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07/01/2015

LE DÉCLIN DE LA FRANCE

Ante scriptum:  j’ai écrit ce texte au sujet de ce que je pense des idées de Finkielkraut, Houellebecq et Zemmour avant d’apprendre la nouvelle de l’effroyable tuerie à la rédaction de ‘Charlie Hebdo’ ce matin même.  C’est une abomination, un acte de terreur et de totalitarisme religieux que je condamne avec la plus grande véhémence.  Mais, cet acte abominable et que j’espère isolé, ne change rien à ce que j’ai écrit au sujet des idées que véhiculent ces trois nouveaux penseurs français, propagateurs d’un message de rejet plutôt que de cohésion, de compréhension et de partage.

 

                                               *

 

Quelles polémiques en France en ce moment!  Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, ont sorti l’artillerie lourde.  Certains de leurs détracteurs n’hésitent nullement à parler d’islamophobie, d’autres les placent d’emblée dans le camp du Front National.  À Bruxelles, comme souvent, on n’a nullement fait dans la dentelle puisque certains politiciens adeptes du politiquement correct souhaitaient interdire l’apparition publique de Zemmour dans une librairie ce mardi 6 janvier sous le fallacieux prétexte que sa venue aurait pu provoquer des manifestations et troubler l’ordre public!

 

Le pays (la Belgique), qui a accueilli en son temps Zola, Hugo, Baudelaire et tant d’autres exilés français qui avaient eu maille à partir avec leurs autorités pour des œuvres jugées contraires aux mœurs ou contraires à certaines opinions déjà politiquement correctes, aurait donc refusé l’entrée sur son territoire de quelqu’un qui a la liberté d’exprimer des opinions qui ne nous plaisent pas!

 

Ces trois hommes tiennent peu ou prou le même discours.  Tous trois sonnent les trompettes de l’apocalypse française, annoncent la fin des temps.  Surtout pour la France qui est le seul et unique sujet qui les préoccupe (vive l’ethnocentrisme !). Pas question pour eux de parler d’Ebola ou de ces maladies létales qui tuent des dizaines de milliers d’enfants africains, sud-américains et asiatiques chaque jour de l’année. Pas question pour eux de se soucier du sort de ces millions de familles dans ces pays déshérités qui vivent avec un revenu journalier d’un dollar.  Pas question pour eux d’aborder le fléau qui frappe ces enfants de sidéens ou de victimes d’Ebola et qui se retrouvent orphelins sans personne pour les aider.  Pas question pour eux de se pencher sur le sort de ces enfants en Afrique, Asie, victimes de malformations cardiaques ou handicapés et qui ne connaîtront jamais les bienfaits d’une chirurgie à visage social comme nous la connaissons dans nos pays de nantis.  Pas question pour eux de parler du sort des immigrés qui se noient en Méditerranée ou de penser un seul moment à ces millions de réfugiés syriens, irakiens, dans des camps, certains y vivant depuis bientôt trois ans.  Pas question pour eux de citer le sort des enfants palestiniens ayant subi des traumatismes de guerre avec épisodes répétés, à la suite des frappes israéliennes.

 

À les entendre et les voir on a l’impression de ce passage ‘Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite’ (Apocalypse 4, ‘Dieu remet à l’Agneau les destinées du monde’ ; Nouveau Testament).

 

Ce sont des visionnaires, ils annoncent le déclin inévitable de la France, et les causes en sont multiples: c’est la faute aux Musulmans, aux femmes, à mai ’68, au multiculturalisme (lisez plutôt l’influence pernicieuse des Musulmans et la ghettoïsation et criminalisation accélérées des banlieues).

 

Tous les trois ont incontestablement raison, la France est en déclin.  Physique.  Quand je les regarde à l’écran, que je regarde leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, que je les entends parler, que j’observe leurs tics, oui, la France est en déclin, elle s’en va à vau-l’eau et ces trois représentants de l’apocalypse en sont les meilleures et plus prégnantes émanations physiques.

 

Moi qui ai un sens de l’esthétique, je conserve à l’esprit cette photo de Baudelaire, figure altière, belle, une présence.  Dans un autre domaine, prenons des artistes comme Chéreau et Boulez, mêmes ports d’hommes de consistance, d’hommes ayant appris à vieillir sans décrépitude physique, d’hommes qui mettent à l’honneur le bien-porter, le bien-paraître.  Chez les femmes, prenons par exemple Catherine Deneuve, l’exemple même d’une femme qui reste physiquement digne, ou Claire Chazal sur TF1  Classe, élégance.  Prenons aussi la classe et l’élégance d’Harry Roselmack (que j’ai vu hier, formidable d’efficacité dans ‘Aux frontières de la vie’, une remarquable émission sur l’euthanasie et la fin de vie en France).

 

Houellebecq, lui, laid, sans élégance vestimentaire, sans élégance verbale, exhibe la face de quelqu’un pour qui l’hygiène de vie (savoir gérer sa vie sans verser dans des excès) semble avoir été un concept pour has been ou losers.  Il exemplifie à merveille le déclin qu’il annonce.  Sa manière aussi de biaiser de la tête, ce manque de regard franc, le rendent antipathique au possible.  Et ce qu’il dit, passons.

 

Zemmour est petit, laid et, s’il s’habille un rien mieux et porte bien ce qu’il a endossé, comme Houellebecq, il manque d’élégance verbale.  Quand il parle ou rétorque, on a l’impression d’avoir affaire à un roquet qui mord dès qu’on l’approche.  Il n’a pas l’aisance verbale naturelle d’un debater, d’un Besancenot et, hier soir au JT de RTL-TVI, quand on l’a vu oser une blague, il en a ri de la même manière que Sarkozy, rire de cabotin qui s’esclaffe de son propre humour qui ne fait rire que des followers manquant sérieusement de neurones et de sens critique et objectif.

 

Pour Finkielkraut, je fais une exception même si sur le plan de la condamnation du multiculturalisme il me fait vomir.  Finkielkraut a de la classe, il s’habille très bien. Il est ‘racé’. Il parle superbement bien, manie les longues phrases emberlificotées et retombe toujours pile là où il voulait arriver.  Je l’écoute avec intérêt et, du point de vue linguistique, même avec fascination.  Le seul problème est de nature physique, dès qu’on le contredit un peu trop ardemment, il se met à gesticuler, à trembler des mains, devient une vision pathétique de l’Ange (de l’Apocalypse: ‘L’Apocalypse, prologue 1, Nouveau Testament).  On l’a vu ainsi, fort pathétique, il y a quelques mois lors d’un débat sous la houlette de Taddeï et on l’a revu ainsi à la fin de son intervention au grand journal de canal Plus cette semaine.

 

La France intellectuelle et artistique est-elle en déclin?

 

Prenons l’industrie littéraire, elle se porte très bien.  Chaque année à la rentrée, plus de 700 titres sortent et il y a des auteurs qui se vendent bien, qui sont adulés, le salon du Livre à Paris draine chaque année des dizaines de milliers d’enthousiastes qui y viennent uniquement pour se régaler de ce contact avec le livre papier et des séances de signatures qui remportent toujours un immense succès. Évidemment, même si un auteur français a reçu le Prix Nobel de littérature, on ne peut pas dire que les milliers de titres qui paraissent chaque année soient tous porteurs de qualités littéraires incontestables.  Ce qui me frappe aussi et me réjouis, moi qui porte un intérêt certain et durable pour la littérature étrangère, c’est qu’on traduit de plus en plus et de mieux en mieux.

 

L’industrie du cinéma en France est florissante, la France est une des nations produisant le plus de films et séries (avec l’Inde, les States, etc.).  Bon, une bonne partie ne vaut pas tripette et sert d’amusement populaire, mais la France, outre ses gloires cinématographiques des années ‘60-80, a tout de même donné naissance à de vrais et nouveaux talents d’acteurs, je citerais par exemple Luchini, Bacri, Darroussin, Cluzet, Cotillard, Scott Thomas.  Ces acteurs, contrairement à certains des anciennes générations (Delon, etc…) font preuve de réels dons d’acteurs qui se remarquent à leurs expressions et mobilité faciales, bien meilleures que les expressions figées des grandes gloires du cinéma des années 60.  Certaines séries, comme celle de la France sous l’occupation sont bien fignolées, intéressantes, présentant des acteurs crédibles.

 

En France, il y a aussi le théâtre, surtout classique, qui draine également les foules, et, parallèlement au théâtre, il y a  parfois des bijoux qui ressortissent au monde du spectacle et dont la spécificité essentiellement française (liée à la langue, à la culture, françaises, à ces jeux de mots) réussit non seulement à divertir mais à faire rire, comme par exemple ‘L’Abribus’ ou ‘Le Sexe’ (la merveilleuse leçon d’histoire de cet organe par Michel Leeb).

 

Mais le domaine français qui me parle le plus et qui n’a jamais subi de déclin quelconque, c’est celui de la musique dite sérieuse (classique/opéra).  Parlons de festivals prestigieux tel celui des Chorégies d’Orange, prenons les journées de la musique au retentissement mondial: la Folle Journée (de piano) à la Roque- d’Anthéron, la folle journée de Nantes. Parlons des scènes d’opéra à Paris, de l’opéra de Lyon.  J’ai récemment vu Roberto Alagna (que je vis à l’opéra Bastille en février 1995) à l’émission de Drucker, chantant un peu de tout.  J’ai remarqué la superbe évolution de sa voix, devenue d’une profondeur d’expression, d’une maturité et précisions rares.  Il y a tant d’autres solistes français de talent: Dessay (qui abandonne la scène de l’opéra), Gens, Naouri, etc.  Pour le piano, Grimaud, les sœurs Queffélec, etc.  La France a l’apanage d’avoir parmi les meilleurs cuivres au monde, flûtes, trompettes surtout, certains des chefs d’orchestre les mieux cotés.

 

Mais il y a aussi le jazz et certains des jazzmen français ont un niveau et une réputation internationaux, notamment pour le piano et les saxophones.

 

Dans les années 90, il m’a été donné de voir et d’entendre représenter deux opéras de Puccini – jamais joués dans des salles d’opéra européennes - en versions concertantes à la Maison de la Radio, ‘Le Villi’ et ‘Edgar’, deux œuvres intéressantes, et les concerts étaient entièrement gratuits, la salle pleine et attentive.

 

Je vois deux domaines artistiques où la France est en déclin, celui des comiques et celui de la chanson française.  Pour qui a un peu le sens de l’humour et l’oreille musicale, il y a de ces aberrations, de ces lacunes, de ce manque de créativité véritable, qui blessent mon sens de l’art.

 

Mais ce qui fait aussi la grandeur de la France, c’est que dans ce pays et sur des plateaux, il peut encore y avoir des débats d’idées à très haut niveau (Calvi/Taddeï/le grand journal) et cela tient au fait que, contrairement à la Belgique qui invite surtout des politiciens adeptes de la langue de bois, c’est qu’en France, on fait le plus souvent appel à des spécialistes de certaines matières ou à des gens qui ont des idées, même si elles sont contraires aux miennes, mais ils reçoivent un droit d’antenne.

 

Quant au multiculturalisme, on critique les Musulmans qui se terrent dans des banlieues et y font régner la violence et la terreur quotidienne.  ‘Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre’, pourrait-on dire.  On oblige tous ces gens (Musulmans) à aller vivre terrés dans des HLM dans des banlieues et habitations insalubres, parce que du point de vue économique la France bienséante, bienpensante et ‘riche’ (par rapport aux couches de la population défavorisées) ne les accepte pas à Neuilly, aux Champs-Élysées, dans le 1e ou 7e à Paris, ou que ces gens ne peuvent se payer de tels loyers de riches, etc.  On leur refuse l’accès à l’emploi, l’accès égalitaire à tous les types d’éducation et d’institutions d’enseignement.  On les stigmatise d’un point de vue social, puis, car ils n’ont pas d’autres échappatoires que – parfois – le recours à des formes de subversion connues (attaques contre la police, petite délinquance, recours aux drogues dures, vente de drogues dures), on le leur reproche et on parle de déclin, par leur faute parce que ces gens ne s’intègrent pas.  En psychologie ou dans des expériences de laboratoires, on a constaté que quand on fourgue ensemble de trop grandes quantités d’animaux sur un espace trop limité, l’agressivité augmente.  Le même phénomène se passe dans nos pays surtout si, en plous, de la densité de population extrême, on applique des principes policiers de délit de sale gueule et de harcèlement sur la voie publique quand les gens n’ont pas la tête convenable.

 

 

Je terminerai par une phrase de Zemmour (citée dans De Standaard du 7/1/2015) ‘Je n’ai aucun problème avec les homosexuels mais bien avec tout le mouvement gay qui prêche la liberté, la gaieté.’  Lui, donc, l’archange de la liberté d’expression la refuse aux gays! Quel petit personnage gonflé d’une énorme importance, lui qui parle également du tort que féminisation de la société a causé à la France.

 

Voilà l’avenir d'une certaine nouvelle France intellectuelle qui porte à droite: xénophobe (pas contre les Juifs, l’exception qui confirme la règle), homophobe, misogyne, islamophobe, contre le multiculturalisme.

 

Ce qu’en psychologie on appelle au fond ‘la régression’.

 

Ces trois personnages, ces trois intellectuels, sont au fond des égocentristes, imbus de leurs visions apocalyptiques de faux prophètes, des gens qui refusent la société moderne, hybride, multiculturelle, diversifiée, des gens qui ont une idée de leur Nation, de son Identité, de sa Laïcité, aux antipodes de ce qui a fait vivre et vibrer la France de jadis: son ouverture aux influences étrangères, son accueil des artistes et populations étrangères, la liberté d’opinion et d’expression. N’oublions jamais que dans leurs colonies, les Français étaient les seuls qui se mariaient fréquemment avec des autochtones (Vietnam, pays africains, etc.) au contraire des Britanniques et des Belges.

 

Et, ce qu’ils ne comprennent pas, ces trois-là et tous ceux qui les soutiennent sur le plan intellectuel, c’est que ce retour à une France où il faisait bon vivre est un peu semblable à la France qui condamna Dreyfus et divisa la société entre dreyfusards et antidreyfusards (disons antisémites) , de cette France qui aida les Allemands dans leur traque aux Juifs durant la guerre. Sauf que maintenant le germe qui menace l’intégrité de la France, ce n’est plus le Juif mais le Musulman…et le symptôme est le même, le déclin du pays…

 

Ne vaudrait-il pas mieux que ces archanges de la déchéance programmée mettent leur talent et leur temps au profit des déshérités de la planète, au profit de ces infortunés qui ne connaissent ni soins de santé ni traitements de maladies chroniques ou létales, au profit de ces hommes, femmes et enfants, qui triment dans les champs, rizières ou plantations pour gagner un dollar par jour pour toute une famille

 

Il y a des combats qui apportent la noblesse, la grandeur d’âme, la dignité humaine, loin des spots ou des caméras de la télévision.  Mais, aussi, ces combats anonymes rapportent moins de fric…

 

Vanité des vanités et tout n’est que vanité…

01/02/2014

La Seconde guerre mondiale, quoi d'autre?

En Lituanie, en Lettonie, en Estonie, on s’apprête à défiler en février et mars prochains.  C’est la saison des grandes marches en faveur de ces ‘patriotes’ qui soutinrent Hitler et son régime, se battirent aux côtés de la Wehrmacht ou donnèrent un coup de main pour la liquidation des Juifs.

 

C’est une tradition là-bas.  J’y étais allé en 2012, à Riga.  Pas de croix gammées, pas de bras tendus, pas d’adoration visible de Hitler, mais tout le monde savait que ce défilé était en l’honneur des ‘volontaires’ de la SS lettone.  Chez nous, on nous a appris que les SS c’était de la vermine y compris la Légion wallonne.  Là-bas, dans ces pays baltes, les SS, les collaborateurs des Allemands, ceux qui tuèrent des Juifs, ce sont des patriotes, des héros car antisoviétiques et antisémites.  Soutenus en plus par la population, les médias et les autorités en place.

 

L’histoire, la vraie, l’histoire contemporaine, veut que l’on se penche d’une manière impartiale sur les événements, événements qu’on repasse au crible de la critique historique.  En Allemagne fédérale, il a fallu attendre 1995 pour qu’ait lieu une exposition décrivant en photos, textes d’accompagnement et chiffres, l’ampleur des crimes de guerre et contre l’humanité que commit la Wehrmacht.

 

Parce que, encore maintenant nombreux sont ceux qui croient que la Wehrmacht s’était battue correctement, une armée capable de dérives, certes, mais qui dans, pour l’essentiel, avait été correcte, seule la SS – Waffen et Totenkopfverbände’ ayant été les ‘criminels’.

 

Pour ceux qui le pensent, je suggère la vision de la série faite par l’Allemagne diffusée en Allemagne l’année dernière, récemment en Hollande et bientôt sur la VRT ‘Unsere Mütter, unsere Väter’ (Nos Mères, nos Pères).

 

Elle est d’un niveau cinématographique, de conception et de vision, exceptionnels, tant par le jeu des acteurs, superbes, que par le scénario et par la crédibilité historique des faits, actes de guerre et histoires individuelles, présentés.  Tout y est crédible, tout y est comme on aimerait que chaque pays ayant trempé dans les crimes de guerre et contre l’humanité, soit capable d’assumer et de reconnaître sa part de culpabilité dans l’horreur.

 

Juste avant l’invasion de l’URSS, cinq jeunes amis, deux frères, Wilhelm et Friedhelm, soldats de la Wehrmacht de la même unité, Viktor, un Juif, Greta, la bonne amie de Viktor, aspirante chanteuse et Charlotte (amoureuse de Friedhelm) boivent à leur propre santé, se prennent en photo et promettent de se revoir quand tout sera terminé, l’invasion de l’URSS étant censée être terminée pour décembre 1941 comme l’avait promis le Führer.

 

Les scènes de combat en Union soviétique sont époustouflantes de réalisme, ne cachant nullement le fanatisme nazi d’une majorité de membres de l’unité de la Wehrmacht dans lequel un des deux frères est lieutenant, l’autre au début plutôt pacifiste, un pacifiste qui, confronté à l’horreur, la brutalité du conflit, les coups fourrés, devient non pas un acharné nazi mais un très bon combattant sans peur ni hésitation à tuer (même des civils, comme la suite du récit le prouvera).

 

Il n’y a pas d’interdits.  On assiste à des scènes de massacres de civils, des pendaisons, au rôle infâmes des Einsatzgruppen du SD en Ukraine, tout cela est conforme à ce que l’on sait, historiquement vrai mais aussi transmis selon un scénario crédible et qui donne envie de continuer à voir l’histoire.

 

Puis, après des péripéties, Viktor, le juif, se retrouvera dans un train de la mort vers les chambres à gaz, il s’en échappe et finira dans une unité de partisans de l’A.K. (Armia Krajowa, le plus grand groupe de partisans en Pologne, sous l’égide du gouvernement polonais en exil à Londres).  La série ne cache pas la haine qu’éprouvaient les partisans polonais à l’encontre des Juifs.  Il suffit d’ailleurs pour comprendre la profondeur de cette haine ancestrale de lire n’importe quel roman d’Isaac Bashevis Singer dont l’action se déroule dans la Pologne d’avant-guerre. La série fait sous-entendre par un échange de conversation que les résistants polonais liquidaient les Juifs qui n’étaient jamais considérés comme les ennemis naturels des nazis, mais comme une vermine dont il fallait se débarrasser.  Ce fait m’avait été indiqué jadis (il y a quarante ans) par un Juif originaire de Pologne et qui m’avait dit – lui qui avait combattu dans diverses unités de partisans tant polonaises qu’ukrainiennes puisqu’il était originaire de Lvov – que si ces types avaient su qu’il était juif, ils l’auraient liquidé.  La scène où des membres de l'AK refusent de libérer des Juifs d'un train qu'ils ont attaqué et dont ils ont tué les gardes allemands, est donc tout à fait vraisemblable.  Viktor, lui, ne peut renier ses origines juives et les libère.  Mais, même après la guerre, quand il reviendra à Berlin, dans l'appartement de ses parents, occupé par des Allemands qui l'ont accaparé (comme cela se faisait si couramment), il sera confronté à l'antisémitisme et à la haine.  Et, cerise sur le gâteau, il retrouvera un colonel de la Gestapo calmement occupé à travailler pour les autorités américaines, qui le savent et ne s'en offusquent pas.

 

Au fond, peu de gens chez nous savent que dans tous ces pays ou régions de l’URSS, en Ukraine, Bielorussie, pays baltes, mais aussi en Pologne, pour un Juif, les autochtones étaient parfois aussi dangereux que les SS, Feldgendarmerie ou SD.

 

J’ai vu mon premier grand film de guerre allemand en 1956, ‘Die Brücke’ qui montrait un groupe de jeunes de 15/16 ans appelés à défendre un pont contre l’armée américaine.  Il montrait déjà toute la bêtise, l’odieuse bêtise criminelle des dignitaires du parti nazi mais aussi des hauts dirigeants de la Wehrmacht, qui appelaient des vieillards et des enfants à défendre le Reich.  Une des dernières scènes de la série allemande, illustre également l’horreur de ces enfants appelés à combattre l’armée soviétique.

 

Ce que j’ai le plus apprécié dans la série, c’est qu’elle montre nettement le niveau d’antisémitisme et d’adhésion aux idées d’Hitler qu’une majorité de soldats mais aussi des segments importants de la population civile, éprouvaient quand tout allait bien.  Dans la série, deux des cinq amis sont pronazis et croient dur comme fer aux slogans et mots d’ordre du parti.  Puis, finalement, la prise de conscience de l’horreur et du caractère criminel du nazisme survient, pas à force de réflexion, mais à mesure que la défaite inévitable apparaît.

 

Si les Allemands de maintenant sont capables de faire de tels films, aussi bien, historiquement, qu’attendent les États baltes pour faire le ménage et réexaminer leur propre histoire et leur propre participation dans l’Holocauste?

 

Et, cerise sur le gâteau, on défile dans les rues de Kaunas, Vilnius, Tallinn et Riga, mais l’Union européenne, le Parlement, la Commission, notre cher et adulé Van Rompuy, restent de marbre.

 

Comme si la vérité historique ne les intéressait pas. 

 

Comme si encenser des nazis, des SS, des participants aux crimes de guerre et contre l’humanité, n’était pas de leur ressort.

 

Pauvre Europe et bravo à l’Allemagne!

04/07/2013

Et pendant ce temps-là dans le monde...

Et pendant de temps-là dans le monde…

 

Certains pensaient que toute une série de pays (Libye, Égypte, Tunisie, Maroc) avaient bien trop vite basculé dans l’escarcelle des intégristes (ou des Frères musulmans).

 

Bonnes nouvelles ces dernières semaines.  Le peuple égyptien a forcé le président Morsi à se retirer, avec l’aide de l’armée ayant pris fait et cause pour la révolte populaire.  Ce qui m’a frappé quand je regardais les images que les chaînes de télévision me transmettaient de manifestations et de manifestants, c’était de voir tant de femmes voilées, certaines portant même la burqa – que, souvent, nous dans notre ignorance occidentale crasse nous assimilons un peu trop rapidement à des ‘intégristes’ du côté des opposants au régime autoritaire et islamique du président Morsi.

 

En Turquie, même topo avec là, surtout des jeunes qui manifestent et des gens des classes moyennes.  Rappelons-nous, le fondateur de la république laïque turque, Atatürk, avait interdit le voile et le fez dans tous les espaces publics et à l’intérieur des universités.  Atatürk consommait de l’alcool.  Erdogan, le maître penseur de l’AKP, qui reste populaire auprès d’une partie de l’électorat de souche paysanne, avait voulu interdire toute vente d’alcool à Istanbul.  Il avait dit publiquement au Parlement à cet égard «l’ancienne loi sur l’alcool a été instaurée par deux poivrots, ne devrions-nous pas plutôt privilégier la Loi de Dieu ? » (cf. ‘Der Spiegel’  no. 26, et au sujet des deux poivrots il visait Atatürk et son successeur Ismet Inönü).  Erdogan  permit que les étudiants et les ressortissants à la fonction publique puissent à nouveau porter le  voile.  Remarquons qu’il se montrait souvent en public accompagné de son épouse voilée.  Ce mouvement d’opposition, laïc d’essence car il va bien au-delà de la simple défense d’un parc sur la place Taksim voué à la destruction, est un fait positif car il nous prouve, à nouveau, que le monde musulman n’est pas occupé à basculer en bloc et à jamais vers l’intégrisme et le retour à la charia, qu’il y a, parmi les Musulmans, une diversité qui, somme toute, n’est pas différente de celle qui est la nôtre dans nos pays laïcs.

 

En Iran, des élections libres ont installé un nouveau président modéré qui souhaite améliorer les relations du pays avec les puissances et peuples occidentaux.  Celui qui doit râler c’est Bibi en Israël qui aurait tant souhaité pratiquer des frappes sur les installations nucléaires iraniennes.

 

Et, en Tunisie, il y a encore des femmes courageuses qui osent s’opposer aux diktats d’Enahda, au risque de se voir assassinées ou d’aller croupir en prison.

 

Je ne comprends pas l’étonnement de tous ces gens, journalistes, politiciens, au sujet de l’affaire Snowden et des écoutes massives que pratique la NSA (National Security Agency).  Cela fait longtemps (années 70/80) que j’ai lu des livres sur l’espionnage militaire, sur la CIA, le KGB, MI6, etc.  Je sais donc que depuis les années 80 au moins, les États-Unis pratiquaient des écoutes téléphoniques systématiques dans le monde, avec souvent, quelques mots-clés susceptibles de faire ‘sortir’ une conversation téléphonique (mais aussi un télex, ou un fax) du lot et induire à une enquête (ou transcription) plus approfondie.  Si je me souviens bien, les Britanniques avaient une gigantesque station de captage des fréquences radios et des lignes téléphoniques à Cheltenham.  Comme quoi, chez les journalistes, il n’y a plus de culture mais aussi aucune mémoire, aucune connaissance de base.  Et puis, soyons honnête, il y a maintenant certainement encore des secrets militaires à dégoter, mais le plus important – notamment pour des puissances telles les USA et la Russie – réside dans le commerce.  Voler des brevets, des formules chimiques, des procédés industriels, savoir ce que pensent des partenaires commerciaux en préparation de futures négociations, voilà actuellement l’essence même de l’espionnage, du moins chez nous.  Ne nous leurrons pas, les Chinois et les Japonais s’y frottent également et pour les mêmes motifs mercantiles.

 

On a retiré l’immunité parlementaire (européenne) à Marine le Pen, pour avoir comparé les prières de Musulmans dans la rue, par manque de place à la mosquée, à une occupation.  On veut la poursuivre, semble-t-il, pour ‘incitation à la haine’.  Inciter = ‘pousser quelqu’un à faire quelque chose’.  Haine = ‘sentiment violent qui pousse à vouloir faire du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive’ (cf. Petit Robert, qui d’autre ?).  Je serai clair, j’ai horreur de la droite sous toutes ses formes, d’Hitler, des révisionnistes, du FN et de tout ce qui se rattache à cette engeance.  Toutefois, plutôt que de monter sur ses grands chevaux, les impénitents défenseurs du politiquement correct auraient pu se poser la question de savoir si cette phrase de Le Pen était bien en adéquation juridique avec ce qu’ils se proposent de faire?  A-t-elle appelé à exterminer ces Musulmans?  A-t-elle émis le souhait de vouloir leur faire du mal?  Je pense, personnellement qu’il y aurait là matière, plutôt, à délit d’opinion, quitte à un tribunal de trancher sur cette base.  Quand son père par contre, dit que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire, on aurait, là, pu en déduire, qu’il émettait une opinion négationniste, qui, incontestablement, relève de la juridiction pénale.

 

J’ai vu que le petit-fils de Mandela avait déjà tout bien ourdi pour s’approprier les funérailles d’avance (avec projet de développement du village natal du héros sud-africain, question d’engranger de futures entrées d’argent…).  Comme quoi si un être exceptionnel a l’étoffe d’un Héros (majuscule), génétiquement, il n’est pas dit que cette qualité rejaillira sur ses descendants…