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05/05/2012

Styles littéraires

J’ai lu récemment une phrase en anglais qui m’a fait frémir de joie mentale.  « Mon père était un de ces hommes à qui la nature avait légué avec prodigalité les dons enviés de l’esprit et de l’imagination, puis fit en sorte que la barque de son existence fût contrecarrée par ces vents, sans y ajouter la raison en tant que gouvernail, ou le jugement comme pilote pour ce voyage. »  Cette superbe phrase a été écrite par Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851), épouse du célèbre poète anglais Shelley, extrait du livre « The Last Man » paru dans la première moitié du XIXe siècle.

 

J’ai toujours aimé le beau style, de belles phrases sonnant bien : « Souvent pour s’amuser les hommes d’équipage, indolents compagnons de voyage… » (Baudelaire) ou le superbe « les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone… » (Verlaine).

 

On se souvient de la superbe phrase d’Aragon au début de son roman « Aurélien » : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ». D’emblée, on sait qu’il y a rejet physique, mais « la première fois » fait augurer une amélioration pour la suite du récit.  On connaît aussi la maxime qu’utilisa Tolstoï pour débuter ‘Anna Karénine’ relatant que « les familles heureuses n’ont pas d’histoire, que seules les familles malheureuses en ont une ».  Ce qui est la réalité du point de vue des récits intéressants.

 

En fait de premières phrases, celle de « Pour l’Inventaire » de l’Israélien Yaakov Shabtaï me semble aussi d’anthologie : « Le père de Goldman était mort le premier avril, tandis que Goldman s’était suicidé le premier janvier, juste à un moment où il lui semblait qu’à force de détachement et de repli, une nouvelle ère s’ouvrait enfin devant lui, qu’il s’était trouvé un début d’amendement grâce au ‘Bullworker’, à une vie bien réglée et surtout grâce à l’astronomie et à la traduction du Somnium. ».  Lorsque je lus initialement ce roman, j’en fus presque déprimé, or je suis aguerri à la littérature sombre, pessimiste, déprimante, puisque, souvent, c’est dans ce genre de littérature qu’on trouve les meilleures œuvres comme n’a pas manqué de le constater Tolstoï.

 

Une autre première phrase qui mérite le détour c’est celle de « La Disparition’ de Georges Perec : « Trois cardinaux, un rabbin, un amical franc-maçon, un trio d’insignifiants politicards soumis au bon plaisir d’un trust anglo-saxon, ont fait savoir à la population par radio, puis par placards, qu’on risquait la mort par inanition. ».  ‘Certains diraient à juste titre, « ben, ce n’est pas spécial »’, sauf que dans cette remarque précédente, j’emploie 8 fois la lettre « e » alors que ce roman de Perec est écrit sur le principe de l’absence absolue de la lettre « e ».  Faut le faire !  Perec dont « La Vie Mode d’Emploi » avait déjà été en soi un monument d’innovation littéraire (décrire la vie, simultanée mais aussi chronologique, des habitants d’un building, était une idée avancée à l’époque en France, s’inspirant quelque peu de cet écrivain américain des années 20 et 30, John Dos Passos…).  Par contre dans « L’Étranger » de Camus, le début du roman est déroutant : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.  J’ai reçu un télégramme de l’asile : ‘Mère décédée. Enterrement demain.  Sentiments distingués’.  Cela ne veut rien dire.  C’était peut-être hier. »  Certains critiques ou commentateurs littéraires ont trouvé que Camus n’avait pas de style à vrai dire.  Toutefois, ce qu’on admire chez lui, ce n’est pas son style, c’est la puissance de ses idées, les cheminements par lesquels il nous amène à faire le point sur la vie, sur le monde, sur l’Homme.  Et, du point de vue strict du style littéraire, je lui préfère le Sartre de la trilogie des « Chemins de la liberté », moderne mais inspiré d’un classique sans âge.

 

Stendhal, si je considère que son style n’est pas grandiose, a une façon d’exprimer des idées, de croquer des nations, des personnages ou des faits, que je trouve remarquable : « La volupté naturelle aux pays méridionaux avait régné jadis à la cour des Visconti et des Sforce, ces fameux ducs de Milan.  Mais depuis l’an 1635, que les Espagnols s’étaient emparés du Milanais, et emparés en maîtres taciturnes, soupçonneux, orgueilleux, et craignant toujours la révolte, la gaieté s’était enfuie. ». Ou « Nous avouerons que, suivant l’exemple de beaucoup de graves auteurs, nous avons commencé l’histoire de notre héros, une année avant sa naissance…Il venait justement de se donner la peine de naître lorsque les Français furent chassés… ». Ou « Le marquis professait une haine vigoureuse pour les lumières : ce sont les idées, disait-il, qui ont perdu l’Italie. »  (extraits de ‘La Chartreuse de Parme’).

 

J’ai toujours adoré Proust, pour la luxuriance de son style, la perfection quasi chirurgicale de son expression, la largesse des stimuli qu’il nous a légués et de son vocabulaire.  On peut le prendre au hasard, on est sidéré : « Si je voulais sortir ou rentrer sans prendre l’ascenseur ni être vu dans le grand escalier, un plus petit, privé, qui ne servait plus, me tendait ses marches si adroitement posées, l’une tout près de l’autre, qu’il semblait exister dans leur gradation ne proportion parfaite du genre de celles qui dans les couleurs, dans les parfums, dans les saveurs, viennent souvent émouvoir en nous une sensualité particulière.  Mais celle qu’il y a à monter et à descendre, il m’avait fallu venir ici pour la connaître, comme jadis dans une station alpestre pour savoir que l’acte, habituellement non perçu, de respirer, peut être une constante volupté. » (‘À l’Ombre des jeunes filles en fleurs, II’).  Proust représente l’essence même de la luxuriance littéraire, des textes à consommer par petites quantités dosées sous peine d’indigestion.

 

Proust a eu ses émules (dont je fus dans certains de mes écrits privés, d’aucunes mauvaises langues critiquant parfois mes phrases trop longues et bougrement ponctuées, surtout quand je fus dans l’administration avec un directeur qui aimait les phrases du style ‘sujet/verbe/complément’), s’inspirant de près ou de loin de ce maître incontesté ; ainsi la première phrase de « La Motocyclette » d’André Pieyre de Mandiargues « Maintenant que les cris d’oiseaux se sont tus, et qu’il faut faire attention à conduire prudemment la motocyclette, car un cycliste pourrait déboucher comme un fou à cette heure où les rues n’ont pas de circulation, Rébecca Nul se détache peu à peu du rêve avec lequel son départ est si étroitement lié qu’il se distingue à peine des choses de la nuit.  Ainsi allait son rêve, ou du moins ce qu’elle se rappelle encore : elle se trouvait portée par l’une des hautes branches d’un arbre très haut, sous un ciel inégalement sombre, comme si le soleil n’arrivait pas à percer les nuages, et elle avait conscience d’avoir été mise là pour figurer la fleur de l’arbre et pour offrir son épanouissement au soleil quand les rayons triompheraient du brouillard. »

 

Alain Gerber, ce remarquable écrivain et connaisseur de jazz, a, semble-t-il, aussi succombé à la volupté de la luxuriance littéraire mais mâtinée d’un recours à la concision inspirée des modernes à la Sarraute : « La neige est bleue.  Le rite commence.  Voyez le masque posé sur l’agonie du ciel.  L’aveugle masque d’or au vieux sourire éternel.  Nul ne songe à l’étrange mélancolie des vaincus quand le jour va et vient. L’éclat qui dénonce les contours de la terre, pour eux c’est un couteau brandi.  La vacillante lueur plongeant derrière les montagnes ; un adieu à tout ce qu’ils peuvent encore perdre (car il reste quelque chose aux vaincus, toujours, afin que nous puissions les vaincre encor une fois).  Nul ne sait le poids de certains crépuscules, couleur de violette et d‘abricot, sur des hommes qui marchent.  Chacun de leurs pas les emporte plus loin d’un amour qui n’est pas permis. » (extrait de «Le Lapin de Lune »).

 

Il y a des écrivains étrangers, peu connus ou inconnus, remarquables : « À l’aube, les sirènes des usines hurlaient au-dessus de la ville.  Dans les ruelles se traînait un dépôt gris de brumes, de bruine et de nuit ; il se diluait dans l’aube – il indiquait que l’aube serait morose, grise, bruineuse.  Les sirènes hurlaient longuement et lentement – une, deux, trois, beaucoup – elles se confondaient en une plainte grise au-dessus de la ville : c’étaient les sirènes des usines qui hurlaient dans le silence du petit matin, mais des faubourgs montaient les sifflements stridents et lancinants des locomotives – et il était parfaitement clair que ce qui hurlait dans ces sirènes, c’était la ville, c’était son âme à présent entachée par ce dépôt de brouillard. »  Ce sont ici les deux premières phrase de « Le Conte de la Lune non éteinte » de Boris Pilniak, une œuvre quasi inconnue qui dépeint l’énorme machine à broyer stalinienne.  On constate tout de suite qu’au-delà de l’aspect « prolétaire » du récit, il y a une atmosphère qu’on ne retrouvera jamais dans un roman français, le fait de parler de l’âme d’une ville n’y étant pas étranger.  Dans le même genre époustouflant, j’ai lu « Viktor Vavitch » de Boris Jitkov, encore un de ces romans que Staline avait voués au silence, un roman digne d’un tout grand écrivain, alternant phrases sans verbes (oh horreur quand jadis dans une disserte en humanité  j’avais osé écrire une phrase sans verbe !), phrases luxuriantes, un roman qui traite de la tentative de révolte en 1905 lorsque communistes et partisans d’une démocratie constitutionnelle crurent que l’heure de la liberté avait sonné.  À recommander de toute urgence !

 

Je parlais récemment avec une amie de littérature japonaise, disant que j’avais lu des centaines de romans japonais afin de me préparer aux voyages au Japon que j’y fis en 1999, 2000 et 2001.  Dans la littérature japonaise, il n’y a que des gens, des âmes, des couples, torturés.  Homme et femme vivent l’un à côté de l’autre sans union mentale, sans osmose, sans échanges.  D’une certaine manière, c’est le monde de l’absurde mais un monde apparu bien avant Ionesco ou Beckett, des œuvres intéressantes écrites dans des styles décrivant une vie, une société, absurdes, non pas en fonction d’un mouvement littéraire, mais plutôt en tant que portraits hybrides d’une société où les codes de conduite, de cohabitation, de fonctionnement sociétaires, étriqués, étouffent les êtres plutôt que les aider à vivre sainement. 

 

Un exemple : « Il tourna au coin, s’engagea dans une étroite ruelle et reconnut sa femme qui était debout devant la porte de la maison.  Elle regardait dans sa direction.  Mais dès que l’ombre de Tsuda eut dépassé l’angle, elle regarda droit devant elle, comme pour mieux voir quelque chose en l’air.  Elle ne changea pas d’attitude jusqu’à ce qu’elle fût rejointe par Tsuda. » (« Clair-obscur » de Sôseki).  On remarque la concision du style, le peur d’adverbes ou d’adjectifs.  On a là un style presque cinématographique, comme un scénario, pas d’affèteries littéraires ou de ‘fioritures’ à la Proust.  Mais il s’agit ici de l’histoire de la décomposition d’un couple se faisant sentir dès la page 3 (sur 470).  De mémoire, je dirais que la seule scène d’un couple japonais heureux, que j’aie jamais lue, était dans un recueil de nouvelles de Yukio Mishima (qui aurait mérité le Nobel bien plus que Kawabata), je pense que le récit s’intitulait « Patriotisme » : un officier a décidé de se suicider parce que son unité s’est mutinée je crois en février 1934  – en son absence, il était en congé militaire.  Alors, pour laver son honneur de militaire il décide donc de faire seppuku.  Mais, avant de le faire, lui et son épouse font l’amour, sans penser au temps qui passe, puis ils procèdent à leurs ablutions rituelles avant le harakiri.  Lui se suicide rituellement en s’ouvrant le ventre, elle le suit dans la mort en se tranchant la jugulaire d’un coup de dague.  C’est remarquable, très bien écrit, mais d’une morosité caractéristique de toute la littérature (et le cinéma) japonais. 

 

Mishima lui-même émule d’un pouvoir impérial fort, fonda une faction mi-civile, mi-militaire et, en novembre 1970, après avoir tenu en otage un général et harangué une foule d’aspirants- officiers s’ennuyant, Mishima fit seppuku.  Mishima que je considère l’un des grands noms de la littérature du XXe siècle était d’une nature ambiguë, marié mais fréquentant les bars gays.  Et cette ambiguïté apparaît dans certaines de ses œuvres (mais à cette époque, on ne parlait pas encore de ‘coming out’).  Sa dernière œuvre, une tétralogie (La Mer de la Tranquillité) dont il écrivit les dernières lignes juste avant sa révolte et suicide programmés, est d’un tout grand cru, brassant idées, envolées stylistiques luxuriance, parlant de métempsychose, une œuvre dense, compacte, extraordinaire.  À lire !  Quant à Kawabata, je n’aime ni son style ni ses romans.  On a dit de lui qu’il se serait suicidé à cause d’une liaison qu’il aurait eue à un âge avancé avec une petite nièce, mineure sur le plan légal.  Cela ne m’étonnerait pas.  J’ai toujours considéré qu’il y avait chez Kawabata, tout comme chez Mishima dans une certaine mesure, un peu de cette mentalité de voyeur, de vieux vicieux, sauf que je préfère de loin le style de Mishima en traductions anglaise ou française.  Toutefois, en littérature, je pars du principe que mes sentiments personnels ne doivent pas jouer si je lis des romans et que je juge les qualités d’un  auteur.  C’est ainsi que j’ai horreur de la droite et de l’extrême droite, mais que j’adore lire Pierre Drieu La Rochelle.  Et que je lirai Brasillach puisque on a dit de lui qu’il était une excellente ‘plume’ et ce n’est pas Marine ou son père qui m’y inviteront, mais les vertus d’un bon style.

 

Parmi les auteurs contemporains vivants, de France ou de Belgique, il n’y en a plus guère qui suscitent ma curiosité intellectuelle.  Je déteste ces Modiano, Nothomb, Harpman (que j’ai – hélas – lus), qui produisent d’une manière industrielle, mais qui n’ont jamais laissé en moi la moindre trace d’admiration pour les vertus de leur style ou la moindre trace durable dans mon esprit.

 

Philippe Claudel, lui, me plaît, par son style, son ton, sa façon d’annoncer un récit ou un chapitre : «Au matin, une pluie féroce se mariait à quelques rais de lumière oblique. Les gouttes d’eau prenaient une teinte laiteuse.  La ville était à tordre.  Je suis sorti de l’hôtel où pas une âme ne semblait vivre. » (page 25 de « Quelques-uns des cent regrets »).  À noter l’usage de l’adjectif de négation « ne » dans la dernière phrase, un adjectif qui, dans le langage courant (même au niveau de Ministres ou du Président de la république françaises, ou chez nous de journalistes ou présentateurs du journal télévisé), tend à disparaître du français correct.  Quant à Jonathan Littell et ses « Bienveillantes », si j’ai aimé ce roman et admiré le propos et les connaissances encyclopédiques de l’auteur au sujet du nazisme et de la Deuxième guerre mondiale, s’il a bien reçu un prix prestigieux peut-être mérité, son style, correct, appliqué, passe-partout (ce genre de style qu’on enseigne dans les ateliers d’écriture, mais après tout son père, également écrivain, écrit plutôt des thrillers sur la CIA…), ne m’a pas stimulé les neurones.  Je lui reconnais qu’être anglophone et avoir écrit une telle œuvre monumentale avec un minimum de fautes.  J’en ai relevé de deux types.  À savoir quelques fois le familier « c’est » au lieu de l’accord « ce sont » en fonction de l’accord du ou des substantif{s} qui sui{ven}t, et une fois « goulot » au lieu de « goulet ».  Mais Littell, s’il a des idées, n’a pas un style marquant, tout comme l’un des derniers Houellebecq qui a fini à la poubelle après à peine quelques pages tant j’ai trouvé propos, idées et style, écœurants.

 

Je terminerai en disant que j’aime assez bien l’humour noir et cynique de Thomas Gunzig.  Virginie Despentes me plaît bien, stylistiquement parlant.  Elle a des écrits hypermodernes, des expressions savoureuses et l’art de surprendre. Parce que si j’aime Proust, je n’ai jamais dédaigné les modernes (Dos Passos, Pynchon, Joyce, Beckett, Sarraute…).  Quand on a lu « Baise-moi » une unique fois, on n’est pas près d’oublier un tel punch littéraire.  Cette œuvre remarquable en dépit de l’amoralité qui anime ses protagonistes, m’a fait penser à certaines de mes amours littéraires des années soixante : James Baldwin, Hubert Selby Jr., John Rechy, Norman Mailer, les « angry young men » de la littérature US.  À qui j’ai maintenant substitué Joyce Carol Oates (qui mériterait le Nobel) et Philip Roth, deux auteurs encore vivants et produisant toujours, que j’admire depuis la fin des années soixante et qui sont d’un tout autre crin que ces pâles Modiano, Nothomb, Harpman, Houellebecq, chouchous d’une certaine soi-disant élite de lecteurs à qui, en fait, il manque, les connaissances « des » littératures, les instruments de comparaison nécessaires (dans plusieurs langues différentes aussi), les outils pour déterminer ce que sont  des auteurs intéressants – stylistiquement parlant -, qui ont des choses à dire (cf. Camus, Sartre, Drieu, Stendhal, Zola, Mishima, Soljenitsyne, Tolstoï, Amos Oz…) et qui produisent une impression durable, voire d’éternité, sur ceux qui ont eu la chance et le privilège de sombrer sous le charme de leurs écrits…il suffit de comparer la moindre œuvre, même mineure, d’Anthony Burgess ou de Graham Greene à ces productions standardisées d’auteurs ayant la cote au CAC 40 des ventes en France et en Belgique, pour comprendre qu’il y a des galaxies de différence entre excellents auteurs et auteurs d’une bonne moyenne.  Et dans les auteurs cotés que je déteste, il y a aussi Hemingway, qui n’a pas de style et Sagan dont j’ai abandonné la lecture au début de la deuxième page…

 

Mais, peut-être bien que le niveau général des lecteurs a-t-il baissé ?  Que les lecteurs d’aujourd’hui sont bien plus vite satisfaits ?  Que le niveau poussé vers le bas des émissions de télévision a fait en sorte qu’on ne s’habitue plus, à vrai dire, à l’excellence, à l’innovation, au beau, au déroutant, qu’on se contente de produits commerciaux vite produits au four à micro-ondes littéraires, des trucs à la durée de vie éphémère, et que lire est maintenant devenu un passe-temps (comme on écoute la radio sans écouter la musique), une « thérapie d’occupation », sans plus…et peut-être bien que, encore, dans certains cercles, dire qu’on a lu le dernier Houellebecq ou Nothomb vous pose en société…

 

12:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : styles, littératures

14/02/2012

Les incomparables beautés de Riga et de Vilnius

Les trois pays baltes sont largement méconnus du grand public des voyageurs.  Moi-même qui avais déjà visité une cinquantaine de pays sur 4 continents (depuis 1970), j’ai dû attendre 2009 pour effectuer mon premier city trip dans une capitale de pays balte.

 

J’ai ainsi visité Riga en Lettonie en premier lieu et ensuite, récemment, Vilnius en Lituanie. 

 

Du point de vue linguistique, le letton et le lituanien sont des langues à part dans l’histoire de la naissance de nos langues indo-européennes (l’estonien, lui, ressortit à la classe du finnois-ougrien, donc de structure et de nature proches du finnois et du hongrois contemporains).  Comme l’indiquent Michel Chicouène et Laurynas-Algimantas Skupas, auteur de « Parlons Lituanien » (éd. L’Harmattan) : « Le lituanien est une langue indo-européenne tout à fait curieuse, qui n’a évolué que très lentement pendant que les autres langues de la même famille se transformaient au cours des siècles.  Cette langue a gardé sa structure très proche de ce qu’a été, à l’origine, l’organisation du langage de nos lointains ancêtres, il y a cinq ou six mille ans. »

 

À l’origine du peuplement de ces contrées, il y eut plusieurs vagues successives d’envahisseurs venant du lointain Oural dont, entre autres, les Estes (Estonie, Finlande), les Lives (Lettonie) arrivant aux abords de la Mer Baltique, au Ve siècle avant J.C.  Deux mille ans plus tard, les Proto-Baltes s’installent en Russie puis vers 500 ans avant J.C., ils peuplent la Lettonie et la Lituanie (cf. Le Guide Vert – Michelin, page 60).

 

Sans entrer dans tous les détails de leur histoire particulièrement secouée, il suffit de regarder une carte géographique pour s’apercevoir que ces pays allaient bientôt être la proie d’autres types d’envahisseurs venant des pays scandinaves, de Pologne ou de Russie.

 

Au XXe siècle, la Lettonie et la Lituanie acquirent leur indépendance à l’issue de la Première guerre mondiale.  Relative parce que Vilnius, par exemple, fut exclue de la Lituanie indépendante et devint une ville polonaise sous le nom de Wilna (Wilno pour les Juifs).  L’URSS envahit les pays baltes en mai 1940 (en vertu d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939), procéda à un nettoyage politique en bonne et due forme (près de 30.000 déportés en 1941, une semaine avant l’invasion du pays par les Allemands, en Lituanie et le même nombre approximatif en Lettonie, dans des circonstances semblables).  Puis survint la guerre et le massacre de près de 90 % des populations juives de ces pays, soit 80.000 en Lettonie et plus de 200.000 en Lituanie).  ‘Libération’ par l’Armée rouge et occupation de ces pays jusqu’en 1991, quand, après la formation d’une longue chaîne humaine de 600 kilomètres le 23 août 1989 et de nombreux cas de désobéissance civile, l’URSS accepta finalement d’admettre la scission de ces états baltes.

 

Riga, la capitale de la Lettonie est une ville remarquable, autoproclamée capitale mondiale de l’Art Nouveau.  C’est là un titre qu’elle mérite amplement.  Alors, que dans nos pays, on peut parfois voir certaines maisons isolées ressortissant à cette forme d’art architectural de toute beauté, à Riga, il y a au moins trois rues entières  avec des dizaines de maisons offrant aux yeux émerveillés de foules de touristes présents sur place dès neuf heures du matin, leurs beautés incomparables : les rues Alberta, Strelnieku et Elisabetes. Et ce ne sont pas les seules dans la ville !  Certains des bâtiments les plus réputés de ces rues ont été construits et imaginés par Mikhaïl Eisenstein, le père du célèbre cinéaste soviétique (Cuirassée Potemkine, etc.).  Par exemple, le bâtiment du 10a de la rue Elizabetes qu’a construit Eisenstein, est une merveille incomparable, surtout tôt le matin ou tard dans l’après-midi quand le soleil en illumine la façade.  Au-dessus d’une porte ornementale, trois loggias superposées à chaque étage et au fronton de la maison, de part et d’autre d’ornements centraux, deux têtes de femmes énormes et de profil de teinte claire proche de celle du grès (deux mètres au moins) en sont comme les gardiennes – ou déesses.  Elles n’ont pas l’air heureux, lèvres serrées, nez aquilins, paupières pesantes.  Quant à la façade, on peut y voir entre quinze et vingt enjolivements sous la forme de bas-reliefs (masques stylisés, têtes d’animaux, formes géométriques comme par exemples des cercles traversés de doubles croix, espèces de lyres, etc.).  Au 10b, la façade offre des hauts-reliefs : têtes de lions, têtes de femmes d’essence pure et quasi classique, têtes d’hommes à l’aspect de machos ou de guerriers.  En face, l’immeuble du 33 offre une série de balcons à ferronnerie à entrelacs, et, le plus captivant, des statues d’hommes et de femmes qu’on pourrait croire issues en droite ligne de la Grèce classique.  L’un de mes bâtiments préférés est celui situé au 13 de la rue Alberta où le consulat de Belgique a des bureaux.  Une façade à tomber évanoui tant elle est glorieuse avec sa teinte d’un beau doré.  Une énorme tête sous la forme d’un masque de carnaval vénitien est surplombée d’une statue d’Artémis tandis qu’une vingtaine de balcons d’aspect Art Nouveau classique à ferronnerie non ornementale, des colonnes, de multiples bas-reliefs et hauts-reliefs, quelques loggias, sont surplombés par un fronton où Apollon est flanqué de hauts-reliefs de masques, d’ornementations à symboles orientaux et gothiques, et, se profilant de part et d’autres, des têtes d’animaux.

 

J’ai eu la chance de séjourner à l’hôtel Albert, tout proche de ce quartier. Et, mon épouse et moi, où que nous avions décidé d’aller le matin, nous parcourions en premier lieu ces trois rues adjacentes pour nous rassasier encore et toujours de ces beautés architecturales que peu de gens connaissent, que peu de gens ont la curiosité de découvrir, tant ils sont obnubilés par Prague, Budapest et Vienne (capitales qui incontestablement, valent la visite).

 

Riga est une ville qui se visite à pied et de préférence en été car les hivers, s’ils sont moins rudes qu’à Vilnius n’épargnent aux visiteurs ni neige ni gadoue.

 

Les Lettons sont, dans l’ensemble, accueillants, gentils et la vie n’y est pas chère, on mange à deux pour moins de 50 euros.

 

Vilnius, la capitale de la Lituanie, est d’un tout autre genre.  Une ville plutôt provinciale tant elle offre peu de piétons à n’importe quelle heure du jour, une ville qu’on peut parcourir à pied si on tient la distance, mais une ville dont les charmes résident dans un tout autre domaine que Riga.

 

Comme à Riga, Vilnius offre aux regards émerveillés toute une série de maisons colorées, généralement assez basses, notamment à la rue Pilies, l’artère piétonne principale de la ville, ou autour de la place menant à l’Hôtel de Ville.

 

Mais ce qui à mon sens différencie tout à fait Vilnius de Riga, et en fait son principal attrait, c’est le nombre incalculable d’églises et leur beauté esthétique.  Plutôt que la Cathédrale - dont le bâtiment néo-classique de teinte blanc cassé est de toute beauté -, c’est en premier lieu l’église St.-Jean, située dans l’enceinte même de l’université – dont on peut visiter les 13 belles cours -, qui m’a le plus impressionné par la beauté de certains tableaux qui y ornent les murs, de même que l’élégance presque classique de certaines des statues.  Plafonds, colonnes, dans des tons pastel rehaussent l’impression générale de séduction de cette église baroque qui n’en est pour autant chargée ou trop rococo.  Devant la Cathédrale, le centre du Vilnius classique et touristique, une dalle commémore le point final de la chaîne humaine de 600 kilomètres que formèrent des millions de manifestants lettons, estoniens et lituaniens en 1989, une chaîne originaire d’Estonie et qui marqua le début de la lutte finale pour l’indépendance recouvrée de ces trois contrées à l’histoire torturée. Une statue équestre de Gedimino, le fondateur de la ville, se trouve aux abords de la Cathédrale et à l’arrière de celle-ci, sur une colline, l’endroit où le père-fondateur de la ville eut le rêve de la construire.

 

Si on remonte la rue Pilies vers le haut, en passant par la place de l’Hôtel de Ville, et qu’on emprunte la rue de la Porte de l’Aube, on découvre en chemin quatre des plus belles églises de la ville.  Successivement, les églises Pyatnitskay, St.-Nicolas, St.-Casimir et surtout l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit. Les églises Pyanitskay et du Saint-Esprit sont des églises bigarrées surmontées de dômes, superbes, à la russe.  Dans l’église russe-orthodoxe du Saint-Esprit, j’ai vu une file de babouchkas venant se signer devant un tombeau – crypte - à vitres transparentes sous lequel on apercevait  des statues de 3 gisants (des saints) dont seuls têtes et pieds dépassaient d’un linceul.  Les femmes allaient baiser les pieds des saints après s’être signées.  Un peu plus loin, surplombant la rue de la Porte de l’Aube, une baie vitrée permet d’apercevoir une icône de la Vierge aux vertus miraculeuses datant du XIIe siècle.  Un lieu de prière et de messe mais que l’on peut visiter pratiquement toute la journée si on a la chance d’y entrer en dehors de l’office religieux.

 

Pour les fanatiques d’histoire, il y a deux musées juifs intéressants, celui qu’on appelle la ‘Green House’ qui est en fait le Musée de l’Holocauste et la maison de la Tolérance où j’ai pu faire la connaissance inopinée d’un petit-fils d’un neveu de Wittenberg, le chef de la résistance juive du ghetto de Vilnius qui, sommé de se rendre pour éviter la mort d’une centaine de Juifs, se rendit mais eut l’occasion de se suicider avant d’être torturé par les nazis.  Et, pour les anticommunistes, il y a le Musée du Génocide, qui, dans l’acception lituanienne ne recouvre que les victimes du communisme et n’inclut nullement les Juifs assassinés durant la Deuxième guerre mondiale.

 

Se loger à Vilnius est bon marché.  J’y ai passé trois nuits en single (mais en chambre double) pour à peu près 120 euros.  Dans un hôtel 4 étoiles qui, comme je le découvris par la suite, était ‘kosher’ ; mais en fait, il se trouvait situé près de la nouvelle synagogue et n’était pas loin de l’ancien grand ghetto.

 

On mange aussi très bien à Vilnius et pour pas très cher.  Les gens sont dans l’ensemble plutôt accueillants, le service est excellent.  Les filles sont très jolies dans l’ensemble (peu de blondes en fait, et la plupart des filles portent les cheveux lisses) et j’ai remarqué peu de personnes atteintes d’obésité dans ce pays.  Pourtant il est réputé pour sa nourriture grasse et abondante et les pâtisseries n’y manquaient pas.

 

En bref, des capitales à découvrir au plus vite toutes affaires cessantes !

 

Ci-dessous, deux photos qu'a prises mon épouse illustratives de l'Art Nouveau à Riga.

 

Alberta iela.JPG

Elisabetes Iela.JPG

 

29/01/2012

Rester jeune

« Il n’y a de plus bel exemple de l’inéluctable que celui que nous offre un jeune homme doué se rétrécissant pour entrer dans la peau d’un vieil homme quelconque ; sans intervention du Destin, par le simple ratatinement auquel il était voué. » (‘L’Homme sans qualités’ de Robert Musil, page 80).

 

C’était Céline aussi qui a dit « certains deviennent vieux à la vieillesse, d’autres s’y prennent vingt ans à l’avance, ce sont les malheureux de la vie » (citation d’après ma mémoire et non verbatim).

 

J’ai eu un ami qui n’a jamais vieilli.  Il était vieux à l’âge de vingt ans.  Physiquement.  Et, trente-quatre ans plus tard, lorsqu’il perdit son intérêt pour la vie, il choisit de franchir le pas du suicide.  Pourtant il était doué pour certaines choses car il était un remarquable pianiste de jazz autodidacte capable de jouer des standards des années 30 ou 40 en solo, même avec l’inévitable pompe de la main gauche qu’employait, notamment,  l’une de ses idoles, Earl Hines.

 

Il avait effectué une première tentative de suicide en mars 1994.  Il avait été hospitalisé durant 5 mois.  Et lui qui, précédemment, ne pouvait pas vivre sans écouter de la musique, il restait allongé dans son lit, ne lisant pas, n’écoutant aucune musique.  Je suis allé le voir au Tivoli à la Louvière durant près de 5 mois. Deux fois par semaine.  M’efforçant de l’intéresser à la vie, à la musique. Je luis avais même enregistré deux faces d’une cassette audio et mis un lecteur de cassettes audio à sa disposition.  Je lui avais enregistré la crème de la crème en matière de piano jazz : Art Tatum, le summum absolu de la technique pianistique brillante, pour cet ami dépressif qui avait toujours été obnubilé par la technique, parfois au détriment de l’émotion.

 

Las, 5 ans plus tard, après un séjour en maison individuelle pour patients psychiatriques sous suivi infirmier et médical, il réitéra sa tentative de suicide.  E,t cette fois-là, il la réussit.

 

Moi qui m’intéresse à la musique depuis plus d’un demi-siècle (cela pose le demi-siècle, cela fait érudit !), j’ai de longue date été fasciné par cette capacité qu’ont eu ou que possèdent encore toujours des musiciens classiques, des jazzmen, des adeptes de musiques du monde, à rester éternellement jeunes, cette capacité qu’ils conservent à interpréter de la musique à un niveau élevé, même à un âge avancé.

 

La musique en tant que thérapie active serait-elle dès lors un rempart contre le vieillissement ?  Le fait de devoir lire et interpréter une partition, la diriger, ou pratiquer une improvisation de jazz, de musique klezmer ou de musique du monde, seraient-elles une espèce de médicament utile contre la dégénérescence neuronale ?

 

Prenons la musique.  Beaucoup de gens disent « aimer » la musique et si on les questionne à ce sujet, ils vous aligneront même des noms de chanteurs ou des noms illustres de compositeurs classiques, parfois de jazzmen, des chanteurs d’opéra.  Ils « aiment » la musique qu’ils écoutent peut-être de manière distraite ou attentive mais sans « vivre » cette musique de l’intérieur, vibrer intensément à ces sons qu’ils entendent.  Si vous allez chez eux, vous verrez immédiatement s’ils ‘aiment’ ou non la musique.  Écoutent-ils de la musique en permanence, non pas comme bruit de fond, mais comme nécessaire passion qui oblige à l’écoute constante ?  Peuvent-ils parler de musiques, de musiciens, de compositeurs et parler de leurs qualités, défauts, œuvres ?

 

Il n’y a pas que la musique qui met le cerveau en effervescence lorsqu’il est convenablement utilisé, il y a la littérature, la peinture, le cinéma d’art.  Ces ‘catalyseurs’ peuvent jouer le même rôle de titiller les neurones et synapses d’une manière positive.

 

Le terme de ‘ratatinement’ qu’utilise à bon escient Robert Musil est tout à fait adéquat.

 

Beaucoup d’êtres humains n’ont pas le sentiment de vieillir car ils n’ont peut-être pas non plus le sentiment de vivre.  Ils se sont embarqués sur une croisière à la destination inconnue (la mort, le temps de la mort, quand ?  comment ?  où ?), ils prennent leurs repas en commun avec l’un ou l’autre congénère, rient en commun, bavardent en commun, dansent en commun, dorment en commun et font les excursions programmées en commun ou en individuel, sans gros intérêt.  Pour passer le temps.  Et lorsque leur Titanic personnel ira percuter un iceberg, ils sombreront sans même avoir réalisé qu’ils vivaient auparavant.

 

J’appelle cela ‘vivoter’.

 

Cette vie automatique que l’on vit comme tout le monde, habitant dans une maison ou un appartement comme tout le monde, ayant une ou deux voitures comme tout le monde, allant en vacances durant les mois d’été, à Pâques ou au Carnaval, comme tout le monde, fait de millions d’êtres humains des robots sans goûts, intérêts ni passions, profonds.  On vivote, on tient son rôle dans une pièce absurde dont on ignore les tenants et aboutissants ; puis, on se met à vieillir par les deux bouts (pour ceux qui ont eu la chance de ne pas être vieux à l’âge de vingt ans), sans en comprendre le pourquoi.  On a tout fait pour ne pas vieillir pourtant.  On a dûment suivi les conseils des revues spécialisées, on a fait du jogging, du stretching, du fitness, on a surveillé sa nourriture et ses boissons, on a été faire dodo à temps, on a fait contrôler sa tension, son cholestérol, son taux de sucre.

 

Hélas, on a oublié de faire contrôler l’état du moteur cérébral. De lui mettre de l’huile, du carburant pour qu’il tienne la route.

 

A-t-il bien été utilisé durant ces décennies de conversations oiseuses avec des collègues, connaissances et amis que n’animait aucune passion véritable pour autre chose que le miroir de soi ?  Ce moteur a-t-il été curieux ?  S’est-il émerveillé d’entendre chanter un oiseau, de voir un pic dans le jardin ou un écureuil ? De voir voler un faucon ?  D’apercevoir un hibou près de la maison ?   A-t-il jamais admiré la noblesse de chevaux gambadant en liberté dans une prairie ?  A-t-il jamais eu la moindre curiosité culturelle à l’écoute de ces sons sortant de bouches parlant une langue étrangère et tenté de savoir de quel peuple, de quelle ethnie, sortaient ces paroles ?

 

Je crois que ce qui forme effectivement un rempart contre le vieillissement, c’est la capacité innée ou acquise qui nous propulse vers l’émerveillement, l’enthousiasme, la passion, perpétuels.  Et je crois également que ceux qui vieillissent tôt, physiquement ou mentalement (hormis ceux qui sont astreints à des travaux pénibles durant des décennies), se sont eux-mêmes condamnés à la vieillesse prématurée.

 

Regardez les médecins auxquels vous avez eu affaire.  Même parfois à un âge déjà avancé, ils restent jeunes, alertes, vifs, éveillés mentalement.  Ils sont à l’écoute des autres, doivent faire preuve d’un intérêt constant pour la médecine, se recycler en permanence.  Ils ne sont certainement pas du style à regarder journellement ces séries insipides à la télé ou à feuilleter ces feuilles de chou qui ne parlent que de sports et de crimes.

 

Après tout, ne devrait-on pas enseigner le ‘rester jeune’ à l’école ?

 

Apprendre aux jeunes ce qu’est une passion par rapport au surf sur la toile.  Leur apprendre que savoir beaucoup de choses n’est pas nécessairement le signe d’une culture ou, comme le disait si bien Robert Musil ‘il était intelligent, logique, il savait beaucoup de choses ; mais n’était-ce pas là des qualités de barbare ?’ (page 85).