suis fait la réflexion qu’il y a quantité de photos du Roi Albert et de la Reine Elisabeth, visitant les postes en première ligne.  Je ne me souviens pas d’une seule photo de Premiers ministres britanniques ou français ou de hauts généraux (Joffre, Nivelle, Haig, etc.) jamais capturé dans des tranchées du front.

 

À la librairie du Musée d’Ypres (In Flanders Fields) nous y avons fait un tour pour y acheter une carte détaillée de tous les lieux à visiter, et, stupéfaction, il y a là des livres en néerlandais et en anglais.  Rien en français, comme s’il n’y avait pas eu de Français dans les champs de Flandres.  Pourtant il y a bien une plaque sur le mur de la Halle aux Draps remerciant les soldats français ayant combattu en Flandres.

 

On sait que c’est Geert Bourgeois le flamingant qui est ministre du tourisme dans le gouvernement flamand, aurait-il donné des instructions pour qu’il n’y ait aucun livre français sur la guerre en vente à cet endroit?  Pourtant, les bons romans français abondent et on connaît aussi des traductions des écrits de Remarque ou de Junger, car il n’y a pas plus de livres en allemand en vente dans ce point-librairie, pourtant je suppose qu’il doit y avoir des touristes allemands, petits-enfants de certains de ces soldats ayant combattu en Flandre.

 

La Flandre qui fait tant de chichis pour la célébration du centenaire de cette guerre particulièrement sanglante, a raté le coche.  Elle aurait pu revoir sa signalisation et rendre la vie un peu plus facile pour ceux qui, comme mon épouse et moi-même, avons un intérêt pour ce qui s’y est passé.  Prévoir aussi des toilettes dans ces endroits, car la majorité des personnes qui visitent ont un certain âge et, souvent, des problèmes de vessie (pas de toilettes à Vladslo ni au boyau de la Mort).

 

Et dans le même ordre d’idée, ne serait-il pas temps d’effacer de la Tour de l’Yser cette mention odieuse ‘AVV/VVK’ (Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus- Tout pour la Flandre/la Flandre pour le Christ), alors qu’il y a au sous-sol un musée sur la guerre et que cette Tour est censée être un ouvrage célébrant la Paix, alors que ce symbole odieux ne célèbre que l’intolérance, la petitesse d’esprit et la haine – vis-à-vis des francophones.

 

Pauvre Flandre, c’est vrai que ce qu’ils font ils le font mieux, ainsi la série ‘In Flanders Fields’ dont je n’ai supporté qu’une partie du premier épisode, était un navet, artificiel, mettant en scène une famille bourgeoise et ne montrant au fond rien du menu fretin de peuple qui supporta l’essentiel des combats dans les tranchées et de l’occupation boche. 

 

Pour ceux qui s’intéressent au cinéma, je recommande quatre films : ‘Les Croix de Bois’ (français, un classique du genre, avec des plans latéraux d’attaque magnifiques, souvent imités par la suite) ‘A l’Ouest Rien de Nouveau  (version Lewistone, 1929, mais aussi le remake, bien fait), et ‘Passchendaele’ un film canadien récent sur la conquête de cette hauteur qui prit 4 mois aux forces britanniques, de juillet à octobre 1917, aux prix de centaines de milliers de morts des deux côtés, et, finalement ‘Gallipoli’ un superbe film australien, l’un des premiers où joua Mel Gibson et qui décrit minutieusement ce que fut la campagne des ANZAC aux Dardanelles.

24/02/2014

C'est le printemps mais pas chez tout le monde!

C’est le printemps!

 

Quand on se promène dans la nature, les premiers signes d’un printemps hâtif     bondent déjà, fleurs et bourgeons qui apparaissent, oiseaux qui chantent comme si on était déjà à Pâques, mâles qui construisent déjà les nids où bientôt apparaîtra la prochaine génération (cf. des pies près de ma maison).

 

À Kiev, le printemps s’est montré sous son meilleur jour et la Jeanne d’Arc ukrainienne y a, paraît-il fait une apparition, très remarquée.  À la voir, altière, fière, imposante sur le plan mental, elle n’a rien perdu de sa superbe.  Elle y croit dur comme fer, la seule chose qu’elle attend c’est qu’un mâle quelconque lui construise sonfutur nid de premier ministre ou de président. Qui n’essaie rien n’a rien, et le fait que certaines mauvaises langues (cf. l’émission de Taddeï de vendredi dernier ou un article dans De Standaard du 24 février) lui reprochent sa gabegie ou son incapacité à avoir accompli quoi que ce fût de son programme ambitieux du temps où elle fut au pouvoir, ne doit en rien nous ternir notre joie à voir l’Ukraine bientôt entre de bonnes et capables mains de femme. J’ai vu que cette autre grande égérie (de Huy, une autre Jeanne d’Arc?) allait écrire un livre sur l’Ukraine.  Je me suis dit, pas mal, va-t-elle parler de la statue de Bandera à Lvov que les anciens dirigeants ukrainiens – avant Yanukovitch – permirent d’édifier?  Bandera, chef d’un des mouvements ukrainiens antisoviétique qui collabora avec les nazis mais qui, aussi, participa à la traque et la mise à mort des Juifs. L’un de mes anciens patrons juifs fut un temps partisan dans un groupe ressortissant à la mouvance de Bandera.  Il m’a confié, si ces gens avaient su qu’il était juif, ils l’auraient liquidé aussitôt.  Cela c’est l’Ukraine qu’on ne montre pas à l’écran, ni la résurgence d’intérêt pour l’ancienne division SS ukrainienne…et quand on en parle (j’en parle moi en tant que personne soucieuse de préserver la mémoire de l’Holocauste, uniquement), on se fait traiter de pro-Poutine ou de prorusse…comme si parler de l’antisémitisme et des crimes odieux qui ensanglantent le passé de l’Ukraine ne faisait nullement partie du devoir de mémoire mais aussi du bagage culturel…

 

Tout comme on a signalé un concert inédit à Sotchi de ces incomparables artistes que sont les Pussy Riot.  Comme d’habitude, leur musique était d’une teneur et d’un niveau bien supérieurs à ce qu’ont pu faire de pâles compositeurs tels Chostakovitch, Prokofiev, Rachmaninov et autres Scriabine, ce menu fretin musical  Non, avec les Pussy Riot, on est dans la musique d’avant-garde non pas basée sur une tonalité, des accords (accords, hi-hi !) et/ou une quelconque mélodie.  On est dans le happening genre ‘shout’, une tradition qu’inventèrent les Noirs américains du temps où ils étaient encore esclaves à la solde des riches propriétaires des Etats du Sud. Mais, en Russie, on met les artistes en prison.  Ah, s’ils étaient en Belgique, je les verrais volontiers chanter et se trémousser en tant que backing vocalists derrière Stromae ou Adamo, toutefois, c’est vrai, ils devraient soigner leur chorégraphie plutôt primaire, mais pour la justesse, pas de soucis à se faire, il y a maintenant des consoles qui permettent de rectifier toute note fausse et d’en faire une note acceptable…mais pourquoi diable est-ce que j’emploie le singulier pour ‘fausse note’?

 

Les pandas sont arrivés en Wallonie et les Flamands en prennent plein le baba.  Cela ne m’étonnerait pas que bientôt ces pandas ne deviennent un enjeu électoral de taille.  Les Flamands sont jaloux, c’est normal, ils n’ont pas investi un cent dans cet accord commercial et politique (les pandas ne sont-ils pas des ambassadeurs de Chine?) et ils voudraient en percevoir les retombées économiques sans avoir fait quoi que ce soit!  Pour ceux qui étaient là (comme mon épouse et moi) dès les tout débuts de Paradisio, c’est fabuleux de voir comment ce parc animalier a évolué, toujours dans un sens positif, ajoutant une dimension religieuse et culturelle dans ce qui ne devait après tout n’être qu’un simple zoo ou parc animalier.  J’espère qu’un jour les Pussy Riot viendront y faire un concert à Pairi Daiza pour ajouter un peu de culture à ce qui est déjà un centre culturel de renom pour la Wallonie mais pas grâce aux dirigeants wallons, non merci.  Notons au passage que c’est là un des rares endroits de ce genre où on peut côtoyer des lémuriens (pas des politiciens) et les caresser (tôt après l’ouverture avant les grandes foules).

 

Je suis allé à la Foire du Livre samedi dernier (ayant vu en passant Michel Drucker accepter de bonne humeur de se faire photographier par des admiratrices, il est bien conservé Drucker malgré la septantaine), écouter une causerie d’Antony Beevor, un historien militaire, auteur d’un superbe livre sur les batailles de Berlin et de Stalingrad et un autre sur la guerre d’Espagne. Le thème était ‘La Deuxième guerre mondiale a-t-elle commencé en 1917, et ce débat sous la forme de questions et de réponses de l’auteur était animé par Aude Merlin, spécialiste de la langue russe et de la Russie.  Pour Beevor, la révolution bolchevique de 1917 a été très importante en Europe, cette révolution bolchevique a créé un fossé de peur, un cercle vicieux de causes à effets.  Il a cité aussi l’influence importante de la révolution bolchevique sur les gouvernements espagnols des années 34 et 36 {juste avant le putsch de Franco}.  Il a ajouté  - et là je suis tombé de ma chaise ! - qu’on pouvait parler d’une longue guerre qui aurait duré de 1917 à 1989.  Quant à l’animatrice, elle a proposé la thèse de la brutalisation des sociétés.

 

J’ai beaucoup de respect pour Beevor que j’ai lu et que j’apprécie sur le plan de l’histoire militaire.  Mais, d’une part ce terme de bolchevique qu’il a utilisé (tout comme souvent celui de ‘Russes’ au lieu de ‘Soviétiques) et qui est tout à fait correct sur le plan historique, je l’ai lu et entendu tant de fois dans la bouche ou dans les écrits de Hitler, que le fait d’employer la même terminologie que celui, qui au fond et par sa seule force mentale, déclencha cet horrible cataclysme mondial, me rend malade.  Si Beevor prend comme points de repères 1917 à 1989, il vise l’URSS, l’ ‘Empire du Mal’ tel que le décrivit Reagan jadis.  Cela me paraît une réduction simpliste mais populaire dans le cadre du caractère antirusse que les événements récents en Ukraine ont provoquée en Europe, mais cette prise de position ignore totalement l’origine réelle de la Deuxième guerre mondiale et le lot de souffrances des populations civiles qu’elle engendra, dans nos pays de l'Europe de l'Ouest et de l'Est, non pas par les fautes des Russes mais par la faute des nazis.

 

Durant le débat de près de trois quarts d’heure, si on a parlé d’abondance des crimes commis par l’URSS (2 millions de femmes violées en Prusse orientale, Poméranie, Berlin, etc.) nulle fois ai-je entendu parler de ces autres types de brutalisations des sociétés que commirent les Britanniques avec les camps de concentration dans leur guerre contre les Boers, le génocide en Namibie commis par les Allemands, les bombardements italiens en Ethiopie, les massacres de civils en Belgique dès 1914, puis, plus tard – puisqu’il fut question de Deuxième guerre mondiale, les atrocités dont les nazis mais aussi la Wehrmacht se rendirent coupables (politique de la terre brûlée, affamer les prisonniers soviétiques, utilisation de travailleurs civils et détenus de camps de la mort comme esclaves, chasser des millions de personnes de leur maisons et terrains en URSS dans des buts militaires ou d’occupation, etc.), pas un mot non plus sur le génocide juif, sur le massacre d’Allemands via le programme T4 (100.000 Allemands handicapés mentaux ou jugés inaptes à la vie, furent ainsi tués en 1939).  En abrégé, c’était l’URSS, le fauteur de troubles, le grand coupable et la Russie actuelle ne vaut guère mieux (Merlin cita l’affaire de la télé Dojd’, réduite au silence pour avoir osé faire une enquête sur la reddition possible ou nécessaire de Leningrad).  Pas de printemps ici, pas de dégel quelconque, on ne construit pas des nids, on table sur une certaine arrogance liée à un passé de contentieux, n’oublions pas que les Britanniques, alors même que l’URSS était leur alliée militaire, ont toujours été anticommunistes.  Soyons clair.  Oui l’URSS a commis des crimes en masse, contre ses propres citoyens (Soljenitsyne parle de 60 millions de victimes du communisme soviétique) et contre l’Allemagne occupée.  Mais dans un débat sur l’origine de la deuxième guerre mondiale, ne fallait-il pas parler un rien de la véritable origine de cette guerre de revanche? À savoir que les soldats allemands – qui occupaient encore la Belgique et la France en novembre 1918 - ont eu le sentiment (1) qu’ils n’avaient pas perdu la guerre sur  le plan militaire, (2) qu’ils avaient été trahis – poignardés dans le dos – par la clique politique judéo-bolchevique. Et nous savons que ce concept – tout comme le traité de Versailles pour lequel Beevor a eu raison d’y trouver une des causes probables du conflit ultérieur – fut à la base de l’idéologie de Hitler.  Et, l’auteur Beevor aurait dû dire que la grande masse des soldats et des officiers de la Wehrmacht avait été nazifiée au point que l’ennemi militaire – l’URSS – était aussi mais avant tout un ennemi idéologique qu’il fallait exterminer, comme les Juifs et les Slaves.  À une question d’une spectatrice si, pour les chiffres avancés (2 millions de femmes violées, etc.), l’auteur s’était basé sur des sources soviétiques, Beevor a répondu par l’affirmative.  J’ai vérifié à la page 562 du livre ‘La Chute de Berlin’, aucun renvoi ou citation de sources soviétiques.  D’ailleurs, tant la question que la réponse faisaient preuve d’une légèreté historique.  Comment les Soviétiques, sachant que leurs troupes avaient commis des crimes en masse, inconstestables d'ailleurs, auraient-ils recensé le nombre de victimes allemandes dans leurs propres archives? C’était contraire à l’esprit qui régnait à l’époque puisque l’écrivain et journaliste Ilya Ehrenburg, mais aussi des commandants d’unités (dûment cités par Beevor dans son ouvrage) avaient appelé les troupes de l’Armée Rouge à se montrer sans pitié une fois qu’ils entreraient sur le territoire allemand.  Et ainsi en fut-il…

09/11/2013

Double langage, double morale, double représentation

C’est Orwell qui a parlé le premier du double langage (double talk), c’est-à-dire dire une chose et vouloir suggérer une autre chose.

 

Je viens de terminer «Les Sirènes de Bagdad» de Yasmina Khadra qui comme le clame une phrase sur la couverture de dos du Poche est  un «magnifique plaidoyer contre toute forme de fanatisme.»

 

Ma lecture est toute différente.  Le protagoniste principal du livre, un adolescent vivant dans un petit village irakien, est tout d’abord témoin de la mort par stupidité américaine d’un jeune adolescent faible d’esprit, puis plus tard, de l’irruption de soldats américains dans sa maison, humiliant père, mère, sœurs, ne faisant preuve d’aucun respect pour la culture irakienne, les mœurs en usage dans les pays musulmans (surtout à l’égard des personnes de sexe féminin).

 

Le résultat c’est que l’adolescent humilié formulera des idées de vengeance et frayera avec des mecs de la mouvance djihadiste.  Enrôlé pour un projet d’assassinat de masse via un virus qu’on lui aurait inoculé, quand il est à l’aéroport sur le point de s’envoler vers l’Europe pour y propager son virus létal, il ne prend pas l’avion.

 

Donc, c’est vrai, une première lecture superficielle pourrait faire croire que l’auteur a voulu que la morale et le non-terrorisme triomphent en fin de compte.  Sauf qu’une lecture un rien plus approfondie me permet de dire que si l’adolescent ne part pas, ce n’est pas sous l’effet d’une poussée de moralité lui ayant fait prendre conscience de la gravité de l’acte de terrorisme qu’il allait commettre.  On a plutôt l’impression que sous l’effet de la violence autour de lui, une lassitude générale s’est installée et que c’est de lassitude, d’inertie, qu’il ne prend pas l’avion, non pas le fait d’un choix conscient et délibéré.

 

Cette fin laisse planer le doute, et je pense que c’est voulu car ce que je retiens aussi de ce livre, c’est la charge antiaméricaine primaire de l’auteur.  Qui, non seulement n’aime pas les Américains et leur rôle en Irak et Afghanistan, mais aligne les lapalissades à charge de ce ‘monstre’ US.  Une phrase typique «Le GI noir ne comprenait pas grand-chose à  ce qu’essayait de lui expliquer le ferronnier;  il semblait excédé qu’on lui parlât dans une langue qui ne lui disait rien, et cela le foutait doublement en rogne.»

 

Antiaméricanisme mais aussi racisme puisque le symbole du fossé culturel séparant les deux cultures est un Noir.

 

Le message de refus du terrorisme aurait été moins ambigu si le protagoniste principal eût refusé catégoriquement devant ses commanditaires de servir de virus ambulant.

 

 

 

Parlant de clichés, hier soir j’ai essayé de regarder ‘Ray’, le film sur ray Charles (que j’ai adoré alors que j’étais adolescent et que j’ai vu à Comblain en 1964), j’ai abandonné au bout de 10 minutes.  Dans un certain type de cinéma on présente encore toujours les Noirs sous la forme de stéréotypes effroyables, je pensais que l’égalité sur le plan des droits civils et l’accession d’Obama à la présidence US, avaient eu un effet sur ce genre de représentation de la communauté noire.  C’était un peu trop demander à ceux qui produisent des hits à Hollywood et ailleurs (j’avais aussi détesté ‘Bird’ et ‘Round Midnight’ pour les mêmes raisons, encore plus quand le film est doublé en français.  Et des images que j’ai vues de ‘Intouchable’, j’en ai retenu la même chose, l’acteur noir est représenté sous les traits de ce que des scénaristes et réalisateurs blancs pensent qu’un Noir doit être.  Pour ça, j’ai mieux aimé ‘Un Prophète’ et ‘Indigènes’ où les Musulmans n’étaient pas des stéréotypes faits à notre représentation d’eux.

 

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Dans un autre domaine, j’ai constaté qu’il y a aussi du double langage.  Un Wallon connu et en vue a récemment été accusé du meurtre de son épouse et incarcéré.  Dès le lendemain des faits, une certaine presse fit état de problèmes psychiatriques de l’épouse décédée.   Puis on parla de journée bien arrosée (une interview d’un proche affirma que ce serait peut-être là un drame de la boisson, aujourd’hui on dit qu’elle avait 3 grammes d’alcool dans le sang).  On étala le fait que l’épouse était «suicidaire».  Puis, on affirma que le mari était jaloux et que l’épouse avait décidé de divorcer.  On fit état d’un coup de fil malencontreux de son ex et amant.

 

Tout cela me dégoûte, pourquoi faut-il quand il y a un drame, que ce soit un meurtre ou un suicide, étaler les travers réels ou journalistiques de la victime des faits? Une victime n’a-t-elle pas droit au respect?  Et le secret de l’instruction ne vaut-il jamais pour les victimes dans des drames qui touchent des people?  Et, si c’était un meurtre au fond, eh bien, on pourrait déjà parler d’atténuation, de circonstances atténuantes, car il y avait (1) la boisson, (2) le passé psychiatrique de l’épouse, (3) la jalousie du mari et, (4) d’autres tentatives de suicide précédentes (simpliste le raisonnement par ailleurs, une personne suicidaire ne peut-elle être victime d’un meurtre ?) (5) une séparation et divorce en vue, (6) un coup de fil de l’amant qui aurait déclenché l’‘algarade’, ce dernier fait à lui seul justifiant sans doute dans l’esprit de certains un homicide.

 

On voit ainsi, via certains médias, se dessiner une stratégie de défense où un homme accusé du meurtre de son épouse, pourra faire valoir plein de circonstances atténuantes ayant conduit au drame.  Et, avec un excellent avocat, le tour sera vite joué.

 

Il est aussi amusant de voir la différence de traitement entre un meurtrier présumé issu des ténèbres et de la misère d’une vie sans aura ‘people’ et qui sera traité de tous les noms, et le sort d’un homme public avec lequel on reste déférent tandis que c’est la victime qui via des insinuations, de petites phrases assassines (ce qu’en anglais on appelle l’assassinat de la personnalité), est considérée comme la principale responsable de ce qui s’est produit.