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04/07/2013

Et pendant ce temps-là dans le monde...

Et pendant de temps-là dans le monde…

 

Certains pensaient que toute une série de pays (Libye, Égypte, Tunisie, Maroc) avaient bien trop vite basculé dans l’escarcelle des intégristes (ou des Frères musulmans).

 

Bonnes nouvelles ces dernières semaines.  Le peuple égyptien a forcé le président Morsi à se retirer, avec l’aide de l’armée ayant pris fait et cause pour la révolte populaire.  Ce qui m’a frappé quand je regardais les images que les chaînes de télévision me transmettaient de manifestations et de manifestants, c’était de voir tant de femmes voilées, certaines portant même la burqa – que, souvent, nous dans notre ignorance occidentale crasse nous assimilons un peu trop rapidement à des ‘intégristes’ du côté des opposants au régime autoritaire et islamique du président Morsi.

 

En Turquie, même topo avec là, surtout des jeunes qui manifestent et des gens des classes moyennes.  Rappelons-nous, le fondateur de la république laïque turque, Atatürk, avait interdit le voile et le fez dans tous les espaces publics et à l’intérieur des universités.  Atatürk consommait de l’alcool.  Erdogan, le maître penseur de l’AKP, qui reste populaire auprès d’une partie de l’électorat de souche paysanne, avait voulu interdire toute vente d’alcool à Istanbul.  Il avait dit publiquement au Parlement à cet égard «l’ancienne loi sur l’alcool a été instaurée par deux poivrots, ne devrions-nous pas plutôt privilégier la Loi de Dieu ? » (cf. ‘Der Spiegel’  no. 26, et au sujet des deux poivrots il visait Atatürk et son successeur Ismet Inönü).  Erdogan  permit que les étudiants et les ressortissants à la fonction publique puissent à nouveau porter le  voile.  Remarquons qu’il se montrait souvent en public accompagné de son épouse voilée.  Ce mouvement d’opposition, laïc d’essence car il va bien au-delà de la simple défense d’un parc sur la place Taksim voué à la destruction, est un fait positif car il nous prouve, à nouveau, que le monde musulman n’est pas occupé à basculer en bloc et à jamais vers l’intégrisme et le retour à la charia, qu’il y a, parmi les Musulmans, une diversité qui, somme toute, n’est pas différente de celle qui est la nôtre dans nos pays laïcs.

 

En Iran, des élections libres ont installé un nouveau président modéré qui souhaite améliorer les relations du pays avec les puissances et peuples occidentaux.  Celui qui doit râler c’est Bibi en Israël qui aurait tant souhaité pratiquer des frappes sur les installations nucléaires iraniennes.

 

Et, en Tunisie, il y a encore des femmes courageuses qui osent s’opposer aux diktats d’Enahda, au risque de se voir assassinées ou d’aller croupir en prison.

 

Je ne comprends pas l’étonnement de tous ces gens, journalistes, politiciens, au sujet de l’affaire Snowden et des écoutes massives que pratique la NSA (National Security Agency).  Cela fait longtemps (années 70/80) que j’ai lu des livres sur l’espionnage militaire, sur la CIA, le KGB, MI6, etc.  Je sais donc que depuis les années 80 au moins, les États-Unis pratiquaient des écoutes téléphoniques systématiques dans le monde, avec souvent, quelques mots-clés susceptibles de faire ‘sortir’ une conversation téléphonique (mais aussi un télex, ou un fax) du lot et induire à une enquête (ou transcription) plus approfondie.  Si je me souviens bien, les Britanniques avaient une gigantesque station de captage des fréquences radios et des lignes téléphoniques à Cheltenham.  Comme quoi, chez les journalistes, il n’y a plus de culture mais aussi aucune mémoire, aucune connaissance de base.  Et puis, soyons honnête, il y a maintenant certainement encore des secrets militaires à dégoter, mais le plus important – notamment pour des puissances telles les USA et la Russie – réside dans le commerce.  Voler des brevets, des formules chimiques, des procédés industriels, savoir ce que pensent des partenaires commerciaux en préparation de futures négociations, voilà actuellement l’essence même de l’espionnage, du moins chez nous.  Ne nous leurrons pas, les Chinois et les Japonais s’y frottent également et pour les mêmes motifs mercantiles.

 

On a retiré l’immunité parlementaire (européenne) à Marine le Pen, pour avoir comparé les prières de Musulmans dans la rue, par manque de place à la mosquée, à une occupation.  On veut la poursuivre, semble-t-il, pour ‘incitation à la haine’.  Inciter = ‘pousser quelqu’un à faire quelque chose’.  Haine = ‘sentiment violent qui pousse à vouloir faire du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive’ (cf. Petit Robert, qui d’autre ?).  Je serai clair, j’ai horreur de la droite sous toutes ses formes, d’Hitler, des révisionnistes, du FN et de tout ce qui se rattache à cette engeance.  Toutefois, plutôt que de monter sur ses grands chevaux, les impénitents défenseurs du politiquement correct auraient pu se poser la question de savoir si cette phrase de Le Pen était bien en adéquation juridique avec ce qu’ils se proposent de faire?  A-t-elle appelé à exterminer ces Musulmans?  A-t-elle émis le souhait de vouloir leur faire du mal?  Je pense, personnellement qu’il y aurait là matière, plutôt, à délit d’opinion, quitte à un tribunal de trancher sur cette base.  Quand son père par contre, dit que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire, on aurait, là, pu en déduire, qu’il émettait une opinion négationniste, qui, incontestablement, relève de la juridiction pénale.

 

J’ai vu que le petit-fils de Mandela avait déjà tout bien ourdi pour s’approprier les funérailles d’avance (avec projet de développement du village natal du héros sud-africain, question d’engranger de futures entrées d’argent…).  Comme quoi si un être exceptionnel a l’étoffe d’un Héros (majuscule), génétiquement, il n’est pas dit que cette qualité rejaillira sur ses descendants…

25/03/2012

Fanatisme vs folie - amalgames, raccourcis, approximations

Les meurtres récents dont s’est rendu coupable Mohamed Merah ont suscité non seulement l’indignation populaire mais ont réussi à produire nombre d’amalgames et de raccourcis intellectuels, de déclarations de psys et d’approximations journalistiques, sans compter qu’il a fallu assister, presque en retransmission synchrone, à des déclarations de responsables politiques qui n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de codiriger ce qui, au fond, aurait dû être une intervention de répression policière, à savoir le Fort Chabrol qu’on a connu ces 21 et 22 mars  dernier.

 

Quelles leçons tirer de tout cela ?

 

L’Antisémitisme

Après l’assassinat – de sang froid – d’un rabbin et d’enfants juifs, on a tout de suite qualifié le tueur d’antisémite.

 

Sémite se dit (cf. Petit Robert) « des différents peuples provenant d’un groupe ethnique originaire d’Asie occidentale et d’Afrique, présentant des caractéristiques communesles Arabes, les Ethiopiens, les Juifs sont des Sémites ».

 

Donc, dès le premier meurtre d’un militaire d’origine maghrébine, on aurait pu – à juste titre – parler d’acte antisémite.  Depuis la Shoah, il semble que l’ensemble des gens mais en cela y compris les journalistes, qui sont tout de même censés savoir de quoi ils parlent, utilisent abusivement ce mot d’antisémite pour désigner les seuls actes ou idées contre les Juifs ou Israéliens.

 

La Folie

‘Tueur fou’.  ‘Fou de Dieu’.  On a tout de suite entendu, à l’invitation des chaînes françaises, des psys venir d’emblée et sans même savoir de quoi ils parlaient décrire le profil du tueur ‘antisémite’ (qualifiant les seuls meurtres perpétrés dans l’école juive), parodiant ce qu’enseigne le FBI dans ses cours aux profileurs.

 

Qu’est-ce que la ‘folie’ selon le Manuel alphabétique de Psychiatrie Clinique et Thérapeutique du Dr. Antoine Porto (PUF – 1965) ?  « Il s’agit d’une expression ancienne et générale servant à désigner tous les dérèglements de l’esprit.  Cette appellation visait surtout les manifestations extérieures des désordres mentaux, leur apparence immédiate, à une époque où l’on n’avait pas encore pénétré leur mécanisme de production, leur conditionnement organique ou leur déterminisme psychologique, leurs formes évolutives. »

 

Que dit le Petit Robert ?  « Altération plus ou moins grave de la santé psychique, entraînant des troubles du comportement. »

 

Il y a évidemment des fous parmi les criminels, l’exemple typique c’est Ted Bundy qui était incapable de résister à ses fortes pulsions sexuelles, faisant en sorte qu’il se jetait sur de jeunes adolescentes, abusait d’elles puis les tuait.  Personnellement, je considère tous les pédophiles comme des cinglés.  Il faut l’être pour faire ce qu’ils font.  Mais n’oublions pas qu’une échelle de valeurs différente des nôtres peut aboutir – actuellement – à ce que des gays soient considérés comme anormaux (donc fous dans certaines acceptions) par certains fanatiques musulmans qui vont jusqu’à les tuer.  Ou tuer des jeunes filles qui n’acceptent pas une union maritale forcée, ou des femmes qui se seraient méconduites…

 

Le Comportement

Tout réside donc dans la notion de comportement, notion vague et qui, à mon sens d’amateur éclairé, dépend de la conscience collective, de la génétique en nous, des acquis sociaux, éducatifs, ceux de l’expérience et qui doit également être tributaire de la personnalité intrinsèque (le ‘caractère’), des goûts et dégoûts.

 

On considère généralement que quelqu’un qui se comporte comme tout le monde est normal.  Que quelqu’un qui ne détonne pas est ‘normal’.  Toutefois, ces comportements normaux sont culturels.  Quand un Asiate est mal à l’aise, il sourit ; même si on lui annonce une très mauvaise nouvelle ou si on l’insulte. Ce sourire nous rend perplexes, nous Occidentaux ; il ne représente pourtant qu’une expression faciale d’incompréhension, de refus, que nous ne comprenons pas.  Les Chinois et les Vietnamiens mangent du chien.  Cela nous dégoûte, nous Occidentaux.  Sont-ils fous pour autant ?  Les Juifs se déchirent les boutons des vêtements après un deuil et restent 7 jours à faire le deuil, souvent assis sur une chaise, mangeant et buvant peu.  Sont-ils fous ?  Certains hommes musulmans obligent leur femme à se voiler la face ou, parfois, le corps entier.  Certains prônent qu’une femme n’a pas le droit à l’éducation ni à la liberté de sortir de chez elle non accompagnée.  Ces valeurs sont évidemment aux antipodes de nos valeurs fondées sur la « Déclaration universelle des droits de l’Homme ».  Ces hommes sont-ils fous ?

 

Le problème c’est que parfois, certains jeunes gens, guidés par une idéologie d’origine religieuse bien ou mal interprétée peu importe, décident que tous ceux qui ne respectent pas leur conception des valeurs humaines sont des infidèles, des ennemis, poussant quelquefois le raisonnement au point de vouloir ‘détruire’ ces ennemis.  On ne les qualifie pas de fous, mais ce sont incontestablement des fanatiques.

 

Le fanatisme

Que dit le Petit Robert à cet égard ?  « Foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, accompagnée d’un zèle absolu pour la défendre, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence. »

 

Faut-il un dessin pour savoir ce que sont des fanatiques ?  Depuis près de 50 ans avec la recrudescence de mouvements d’émancipation souvent d’origine musulmane, nous avons appris à vivre avec des fanatiques qui effectuent des prises d’otage, des meurtres sélectifs ou de masse, qui se font sauter avec une bombe ou une voiture emplie d’explosifs.  Avant eux il y avait déjà eu les pilotes japonais se sacrifiant avec leur avion en plongeant sur un bateau américain, puis du temps du Vietnam, les charges de kamikazes du Vietminh ou du Vietcong contre les positions françaises ou américaines, puis lors de la guerre entre l’Irak et l’Iran, les charges d’enfants iraniens qu’on envoyait au meurtre programmé à l’assaut des tranchées irakiennes…

 

Criminel

Ici, pas besoin de dictionnaire, un acte criminel est un acte qui contrevient aux dispositions légales ou morales (tu ne tueras point… par exemple), les plus courants étant le meurtre ou l’assassinat, les voies de fait, viols, atteintes à l’intégrité physique ou mentale de mineurs d’âge, vols, agressions caractérisées, etc.

 

Pourquoi faut-il, soit dans le langage populaire, soit dans la presse écrite ou télévisée, qu’on qualifie aussitôt de ‘fou’ quelqu’un qui transgresse ces interdits sociétaux ?  Comme on l’a fait avec Breivik, Mohamed Merah.  Pourquoi ne pas accepter que certains criminels, même notoires, ne sont après tout que des criminels ?  Et, souvent, pour des criminels et encore plus pour des avocats-vedettes, plaider la folie, fût-elle instantanée au moment où les actes criminels ont été commis, est une manière de faire échapper un client à une longue peine de détention, le coupable n’étant du coup plus coupable du tout mais momentanément dérangé, donc soignable, donc guérissable. Mais, surtout, échappant presque par miracle aux rets pénitentiaires.

 

Faut-il, lorsque nous sommes ahuris par la violence meurtrière de certains actes que nous ajoutions l’épithète ‘fou’ à celui trop réducteur du seul ‘meurtrier’ ?  Ne sommes-nous donc plus en mesure de différencier un fanatique – aussi violent, meurtrier, insensible, fût-il – imbu de ses convictions au point de tuer autrui, d’un véritable cinglé ?

 

Raid/GIGN

Sans être un spécialiste d’antiterrorisme mais ayant lu ma dose d’ouvrages sérieux sur des services antiterroristes tels les SAS britanniques, le SGS allemand et admiré certains exploits du GIGN (lors de la libération des otages à bord d’un avion de ligne, notamment), j’ai été effaré de voir la manière dont les membres du Raid se sont lancés à l’assaut de l’appartement qu’occupait Mohamed Merah, en plein jour, munis d’échelles !

 

Je me souviens des images de la libération d’otages détenus dans une ambassade arabe à Londres, effectuée par des hommes des SAS mais filmée en direct.  Ces experts du contreterrorisme ont attaqué de nuit (munis de lunettes à vision nocturne, ils sont descendus du toit en rappel, ont fait exploser les vitres, puis ont saturé les pièces de tirs précis, chirurgicaux.  La doctrine en la matière veut en général qu’on attaque quand le tonus mental du ‘terroriste’ est au plus bas, soit entre 3 et 5 heures du matin.  Onze heures vingt me paraît aberrant.

 

Sans être spécialiste mais connaissant un brin de cette matière qui m’a toujours intéressé depuis les premiers détournements d’avion fin des années 60 et les attentats des J.O )à Munich en 1972, je savais qu’il y avait des gaz incapacitants, et je me suis aussi posé la question, pourquoi envoyer des grenades lacrymogènes, pourquoi vouloir creuser un trou dans un mur alors que le plus simple aurait été de faire exploser la porte d’entrée de l’appartement avec une charge à explosion limitée puis de saturer l’appartement de gaz incapacitant.

 

Et, se pose la question, voulait-on vraiment le capturer vivant et entendre la propagande qu’il n’aurait pas manqué de faire au cours du procès ?  N’y a-t-il pas eu des ingérences politiques préjudiciables au bon cours d’une opération de répression policière ou antiterroriste ?

14/02/2012

Les incomparables beautés de Riga et de Vilnius

Les trois pays baltes sont largement méconnus du grand public des voyageurs.  Moi-même qui avais déjà visité une cinquantaine de pays sur 4 continents (depuis 1970), j’ai dû attendre 2009 pour effectuer mon premier city trip dans une capitale de pays balte.

 

J’ai ainsi visité Riga en Lettonie en premier lieu et ensuite, récemment, Vilnius en Lituanie. 

 

Du point de vue linguistique, le letton et le lituanien sont des langues à part dans l’histoire de la naissance de nos langues indo-européennes (l’estonien, lui, ressortit à la classe du finnois-ougrien, donc de structure et de nature proches du finnois et du hongrois contemporains).  Comme l’indiquent Michel Chicouène et Laurynas-Algimantas Skupas, auteur de « Parlons Lituanien » (éd. L’Harmattan) : « Le lituanien est une langue indo-européenne tout à fait curieuse, qui n’a évolué que très lentement pendant que les autres langues de la même famille se transformaient au cours des siècles.  Cette langue a gardé sa structure très proche de ce qu’a été, à l’origine, l’organisation du langage de nos lointains ancêtres, il y a cinq ou six mille ans. »

 

À l’origine du peuplement de ces contrées, il y eut plusieurs vagues successives d’envahisseurs venant du lointain Oural dont, entre autres, les Estes (Estonie, Finlande), les Lives (Lettonie) arrivant aux abords de la Mer Baltique, au Ve siècle avant J.C.  Deux mille ans plus tard, les Proto-Baltes s’installent en Russie puis vers 500 ans avant J.C., ils peuplent la Lettonie et la Lituanie (cf. Le Guide Vert – Michelin, page 60).

 

Sans entrer dans tous les détails de leur histoire particulièrement secouée, il suffit de regarder une carte géographique pour s’apercevoir que ces pays allaient bientôt être la proie d’autres types d’envahisseurs venant des pays scandinaves, de Pologne ou de Russie.

 

Au XXe siècle, la Lettonie et la Lituanie acquirent leur indépendance à l’issue de la Première guerre mondiale.  Relative parce que Vilnius, par exemple, fut exclue de la Lituanie indépendante et devint une ville polonaise sous le nom de Wilna (Wilno pour les Juifs).  L’URSS envahit les pays baltes en mai 1940 (en vertu d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939), procéda à un nettoyage politique en bonne et due forme (près de 30.000 déportés en 1941, une semaine avant l’invasion du pays par les Allemands, en Lituanie et le même nombre approximatif en Lettonie, dans des circonstances semblables).  Puis survint la guerre et le massacre de près de 90 % des populations juives de ces pays, soit 80.000 en Lettonie et plus de 200.000 en Lituanie).  ‘Libération’ par l’Armée rouge et occupation de ces pays jusqu’en 1991, quand, après la formation d’une longue chaîne humaine de 600 kilomètres le 23 août 1989 et de nombreux cas de désobéissance civile, l’URSS accepta finalement d’admettre la scission de ces états baltes.

 

Riga, la capitale de la Lettonie est une ville remarquable, autoproclamée capitale mondiale de l’Art Nouveau.  C’est là un titre qu’elle mérite amplement.  Alors, que dans nos pays, on peut parfois voir certaines maisons isolées ressortissant à cette forme d’art architectural de toute beauté, à Riga, il y a au moins trois rues entières  avec des dizaines de maisons offrant aux yeux émerveillés de foules de touristes présents sur place dès neuf heures du matin, leurs beautés incomparables : les rues Alberta, Strelnieku et Elisabetes. Et ce ne sont pas les seules dans la ville !  Certains des bâtiments les plus réputés de ces rues ont été construits et imaginés par Mikhaïl Eisenstein, le père du célèbre cinéaste soviétique (Cuirassée Potemkine, etc.).  Par exemple, le bâtiment du 10a de la rue Elizabetes qu’a construit Eisenstein, est une merveille incomparable, surtout tôt le matin ou tard dans l’après-midi quand le soleil en illumine la façade.  Au-dessus d’une porte ornementale, trois loggias superposées à chaque étage et au fronton de la maison, de part et d’autre d’ornements centraux, deux têtes de femmes énormes et de profil de teinte claire proche de celle du grès (deux mètres au moins) en sont comme les gardiennes – ou déesses.  Elles n’ont pas l’air heureux, lèvres serrées, nez aquilins, paupières pesantes.  Quant à la façade, on peut y voir entre quinze et vingt enjolivements sous la forme de bas-reliefs (masques stylisés, têtes d’animaux, formes géométriques comme par exemples des cercles traversés de doubles croix, espèces de lyres, etc.).  Au 10b, la façade offre des hauts-reliefs : têtes de lions, têtes de femmes d’essence pure et quasi classique, têtes d’hommes à l’aspect de machos ou de guerriers.  En face, l’immeuble du 33 offre une série de balcons à ferronnerie à entrelacs, et, le plus captivant, des statues d’hommes et de femmes qu’on pourrait croire issues en droite ligne de la Grèce classique.  L’un de mes bâtiments préférés est celui situé au 13 de la rue Alberta où le consulat de Belgique a des bureaux.  Une façade à tomber évanoui tant elle est glorieuse avec sa teinte d’un beau doré.  Une énorme tête sous la forme d’un masque de carnaval vénitien est surplombée d’une statue d’Artémis tandis qu’une vingtaine de balcons d’aspect Art Nouveau classique à ferronnerie non ornementale, des colonnes, de multiples bas-reliefs et hauts-reliefs, quelques loggias, sont surplombés par un fronton où Apollon est flanqué de hauts-reliefs de masques, d’ornementations à symboles orientaux et gothiques, et, se profilant de part et d’autres, des têtes d’animaux.

 

J’ai eu la chance de séjourner à l’hôtel Albert, tout proche de ce quartier. Et, mon épouse et moi, où que nous avions décidé d’aller le matin, nous parcourions en premier lieu ces trois rues adjacentes pour nous rassasier encore et toujours de ces beautés architecturales que peu de gens connaissent, que peu de gens ont la curiosité de découvrir, tant ils sont obnubilés par Prague, Budapest et Vienne (capitales qui incontestablement, valent la visite).

 

Riga est une ville qui se visite à pied et de préférence en été car les hivers, s’ils sont moins rudes qu’à Vilnius n’épargnent aux visiteurs ni neige ni gadoue.

 

Les Lettons sont, dans l’ensemble, accueillants, gentils et la vie n’y est pas chère, on mange à deux pour moins de 50 euros.

 

Vilnius, la capitale de la Lituanie, est d’un tout autre genre.  Une ville plutôt provinciale tant elle offre peu de piétons à n’importe quelle heure du jour, une ville qu’on peut parcourir à pied si on tient la distance, mais une ville dont les charmes résident dans un tout autre domaine que Riga.

 

Comme à Riga, Vilnius offre aux regards émerveillés toute une série de maisons colorées, généralement assez basses, notamment à la rue Pilies, l’artère piétonne principale de la ville, ou autour de la place menant à l’Hôtel de Ville.

 

Mais ce qui à mon sens différencie tout à fait Vilnius de Riga, et en fait son principal attrait, c’est le nombre incalculable d’églises et leur beauté esthétique.  Plutôt que la Cathédrale - dont le bâtiment néo-classique de teinte blanc cassé est de toute beauté -, c’est en premier lieu l’église St.-Jean, située dans l’enceinte même de l’université – dont on peut visiter les 13 belles cours -, qui m’a le plus impressionné par la beauté de certains tableaux qui y ornent les murs, de même que l’élégance presque classique de certaines des statues.  Plafonds, colonnes, dans des tons pastel rehaussent l’impression générale de séduction de cette église baroque qui n’en est pour autant chargée ou trop rococo.  Devant la Cathédrale, le centre du Vilnius classique et touristique, une dalle commémore le point final de la chaîne humaine de 600 kilomètres que formèrent des millions de manifestants lettons, estoniens et lituaniens en 1989, une chaîne originaire d’Estonie et qui marqua le début de la lutte finale pour l’indépendance recouvrée de ces trois contrées à l’histoire torturée. Une statue équestre de Gedimino, le fondateur de la ville, se trouve aux abords de la Cathédrale et à l’arrière de celle-ci, sur une colline, l’endroit où le père-fondateur de la ville eut le rêve de la construire.

 

Si on remonte la rue Pilies vers le haut, en passant par la place de l’Hôtel de Ville, et qu’on emprunte la rue de la Porte de l’Aube, on découvre en chemin quatre des plus belles églises de la ville.  Successivement, les églises Pyatnitskay, St.-Nicolas, St.-Casimir et surtout l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit. Les églises Pyanitskay et du Saint-Esprit sont des églises bigarrées surmontées de dômes, superbes, à la russe.  Dans l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit, j’ai vu une file de babouchkas venant se signer devant un tombeau – crypte - à vitres transparentes sous lequel on apercevait  des statues de 3 gisants (des saints) dont seuls têtes et pieds dépassaient d’un linceul.  Les femmes allaient baiser les pieds des saints après s’être signées.  Un peu plus loin, surplombant la rue de la Porte de l’Aube, une baie vitrée permet d’apercevoir une icône de la Vierge aux vertus miraculeuses datant du XIIe siècle.  Un lieu de prière et de messe mais que l’on peut visiter pratiquement toute la journée si on a la chance d’y entrer en dehors de l’office religieux.

 

Pour les fanatiques d’histoire, il y a deux musées juifs intéressants, celui qu’on appelle la ‘Green House’ qui est en fait le Musée de l’Holocauste et la maison de la Tolérance où j’ai pu faire la connaissance inopinée d’un petit-fils d’un neveu de Wittenberg, le chef de la résistance juive du ghetto de Vilnius qui, sommé de se rendre pour éviter la mort d’une centaine de Juifs, se rendit mais eut l’occasion de se suicider avant d’être torturé par les nazis.  Et, pour les anticommunistes, il y a le Musée du Génocide, qui, dans l’acception lituanienne ne recouvre que les victimes du communisme et n’inclut nullement les Juifs assassinés durant la Deuxième guerre mondiale.

 

Se loger à Vilnius est bon marché.  J’y ai passé trois nuits en single (mais en chambre double) pour à peu près 120 euros.  Dans un hôtel 4 étoiles qui, comme je le découvris par la suite, était ‘kosher’ ; mais en fait, il se trouvait situé près de la nouvelle synagogue et n’était pas loin de l’ancien grand ghetto.

 

On mange aussi très bien à Vilnius et pour pas très cher.  Les gens sont dans l’ensemble plutôt accueillants, le service est excellent.  Les filles sont très jolies dans l’ensemble (peu de blondes en fait, et la plupart des filles portent les cheveux lisses) et j’ai remarqué peu de personnes atteintes d’obésité dans ce pays.  Pourtant il est réputé pour sa nourriture grasse et abondante et les pâtisseries n’y manquaient pas.

 

En bref, des capitales à découvrir au plus vite toutes affaires cessantes !

 

Ci-dessous, deux photos qu'a prises mon épouse illustratives de l'Art Nouveau à Riga.

 

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Elisabetes Iela.JPG