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03/01/2016

Un renouveau de fascisme dans les pays de l'Est

Un renouveau de fascisme dans les pays de l’Est

 

Vendredi passé, le 1er janvier, une manifestation s’est déroulée dont peu de médias ont parlé, peut-être par ignorance du poids sanglant de l’histoire dans les pays de l’Est ou, peut-être, parce que cette manifestation allait à l’encontre du politiquement correct qu’une certaine langue de bois en usage parmi des journalistes, intellectuels de bon cru et bobos, aiment diffuser quand il s’agit du combat pour la liberté d’opinion et la lutte pour l’émancipation d’un peuple.

 

Vendredi donc, en ce premier jour de 2016, des milliers de manifestants, principalement de deux groupes, ont clamé leur amour pour un ancien leader politique. Les groupes soutenant cette manifestation bien orchestrée avaient nom Svoboda {liberté en russe comme en ukrainien} et Pravy Sektor (pravy veut dire de droite et sektor se passe de traduction}. Le lieu : Maïdan, cette place emblématique et symbolique à Kiev. Le héros dont on célébrait l’anniversaire de la naissance : Stepan Bandera.

 

Nos jeunes pousses journalistiques à RTL ou à la RTBF, voire à la VRT ne savent sans doute pas de mémoire qui est Bandera.

 

Bandera était un nationaliste ukrainien, il forma l’O.U.N. une armée ukrainienne antisoviétique, se réfugia à Berlin et collabora activement avec les nazis. Si au début, les troupes qu’il inspira combattirent contre le Soviétiques, par la suite, quand il fut évident que les nazis allaient perdre la guerre, ses combattants – dont certaines unités calquées sur le mode des partisans – se tournèrent aussi bien contre les soldats de l’Armée rouge que de la Wehrmacht. J’ai connu personnellement un Juif, rescapé du ghetto de Lvov {Lemberg en allemand, Lviv actuellement, la ville de Bandera en fait} qui a combattu dans une unité de partisans de Bandera. Il m’a confié que si ces combattants avaient su qu’il était juif, il aurait été tué sur-le-champ. Car ces nationalistes ukrainiens étaient également férocement et farouchement antisémites, un antisémitisme primaire, viscéral qui conduisit maintes fois à des poussées de violences à l’égard des Juifs ou même de pogroms spontanés en Ukraine.

 

Les Ukrainiens actuels ont toutes les raisons historiques de haïr les Russes. Sous Staline et à son instigation, une gigantesque famine fut orchestrée en Ukraine au début des années 30. L’Ukraine était déjà alors le grenier à blé du pays tout entier. Et, le Parti communiste aidé par le NKVD et des milliers de membres du parti enthousiastes aux pouvoirs de vie et de mort sur les Ukrainiens, partirent donc dans cette république socialiste ukrainienne pour voler – au profit de la Russie - tout son stock de blé, d’autres produits agricoles et bétail. Les gens – les Ukrainiens – crevèrent de faim par millions. Et ceux qui refusaient de céder leurs provisions étaient fusillés sur-le-champ. Il y a sur la Toile des photos de cette époque, de gens morts en rue, de famine. Orchestrée par Staline.

 

Facile donc de comprendre la haine actuelle des Ukrainiens envers les Russes. Mais facile aussi de comprendre la haine des Russes et russophones de l’est de l’Ukraine à l’égard des Ukrainiens, car en Ukraine, les Allemands furent accueillis en libérateurs, avec des fleurs et du pain et du sel. Les Ukrainiens collaborèrent en masse avec les nazis, hommes engagés dans les deux branches indépendantistes, mais aussi dans des divisions SS ainsi qu’en tant que Hilfswilliger {‘volontaires’ formés au camp de Trawniki, dans le langage historique de l’Holocauste, on les qualifie du diminutif Hiwi(s)). Je lis actuellement un livre historique sur le camp d’extermination de Belzec en Pologne {là où périt toute la famille de ce Juif de Lvov que j’ai connu}, outre les SS, les gardes du camp qui participèrent à la conduite vers les chambres à gaz et au vol organisé des biens des Juifs étaient des Hiwis ukrainiens. Réputés pour leur barbarie à l’égard des détenus ou condamnés à mort juifs. Et pas seulement à Belzec, ils furent également à Sobibor et participèrent aux rafles du ghetto de Varsovie de juillet à septembre 1942.

 

Ce qui m’avait déjà frappé à l’époque des manifestations de Maïdan {on ne dit pas place Maïdan, c’est un pléonasme}, c’est qu’un jour une caméra avait capté et m’avait montré un mot écrit sur un mur de cette place emblématique de la lutte pour l’émancipation et la démocratie des Ukrainiens : СОТНЯ. Sotnya {littéralement ‘une centaine’ soit escadron de Cosaques} est un mot chargé de douleur pour les Juifs car les escadrons (sotnya) de Cosaques avaient une spécialité : les pogroms. Qu’en pleine révolution que chantèrent et louèrent nos chantres bobos de Paris, on ait pu voir un tel graffito indique à suffisance que l’antisémitisme presque ancré dans l’ADN ukrainien n’était pas mort du tout.

 

Que maintenant des groupuscules fascistes soutenant le gouvernement actuel de Kiev puissent en toute légalité et impunité défiler pour honorer le centenaire de la naissance de leur héros Bandera, que ce même Bandera ait sa statue à Lviv {Lvov, Lemberg} tolérée par les trois derniers présidents ukrainiens, n’étonneraient que les bobos parisiens chantres des talk shows télévisés pour qui le poids de l’histoire est de peu de poids quand il s’agit de faire des raccourcis. Lvov est une ville symbole où fin juin 1941, entre 4.000 et 5.000 Juifs furent les victimes d’un pogrom spontané commis par des Ukrainiens. Et qu’une statue de Bandera soit plantée là dans cette ville à l’histoire sanglante, la statue d’un homme dont les partisans n’hésitèrent jamais à tuer des Juifs, est un camouflet pour la démocratie et le respect des valeurs humaines. En 2009, des calicots honorant la division SS ukrainienne ‘Galicie’ furent exhibés aussi à Lviv,[1] et une marche en l’honneur de ces glorieux combattants SS fut à nouveau organisée dans cette ville en 2013. Dans son livre sur l’EI (IS), l’ex-journaliste maintenant pensionné Jef Lambrecht parle aussi d’autres événements récents. Que dit-il à propos du leader de Svoboda Son leader, Oleh Tyahnybok, qui voulait libérer son pays de la mafia juive-moscovite…’ {page 227, traduit par moi du néerlandais}.

 

On peut comprendre que nombre de pays de l’Est libérés du joug soviétique et qui ont compté leurs victimes du Stalinisme et de ses successeurs par dizaines de millions, éprouvent de la haine à l’égard de la Russie et également à l’égard de cette Russie de maintenant de Poutine qui – à leurs yeux – se distingue à peine du grand-frère soviétique. Et je suis d’accord avec eux. La souffrance des victimes du communisme est égale à ce qu’ont subi les victimes du nazisme, même si les méthodes furent essentiellement différentes, mais la douleur n’a pas de frontières.

 

Mais, il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Reconnaître que les victimes du communisme peuvent se compter par dizaines de millions ne doit pas aboutir à honorer, par pur esprit rétrospectivement revanchard, le nazisme et les collaborateurs des nazis dans les pays baltes, en Ukraine, Biélorussie, Slovaquie, Hongrie. Cette équité avec des relents pronazis et protofascistes qu’imposent certaines ex-républiques soviétiques est criminelle. Vouloir parler des victimes du communisme en mettant en exergue des collaborateurs nazis est une falsification et une réécriture de l’histoire, qui échappe à nos bobos parisiens et journalistes belges.

 

Pourquoi voit-on maintenant des statues de personnes au passé fasciste apparaître dans certains pays de l’Est : outre Bandera à Lviv, Horthy à Kereki en Hongrie {l’amiral Horthy fut le chef du gouvernement collaborateur}, sinon par nostalgie du bon vieux temps où on était pronazi ? En Lettonie, outre une statue en l’honneur des SS à Bauska et la marche annuelle du 16 mars, on a honoré le fasciste Cukurs, un criminel de guerre, second du Kommando Arājs responsable de dizaines de milliers de meurtres de Juifs en Lettonie et dans des pays limitrophes. Un musical en son honneur a été un succès en Lettonie. En Lituanie, un film en l’honneur des Frères de la Forêt a été un immense succès de même qu’aux USA. Les Frères de la Forêt, ce sont ces hommes, ces Lituaniens opposés au communisme qui ont combattu dans le maquis, après l’occupation par l’URSS de leur pays, contre les troupes du NKVD et plus tard le MVD.[2] Le seul problème, et tous les observateurs juifs sont d’accord à ce sujet, c’est que ces Frères de la Forêt n’acceptèrent jamais de Juifs dans leurs unités de ‘partisans’ durant la Seconde guerre mondiale, ou les tuaient quand ils savaient que des rescapés de ghettos ou de camps de la mort étaient Juifs. Par antisémitisme rabique.

 

Qu’est-ce que le fascisme ? ‘Système politique visant à instaurer un régime autoritaire, nationaliste, totalitaire, comparable au fascisme.[3]

 

Sans que certains pays de l’Est ne puissent vraiment être catalogués comme fascistes, on ne peut s’empêcher de constater avec horreur dans quelles dérives totalitaires, parfois antidémocratiques et souvent nationalistes, des nouvelles démocraties comme la Hongrie, la Pologne, se sont engagées récemment. Toutes deux maintenant franchement xénophobes avec en Hongrie le parti Jobbik lui antisémite en plus. Le flirt nostalgique pour des figures de collaborateurs des nazis qu’entretiennent certains pays comme la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, l’Ukraine, devrait nous faire frémir.

 

Mais, la vue à court terme parmi nos intellectuels bobos, bien-pensants et partisans du politiquement correct, c’est que l’Ukraine, par exemple, est engagée dans un processus démocratique que nous devon soutenir. Les Ukrainiens sont les nouveaux chevaliers blancs de l’Europe qu’il faudrait intégrer à l’UE et à l’OTAN. Quitte à gommer son passé peu glorieux et cet effroyable soutien que les trois derniers présidents du pays vouent à des personnages pronazis tels Bandera, cet honneur qu’ils ont rendu aux valeureux combattants de la division ukrainienne SS ‘Galicie’, cette tolérance totale vis-à-vis de mouvements vraiment fascistes et antisémites tels Svoboda et Pravy Sektor. C’est purement dégoûtant et quand des spécialistes de ces problèmes, tel le journaliste et historien Alexandre Adler par exemple, paraissent sur un plateau et remettent les pendules à l’heure de la vérité historique, certains bobos le considèrent comme prorusse.

 

Même si on critique et à juste titre Poutine pour le danger et les actes internationaux criminels qu’il a soutenus, doit-on automatiquement embrasser des causes pronazies ou des démocraties aux relents peu démocrates quand il s’agit de respecter certaines valeurs humaines et le respect dû aux victimes du nazisme ?

 

C’est là un raccourci intellectuel dangereux pour la démocratie, les valeurs humaines et le respect que l’on doit tant pour les victimes du communisme que de celles du nazisme.

 

[1] Article sur le Net dans ResistanceS, de 2009

[2] Police secrète soviétique

[3] Petit Robert

30/06/2015

Elleniki Tragœdia -Une Tragédie Grecque

Vous formez une famille de quatre (père/mère/deux enfants) et vous rendez à la banque pour obtenir un prêt hypothécaire.  Vous constituez une famille normale avec des revenus convenables.  Que vous dit le représentant de la banque en réponse : ‘D’accord, nous vous accordons le prêt aux conditions du marché, mais vous devrez prendre l’engagement de ne plus aller qu’une fois par mois au resto et encore dans un restaurant pas trop cher, votre fille Denise devra abandonner ses leçons privées d’équitation et de violon et votre fils Luc ses cours de tennis et d’aïkido.  Et pas question que l’un ou l’autre fasse des études de médecine ou de pharmacie.  Et madame {l’employé de banque se tourne vers l’épouse}, plus de fitness, l’abonnement annuel est trop cher, quant à vous, Monsieur, vous vendrez votre BMW et achèterez une Dacia bas de gamme…quelque chose comme une Duster…’.

 

Cela vous plairait-il ?

 

C’est un peu la sorte de discours que tient la troïka actuellement vis-à-vis du gouvernement grec élu d’une façon démocratique.  Une troïka constituée du Fonds monétaire international (FMI) entité non élue démocratiquement, de la Banque centrale européenne (BCE) dont le président Draghi n’a pas été élu sur une base démocratique, et le dirigeant de la Commission européenne Juncker, coopté à son emploi par les chefs d’état et de gouvernement de l’UE donc non élu au suffrage direct.

 

Les origines de cette tragédie grecque (elleniki tragœdia)?

 

Quand dans les années 90, les dirigeants européens ont commencé à discuter d’une union monétaire sous l’égide d’une monnaie unique, seuls les pays qui répondaient à une série de critères budgétaires bien précis (dette en dessous de 60 % du PIB, déficit budgétaire en dessous de 3 % du PIB, etc.) pouvaient aspirer à faire partie de cette union monétaire européenne qui allait voir naître l’euro.  Certains pays fondateurs de la Communauté européenne, dont la Belgique notamment, en firent partie d’office même si notre pays dépassait déjà à l’époque les 60 % du PIB de dette et ne remplissait donc pas l’un des critères d’accès de base.  Et, deux personnalités importantes à l’époque, le chancelier allemand Schröder et le président français Chirac, donnèrent leur aval pour que la Grèce se joignît à la future union monétaire européenne.  Schröder savait bien que la Grèce à l’époque n’était pas économiquement en état d’assumer les lourdes conditions de convergences financières, budgétaires et monétaires qu’imposerait une telle union, destinée à ce que la monnaie unique soit stable, ferme, bref, un outil de progrès et de croissance économiques.  Mais il voulait que – sur le plan démocratique – ce pays en fasse partie, après tout la Grèce était le berceau même de l’idéal démocratique mondial.

 

La Grèce en fut donc.  Et les partis grecs successivement au pouvoir, le Pasok (socialiste) et la Nea Demokratia (ND, centre droite) se la jouèrent en grands seigneurs, pratiquant la gabegie étatique, permettant à tout le monde et leurs cousins et oncles et tantes d’entrer dans l’administration, ce cocoon financier, tolérant implicitement les dessous de table, tolérant une corruption de fonctionnaires, promouvant un esprit populaire je-m’en-foutiste, le tout digne de la mentalité de certains peuples du Proche Orient.

 

En bref, les dirigeants européens et les gouvernements grecs  successifs depuis l’entrée de la Grèce dans le mécanisme financier commun, portent la responsabilité de la débâcle économique et financière que connaît actuellement la Grèce.

 

Les politiciens de Syriza venus au pouvoir et s’étant allié avec un parti fasciste, ce sont donc des amateurs qui prirent la direction économique du pays et, bien vite, ils se rendirent compte qu’ils avaient chaussé des pointures un peu trop grandes pour leurs moyens;  voulant bien faire, voulant surfer sur la vague de leur succès électoral, Tsipras et les siens jouèrent d’abord aux grands seigneurs et à la dignité nationale offensée, firent pas mal d’opérations à pur dessein charismatique, mais, aussi, ils cafouillèrent, improvisèrent, firent trois pas en arrière quand un pas en avant aurait suffi. Ils firent des déclarations à l’emporte-pièce sans réfléchir aux conséquences possibles.  Elleniki Tragœdia ! Mais, bien vite, on les devina également incapables de réformer en profondeur l’administration fiscale, incapables de percevoir les impôts dus ou de traquer les fraudeurs fiscaux, incapables de gérer cet immense foutoir social et économique que des générations de dirigeants tout aussi incapables mais parfois corrompus leur avaient légué.

 

Sur un point cependant, ils n’avaient pas tort.  Pourquoi ces diktats du FMI, cette dureté à leur égard, cette intransigeance économique fondamentale? Certains pensent - et je suis de ceux-là -, que le FMI a un agenda caché, qu’il souhaite en premier lieu et principalement que ce gouvernement d’extrême gauche disparaisse et soit remplacé par des dirigeants grecs conciliables, mous et se pliant à toutes les exigences de cette institution financière supranationale n’ayant pour but que le profit et l’intérêt de son propre organisme, en dépit de toute démocratie, solidarité ou empathie avec les victimes du capitalisme sauvage.

 

Autre pierre d’achoppement, la chancelière allemande Merkel avec sa vision myope d’une Europe dont les moteurs sont, à l’exclusion de toute autre vision politique ou économique, la discipline budgétaire {les Allemands ont une expression savoureuse qu’on retrouvait déjà du temps de Hitler ‘Ordnung muss sein ! – ‘il faut que l’ordre règne’ -, qui s’applique à cette mentalité un rien ‘anale’ au sens freudien du terme}, l’austérité (serrer la ceinture) et – last but not least – la croissance économique.  Il n’y a pas que Merkel qui déteste le style relax des nouveaux dirigeants grecs, même une revue aussi sérieuse et bien notée que Der Spiegel, que je lis régulièrement, se plaint souvent de la décontraction vestimentaire des Tsipras et Varoufakis, mais d’autre part, ils n’aiment pas tellement Obama non plus, pas parce qu’il est Noir mais parce qu’il mène une politique de croissance économique par le biais de déficits accrus et de travaux publics, une politique aux antipodes de la vision d’apothicaire des Merkel, Cameron, Rutte, Michel (lisez De Wever).  Toutefois une politique que la troïka a imposée à la dure à l’Irlande, au Portugal et à l’Espagne.  Et, l’Espagne en connaît encore les conséquences désastreuses avec un taux de chômage des jeunes atrocement élevé (mais Christine Lagarde s’en fiche éperdument).

 

J’ai entendu Dijsselbloem (président de l’Euro-groupe, personnalité hollandaise cooptée donc non élue démocratiquement) dire que le référendum grec du 5 juillet – pour ou contre ce que propose le FMI -, était antidémocratique !  Voilà quelqu’un qui n’a pas de mandat populaire, coopté à son poste important, critiquant le mécanisme populaire le plus démocratique qui soit.

 

La Grèce draine des commentaires ou analyses (ha-ha!) parfois tous aussi idiots les uns que les autres.  Hier à la RTBF, un jeune journaliste (sic) en manque de métier à qui on demandait ce que pensait le peuple grec du référendum, fit état d’une conversation avec un taximan et quelques autres personnes croisées en rue!  Moi, ce qui m’intéresserait, ce serait de savoir ce que pensent les hommes d’affaires des toutes grosses boîtes, les anciens politiciens du Pasok et ND, les banquiers, les oligarques, les pensionnés, les malades incapables de recourir à la médecine ou aux médicaments, les ouvriers et employés ordinaires qui ont encore un emploi, les fonctionnaires, les patrons du secteur Horeca, de ce référendum.

 

J’ai vu hier une interview d’un patron d’une petite banque d’affaires belges (que je connais de l’avoir déjà vu à l’écran mais dont je n’ai pas retenu le nom) à Canal Z.  Et là, j’ai entendu des propos raisonnables, sensés sur le plan économique, aux antipodes de ces déclarations de politiciens de peu d’envergure et journalistes aux horizons décidément limités.  Il critiquait que le FMI voulût imposer l’austérité à ce pays, disant que pour un pays en crise, c’était là la plus mauvaise solution à appliquer.  Il critiquait également les coupes que le FMI voulait faire pratiquer dans le budget des pensions, disant qu’il y avait d’autres méthodes pour arriver à des diminutions budgétaires sur ce plan, étendre la durée de travail par exemple {la Grèce est l’un des pays au monde où on prend le plut tôt sa pension}, il critiquait les privatisations forcées disant que quand une entreprise ne marchait pas bien, il y avait - économiquement – d’autres solutions tels un remplacement de CEO, d’autres stratégies, etc.  Et, pour lui, c’était indubitable, le FMI et seul le FMI était fautif de cette crise pouvant aboutir à la Grexit.

 

Quelles seraient les conséquences d’une Grexit (ici je parle en mon nom)?  Et d’une faillite puisque la Grèce a fait savoir qu’elle ne rembourserait pas aujourd’hui le prêt du FMI à hauteur de 1,6 milliard d’euros.

 

Facile.

 

La Grèce, les Grecs, avec la drachme au lieu de l’euro perdront entre 35 et 45 % de leur pouvoir d’achat.  Ils ne le sentiront pas tant qu’ils resteront dans leur pays et n’importeront pas des marchandises, biens ou produits (pétroliers par exemple).  L’exportation et les séjours touristiques dans le pays seront boostés.  L’inflation deviendra galopante et les plus pauvres deviendront encore plus pauvres car par le biais des importations de produits de première nécessité (pétrole) plus chères de 35/45 %, la répercussion sur les prix de commerce et, partant, le pouvoir d’achat, sera immédiate.

 

Et pour l’Europe?  Même si la plupart des commentateurs disent que les risques immédiats pour l’économie européenne seront limités, je ne partage pas cette opinion.  Si l’incapacité de la Grèce à rembourser les prêts européens en dehors du FMI sera en effet négligeable (certains prêts ne constitueraient une perte sur le plan bancaire qu’en 2020), je pense que la sortie de l’euro de la Grèce va raviver cette propension qu’ont déjà eu les spéculateurs à se précipiter sur les marchés boursiers européens et américains, sentant l’euro instable et, en lançant des mouvements de capitaux gigantesques sur ces marchés financiers (jouant à la baisse programmée de la valeur de l’euro vis-à-vis du dollar, du yen de la livre sterling par exemple), ils obligeront la BCE à pratiquer une politique de soutien de la monnaie unique qui coûtera de l’argent.  La baisse de l’euro si elle favorisera les exportations aura pour effet d’appauvrir un peu plus les pays – dont le nôtre – dépendant de l’importation de gaz et de pétrole, facturables en dollars, etc.  Bref, on va assister durant des mois sans doute à des remous boursiers, peut-être à une résurgence de l’inflation, à un accroissement du chômage et/ou à une décote de certains pays par les organismes mondiaux jugeant la stabilité financière des pays (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch, etc.).  La Grèce est déjà passée hier en ‘CCC-‘ c’est-à-dire celle d’un pays proche de la faillite.

 

Le seul point positif si la Grèce est en état de cessation de paiement et de remboursement de ses prêts étrangers, c’est qu’auparavant le Brésil et l’Argentine ont connu ces affres économiques et ont subi des programmes de réhabilitation économique sous l’égide du FMI avec des conditions drastiques.  Ils s’en sont sortis et ne s’en portent pas plus mal d’ailleurs, économiquement parlant, du moins si on oublie les milliers de favelas au Brésil et leurs habitants paupérisés du quart-monde,  et les ouvriers agricoles appauvris de la pampa en Argentine,   obligés parfois de s’attaquer à des trains et à les dévaliser pour se nourrir, nourrir leurs enfants. Survivre en dépit du FMI.

 

Quant à l’Europe, quand la Commission a proposé de répartir 40.000 réfugiés (migrants clandestins) séjournant actuellement en Grèce et en Italie entre 23 autres pays européens (l’Irlande et le Royaume-Uni ne font pas partie de l’espace Schengen), les pays baltes, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Pologne en tête ont refusé.  En bloc.  Mais la France également ne voulait pas se plier à ce diktat en vertu d’un principe de souveraineté.  La souveraineté que le FMI refuse à la Grèce.

 

Un pour tous, tous pour un, la devise européenne!

25/01/2015

A PROPOS DU DOCUMENTAIRE 'ISRAEL CONFIDENTIEL' (THE GATEKEEPERS)

Lorsqu’il s’agit d’aborder le conflit israélo-palestinien, il est rare que les personnes interrogées, spécialistes, ou témoins, appelés à dire ce qu’ils en pensent, ne parlent pas en termes de polarisation extrême qu’ils fussent Palestiniens ou Israéliens ou, chez nous, Musulmans versus Juifs.

 

Sur les réseaux sociaux, les avis sont pareillement tranchés; on constate une unicité de pensée d’un bord comme de l’autre et il est parfois difficile pour des amis d’Israël – comme je l’ai été au cours de ces 50 dernières années et le suis toujours – de dire ce qu’on pense de la politique gouvernementale israélienne (actuellement trempée à l’aune de l’extrême droite religieuse et des colonisateurs de territoires palestiniens) à l’égard des Palestiniens et de la population de Gaza, sans se faire taxer illico presto d’antisémitisme.

 

C’est pourquoi, un documentaire comme ‘The Gatekeepers’ (les’Gardiens ou Israël confidentiel’) permet une approche nouvelle, inédite et de sources israéliennes authentiques, ce qui est rafraîchissant et intéressant sur le plan intellectuel tout comme celui de la dialectique pure.

 

Six anciens chefs du ‘Shin Bet’ ont fait l’objet d’interviews en profondeur sur leurs actions, opinions et critiques.

 

Le Shin Bet, partie du Mossad a en charge la lutte contre le terrorisme, l’espionnage, ce qui inclut la collecte de données humaines (Humint), d’écoutes ciblées ou massives, de recrutement de collaborateurs arabes et, aussi, l’interrogatoire de détenus palestiniens, l’élimination préventive ou postérieure de terroristes avec ou sans l’assentiment du 1er Ministre ou d’un ministre compétent.

 

Les six interlocuteurs du Mossad de ce documentaire étaient :

Avraham Shalom (1980/1986)

Yaakov Peri (1988/1994)

Carmi Gillon (1994/1996)

Ami Ayalon (1996/2000)

Avi Dichter (2000/2005)

Yuval Diskin (2005/2011).

 

Ceux qui connaissent un peu l’histoire sanglante d’Israël comprendront que ces hommes, gardiens de la sécurité interne d’Israël, eurent à traiter en priorité les suites de la grande invasion du Liban de 1982, les attentats terroristes contre des bus ou d’autres cibles (restaurants), la 1e et la 2e intifada, etc.

 

Ce qui est extraordinaire, c’est l’énorme franchise avec laquelle ces hommes parlaient.  Leur dédain des politiciens au pouvoir (incluant tous les 1er ministres depuis le début des années 80, à l’exception de Rabin), leur scepticisme quant aux colonisations à outrance (passées de 100.000 à 220.000 colons en 10 à peine), leur critique de l’influence trop prépondérante des ‘rabbins’ (sous-entendu les ‘durs’ parmi les ‘durs’ qui veulent revenir à l’Eretz Israel biblique), leurs critiques du manque de politique stratégique des derniers gouvernements.  Nombreux parmi ces  six hommes de pointe furent ceux  qui considéraient qu’Israël faisait fausse route dans la manière dont il abordait et traitait les territoires occupés, leurs habitants et la lutte contre le terrorisme.  Comme le soutint l’un des ex-dirigeants, Israël ‘gagne chaque bataille mais perd la guerre’.

 

Tout au début, le ton est donné, un ex-dirigeant déclare que le cabinet souhaitait toujours des propositions binaires (noir versus blanc) alors que ces anciens du Shin Bet, avaient, à la longue (eux qui souvent connaissaient la langue arabe et connaissaient els territoires occupés), appris à distinguer tous les tons de grisés entourant les problèmes posés.  Selon eux, des gouvernements aux tactiques à court terme, aucune stratégie globale ni une volonté d’aller dans ce sens.

 

Toutefois, cette franchise, extraordinaire, venant d’hommes pour qui le silence, le secret, l’ombre, ont toujours été des vertus, a permis au téléspectateur de passer outre l’habituelle langue de bois et ces zones toujours noires ou blanches, bonnes ou mauvaises.  Ainsi, Avraham Shalom reconnaît que lors du bus-jacking ‘300’ de la compagnie Egged, l’armée a bien lynché deux Palestiniens capturés vivants et dont des photos ont été prises et diffusées alors qu’ils étaient emmenés hors du bus délivrés par des soldats israéliens.

 

Un ex-dirigeant du Shin Bet a aussi regretté qu’après l’arrestation d’un groupe important d’extrémistes israéliens qui voulaient faire exploser le Dôme du Rocher (en face de la Mosquée El-Aksa), les principaux protagonistes aient été libérés après quelques années à peine de détention (dont trois qui furent condamnés à perpétuité), mais comme il le disait, ces hommes – des terroristes juifs - frayaient parmi la société politique la plus haute et après leur libération, ils réintégrèrent rapidement cette société, cet écrin politico-religieux.  Un autre ex-dirigeant trouvait aberrant que souvent de jeunes soldats incorporés dussent décider de la vie ou de la mort de Palestiniens, dans des tâches de police ou de répression, sans avoir spécialement été formés à l’énorme complexité qu’impliquent de telles tâches.

 

Une anecdote amusante a trait à un bombardement ciblé du top politique du Hamas (en présence de feu le Sheikh Yacine).  Le Shin Bet avait appris (cet organisme, curieusement, n’a jamais manqué de collaborateurs palestiniens, mais il n’a pas été fait état des raisons qui les poussent à la trahison) que tous les dirigeants devaient se réunir dans un immeuble de deux étages.  Le dirigeant  du Shin Bet proposa de larguer une bombe d’une tonne sur l’objectif.  Le problème c’était que lors d’une frappe précédente, avec une bombe d’une tonne, il y avait eu des victimes innocentes – de l’ordre d’une dizaine –, et ici donc, le 1er Ministre Sharon ne fut pas d’accord et n’accepta qu’une bombe de 250 kilos.  Qui aplatit le 2e étage mais laissa intact le rez-de-chaussée où siégeaient les dirigeant du Hamas, qui survécurent tous.  On raconta même que le Sheikh Yacine parvint à sortir de la maison en courant sans qu’on dût le pousser en chaise-roulante.

 

Plusieurs interlocuteurs ont émis la proposition qu’Israël devrait commencer à parler avec ses ennemis, tous, Djihad Islamique, Hamas, etc.  Que ce serait là la seule façon de poursuivre ce qui avait été commencé avec les accords d’Oslo.  Qu’aucune paix n’est possible tant qu’on ne se parle pas.

 

La remarque peut-être la plus percutante fut faite par Shalom qui compara l’occupation des territoires occupés par Tsahal à celle des Allemands dans des pays comme la Belgique, la Pologne (ne tenant pas compte de l’Holocauste, évidemment)!

 

C’est réconfortant pour un ami d’Israël comme moi, qui a connu personnellement des gens de la gauche radicale dans les années 70 et qui a toujours admiré cet esprit de kibbutznik, déçu toutefois ces dernières décennies par le virage vers l’extrême droite religieuse, cette pensée unique, cet ethnocentrisme exacerbé, de lire (dans De Standaard du 15/1/15) que le célèbre écrivain Amos Oz déclare ‘les meurtres à Paris ont bien plus à faire avec les chrétiens violents et les racistes Juifs qu’avec les Musulmans pacifiques’.

 

Il y a encore des hommes de raison en Israël, des gens qui ont conservé cet esprit de jadis, celui des pionniers, des créateurs de l’État, celui des Ben Gourion, Meyer, Dayan, Peres, Rabin, des politiciens qui ne pensaient pas uniquement en termes de polarisation à outrance, de réductions mentales, de clichés religieux ou sociaux, des politiciens qui eurent le courage de parler avec l’ennemi, aussi haïssable fût-il.

 

Mais ils sont quelques fétus isolés au sein d’une mouvance portée sur la pensée unique en noir et blanc, sans nuances, sans créativité, axée sur le court terme, une pensée à la solde des milieux religieux les plus extrémistes, ceux qui sont le moins porté vers l’indispensable dialogue.