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25/03/2012

Fanatisme vs folie - amalgames, raccourcis, approximations

Les meurtres récents dont s’est rendu coupable Mohamed Merah ont suscité non seulement l’indignation populaire mais ont réussi à produire nombre d’amalgames et de raccourcis intellectuels, de déclarations de psys et d’approximations journalistiques, sans compter qu’il a fallu assister, presque en retransmission synchrone, à des déclarations de responsables politiques qui n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de codiriger ce qui, au fond, aurait dû être une intervention de répression policière, à savoir le Fort Chabrol qu’on a connu ces 21 et 22 mars  dernier.

 

Quelles leçons tirer de tout cela ?

 

L’Antisémitisme

Après l’assassinat – de sang froid – d’un rabbin et d’enfants juifs, on a tout de suite qualifié le tueur d’antisémite.

 

Sémite se dit (cf. Petit Robert) « des différents peuples provenant d’un groupe ethnique originaire d’Asie occidentale et d’Afrique, présentant des caractéristiques communesles Arabes, les Ethiopiens, les Juifs sont des Sémites ».

 

Donc, dès le premier meurtre d’un militaire d’origine maghrébine, on aurait pu – à juste titre – parler d’acte antisémite.  Depuis la Shoah, il semble que l’ensemble des gens mais en cela y compris les journalistes, qui sont tout de même censés savoir de quoi ils parlent, utilisent abusivement ce mot d’antisémite pour désigner les seuls actes ou idées contre les Juifs ou Israéliens.

 

La Folie

‘Tueur fou’.  ‘Fou de Dieu’.  On a tout de suite entendu, à l’invitation des chaînes françaises, des psys venir d’emblée et sans même savoir de quoi ils parlaient décrire le profil du tueur ‘antisémite’ (qualifiant les seuls meurtres perpétrés dans l’école juive), parodiant ce qu’enseigne le FBI dans ses cours aux profileurs.

 

Qu’est-ce que la ‘folie’ selon le Manuel alphabétique de Psychiatrie Clinique et Thérapeutique du Dr. Antoine Porto (PUF – 1965) ?  « Il s’agit d’une expression ancienne et générale servant à désigner tous les dérèglements de l’esprit.  Cette appellation visait surtout les manifestations extérieures des désordres mentaux, leur apparence immédiate, à une époque où l’on n’avait pas encore pénétré leur mécanisme de production, leur conditionnement organique ou leur déterminisme psychologique, leurs formes évolutives. »

 

Que dit le Petit Robert ?  « Altération plus ou moins grave de la santé psychique, entraînant des troubles du comportement. »

 

Il y a évidemment des fous parmi les criminels, l’exemple typique c’est Ted Bundy qui était incapable de résister à ses fortes pulsions sexuelles, faisant en sorte qu’il se jetait sur de jeunes adolescentes, abusait d’elles puis les tuait.  Personnellement, je considère tous les pédophiles comme des cinglés.  Il faut l’être pour faire ce qu’ils font.  Mais n’oublions pas qu’une échelle de valeurs différente des nôtres peut aboutir – actuellement – à ce que des gays soient considérés comme anormaux (donc fous dans certaines acceptions) par certains fanatiques musulmans qui vont jusqu’à les tuer.  Ou tuer des jeunes filles qui n’acceptent pas une union maritale forcée, ou des femmes qui se seraient méconduites…

 

Le Comportement

Tout réside donc dans la notion de comportement, notion vague et qui, à mon sens d’amateur éclairé, dépend de la conscience collective, de la génétique en nous, des acquis sociaux, éducatifs, ceux de l’expérience et qui doit également être tributaire de la personnalité intrinsèque (le ‘caractère’), des goûts et dégoûts.

 

On considère généralement que quelqu’un qui se comporte comme tout le monde est normal.  Que quelqu’un qui ne détonne pas est ‘normal’.  Toutefois, ces comportements normaux sont culturels.  Quand un Asiate est mal à l’aise, il sourit ; même si on lui annonce une très mauvaise nouvelle ou si on l’insulte. Ce sourire nous rend perplexes, nous Occidentaux ; il ne représente pourtant qu’une expression faciale d’incompréhension, de refus, que nous ne comprenons pas.  Les Chinois et les Vietnamiens mangent du chien.  Cela nous dégoûte, nous Occidentaux.  Sont-ils fous pour autant ?  Les Juifs se déchirent les boutons des vêtements après un deuil et restent 7 jours à faire le deuil, souvent assis sur une chaise, mangeant et buvant peu.  Sont-ils fous ?  Certains hommes musulmans obligent leur femme à se voiler la face ou, parfois, le corps entier.  Certains prônent qu’une femme n’a pas le droit à l’éducation ni à la liberté de sortir de chez elle non accompagnée.  Ces valeurs sont évidemment aux antipodes de nos valeurs fondées sur la « Déclaration universelle des droits de l’Homme ».  Ces hommes sont-ils fous ?

 

Le problème c’est que parfois, certains jeunes gens, guidés par une idéologie d’origine religieuse bien ou mal interprétée peu importe, décident que tous ceux qui ne respectent pas leur conception des valeurs humaines sont des infidèles, des ennemis, poussant quelquefois le raisonnement au point de vouloir ‘détruire’ ces ennemis.  On ne les qualifie pas de fous, mais ce sont incontestablement des fanatiques.

 

Le fanatisme

Que dit le Petit Robert à cet égard ?  « Foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, accompagnée d’un zèle absolu pour la défendre, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence. »

 

Faut-il un dessin pour savoir ce que sont des fanatiques ?  Depuis près de 50 ans avec la recrudescence de mouvements d’émancipation souvent d’origine musulmane, nous avons appris à vivre avec des fanatiques qui effectuent des prises d’otage, des meurtres sélectifs ou de masse, qui se font sauter avec une bombe ou une voiture emplie d’explosifs.  Avant eux il y avait déjà eu les pilotes japonais se sacrifiant avec leur avion en plongeant sur un bateau américain, puis du temps du Vietnam, les charges de kamikazes du Vietminh ou du Vietcong contre les positions françaises ou américaines, puis lors de la guerre entre l’Irak et l’Iran, les charges d’enfants iraniens qu’on envoyait au meurtre programmé à l’assaut des tranchées irakiennes…

 

Criminel

Ici, pas besoin de dictionnaire, un acte criminel est un acte qui contrevient aux dispositions légales ou morales (tu ne tueras point… par exemple), les plus courants étant le meurtre ou l’assassinat, les voies de fait, viols, atteintes à l’intégrité physique ou mentale de mineurs d’âge, vols, agressions caractérisées, etc.

 

Pourquoi faut-il, soit dans le langage populaire, soit dans la presse écrite ou télévisée, qu’on qualifie aussitôt de ‘fou’ quelqu’un qui transgresse ces interdits sociétaux ?  Comme on l’a fait avec Breivik, Mohamed Merah.  Pourquoi ne pas accepter que certains criminels, même notoires, ne sont après tout que des criminels ?  Et, souvent, pour des criminels et encore plus pour des avocats-vedettes, plaider la folie, fût-elle instantanée au moment où les actes criminels ont été commis, est une manière de faire échapper un client à une longue peine de détention, le coupable n’étant du coup plus coupable du tout mais momentanément dérangé, donc soignable, donc guérissable. Mais, surtout, échappant presque par miracle aux rets pénitentiaires.

 

Faut-il, lorsque nous sommes ahuris par la violence meurtrière de certains actes que nous ajoutions l’épithète ‘fou’ à celui trop réducteur du seul ‘meurtrier’ ?  Ne sommes-nous donc plus en mesure de différencier un fanatique – aussi violent, meurtrier, insensible, fût-il – imbu de ses convictions au point de tuer autrui, d’un véritable cinglé ?

 

Raid/GIGN

Sans être un spécialiste d’antiterrorisme mais ayant lu ma dose d’ouvrages sérieux sur des services antiterroristes tels les SAS britanniques, le SGS allemand et admiré certains exploits du GIGN (lors de la libération des otages à bord d’un avion de ligne, notamment), j’ai été effaré de voir la manière dont les membres du Raid se sont lancés à l’assaut de l’appartement qu’occupait Mohamed Merah, en plein jour, munis d’échelles !

 

Je me souviens des images de la libération d’otages détenus dans une ambassade arabe à Londres, effectuée par des hommes des SAS mais filmée en direct.  Ces experts du contreterrorisme ont attaqué de nuit (munis de lunettes à vision nocturne, ils sont descendus du toit en rappel, ont fait exploser les vitres, puis ont saturé les pièces de tirs précis, chirurgicaux.  La doctrine en la matière veut en général qu’on attaque quand le tonus mental du ‘terroriste’ est au plus bas, soit entre 3 et 5 heures du matin.  Onze heures vingt me paraît aberrant.

 

Sans être spécialiste mais connaissant un brin de cette matière qui m’a toujours intéressé depuis les premiers détournements d’avion fin des années 60 et les attentats des J.O )à Munich en 1972, je savais qu’il y avait des gaz incapacitants, et je me suis aussi posé la question, pourquoi envoyer des grenades lacrymogènes, pourquoi vouloir creuser un trou dans un mur alors que le plus simple aurait été de faire exploser la porte d’entrée de l’appartement avec une charge à explosion limitée puis de saturer l’appartement de gaz incapacitant.

 

Et, se pose la question, voulait-on vraiment le capturer vivant et entendre la propagande qu’il n’aurait pas manqué de faire au cours du procès ?  N’y a-t-il pas eu des ingérences politiques préjudiciables au bon cours d’une opération de répression policière ou antiterroriste ?

14/02/2012

Les incomparables beautés de Riga et de Vilnius

Les trois pays baltes sont largement méconnus du grand public des voyageurs.  Moi-même qui avais déjà visité une cinquantaine de pays sur 4 continents (depuis 1970), j’ai dû attendre 2009 pour effectuer mon premier city trip dans une capitale de pays balte.

 

J’ai ainsi visité Riga en Lettonie en premier lieu et ensuite, récemment, Vilnius en Lituanie. 

 

Du point de vue linguistique, le letton et le lituanien sont des langues à part dans l’histoire de la naissance de nos langues indo-européennes (l’estonien, lui, ressortit à la classe du finnois-ougrien, donc de structure et de nature proches du finnois et du hongrois contemporains).  Comme l’indiquent Michel Chicouène et Laurynas-Algimantas Skupas, auteur de « Parlons Lituanien » (éd. L’Harmattan) : « Le lituanien est une langue indo-européenne tout à fait curieuse, qui n’a évolué que très lentement pendant que les autres langues de la même famille se transformaient au cours des siècles.  Cette langue a gardé sa structure très proche de ce qu’a été, à l’origine, l’organisation du langage de nos lointains ancêtres, il y a cinq ou six mille ans. »

 

À l’origine du peuplement de ces contrées, il y eut plusieurs vagues successives d’envahisseurs venant du lointain Oural dont, entre autres, les Estes (Estonie, Finlande), les Lives (Lettonie) arrivant aux abords de la Mer Baltique, au Ve siècle avant J.C.  Deux mille ans plus tard, les Proto-Baltes s’installent en Russie puis vers 500 ans avant J.C., ils peuplent la Lettonie et la Lituanie (cf. Le Guide Vert – Michelin, page 60).

 

Sans entrer dans tous les détails de leur histoire particulièrement secouée, il suffit de regarder une carte géographique pour s’apercevoir que ces pays allaient bientôt être la proie d’autres types d’envahisseurs venant des pays scandinaves, de Pologne ou de Russie.

 

Au XXe siècle, la Lettonie et la Lituanie acquirent leur indépendance à l’issue de la Première guerre mondiale.  Relative parce que Vilnius, par exemple, fut exclue de la Lituanie indépendante et devint une ville polonaise sous le nom de Wilna (Wilno pour les Juifs).  L’URSS envahit les pays baltes en mai 1940 (en vertu d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939), procéda à un nettoyage politique en bonne et due forme (près de 30.000 déportés en 1941, une semaine avant l’invasion du pays par les Allemands, en Lituanie et le même nombre approximatif en Lettonie, dans des circonstances semblables).  Puis survint la guerre et le massacre de près de 90 % des populations juives de ces pays, soit 80.000 en Lettonie et plus de 200.000 en Lituanie).  ‘Libération’ par l’Armée rouge et occupation de ces pays jusqu’en 1991, quand, après la formation d’une longue chaîne humaine de 600 kilomètres le 23 août 1989 et de nombreux cas de désobéissance civile, l’URSS accepta finalement d’admettre la scission de ces états baltes.

 

Riga, la capitale de la Lettonie est une ville remarquable, autoproclamée capitale mondiale de l’Art Nouveau.  C’est là un titre qu’elle mérite amplement.  Alors, que dans nos pays, on peut parfois voir certaines maisons isolées ressortissant à cette forme d’art architectural de toute beauté, à Riga, il y a au moins trois rues entières  avec des dizaines de maisons offrant aux yeux émerveillés de foules de touristes présents sur place dès neuf heures du matin, leurs beautés incomparables : les rues Alberta, Strelnieku et Elisabetes. Et ce ne sont pas les seules dans la ville !  Certains des bâtiments les plus réputés de ces rues ont été construits et imaginés par Mikhaïl Eisenstein, le père du célèbre cinéaste soviétique (Cuirassée Potemkine, etc.).  Par exemple, le bâtiment du 10a de la rue Elizabetes qu’a construit Eisenstein, est une merveille incomparable, surtout tôt le matin ou tard dans l’après-midi quand le soleil en illumine la façade.  Au-dessus d’une porte ornementale, trois loggias superposées à chaque étage et au fronton de la maison, de part et d’autre d’ornements centraux, deux têtes de femmes énormes et de profil de teinte claire proche de celle du grès (deux mètres au moins) en sont comme les gardiennes – ou déesses.  Elles n’ont pas l’air heureux, lèvres serrées, nez aquilins, paupières pesantes.  Quant à la façade, on peut y voir entre quinze et vingt enjolivements sous la forme de bas-reliefs (masques stylisés, têtes d’animaux, formes géométriques comme par exemples des cercles traversés de doubles croix, espèces de lyres, etc.).  Au 10b, la façade offre des hauts-reliefs : têtes de lions, têtes de femmes d’essence pure et quasi classique, têtes d’hommes à l’aspect de machos ou de guerriers.  En face, l’immeuble du 33 offre une série de balcons à ferronnerie à entrelacs, et, le plus captivant, des statues d’hommes et de femmes qu’on pourrait croire issues en droite ligne de la Grèce classique.  L’un de mes bâtiments préférés est celui situé au 13 de la rue Alberta où le consulat de Belgique a des bureaux.  Une façade à tomber évanoui tant elle est glorieuse avec sa teinte d’un beau doré.  Une énorme tête sous la forme d’un masque de carnaval vénitien est surplombée d’une statue d’Artémis tandis qu’une vingtaine de balcons d’aspect Art Nouveau classique à ferronnerie non ornementale, des colonnes, de multiples bas-reliefs et hauts-reliefs, quelques loggias, sont surplombés par un fronton où Apollon est flanqué de hauts-reliefs de masques, d’ornementations à symboles orientaux et gothiques, et, se profilant de part et d’autres, des têtes d’animaux.

 

J’ai eu la chance de séjourner à l’hôtel Albert, tout proche de ce quartier. Et, mon épouse et moi, où que nous avions décidé d’aller le matin, nous parcourions en premier lieu ces trois rues adjacentes pour nous rassasier encore et toujours de ces beautés architecturales que peu de gens connaissent, que peu de gens ont la curiosité de découvrir, tant ils sont obnubilés par Prague, Budapest et Vienne (capitales qui incontestablement, valent la visite).

 

Riga est une ville qui se visite à pied et de préférence en été car les hivers, s’ils sont moins rudes qu’à Vilnius n’épargnent aux visiteurs ni neige ni gadoue.

 

Les Lettons sont, dans l’ensemble, accueillants, gentils et la vie n’y est pas chère, on mange à deux pour moins de 50 euros.

 

Vilnius, la capitale de la Lituanie, est d’un tout autre genre.  Une ville plutôt provinciale tant elle offre peu de piétons à n’importe quelle heure du jour, une ville qu’on peut parcourir à pied si on tient la distance, mais une ville dont les charmes résident dans un tout autre domaine que Riga.

 

Comme à Riga, Vilnius offre aux regards émerveillés toute une série de maisons colorées, généralement assez basses, notamment à la rue Pilies, l’artère piétonne principale de la ville, ou autour de la place menant à l’Hôtel de Ville.

 

Mais ce qui à mon sens différencie tout à fait Vilnius de Riga, et en fait son principal attrait, c’est le nombre incalculable d’églises et leur beauté esthétique.  Plutôt que la Cathédrale - dont le bâtiment néo-classique de teinte blanc cassé est de toute beauté -, c’est en premier lieu l’église St.-Jean, située dans l’enceinte même de l’université – dont on peut visiter les 13 belles cours -, qui m’a le plus impressionné par la beauté de certains tableaux qui y ornent les murs, de même que l’élégance presque classique de certaines des statues.  Plafonds, colonnes, dans des tons pastel rehaussent l’impression générale de séduction de cette église baroque qui n’en est pour autant chargée ou trop rococo.  Devant la Cathédrale, le centre du Vilnius classique et touristique, une dalle commémore le point final de la chaîne humaine de 600 kilomètres que formèrent des millions de manifestants lettons, estoniens et lituaniens en 1989, une chaîne originaire d’Estonie et qui marqua le début de la lutte finale pour l’indépendance recouvrée de ces trois contrées à l’histoire torturée. Une statue équestre de Gedimino, le fondateur de la ville, se trouve aux abords de la Cathédrale et à l’arrière de celle-ci, sur une colline, l’endroit où le père-fondateur de la ville eut le rêve de la construire.

 

Si on remonte la rue Pilies vers le haut, en passant par la place de l’Hôtel de Ville, et qu’on emprunte la rue de la Porte de l’Aube, on découvre en chemin quatre des plus belles églises de la ville.  Successivement, les églises Pyatnitskay, St.-Nicolas, St.-Casimir et surtout l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit. Les églises Pyanitskay et du Saint-Esprit sont des églises bigarrées surmontées de dômes, superbes, à la russe.  Dans l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit, j’ai vu une file de babouchkas venant se signer devant un tombeau – crypte - à vitres transparentes sous lequel on apercevait  des statues de 3 gisants (des saints) dont seuls têtes et pieds dépassaient d’un linceul.  Les femmes allaient baiser les pieds des saints après s’être signées.  Un peu plus loin, surplombant la rue de la Porte de l’Aube, une baie vitrée permet d’apercevoir une icône de la Vierge aux vertus miraculeuses datant du XIIe siècle.  Un lieu de prière et de messe mais que l’on peut visiter pratiquement toute la journée si on a la chance d’y entrer en dehors de l’office religieux.

 

Pour les fanatiques d’histoire, il y a deux musées juifs intéressants, celui qu’on appelle la ‘Green House’ qui est en fait le Musée de l’Holocauste et la maison de la Tolérance où j’ai pu faire la connaissance inopinée d’un petit-fils d’un neveu de Wittenberg, le chef de la résistance juive du ghetto de Vilnius qui, sommé de se rendre pour éviter la mort d’une centaine de Juifs, se rendit mais eut l’occasion de se suicider avant d’être torturé par les nazis.  Et, pour les anticommunistes, il y a le Musée du Génocide, qui, dans l’acception lituanienne ne recouvre que les victimes du communisme et n’inclut nullement les Juifs assassinés durant la Deuxième guerre mondiale.

 

Se loger à Vilnius est bon marché.  J’y ai passé trois nuits en single (mais en chambre double) pour à peu près 120 euros.  Dans un hôtel 4 étoiles qui, comme je le découvris par la suite, était ‘kosher’ ; mais en fait, il se trouvait situé près de la nouvelle synagogue et n’était pas loin de l’ancien grand ghetto.

 

On mange aussi très bien à Vilnius et pour pas très cher.  Les gens sont dans l’ensemble plutôt accueillants, le service est excellent.  Les filles sont très jolies dans l’ensemble (peu de blondes en fait, et la plupart des filles portent les cheveux lisses) et j’ai remarqué peu de personnes atteintes d’obésité dans ce pays.  Pourtant il est réputé pour sa nourriture grasse et abondante et les pâtisseries n’y manquaient pas.

 

En bref, des capitales à découvrir au plus vite toutes affaires cessantes !

 

Ci-dessous, deux photos qu'a prises mon épouse illustratives de l'Art Nouveau à Riga.

 

Alberta iela.JPG

Elisabetes Iela.JPG

 

18/12/2011

'The Pacific', série US sur la guerre contre les Japonais

Je viens de regarder – en retard comme souvent – la série américaine ‘The Pacific’ et je dois dire que j’ai été renversé.  Émotionnellement.  Intellectuellement.  Artistiquement.  Rarement ai-je eu le privilège de voir une série américaine de guerre aussi réussie, tant du point de vue de la trame (car il n’y avait pas que des combats incessants), que de la perfection du choix des acteurs et des destins – fondés sur ceux de soldats réels – qu’elle met en exergue.

 

Il est de bon ton, souvent parmi les milieux de gauche ou gauchisants, de dénigrer tout ce qui vient des States et, a priori, les films de guerre.  Pour s’en convaincre, il suffit de lire les commentaires rédactionnels de Moustique (« Notre avis »), quand il s’agit de films de guerre US, commentaires souvent inspirés non pas d’un sens de la critique cinématographique pure mais d’un antiaméricanisme primaire.  Ainsi dans le no. 48 pour ‘Black Hawk Down’, ils indiquaient « Un film de guerre efficace mais tendancieux ». {assez bizarrement le même commentaire mot à mot revient dans le no. 49 pour « Les Messagers du vent » comme si Moustique n’avait en fait qu’un label – gauchisant  pour les films du guerre US }.  Black Hawk Down’ est un film certainement tendancieux mais raté.  Lorsqu’on voit les scènes de combat qu’il décrit et qu’on a déjà lu des centaines de récits réels de guerres et vu des documentaires réels, on se rend tout de suite compte de l’imbécillité de la mise en scène.  Que le film ait été tendancieux, oui avec un grand oui puisque d’une ignominieuse défaite (près de 12 heures de combat pour sortir un ‘platoon’ d’un encerclement par des amateurs africains armés – aucun racisme larvé ici, les Africains, d’un point de vue strictement militaire ne sont pas très efficaces), ce film en refit une victoire US éternelle.  Ou comment récrire l’histoire mondiale !

 

Moi-même qui ai toujours eu un grand intérêt pour les films de guerre, j’ai souvent été déçu lorsque je voyais des films de guerre américains, sauf pour certains d’entre eux sortis il y a très très longtemps, dans les années 50 comme par exemple ‘Pork Chop Hill’ sur la guerre de Corée,  The Battle of the Bulge retraçant la bataille des Ardennes avec un décor neigeux s’il-vous-plaît.

 

Il a fallu attendre l’avènement des premiers films sur la guerre du Vietnam (‘Platoon’, Hamburger Hill’, ce dernier réalisé par un Britannique) pour que les films de guerre américains dépassent le stade de l’approche parodiquement comique.  Ce réalisme du film de guerre semblant authentique, d’autres nations cinématographiques l’avaient réussi de manière bien plus prenante.  Pour la Première guerre mondiale il y eut notamment les inoubliables et classiques « 4 de l’infanterie » de Pabst, « A l’Ouest rien de nouveau » de Lewistone, et « Les Croix de bois» réalisé en 1931 qui contient de superbes scènes d’attaques d’infanterie française et de combats rapprochés.

 

Quant à la Deuxième guerre mondiale et de certains conflits coloniaux, il y eut l’allemand ‘Die Brücke (le Pont, que je vis à l’âge de dix/11 ans !), le soviétique ‘Osvobojdenye’ (Libération), le français ‘La 317e Section’, le réalisateur italien qui a réalisé ‘La Bataille d’Alger’, ou ‘L’ennemi intime’ ces deux derniers sur le conflit en Algérie.  Deux très bons films furent également réalisés sur la guerre civile en Espagne, ‘Land and Freedom de Ken Loach, le second un véritable chef-d’œuvre méconnu « Libertarias’ de Vicente Aranda (sorti aux States sous le titre de « Juegos de Guerra »). Puis, pour l’Holocauste, il y eut l’inoubliable, ‘La Liste de Schindler’ de Spielberg.  Un film certes destiné à sortir les mouchoirs mais qui eut l’éminent mérite de montrer ce que furent les véritables rouages de la machine nazie à tuer des Juifs.

 

Stephen Spielberg réalisa ce fameux film sur le débarquement en Normandie et la recherche du soldat Ryan, avec Tom Hanks en vedette plus réelle que nature.  Un film époustouflant de réalisme, aux antipodes de cet autre film relatif au débarquement (Le Jour le plus long) avec John Wayne et tant d’autres vedettes, célébrant l’héroïque débarquement anglo-saxon en Normandie avec l’accent bien plus sur l’héroïsme des troupes alliées que sur la réalité des combats et le fait que la réussite de cette incursion militaire n’ait tenu qu’à très peu de choses puisque les soldats allemands étaient tout autres que les parodies qu’on montrait d’eux.

 

Puis, autre miracle, St. Spielberg et T. Hanks s’associèrent pour produire ‘Band of Brothers’, une série de HBO décrivant l’âpreté des combats ayant mené à la victoire sur le front de l’Ouest.  Une série qui rencontra un succès bien mérité et qui montrait les Allemands comme combattants audacieux, courageux mais fanatiques.

 

Je me suis intéressé depuis ma préadolescence à ce qui était anglo-saxon, à l’anglais, ce qui fit que très naturellement, je m’intéressais à ce que les Américains ont appelé « le théâtre des opérations du Pacifique », c’est-à-dire à la lente et sanglante reconquête d’îles et d’îlots tombés aux mains des Japonais dès après l’attaque surprise de Pearl Harbor.  Que les Japonais aient été fanatisés à outrance, on le sait.  Mais bien peu de gens savent à quel point l’endoctrinement des militaires et des civils japonais fut d’une profondeur sans égale, endoctrinement qui eut inévitablement un impact sur la manière de se battre des ‘Japs’.  Lors de l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le Japon avait à peine émergé depuis près de 80 ans d’un isolement culturel, social, économique, l’ayant rendu proche de l’autarcie absolue.  Les soldats, marins, aviateurs, nippons du début des hostilités (commencées en Mandchourie et par le viol de la Chine elle-même vers la fin des années 30), étaient encore tout droit imprégnés de l’esprit du bushidō et de celui guidant les actions des samouraïs.  L’Empereur du Japon était de descendance divine, sa parole était sacrée et exigeait l’obéissance absolue.  Les gouvernements fasciste au pouvoir étaient dirigés par des militaires qui n’avaient qu’une idée en tête, refaire du Japon une puissance mondiale et mettre sous mandat économico-militaire tous les territoires du Pacifique à l’Asie du Sud-Est.

 

La série ‘The Pacific’ indique d’une façon réaliste et parfaite comment de jeunes volontaires idéalistes et naïfs engagés dans le ‘US Marine Corps’ descendent petit à petit toutes les marches conduisant à l’enfer.  L’enfer personnifié par  les soldats japonais qui se battent jusqu’à la mort, qui font des charges aux cris de banzaï (qui signifie en japonais ‘mille vies’ : destinées à l’Empereur), qui usent de subterfuges, dissimulant des grenades sous des blessés, des morts (des booby traps), usant parfois de civils derrière lesquels ils s’abritent pour mieux surprendre les Marines, faisant semblant de se rendre pour se faire harakiri, collectivement avec quelques soldats US par la même occasion.

 

Cette série montre ainsi comment des Américains moyens passent d’une forme humaine de combats, se transforment peu à peu en machines à tuer du Jap pour, finalement et dans certains cas, revenir à une forme d’humanisme.

 

Stanley Kubrick avait réalisé un film sur les Marines (‘Full Metal Jacket’), mettant surtout l’accent sur cette forme d’endoctrinement durant boot camp (l’instruction militaire) qui, chez les Marines est l’une des plus déshumanisantes formes de modelage de soldats existantes (n’oublions pas qu’à la Légion étrangère, chez les anciens Spetsnaz soviétiques, les SAS britanniques, les Rangers américains, etc. ce n’était pas triste non plus), mais ce que Kubrick passa sous silence c’est que chez les Marines l’esprit de corps aboutissait à une véritable camaraderie entre soldats volontaires, une camaraderie qui allait jusqu’au sacrifice de soi pour sauver d’autres vies de ‘fellow Marines’.  L’antimilitarisme à outrance de Kubrick lui avait fait perdre de vue que chez les Marines, il pouvait y avoir des formes d’humanité, entre eux et pour eux, au mépris de leur propre vie toutefois.  La coda du livre ‘Citadel’, de Dale Dye, dont le film s’inspirait, était à cet égard frappante.  De nombreux soldats risquèrent leur vie et moururent ou furent blessés pur sauver l’un d’entre eux, touché en premier.

 

Dale Dye que l’on a retrouvé d’ailleurs en tant que conseiller militaire pour cette série ‘The Pacific’.

 

Dans cette série, outre le destin malheureux de John Basilone, héros malgré lui, embarqué dans une entreprise de récolte de fonds d’état américains pour la guerre (US War Bonds) mourant de manière héroïque à Iwo Jima, j’ai surtout aimé la figure et le destin d’Eugene B. Sledge, cet Américain tranquille, pas trop viril, souffrant d’un souffle au cœur l’empêchant de s’engager puis qui le peut lorsque son père médecin a constaté qu’il n’y a plus de souffle au cœur.  La descente aux enfers de Sledge commence à Peleliu et se terminera à Okinawa.  Confronté à la violence aveugle et fanatique des soldats japonais, Eugene descendra graduellement mais sûrement tout aussi bas qu’eux et ne pensera désormais plus qu’à une seule chose, tuer le plus possible de Japs tout en préservant sa propre vie et non son âme car dans un tel univers qui pourrait jamais parler d’âme ?.  Finalement, confronté à une mère japonaise mourante – après que son enfant eut été recueilli par un Marine - qui le suppliait par gestes de la tuer, Eugene B. Sledge refusera et, de manière surprenante, la serrera contre lui pendant les derniers moments de sa vie.  Et, pour confirmer cette lente remontée vers l’humanisme, il refusera de tuer un adolescent nippon se rendant (enguirlandant un autre Marine qui se l’est fait comme lors d’un tir aux pipes), puis, rendu à la vie civile, refusera de tuer des animaux à la chasse avec son père, craquant, pleurant.

 

La série HBO décrit d’une manière hyperréaliste l’âpreté des combats, l’engrenage vicieux d’une sauvagerie réciproque (des Américains qui détroussent des cadavres japonais de leurs dents en or…), le retour presque normalisé de la loi du talion, le lent cheminement vers la robotisation du meurtre en série en tant que réflexe des Marines, la fatigue débilitante, les maladies exotiques, l’adversité du climat, la gadoue, la pluie parfois incessante.

 

Mais, d’autre part, pour moi qui aime l’anglais, j’ai remarqué que le vocabulaire utilisé était bien celui des Marines (basé sur celui de la Navy), comme quand par exemple quand on dit ‘Gunny’ au sergent-instructeur au lieu de ‘Sergeant’, ‘Corpsman’ pour ‘Medic’, Skipper’ au lieu de ‘Captain’ ‘Chow’ pour ‘Food’, « Deck » pour ‘sol’ ‘par terre’.  Ce qui se dégageait aussi de cette série, c’était que les Marines conservaient une certaine forme d’humour noir et cynique, une façon pour eux d’évacuer leurs stress et peurs.

 

J’ai aussi beaucoup aimé la figure de ‘Snafu’ (qui, en argot américain signifie : situation normal, all f…ed up’ = situation normale toute chaotique), un dur des durs, insensible à tout, avec un accent du sud typique.  Et, vers la fin, quand Sledge apprend via une lettre qu’il a perdu son chien et qu’il en est tout triste, Snafu se rapproche de lui au point de se coller contre lui, une forme de camaraderie et d’empathie par touches fines qu’ont parfaitement réussies les réalisateurs de cette série.

 

Une des autres réussites de cette série à l’opposé de ‘Band of Brothers’, c’est qu’elle montre les principaux personnages de la série dans leur vie civile préalable à l’engagement, elle les montre se transformant en machines de guerre, puis elle relate leurs difficultés (surtout Eugene Sledge) lors du retour à la vie civile et comment, pour certains, passer d’un état de vigilance permanente vingt-quatre heures sur vingt-quatre à ne rien faire, à ne se faire aucun souci, à ne plus être commandé en permanence ni risquer sa vie à chaque instant, put être déconcertant pour certains.

 

Et cerise pour le gâteau pour moi, j’ai ainsi appris que les Marines Sledge et Leckie (autre héros torturé apparaissant surtout dans la partie ayant trait à Guadalcanal et dans la partie psychiatrique du récit) ont mis leurs récits par écrit, livres que j’ai bien évidemment commandés via Internet.

 

Il ne faut tout de même pas mourir idiot ni aveugle !  Parce que, au fond, c’est grâce au courage et à l’abnégation de types comme Basilone, Leckie, Sledge, Snafu, que nous devons d’être et de vivre libres en Belgique.  S’ils n’avaient pas enduré ces énormes sacrifices humains et mentaux, nous en serions encore à saluer le drapeau à swastika…