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19/09/2014

LA STRATÉGIE DE POURRISSEMENT DE CERTAINS PARTIS FLAMANDS

L’échec du oui au référendum sur l’indépendance de l’Écosse tempérera l’appétit de la N-VA pour tenter la même expérience.  Et encore, ce parti en a fait l’article majeur de son programme, mais selon de Standaard seuls 20 % des Flamands seraient réellement pour l’indépendance de la Flandre, donc la moitié des votes cumulés de la N-VA + Vlaams Belang + LDD.  Il faudrait toutefois ajouter que si, dans le débat sur l’indépendance de l’Écosse, on parlait des richesses (pétrole notamment, mais certaines fortes industries telle celle du whiskey par exemple ou le saumon) de ce nouveau pays, dans une Flandre indépendante, celle-ci serait lourdement hypothéquée de près de 60 % de la dette publique belge – soit à peu près 180 milliards d’euros pour la seule Flandre ! -, dès le départ et il n’y aurait ni pétrole ni whiskey ni saumon  pour amoindrir la charge des intérêts de cette dette.

 

On sait que la N-VA a une stratégie de pourrissement de l’État fédéral.  Prouver, même en participant au gouvernement fédéral, qu’une Belgique n’est plus gérable sur le plan fédéral – national -, est l’objectif de ce parti.  Un échec d’une telle coalition ou un désaveu massif (par exemple à la suite de grèves prolongées ou de détérioration de la situation économique) démontrerait a fortiori qu’il faudrait passer à l’étape suivante, la séparation de corps et de biens des entités belges.  Sauf que pour la N-VA Bruxelles – entité qu’elle ne reconnaît pas – serait placée sous tutelle des entités séparées, Flandre t Wallonie!

 

Récemment, on a chanté les louanges de Wouter Beke, le président du CD&V, qui a choisi de sacrifier Peeters, le futur 1er Ministre, pour permettre à Marianne Thyssen d’obtenir un poste de commissaire européen.  De Standaard a même écrit en titre d’un article laudatif que c’était là un ‘coup de maître’.  Je n’ai pas la même lecture.  Jai vu jadis dans une interview de Beke qu’il se disait ‘flamingant’ (son propre terme en néerlandais).  Je pense, moi, que Beke a un agenda caché.  Il regrette peut-être le cartel avec la N-VA et, donc, en sacrifiant le poste de 1er Ministre de Belgique, en permettant sans doute que ce soit l’une ou l’autre des personnalités francophones du MR qui l’endosse, on pourrait à terme, N-VA et CD&V tendrement réunis et confondus dans une même idéologie séparatiste, juger que la Belgique, dirigée par un 1er Ministre francophone ou wallon, est ingouvernable.  Sachant que ce gouvernement de centre-droite (mais où est le centre dans cette coalition ’suédoise’?) amènera inévitablement, à terme, des conflits sociaux et qui sait, peut-être même de la bisbrouille entre les partenaires.  Car Beke, ce faux grand maître croit que ce qui donne des voix à la N-VA, ce n’est pas son programme économique, mais surtout et uniquement leur désir d’indépendance pour la Flandre.  Il croit donc qu’en œuvrant en coulisse dans le même sens que les séparatistes, il regagnera des voix de la N-VA.

 

Je pense que Wouter Beke a choisi le camp de la N-VA et du pourrissement.  Je crois que lui aussi a choisi de manière délibérée – et sans le dire – le camp des indépendantistes, le camp de ceux qui lègueront à leur peuple une dette d’environ 180 milliards d’euros si jamais on devait arriver à un référendum et à une indépendance de la Flandre.  Que la N-VA refuse systématiquement le poste de 1er Ministre sur le plan fédéral en dit long sur leur stratégie.  S’ils veulent bien être associés par le biais à une participation au fédéral, ils ne souhaitent pas qu’un éventuel 1er Ministre de leur propre parti (et surtout pas De Wever) porte le chapeau de l’échec programmé de cette coalition suédoise. Car l’échec est déjà programmé, souhaité, voulu, ce sera la preuve, une fois de plus, que la Belgique a vécu son temps et qu’il est temps de passer à des entités fédérées ou indépendantes.  Que le MR soit aveugle ou insensible à cette stratégie délibérée est navrant, sauf que je pense que l’attrait de 7 postes ministériels demeure le principal leurre qui guide leurs choix et décisions politiques.

 

J’ai bien ri quand j’ai lu que Maggie De Block était la politicienne la plus populaire en Belgique, celle qu’on verrait volontiers – tant en Flandre, à Bruxelles qu’en Wallonie – 1er Ministre du Royaume.  Outre sa laideur intrinsèque et son poids, qui a mon sens, constituent un handicap pour les relations internationales de notre pays si elle devait être 1er Ministre en titre (quelle image de notre pays donnerait-on?), le pire c’est que pas une seule personne de celles qui ont été sondées pour le sondage d’opinion et qui la verrait à ce poste ne serait capable de décrire un seul point du programme, une seule idée politique, une seule ligne de conduite politique, que cette brave dame aurait.  J’ai lu que quand on lui a demandé quel sentiment cela donnait d’être citée comme 1er Ministre potentielle, elle a répondu ‘Dat is een tof gevoel’ (c’est un chouette sentiment).  Sauf que ‘tof’, pour elle qui est médecin donc censée être intellectuelle, c’est un mot que ni adolescents ni adultes flamands n’emploient, seuls des enfants en bas âge utilisent ce mot avant de passer, plus tard, à des termes un peu plus relevés.  Selon, De Standaard, tout ce simulacre autour de De Block en tant que 1er Ministre ne vaut que pour lui permettre d’avoir un ‘gros’ portefeuille dans le prochain gouvernement, car elle n’a aucune chance d’être 1er Ministre.  Heureusement pour l’image de la Belgique!

 

Marc Reynebeau, l’un des faiseurs d’opinions les plus intelligents et influents du Standaard (capable de beaucoup de traits d’humour aussi, il suffit de lire sa rubrique ‘De Week volgens Marc Reynebeau’ dans le supplément du Standaard du week-end) a, dans un article récent[A] fustigé tant le gouvernement fédéral en devenir que le gouvernement flamand, qui font abstraction de leur rôle d’arbitre neutre, et témoignent leur attachement unique aux valeurs et idées patronales, abandonnant ce qui avait toujours fait la grandeur de notre tissu social, le dialogue social, inscrit dans la loi et qui seul jusqu’à présent, et ce depuis automne 1944 -  a permis d’éviter des conflits comme en ont connu le Royaume-Uni sous Thatcher et la France.

 

Ce qu’il dit est intéressant et mériterait qu’on en fasse plus de publicité:

 

En cela, le gouvernement flamand – tout comme le futur  gouvernement fédéral de coalition, analogue sur le plan idéologique – n’est plus un arbitre neutre dans le champ classique des tensions sociales.  Il prend parti au contraire, ce qu’il démontre en reprenant le discours patronal et donc, son matériau idéologique (…)  Cela se trouve aussi écrit dans l’accord de gouvernement.  Il opte pour ‘une gestion par l’autorité’ d’économie de marché et reconnaît dans cette logique uniquement les entrepreneurs en tant que créateurs ‘de prospérité et d’abondance

 

Remarquons aussi que bien qu’il y ait de plus en plus d’économistes sur le plan international et belge, qui vont maintenant dans le sens d’un stop à l’austérité, nos partenaires à la coalition à la suédoise n’ont que ce mot à la bouche, évidemment puisque Bart De Wever – et le MR dans une certaine mesure – n’ont comme idoles et points de référence politiques que des gens comme Thatcher ou Cameron.  Les déclarations venimeuses récentes à l’égard des syndicats de certaines des têtes pensantes de la N-VA donnent à penser que le dialogue social est mort et qu’on entre de plain-pied dans une ère thatcherienne de diktats et de recul social.  La Flandre déjà diminue les subsides aux organisations culturelles et sociales, augmente le minerval dans les universités, supprime la gratuite de transport pour les seniors flamands et ce n’est qu’un début.  Retour aux années 70 et 80 et à cette ère néolibérale qu’illustrèrent Thatcher et Reagan.

 

Ce syndicaliste de l’ACV n’avait pas tort quand il a parlé d’une coalition ‘Monaco’ plutôt que suédoise.

 

Si l’avenir en Belgique ne s’annonce pas rose, il s’annonce décidément jaune et noir (N-VA) avec la participation enthousiaste du MR, ces renégats francophones, ces fossoyeurs de l’État belge!  Incapables de comprendre dans quel jeu de dupes ils se laissent entraîner ou plutôt les mirettes fixées sur ce Veau d’Or que constituent postes ministériels et cabinets ministériels.

 

Quant à Lutgen, il aurait dû participer à cette coalition, la participation de son parti aurait été un gage de démocratie face à ce tsunami néolibéral qui va bientôt nous engloutir!

 

Deux choses maintiendront l’unité du pays en l’état: (un) la Royauté, (deux) l’impossibilité constitutionnelle d’organiser un référendum séparatiste.

 

  



[A]De Standaard du 17/9/2014)

22/04/2014

Certains aspects ignorés de la Première guerre mondiale

Récemment, en zappant je suis tombé sur une émission de Ruquier où avaient été invités les réalisateurs d’ ‘Apocalypse 14-18’.  Et j’ai entendu quelqu’un dire ‘il n’y avait ni bons ni mauvais’ et cela sembla être la conclusion de cette partie du débat.

 

Aberrant!

 

L’Autriche déclare la guerre à la Serbie à la suite de l’attentat de Sarajevo, l’Allemagne envahit la Belgique et s’attaqua à la France et on ose dire 100 ans après qu’il n’y eut ni mauvais ni bons dans ce conflit!

 

La semaine dernière, j’ai regardé les deux premiers épisodes d’ ‘Apocalypse 14-18’, bien que je me méfie de ces réalisateurs car pour leur documentaire sur la Deuxième guerre mondiale, j’avais ça et là noté des raccourcis historiques gênants ou des failles d’information; puis il y eut ce documentaire qu’ils firent sur Hitler où leur thèse voulait qu’Hitler ait été victime de délires.  Ces auteurs avaient évidemment confondu délires du point de vue d’un symptôme médical d’une psychose (paranoïa par exemple) et le simple fait que Hitler dès les années 20 et surtout dans son livre ‘Mein Kampf’ avait défini de manière précise quels étaient les ennemis de la Nation allemande et ceux responsables de l’état de faillite dans laquelle elle se trouvait alors, à savoir les bolcheviques et les Juifs.  Et après ‘Mein Kampf’, il poursuivit sans cesse, convainquit les généraux de l’armée, les industriels, la population, de la nécessité d’en découdre avec ces ennemis du IIIe Reich, les bolcheviques et les Juifs.  Et ce n’étaient pas là des délires psychotiques mais des visions politiques. Il était certes fou et de plus en plus vers la fin de sa vie, mais ce qui le motiva depuis le 11 novembre 18 (le coup de poignard dans le dos du soldat allemand), ce furent des idées fixes, et, il se forgea les moyens pour les réaliser, avec l’aide de toute une nation allemande – et autrichienne - enthousiaste.

 

Les deux premières parties d’Apocalypse 14-18 sont excellentes en ce qui concerne le choix des photos et images animées et colorisées (comme on dit maintenant), mais ce qui m’a frappé d’emblée – moi qui m’intéresse aux guerres depuis plus de 50 ans -, ce furent les failles, les non-dits, qui étaient essentiels pour comprendre cette mécanique de destruction à grande échelle que fut ce conflit.

 

Aucune mention, aucune photo (il y en a pourtant) de la première attaque aux gaz (ypérite) du 22 avril 1915 à Steenstraat (près de l’Yser) où des soldats français furent les premières victimes (des indigènes en fait). L’utilisation de gaz asphyxiants, une monstruosité que reprirent à leur compte les nazis pour les camps de la mort. On commente évidemment certains faits (notamment la journée où l’armée française subit sa plus grosse perte en hommes, car un livre vient de paraître à cet égard et tout le monde en parle), nul mot par contre sur la première retraite des Français à Charleroi, du contingent britannique à Mons. 

 

J’ai entendu dans le documentaire que les Français assuraient la retraite en parfait ordre.  C’est parfaitement faux, seuls les Britanniques et les Belges assurèrent des retraites ordonnées (avec arrière-garde chargée de tenir l’ennemi à distance), pour les Français par contre il n’y avait pas de plan de retraite, ce fut parfois le chaos sur les routes car les plans militaires français étaient fondés sur le ‘furia francese’, l’attaque à la baïonnette, dont nulle mention dans le documentaire.  Stratégie d’imbéciles pourtant essentielle et qui coûta des centaines de milliers de vis de Français fauchés par les tirs de mitrailleuses allemandes.

 

Je n’ai rien entendu dire non plus sur les stratégies militaires, le plan von Schliefen qui prévoyait de contourner les Français via la Belgique, le fait qu’une fois les forces allemandes tenues en échec un peu partout (France/Belgique), les Boches firent en sorte de détenir les hauteurs (cf. le saillant d’Ypres, Passendaele, etc.) leur permettant des champs de tir meurtriers via les mitrailleuses afin de contrer les attaques ennemies.  On parle du massacre et de l’incendie de Louvain mais rien sur les autres exactions boches qui furent aussi sanglantes que nombreuses.  Évidemment, on ne peut pas parler de tout mais on pourrait à tout le moins avoir parlé de la manière dont les Allemands outrepassèrent les règles en usage vis-à-vis des populations locales lors de conflits armés.

 

Dans le passage sur l’invasion des Dardanelles, c’était tout à fait frappant, la manière dont les Turcs, conseillés par d’excellents généraux allemands, tenaient les hauteurs et firent des ravages parmi les troupes ANZAC (Australiens et Néo-Zélandais), françaises et britanniques envoyées au casse-pipe. Aucune mention de ce bateau britannique, qui lors du débarquement dans un port des Dardanelles en avril 1915, et duquel débarquèrent des troupes britanniques fauchées par des mitrailleuses et mortiers situés sur les sommets aux mains de Turcs. Aucune mention non plus de Pine Cove aux Dardanelles, cette attaque par les soldats de la cavalerie légère australienne (à pied, évidemment) envoyés à l’assaut hors des tranchées sur une position ennemie en hauteur et bien organisée, alors qu’en fait cette attaque ne fut qu’une simple diversion chargée de concentrer des forces adverses alors qu’un autre débarquement avait lieu sur cette presqu’île.  Unité presque décimée dans sa totalité.  Aucune mention de la faiblesse intrinsèque des officiers supérieurs britanniques et français, incapables de s’adapter à de nouvelles situations militaires et dont les états-majors se trouvaient en général dans des châteaux à une quinzaine de kilomètres à l’arrière.  Ni aucune mention de l’incapacité d’un général Samsonov à Tannenberg en Prusse orientale qui se suicida, endossant la responsabilité de la défaite de l’armée russe.  Aucune mention de la vaillance des soldats russes et de l’incapacité notoire des officiers supérieurs, du manque de coordination – et de plans stratégiques - entre les deux armées russes attaquant à Tannenberg.  Etc.  aucune mention de la stratégie de génie de l’armée belge – et du Roi Albert qui fit inonder les polders, permettant ainsi que l’armée boche fut stoppée dans son élan invincible.

 

Je me suis dit finalement que ce sont là d’excellents monteurs d’images – qui sont extraordinaires – mais de là à vouloir faire œuvre d’historiens, il y a un pas qu’ils ont franchi, certes, mais je juge qu’il leur manque le background (le fond) étayé par des dizaines voire des centaines d’ouvrages sur le sujet abordé.  C’est certes utile pour un très grand public qui n’y connaît pas grand-chose ou pour des gens comme moi qui souhaitent voir des images inédites, mais le recours aux ouvrages historiques sérieux demeure nécessaire.

 

 

Comme j’étais à la Mer la semaine dernière, j’ai voulu revoir certains lieux de batailles, cimetières et autres endroits liés à la guerre.  Malheureusement, nous n’avions pas de carte d’état-major, nous étant dits que la Région flamande aurait paré à tout avec de claires indications (wat wij zelf doen, doen wij beter/ce que nous réalisons nous-mêmes, nous le faisons mieux)

 

Vladslo,  en premier lieu où se trouvent les deux célèbres statues de Käthe Kollwitz. À l’entrée de ce village, une plaque indique qu’il y a bien un cimetière militaire allemand, puis dans la traversée du village ou plus loin, aucune plaque indiquant la direction à suivre, ni à la sortie du village.  Nous l’avons trouvé au pifomètre car je savais qu’il était en dehors du village et à l’orée d’un bois.  Donc, nous avons roulé vers tous les bois que nous apercevions au lointain.  Le jour suivant, nous voulions visiter trois endroits dans les environs de Passendaele (un mot clé pour les Britanniques et Canadiens, ce nom de village).  Prenant un raccourci via Langemark, nous nous disons pourquoi ne pas aller voir le cimetière militaire allemand de ce lieu qui, lui aussi, contient quatre belles statues de soldats.  Jamais trouvé!   Aucune plaque de direction! (pourtant nous y étions déjà allé au moins deux fois).  Pis, nous nous sommes perdus dans Langemark (aucune plaque vers quoi que ce soit), puis, sortant du village, joie un cimetière britannique ‘ Cement Farm’.  Et nous avons abouti à Ypres plutôt qu’à Passendale.  Car nous avions perdu trop de temps avant le retour chez nous.

 

Voyant le Boyau de la Mort (bien indiqué), je me suis fait la réflexion qu’il y a quantité de photos du Roi Albert et de la Reine Elisabeth, visitant les postes en première ligne.  Je ne me souviens pas d’une seule photo de Premiers ministres britanniques ou français ou de hauts généraux (Joffre, Nivelle, Haig, etc.) jamais capturé dans des tranchées du front.

 

À la librairie du Musée d’Ypres (In Flanders Fields) nous y avons fait un tour pour y acheter une carte détaillée de tous les lieux à visiter, et, stupéfaction, il y a là des livres en néerlandais et en anglais.  Rien en français, comme s’il n’y avait pas eu de Français dans les champs de Flandres.  Pourtant il y a bien une plaque sur le mur de la Halle aux Draps remerciant les soldats français ayant combattu en Flandres.

 

On sait que c’est Geert Bourgeois le flamingant qui est ministre du tourisme dans le gouvernement flamand, aurait-il donné des instructions pour qu’il n’y ait aucun livre français sur la guerre en vente à cet endroit?  Pourtant, les bons romans français abondent et on connaît aussi des traductions des écrits de Remarque ou de Junger, car il n’y a pas plus de livres en allemand en vente dans ce point-librairie, pourtant je suppose qu’il doit y avoir des touristes allemands, petits-enfants de certains de ces soldats ayant combattu en Flandre.

 

La Flandre qui fait tant de chichis pour la célébration du centenaire de cette guerre particulièrement sanglante, a raté le coche.  Elle aurait pu revoir sa signalisation et rendre la vie un peu plus facile pour ceux qui, comme mon épouse et moi-même, avons un intérêt pour ce qui s’y est passé.  Prévoir aussi des toilettes dans ces endroits, car la majorité des personnes qui visitent ont un certain âge et, souvent, des problèmes de vessie (pas de toilettes à Vladslo ni au boyau de la Mort).

 

Et dans le même ordre d’idée, ne serait-il pas temps d’effacer de la Tour de l’Yser cette mention odieuse ‘AVV/VVK’ (Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus- Tout pour la Flandre/la Flandre pour le Christ), alors qu’il y a au sous-sol un musée sur la guerre et que cette Tour est censée être un ouvrage célébrant la Paix, alors que ce symbole odieux ne célèbre que l’intolérance, la petitesse d’esprit et la haine – vis-à-vis des francophones.

 

Pauvre Flandre, c’est vrai que ce qu’ils font ils le font mieux, ainsi la série ‘In Flanders Fields’ dont je n’ai supporté qu’une partie du premier épisode, était un navet, artificiel, mettant en scène une famille bourgeoise et ne montrant au fond rien du menu fretin de peuple qui supporta l’essentiel des combats dans les tranchées et de l’occupation boche. 

 

Pour ceux qui s’intéressent au cinéma, je recommande quatre films : ‘Les Croix de Bois’ (français, un classique du genre, avec des plans latéraux d’attaque magnifiques, souvent imités par la suite) ‘A l’Ouest Rien de Nouveau  (version Lewistone, 1929, mais aussi le remake, bien fait), et ‘Passchendaele’ un film canadien récent sur la conquête de cette hauteur qui prit 4 mois aux forces britanniques, de juillet à octobre 1917, aux prix de centaines de milliers de morts des deux côtés, et, finalement ‘Gallipoli’ un superbe film australien, l’un des premiers où joua Mel Gibson et qui décrit minutieusement ce que fut la campagne des ANZAC aux Dardanelles.

04/04/2014

Barbarie boche en 14-18 et cécité flamande nationaliste

Lorsqu’on examine – avec un certain détachement historique fondé sur des textes – le comportement des troupes allemandes lors de la Première guerre mondiale, on ne peut s’empêcher d’être frappé par les similitudes de manifestations de barbarie d’une armée qui se croyait – déjà à cette époque – au-dessus des règles gérant les conflits militaires.  Ce que firent les Boches entre 1914 et 1918 mais surtout lors des premiers mois de leur invasion de notre pays fut fait à une échelle certes modeste si on compare l’abomination des crimes de guerre et contre l’humanité commis par la Wehrmacht sous le commandement de Hitler, mais crimes il y eut bien et crimes de guerre certainement.

 

Quand on parle de guerres, on pense souvent aux conventions de La Haye et de Genève; peu de gens savent qu’il y eut déjà une convention datant du 18 octobre 1907 {de La Haye} ‘concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre et son annexe : règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre’.

 

Cette convention était pleinement d’application lorsque les troupes allemandes déferlèrent sur le territoire belge dès le 4 août 1914.  Gott ist mit uns’ était inscrit sur le ceinturon des soldats allemands, mais le message qu’ils emportèrent avec eux était tout sauf divin.

 

Voilà ce qu’écrivait le chef d’état-major allemand {chargé de la conquête de la Belgique} en date du 5 août 1914 déjà : «Notre progression en Belgique est incontestablement brutale, mais nous nous battons pour notre survie, et tous ceux qui se mettent en travers de notre chemin doivent en supporter les conséquences.»[1]

 

Alors que l’article 46 de la convention est censé protéger la vie des individus et des propriétés privées et que les articles 26 à 28 inclus interdisent la destruction de biens privés ou publics au cours d’opérations militaires, ne voilà-t-il pas que très tôt les occupants boches, sous le prétexte fallacieux de ‘francs-tireurs’ et la peur d’embusqués civils qui leur tireraient dans le dos, pratiquent massacres et destructions arbitraires.  Même s’il est maintenant établi, formellement, qu’il y eut dès le début de l’invasion des faits de résistance armée de citoyens outrés par la perfidie de ce peuple germain qui n’avait nullement respecté la neutralité du pays. «Les forces d’invasion et leur commandant réagirent avec une poigne d’acier, brûlant les maisons, rassemblant les habitants des villages – hommes, femmes, et parfois même les enfants – et exécutant nombre d’entre eux, 6 à Warsage, 50 à Seilles, presque 400 à Tamines et plus de 600 à Dinant.[2]

 

D’autres sources citent des chiffres supplémentaires : «Ainsi à Aarschot le 19 août (…)  Comme représailles, la ville fut mise à sac durant les heures suivantes et 183 civils exécutés (…) Namur…quand la ville tomba aux mains des Allemands…Durant deux jours on pilla, on mit le feu et on tua.  75 civils y laissèrent la vie (…)  À Andenne, le pillage dura 8 jours; le nombre de victimes civiles se monta à 400 personnes  (…)  Le pire se passa pourtant à Leuven.  Conquise le 19 août, cette ville fut, dans la nuit du 25 au 26 août et jusqu’au 29, partiellement détruite par le glaive et le feu.  218 civils y laissèrent la vie et pas moins de 1200 bâtiments – parmi lesquels la bibliothèque universitaire – furent détruits.»  L’auteur cite également le nombre de 2 millions de Belges qui fuirent devant l’avance allemande, des centaines de milliers d’entre eux se réfugiant en Hollande et en France.[3]

 

Quant à Termonde, voilà ce qu’en dit une autre source historique «Lors de la prise de Lebbeke, les Allemands font sortir les hommes des maisons pour les pousser devant eux en tant que boucliers humains, vers les avant-postes belges. Ils entrent ensuite dans la ville de Termonde.  Le 5 septembre commence la destruction systématique d’environ 1500 maisons (…) Les habitants de Lebbeke et de Termonde sont pris en otage et transférés en Allemagne.  Plusieurs d’entre eux périront, victime de toute cette violence.»[4]

 

Mais il eut encore d’autres mesures prises par les autorités d’occupation allemandes à l’encontre de la population, contraires aux dispositions de la convention de La Haye de 1907.  Voici, à titre d’exemples, quelques mesures prises par les Boches : «Le 15 mai 1916 le gouverneur-général von Bissing signa un arrêté par lequel les autorités militaires allemandes pouvaient mettre au travail les chômeurs.  Le 28 septembre 1916 le gouverneur-général décida que les ouvriers civils pouvaient être astreints à aller travailler en Allemagne ou sur le territoire du front.»  Si, à cause du refus de collaboration et la vague de protestations des communes, des autorités religieuses et des mandataires publics, ces mesures furent finalement retirées, dans le hinterland {Etappengebiet} derrière le front, on continua à obliger des travailleurs à œuvrer sur les lignes du front: 170 à Waregem, 240 à Zwevegem, 365 à Kuurne, 900 à Harelbeke, 1500 à Wevelgem, 1780 à Kortrijk et 2411 à Mouscron.  En plus, l’autorité d’occupation allemande imposa un ‘impôt de guerre’ aux villes et communes qui, en 1917, s’éleva à 720 millions, soit le double des impôts pour toute la Belgique de 1913.[5]

 

Il ne faut pas oublier aussi qu’il y eut des exécutions de soi-disant ‘espions’ «Le 4 décembre – 1914 – la première exécutions pour espionnage tut diffusée par l’intermédiaire d’affiches rouges.  De telles affiches se virent encore en 1915 et 1916, mais l’occupant commença à se rendre compte de  l’effet adverse atteint par de telles mesures, et il les remplaça par des communications de sanctions disciplinaires faites par des tribunaux allemands, particulièrement pour sabotage, tentatives de fuite ou refus de travailler.»[6]

 

N’oublions pas aussi qu’en avril 1915, les Boches furent les premiers à employer des gaz létaux, une arme formellement interdite par la convention de 1907 de La Haye.  N’oublions pas, mais on parle peu dans les livres historiques, que les occupants boches réquisitionnèrent des maisons et bâtiments publics et privés pour s’y loger, quelquefois sans compensation financière et que la confiscation de bétail et de cheptel était monnaie courante pour cette armée qui, à certains égards, faisait penser aux hordes de Huns de jadis.

 

Pas plus tard que dimanche dernier, un cousin me dit qu’à Hastière, un petit patelin entre Dinant et Givet en France, 17 personnes avaient été passées par les armes en 1914, dont deux enfants, l’un de 8 ans, l’autre de 10 ans.  La RTBF qui prépare une émission au sujet de telles exactions militaires a recensé au moins une centaine de villages où eurent lieu de tels massacres ‘insignifiants’ par rapport aux gros massacres connus, mais qui démontrent que ces soldats et ces autorités militaires allemands, n’avaient en fait aucun respect pour les lois de la guerre, aucune idée de ce qu’est un traitement juste et humain de civils dans un pays occupé, aucune idée au fond des droits de l’homme.

 

Quant aux nostalgiques de la grande ‘Verbrüderung’ (fraternisation) entre peuples germains – c’est-à-dire flamand et allemand –, ceux qui peut-être un peu trop rapidement pardonnèrent les crimes de guerre commis pas les Boches, oublient que nombre de leurs propres concitoyens flamands furent victimes de cette barbarie sans nom.  Ils n’ont pas en eux cette fibre du ‘devoir de mémoire’ comme l’ont les Juifs, les Arméniens, les Wallons, ils oublient et renient les victimes de leur propre peuple à des fins purement nationalistes.  Ils pardonnent certes aux Boches toutes les atrocités commises mais refusent le même pardon chrétien aux officiers belges qui parlaient uniquement en français aux soldats flamands.  Eux, si tolérants pour les uns, si intransigeants pour les autres, n’érigèrent-ils pas une tour à Dixmude censée proclamer ‘Plus de guerre/Nooit meer Oorlog/Nie wieder Krieg’, pourtant ils l’ornèrent d’un AVV/VVK – Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus, montrant par là toute l’étendue de leur étroitesse d’esprit nationaliste.

 

Un ami flamand me disait hier que 50 % de la population flamande était de cœur avec les Boches en 40.  Dans son propre village, il peut citer ceux qui affichèrent un tel amour du IIIe Reich.  Et, lui qui est flamand, m’a souvent affirmé que tous ces nationalistes flamands, leurs racines trempent dans la collaboration ou dans l’adoration du pangermanisme.

 

Mon grand-père maternel a combattu sur le front de l’Yser, il a tué des Boches, j’en suis fier et j’aurais aimé qu’il en tue encore plus.  Si Hitler avait été tué en Flandre, il n’y aurait pas eu de Seconde guerre mondiale et 50 millions de personnes, civils et militaires n’auraient pas péri entre septembre 1939 et août 1945.



[1]Cf. ’14-18 La Grande Guerre’, par Jay Winter & Blaine Baggett

[2]Dito

[3]‘14-18 Een oorlog in Vlaanderen’ van Luc Schekens

[4]‘365 Photos 1914-1918’ par Julus Serafien D’haene & André Gysel’, édition quadrilingue

[5]  Tous citations et chiffres de ce paragraphe extraits de ’14-18 Een Oorlog in Vlaanderen’, ouvrage cité

[6]Dito