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26/11/2012

La vie est belle en Belgique

La vie est belle !

 

Le nombre d’entreprises qui ferment pour causes de faillite atteint de nouveaux sommets chaque mois.  Le nombre d’ouvriers et d’employés qu’on licencie dépasse de loin tout ce que notre pays a connu depuis longtemps, et dans la presse on ne parle que des grosses entreprises or le nombre de licenciements dans les PME est à tout le moins égal aux licenciements en masse.

 

Des employés de grande surface commencent parfois à se plaindre du manque de clients bien plus tôt dans le mois qu’auparavant (on connaissait le phénomène des grandes surfaces vides les derniers jours du mois tout juste avant le paiement du traitement ou salaire sur le compte en banque).

 

Quand on se promène le soir dans certains lieux d’ordinaire achalandés et qu’on regarde le nombre de clients dans des cafés ou des restaurants, là aussi, c’est la dèche.

 

Récemment, j’ai dû prendre des rendez-vous dans des garages différents pour deux véhicules.  J’ai pu obtenir des rendez-vous à très courte échéance comme si ces garagistes m’attendaient justement.

 

On sait que la vente de certaines marques de voitures chute d’une façon spectaculaire, qu’il y a pour le moment une diminution de consommation d’électricité et de gaz dans notre pays.

 

Mon épouse, profitant d’une offre, est allée récemment dans une grande surface acheter un appareil photo Nikon avec deux objectifs (dont un 55-200) pour 500 euros.  Il n’y avait pas de file et encore plein d’appareils disponibles, pourtant elle n’y est pas allée le premier jour de cette offre exceptionnelle.

 

Bref la vie est belle !  Car les produits de luxe ne connaissent pas la crise, les voyages chers et lointains non plus.  Ceux qui ont du fric ne sentent pas la crise.

 

C’est normal car chez nous, à l’instar du candidat malheureux aux élections américaines, Mitt Romney, on ne veut pas taxer les riches ni la richesse.  Et quand je dis « on », je pense évidemment aux socialistes car des libéraux, on sait qu’il s’agit là d’un de leurs chevaux de bataille, le fait d’épargner les riches et nantis de ces turpides taxes.

 

Je ne me considère ni socialiste ni antisocialiste, ni libéral ni antilibéral.

 

Je me suis toujours considéré comme un être humain épris de démocratie et de principes d’égalité.  Je ne tiens pas à ce qu’on fasse une redistribution des richesses ni qu’on oblige les riches à se départir d’une partie de leurs richesses au profit des moins bien lotis.

 

Quand je parle de principe d’égalité, je ne pense pas plus que les hommes soient égaux d’un point de vue social ou de Q.I.  Je ne pense pas que les hommes aient les mêmes chances dans la vie, il y a bien trop d’impondérables (matériau génétique, dispositions mentales et physiques, physiologiques, milieu d’origine, différences de Q.I. et d’accès aux études, etc.) qui court-circuitent les meilleures volontés.  Il y a aussi le ‘destin’.  Pourquoi un enfant développera-t-il une leucémie ou un cancer à un âge précoce ?  Pourquoi une personne adulte devrait-elle mourir à trente-cinq ans, à quarante ans, ‘à la suite d’une longue et pénible maladie’ comme on le dit par euphémisme ?

 

Pourquoi certains ont-ils tout qui leur a réussi tout le temps ?  D’autres qui ratent tout, feront toujours les mauvais choix, tout le temps ?  À quoi cela tient-il ?

 

Les riches, ceux qui sont riches par tradition familiale, par héritage, par leur pugnacité à amasser une fortune, par hasard (lotto, etc.) ont évidemment le droit d’être riches.

 

Les pauvres ont-ils le droit d’être pauvres ?  Est-ce un droit d’être obligé de vivre dans la rue, à la merci de tout et de tous, sujet à des complications de santé, sujet à tomber dans la boisson et la négligence de soi ?

 

En Belgique, les socialistes ne veulent pas prendre l’argent des riches et le redistribuer.  Ce que je comprends.  Même si on accepte l’axiome de ‘la propriété c’est du vol’ (comme aurait dit Proudhon jadis), voler des biens ou des capitaux à ceux qui en ont trop, ce serait un vol manifeste.  Et, le voler pour le redistribuer aux pauvres, serait une aberration politique car il serait dès lors justifié de dire que le choix de la pauvreté (le droit à la pauvreté) serait récompensé par une compensation de l’État redistribuant ce qu’il aurait chipé aux nantis.

 

Mais, je suis peut-être niais.  Si on ne peut pas prendre chez les riches pour donner aux moins riches, l’État ne pourrait-il envisager que les riches contribuent aux charges de l’État d’une manière égalitaire ?  Égale ?  C’est-à-dire en fonction de leurs revenus et de leur fortune ?

 

Dernièrement, certains (des libéraux qui en général préfèrent que les plus démunis contribuent proportionnellement le plus aux déficits budgétaires et aux restrictions) ont parlé de ‘saut d’index’.  D’autres (les socialistes, pas plus futés, d’ailleurs) ont eux parlé d’augmentation de la TVA.

 

Sauts d’index et augmentation de la TVA touchent essentiellement les petits revenus par le biais d’une augmentation de l’assiette fiscale du ménage pour les consommations courantes, plus importante quand on dispose de petits revenus ; et, en proportion de leurs revenus, ces mesures touchent par contre très peu les riches, ils ont bien plus de ‘mou’ compte tenu du gouffre entre les capitaux qu’ils gèrent et ce que gère une famille monoparentale ou à bas salaire(s)’.

 

La Belgique me fait un peu penser à la Grèce.  Car ici aussi, on n’y taxe ni la richesse ni les apparences de richesse (piscines, yachts, villas somptueuses, collections d’œuvres d’art privées), ni les revenus de la richesse (participations dans des entreprise du type de sociétés anonymes, ‘stock options’ – cf. celle de Dehaene il y a quelques mois - émoluments plantureux pour des postes d’administrateurs dans des entreprises).

 

Mais cette façon de voir des socialistes qui ne veulent pas taxer le Capital (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tient peut-être au fait qu’il y a pas mal de cumulards dans ce parti, siégeant dans des entreprises publiques, des entités ou créations communales ou provinciales, des sociétés de logement ou autres sociétés parfois faites sur mesure pour planquer un petit copain ?

 

La vie est donc belle en Belgique.

 

Pour les riches en premier lieu, pour les petits copains politiques (il y en a évidemment dans d’autres partis puisque par la force des choses, on gouverne par coalition ici-bas) planqués dans des cumuls rémunérateurs, pour les patrons de grosses entreprises (on sait que le contrôle fiscal est quasi nul pour les entreprises, à peine un ou deux pour cent des déclarations fiscales d’entreprises font l’objet d’un contrôle de temps en temps), pour ceux qui sont gros actionnaires de sociétés anonymes ou bénéficient de plantureuses stock options ou de participations en actions à l’issue de chaque cycle annuel, pour ceux qui réalisent de beaux bénéfices lors de transactions commerciales (vente de stock options) ou boursières, pour tous ces commerçants du secteur Horeca qui préfèrent ne pas donner de souche TVA quand c’est possible, pour tous ces praticiens de professions dites ‘libérales’ dont des statistiques publiées de temps à autre indiquent clairement qu’ils constituent une sorte de sous-prolétariat (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tant leur niveau de revenus est affreusement bas, pour tous ces électriciens et plombiers, maçons, plafonneurs et autres corps de métier du bâtiment venant faire de petits travaux ou des réparations chez des particuliers et qui, autant que possible, préfèrent un paiement sans facture, histoire d’épargner la TVA (pas aux consommateurs de services).

 

Un exemple récent de fraude à une échelle vertigineuse.  Un fournisseur de bière en gros de la région de Waarschoot fait l’objet d’une enquête pour fraude à la TVA.  Il aurait livré de la bière sans ristourner la TVA au Fisc, à des milliers de patrons du secteur Horeca en Flandres occidentale et orientale.  Que dit à ce sujet le représentant du secteur Horeca pour la Flandre : « Mais ce sont maintenant d’énormes montants qui sont réclamés {par le Fisc, of course}.  Les patrons de café n’ont pas mis cet argent en poche : l’argent au noir est utilisé dans le secteur pour payer le personnel.  Cet argent est parti. » (De Standaard du 19 novembre 2012).

 

Je crois qu’il n’y a qu’en Belgique que de telles déclarations anti-étatistes sont possibles !  Je lis d’ailleurs que le gouvernement a décidé de surseoir de six mois à l’installation des caisses Horeca ‘intelligentes’…alors que d’un autre côté, il affirme vouloir lutter contre la fraude fiscale…

 

Car si la vie est en vérité belle pour pas mal de gens en Belgique, l’État en est pleinement fautif.  Car il n’assure pas de contrôles fiscaux adéquats pour les catégories qui sont les plus susceptibles de fraude ou d’évasion fiscale.  Il n’y a pas en Belgique d’intérêt réel pour la lutte contre la fraude, les détournements fiscaux et les abus de ce type.

 

Je viens de lire que près de 80 des Belges seraient pour l’instauration d’une taxe sur la richesse.  Pourquoi nos représentants politiques au gouvernement n’écoutent-ils pas les bons conseils ?  Eux qui ont tout de même été élus par ces voix et qui sont somme toute des « représentants de la Nation » ?

 

Si toutes les personnes en Belgique qui devraient être taxées en fonction des travaux effectués ou de services rendus l’étaient en réalité, si on prévoyait un minimum de, disons 10 % de taxe sur la richesse et les revenus de bénéfices réalisés en provenance d’opérations financières et boursières, si on se mettait à traquer les entourloupettes et paradis fiscaux, les brassages de participations aux bénéfices d’entreprises en actions ou stock options, si on instaurait les caisses intelligentes dans le secteur Horeca d’urgence, si on surveillait un peu mieux les revenus des professions libérales, devrait-on discuter durant 40 jours pour boucler un budget ?

 

Non !

 

L’argent irait après tout là où il doit aller et immédiatement, à la source : dans les caisses de l’État !

 

Et on reparlerait enfin de solidarité.

08/11/2012

'C'est la faute à Di Rupo', leitmotiv de Bart De Wever

 

Ford Genk ferme.  Di Rupo est le seul responsable. Il s’agit de la ‘wallonisation’ de la Flandre.

 

Quelque chose dérange Bart De Wever sur le plan politique et son impact sur la Flandre, c’est la faute à Di Rupo, au PS, à la Wallonie, aux Wallons.  Ne l’a-t-il pas dit lors d’une interview au Spiegel, en Belgique, il y a quelque temps ? Il y a en Belgique deux nations qui avancent selon deux vitesses et systèmes tout à fait différents (les Wallons à la traîne évidemment).  Oubliant par ailleurs Bruxelles, comme d’habitude, capitale de la Flandre mais que personne en Flandre n’aime ni ne défend jamais parce que trop francophone et francophile.

 

Après la marche triomphale de De Wever le 14 octobre dernier, certains (le bourgmestre de Gand Termont, le syndicaliste wallon Digneffe, le père Tobback) ont dit que certaines choses dans cette marche triomphale, cette manière de battre le pavé en célébrant la victoire, faisaient penser à Hitler, aux nazis, à l’ostracisme vis-à-vis des Juifs.

 

Pour bien comprendre la nature fasciste de la démarche de stigmatisation systématique de Di Rupo, du PS et de la Wallonie, qu’utilise à si bon escient De Wever, il faut nécessairement se plonger dans des textes de spécialistes de la psychologie des masses, car ici avec De Wever et ces dérapages verbaux perpétuels qu’il utilise comme des leitmotivs dénués d’idées nouvelles, nous ne sommes plus dans le strict cadre de débats et de déclarations politiques ordinaires mais plutôt dans une forme d’ostracisme.

 

Que disait Friedrich Hacker au sujet tu totalitarisme de type nazi sans son livre ‘Agression’ ?  « Pour les nationaux-socialistes, l’Allemagne, l’identité allemande, la mission allemande, furent des concepts centraux, autour desquels toutes les autres valeurs pouvaient se grouper et qui donnaient cependant des images expressives, dramatiques, du contre-type, de l’anti-image.  Dans la focalisation de l’ennemi non-allemand, on pouvait y emboîter en politique interne  les communistes, les libéraux, les Juifs ».

 

Voilà les deux éléments essentiels d’une démarche de type fasciste : nous avons d’une part un personnage à l’ego surdimensionné qui croit à lui seul personnifier sa ‘Nation’ et, pour rallier le plus possible de voix d’électeurs dégoûtés par les partis politiques traditionnels, il crée l’anti-image, le contre-type, en d’autres mots l’« ennemi », celui par qui et à cause de qui tous les maux, tous les malheurs, surviennent et qu’il faut combattre en premier lieu et tout le temps en matraquant le message sans arrêt.  Di Rupo, son nœud papillon (l’objet de risées chez les nationalistes flamands et même de slogans politiques nationalistes), les Wallons, la Wallonie, le PS, sont les archétypes de l’ennemi du développement et de l’épanouissement de la Nation flamande.  Pourquoi ?  Pour une question d’argent.  Ces Wallons (fainéants) leur coûtent bien trop et mettent en danger leur propre bien-être flamand.

 

Que disait Erich Fromm au sujet du narcissisme de masse (dans « Le cœur humain ») ? : «En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  Si l’on songe par exemple aux théories des petits Blancs du Sud des Etats-Unis sur les Noirs, ou encore à celles des nazis sur les Juifs, il est facile de voir à quel point elles sont faussées (…) Le narcissisme collectif demande une satisfaction, au même titre que le narcissisme individuel.  À un certain niveau, cette satisfaction est fournie par le dogme commun de la supériorité du groupe auquel on appartient, supériorité qui a pour corollaire l’infériorité de tous les autres groupes. »

 

Caractéristique ici sont le manque total d’objectivité et une déformation – pathologique – du jugement rationnel. Prenons le cas de Ford Genk que De Wever a traité de « wallonisation de la Flandre », la faute à ce marxiste de Di Rupo qui refuse d’alléger les charges patronales.  Les patrons de Ford ont clairement indiqué que ce n’était pas le niveau salarial plus élevé dans l’usine de Genk qui était la raison de la fermeture, mais une surcapacité de production.  Et, même si cet argument de coût salarial trop élevé tenait la route, réfléchissons de manière rationnelle et objective.  Di Rupo est le premier ministre d’un gouvernement de coalition comprenant 6 partis, dont 3 partis flamands représentant la majorité des voix dans la partie flamande et démocratique du parlement fédéral.  Peut-on croire un seul instant, quand on voit la durée des discussions pour boucler le budget, que Di Rupo impose une politique marxiste aux 5 autres partis de son gouvernement sans leur consentement ?

 

Une autre preuve évidente de ce narcissisme collectif autour de la personne du chef de la N-VA, c’est que s’il devait ne plus être à la tête de son parti, le nombre d’adhérents et de voix électorales chuterait d’une manière drastique.  Pourquoi ?  Parce que, bon parleur et débatteur tel qu’il l’est incontestablement, il se pose de plus en plus non pas comme l’homme fort de la Flandre mais comme son seul porte-parole.  Il rassemble donc en lui et autour de sa seule personne toutes les opinions opposées aux partis traditionnels, qu’il gagne par des slogans simplistes, d’ultra-droite, poujadistes, nationalistes, répétitifs, ce qui fait que tous ceux qui se sentent d’esprit N-VA sont fiers de cette appartenance, « nous contre tous les autres ».  Il y a une part d’illumination sectaire dans cette démarche de type fasciste qu’a accentué la marche triomphale d’Anvers le soir du 14 octobre 2012.  Et là encore, alors qu’on aurait pu s’attendre chez tout homme ‘normal’ à la révélation de sentiments de joie personnels et compréhensibles vu les circonstances de l’accès au mayorat d’Anvers, peut-être même des larmes ou un rire gêné, qu’a-t-on vu ? De Wever brandit à nouveau le spectre du Di Rupo marxiste, source de tous les maux de la Flandre.  De Wever a célébré non pas son choix en tant que bourgmestre potentiel de la ville la plus peuplée de Belgique, mais la victoire contre le marxisme à la Di Rupo. Il a élevé un simple scrutin communal au rang de référendum fédéral.  Cela m’a fait penser non pas aux marches triomphales que les nazis firent en Allemagne dans les années 30 mais à cette danse de la victoire d’Hitler après la signature de l’acte de reddition de la France en juin 1940. « Je les ai eus ! »  Esprit de revanche, petit esprit borné !  Mais futé car il engrange les voix de tous les dégoûtés, les envieux, les égoïstes, les partisans d’une Grande Flandre Indépendante.

 

Revanchisme, perte de rationalité, manque d’objectivité, slogans poujadistes à l’emporte-pièce, cela colle à une démarche fasciste éprouvée.  Qu’écrivait récemment un commentateur flamand dans « Weekblad », le supplément du week-end du Standaard du 3 novembre 2012, à propos de la controverse entre Digneffe et De Wever : « …c’est dommage mais en essence, Digneffe n’a rien dit de choquant et, en même temps, sa remarque n’était pas non plus dénuée de tout sens : il faut en effet craindre que De Wever, dans les prochaines années, imputera nombre de problèmes d’Anvers au PS.  Il l’a fait les années précédentes avec les problèmes de la Belgique et de la Flandre.  Dans toutes les élections récentes, son mélange de nationalisme et de libéralisme de droite lui a délivré des succès monstrueux, donc, pourquoi changerait-il. »  Et un sondage récent abonde dans ce sens, 37 % environ des Flamands trouvent la N-VA un parti crédible, les autres partis flamands (hormis Groen) tombant en dessous des 20 % de crédibilité.

 

Le philosophe Marcel Gauchet, interviewé dans Marianne (du 6 au 12 novembre 2010) indiquait ceci à propos du totalitarisme : « Les totalitarismes s’efforcent de résoudre un autre aspect du problème de la représentation : la discordance des opinions.  Le parti conjure magiquement cette discordance : il permet d’obtenir le peuple-idée en actes.  Au-delà, le leader suprême résume en sa personne à la fois l’âme du peuple et le corps de la collectivité. »

 

Coucou !  Ne repensez-vous pas à De Wever qui veut personnifier l’âme et le corps de la collectivité de sa Nation flamande ?  La N-VA est d’ailleurs, en Flandre – hormis le Blok dont on connaît la politique – le seul parti qui se pose des questions sur la Nation flamande, tentant tant et plus d’en revenir à cette notion qui n’est qu’un tremplin vers une émancipation régionale sous la forme d’indépendance.  Mais une Nation flamande quand on connaît les susceptibilités et sensibilités des West-flandriens et Limbourgeois opposés à la soi-disant suprématie des Anversois, tous ignorant bien sûr la destinée de Leur Capitale Bruxelles !

 

Toutefois, De Wever, en dehors de ses diatribes contre Di Rupo et les Wallons, personnifie un autre danger que peu d’observateurs notent.  Il représente un courant nationaliste et néolibéral de la pire espèce sur le plan économique.  Il est soutenu par une partie importante du patronat flamand (47 % des patrons d’entreprises voteraient N-VA selon un sondage d’il y a un mois).  Et, s’il ne peut être taxé de racisme (hormis à l’égard des Wallons et des Bruxellois, ce qui n’est en soi pas rien), on peut le soupçonner de mettre le social au rang des valeurs dont il faudrait revoir l’architecture dans le sens d’une déconstruction organisée.  Dans l’éthique néolibérale à laquelle il adhère à fond, seul le travail est digne d’être considéré comme noble.  Il conduit au bien-être.  Et s’il faut booster certains des secteurs de la sécurité sociale (allocations familiales, vacances annuelles qui profiteraient ainsi aux Flamands travailleurs), il me paraît clair qu’un De Wever ne doit pas être essentiellement différent du perdant des élections américaines, Mitt Romney (De Wever ne professe-t-il pas une grande admiration pour Cameron qui est en train de saper dans les dépenses publiques dont les sociales et dont le pays n’a jamais signé le volet social du Pacte de croissance européen) ;  je pense qu’un De Wever au pouvoir s’attaquerait aux allocations de chômage, favoriserait sans doute les 2e et 3e piliers des pensions (leitmotiv des néo- ou ultralibéraux).  Dans son premier jet de programme de discussions pour Anvers, n’a-t-il pas mis que pour les demandeurs d’assistance sociale (CPAS), une des conditions d’accès à l’aide sociale serait un passage obligatoire par des cours de langue néerlandaise ?  Ou l’ostracisme par la langue du sol.

 

Voilà.  De Wever n’est pas un fasciste.  D’aucune façon.  Mais pourquoi, lui qui est un historien réputé, utilise-t-il ces méthodes fascistes de stigmatisation systématique d’un ennemi de sa Nation qu’il croit représenter en son humble personne ?

 

Un point positif, à ce qu’il me semble, c’est que j’ai lu que certaines têtes pensantes de la N-VA sont assaillies de mails et de courriers critiques, voire injurieux. Ce qui me fait dire qu’il y a en Flandres des personnes qui ne sont pas dupes du jeu aux relents fascistes que joue De Wever.

 

Il nous incombe à nous francophones et Wallons d’attaquer De Wever – non pas par peur de la scission du pays – là où il est réellement vulnérable : sur son apparenté de démarche avec Hitler, sur ses programmes économique et social à la Cameron et Mitt Romney, sur son dédain du social, sur son racisme vis-à-vis des francophones et des Wallons.  Sur sa haine viscérale de Bruxelles qu’il se plaît à ne pas reconnaître ni en tant que région ni en tant que partenaire futur pour des discussions sur l’avenir confédéral de la Belgique…

 

Il n’est pas trop tard mais il serait temps que l’on recadre ce bonhomme en le plaçant dans son véritable – et dangereux – contexte historique.

20/05/2012

Expressions, citations, proverbes, calqués sur la vie politique actuelle

Vlaanderen waar de Vlamingen zich thuis voelen

Au plus fort de la lutte pour l’émancipation linguistique, on pouvait lire cette phrase sur des panneaux à l’entrée de certaines communes, le plus souvent situées à la périphérie de Bruxelles ou dans ces communes du Brabant flamand jouxtant cette francophonie si haïe.

 

Si on examine cette expression à la lumière (attention, lumière est ici à interpréter dans le sens de retour aux ténèbres…) de l’ère présente, on voit que ce discours ethnocentriste, égoïste, a été repris, notamment par Bart De Wever, et Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en France.  Que prônent ces gens que d’aucuns disent bien-pensants ?  Le repli sur soi, l’intégrité raciale, linguistique, religieuse, de la population, des frontières fermées à l’afflux d’immigrés, la défense des vraies valeurs nationales.  Valeurs souvent aux antipodes de la nécessaire tolérance dans une société hybride, du cosmopolitisme qu’un monde moderne nous impose sous peine de périr, des principes d’égalité, de fraternité et de nécessaire solidarité sociétaire.

 

 

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours (avant de l’avoir tué)

La Flandre se voit déjà indépendante.  Riche, repliée sur soi.  Fière, arrogante, proclamant haut et fort les droits sacrés du sol et de la langue.

 

Ce que ces politiciens de maigre envergure oublient – car ils ont le nez pointé sur le court terme – c’est que la Flandre dans quarante/cinquante ans, ne sera pas tellement différente de ce que la Wallonie a connu quand son déclin économique a sonné dès la fin des années soixante.  Parce qu’une industrialisation à outrance, avec son lot de pollutions atmosphérique, des voies d’eaux naturelles et des nappes aquifères, la pollution due au lisier de l’élevage de porcins (et le défaut de mesures adéquates pour contrecarrer ce fléau), feront en sorte que leur population sera de plus en plus touchée par des maladies liées à ce manque de prévoyance politique, entraînant son inévitable lot de maladies chroniques, d’invalides, de personnes handicapées.  Les signes avant-coureurs ne trompent pas : élévation du nombre de naissances avant terme (avec ce que cela implique de risques de handicap physique ou mental irréversible), montée effroyable chez les jeunes de maladies d’allergie ou d’asthme, surcharge pondérale chez les jeunes dès l’âge tendre (< de 8 ans), pics de pollution à répétition dès qu’il y a un anticyclone durable avec peu de vent, particules fines dont les effets à long terme ne sont pas encore connus mais qui sont liés à des pollutions industrielle et de parc automobile, effets encore inconnus des lignes à haute tension et des émissions dues à des antennes GSM, effets à long terme de pollution industrielle (Anvers, Gand…), effets à long termes de laprise d’hormones de synthèse chez les femmes…

 

Les politiciens flamands tablent sur la prospérité actuelle pour vouloir leur indépendance. 

 

Quand ils l’auront (parce qu’ils la décrocheront tôt ou tard grâce à la pusillanimité habituelle de nombre de politiciens wallons et francophones), ils en payeront le prix fort, à l’instar de ce subit actuellement la Wallonie…mais il n’y aura plus de solidarité wallonne…

 

HAINE

En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur (Mahatma Gandhi – Tous les hommes sont frères)

Vivons donc heureusement, sans haïr ceux qui nous haïssent.  Parmi ceux qui nous haïssent, passons dépourvus de haine (Bouddha – Dhammapada)

Tout cela, n’en déplaise aux puristes, c’était bon pour le passé. Pour Gandhi, notamment, que je respecte car son discours de paix et de fraternité est immortel.  Mais, si Gandhi avait eu comme ennemi politique les nazis ou les gens du NKVD (à l’époque des purges et terreur staliniennes dans les années 30, 40), il se serait retrouvé bien vite incarcéré et transformé en cendres chez les Boches ou en bloc de glace chez les Soviétiques.

 

Prenons le cas actuel de l’intégrisme islamique, y répondre par des discours sur la paix universelle, l’indispensable fraternité entre races humaines, ne mènerait qu’à plus d’attentats, de bombes de kamikazes ou d’actes de folie ciblée.  Ces gens sont insensibles à la raison, ils ne pensent qu’en termes de bourrage de crâne.  De Gandhi, ils n’auraient fait qu’une victime de plus de leur folie organisée.

 

Lorsqu’on voit certains types de discours poujadistes, populistes, prônés par certains politiciens certes populaires mais dépourvus de tout sens de l’État, que faut-il en penser ?  Bart De Wever hait les Wallons et les francophones qu’il considère comme des fainéants, des profiteurs, des assistés, Marine le Pen pense la même chose mais à l’égard de toute personne vivant en France et qui n’a pas la couleur locale (comme disait un tube de musique africaine, dans les années 80).

 

Doit-on y répondre – en tant que démocrates cosmopolites – par l’indifférence, la non-haine ? 

 

Pas du tout, il faut haïr ces gens-là et transformer notre haine intellectuelle à leur égard en armes intellectuelles.  Les combattre non pas par la pusillanimité et les bonnes manières.  Dire haut et clair dans quelle mesure leur message politique est fasciste et rappeler les précédents, Hitler mais aussi Franco, Salazar, les colonels en Grèce, les régimes fascistes en Argentine, en Uruguay, au Chili, des régimes qui prônaient l’intolérance, le repli sur soi, le refus du pluralisme politique, l’anti-cosmopolitisme, l’ethnocentrisme.  Parler de valeurs nationales, de Nation, c’est ce que faisait Hitler jadis (ein Reich, ein Volk, ein Führer).

 

HUMILITÉ

Attache plus de prix à être un humble vertueux qu’un riche orgueilleux (Cervantes – Don Quichotte)

Une citation faite sur mesure pour les Flamands de maintenant qui adorent arborer leur richesse : villas, deux ou trois voitures par famille, teint hâlé grâce aux nombreuses vacances (sports d’hiver, grandes vacances, trips), quincaillerie portée à la vue de tout le monde (y compris des petites frappes qui n’en demandent pas plus).  Leur richesse individuelle et régionale a déteint sur leurs modes de penser.  Imprégnés de cette richesse fraîchement acquise (il y a deux générations, c’étaient encore des boerkes), ils ont développé une arrogance politique telle qu’ils se croient tout permis.  Et comme les frères déshérités au sud du sillon Sambre-Meuse vivent dans le besoin de transferts en provenance de ce nouvel Eldorado flandrien, les politiciens flamands se sont sentis pousser des ailes de conquérants.  Ils se prennent maintenant pour de nouveaux conquistadors et la première chose à conquérir ce serait leur liberté loin de cette devise nationale (l’Union fait la Force) tant haïe par eux.  Mais, me dis-je, plus haut est le vol, plus dure sera la chute…

 

UNITÉ

Tous pour un, un pour tous (A. Dumas – Les Trois mousquetaires)

Certains pourraient croire que les Flamands sont unis.  Oui, de manière superficielle, car bon nombre d’entre eux vote pour des mouvements d’émancipation nationale (près de 50 % si on additionne les votes pour la N-VA, le VB et LDD).  Rien ne serait plus fallacieux de le croire.  Il suffit de lire leur presse, de connaître leurs mentalités, pour savoir que les Anversois se croient les seuls véritables représentants – l’élite de la Nation flamande - d’une Flandre prospère, économiquement et intellectuellement.  Tous en Flandre  s’accordent pour dire que les Limbourgeois et les West-Flandriens sont les parents pauvres – mentalement – d’une Flandre arrogante et fière de sa richesse.  Combien n’y a-t-il pas de blagues flamandes faites sur les dos des Limbourgeois et des West-Flandriens dont on se gausse allègrement, de leur comportement arriéré, de leur accent de ‘paysans’, de leur manque de grâce sociale dans une Flandre qui joue avec les plus grands du monde…

 

Un jour un collègue flamand m’a dit qu’il y avait bien plus de transferts de la Flandre vers le Limbourg que vers la Wallonie.  Et quant aux boerkes west-flandriens, moi qui les fréquente et connais leur mentalité, j’ai remarqué qu’il y a bien moins de flamingants à la Côte (flamande ou belge, c’est kif-kif) que chez ces gens habitant du côté de Hal, Dilbeek ou Rhode.

 

Et, quand on parle d’unité flamande, on sait bien que les Flamands défendent les intérêts des Flamands de Bruxelles, bec et ongles alors bien qu’ils détestent Bruxelles et feront tout pour ne jamais permettre à Bruxelles d’assumer son statut de capitale européenne peuplée d’une majorité écrasante de non-Flamands !

 

La place de l’homme dans la vie est marquée non par ce qu’il sait, mais par ce qu’il veut et ce qu’il peut (G. Le Bon – hier et demain)

Nous vivons dans l’ère du savoir.  Jamais auparavant dans l’existence terrestre, autant de savoir (de connaissances) n’a-t-il été disponible aussi facilement et rapidement – à portée de quelques clics de souris.  Jamais pourtant, n’a-t-on eu si peu de personnes cultivées.  Et, c’est vrai, nous n’en sommes – hélas – plus à l’ère du savoir, ce qui compte maintenant c’est l’action, c’est le pouvoir, c’est la capacité de réaliser.

 

Bart De Wever est un homme cultivé, je le sais car j’ai un jour vu une émission à la VRT, tard le soir, où, en compagnie de Van Rompuy, il a montré qu’il était aussi un véritable animal cultivé, sans ironie ni critique.  Un véritable intellectuel.  Or, ce qui porte, ce qui est porteur de suffrages électoraux, ce n’est pas du tout sa culture, ce sont des slogans simples, faciles à retenir, souvent faux sur le fond, populistes, poujadistes, un brin fascistes (suprématie d’une nation sur les autres, nécessité d’avoir un ennemi extérieur commun, défense des vraies valeurs nationales, recherche d’une valeur-nation, etc.).  Marine et Nicolas en France, n’étaient pas du tout des gens cultivés, et si on peut leur accoler le terme de ‘culture’ sur l’uniforme de politicien qu’ils ont endossé, ce serait celui de ‘monsieur tout le monde’ qui sait beaucoup de choses comme n’importe quel pilier de bistrot populaire  pour ne finalement savoir rien du tout dans aucun domaine relevant de la vraie culture, de l’histoire.

 

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Je me suis largement inspiré du « Dictionnaire des Citations du Monde entier » de Karl Petit, Collection Marabout.

 

Karl Petit que j’ai eu le privilège de côtoyer, un grand homme, connaisseur de l’Orient, de son art, un être cultivé comme on n’en rencontre plus.  S’il a « voulu », s’il a « fait », ce le fut sur le plan de la culture, du savoir, non de l’action.

 

Qui se souvient de lui, ou de Joseph Devondel, autre admirateur et connaisseur de l’Orient et, surtout sensei en yoga et tai chi chuan que j’eus également le privilège de côtoyer.

 

Le devant de la scène actuelle, les feux de l’actualité, sont braqués sur les faiseurs, les beaux parleurs, ceux qui réalisent des choses.

 

Pour ceux qui, comme moi, pensent, savent, nous vivons en coulisse ou de manière souterraine.  Far from the madding crowd…

 

Dans cinquante ans, il n’y aura plus de culture, plus que des clics de souris, sans compréhension véritable, sans ajouts d’interprétation, de raisonnements, personnels. 

 

D’ailleurs, quand on voit avec quel succès des épouvantails aussi creux que De Wever, Sarkozy, Le Pen, attirent les suffrages par des discours empreints de simplismes, on peut déjà pressentir quel sera le sort – intellectuel, historique – de notre monde s’il continue dans la même lignée de nivellement par le bas…