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29/04/2018

À PROPOS D'ANTISÉMITISME {II}

À PROPOS D’ANTISÉMITISME {II}

 

Sous le titre ‘Notre Israël a déraillé’, j’ai lu récemment dans De Standaard une ‘Lettre du Jour’, signée par 4 soldats israéliens, membres de troupes d’élite et snipers dans Tsahal. Qu’écrivaient-ils dans cet appel dont on a fait peu d’écho {extrait significatif}: ‘L’ordre aux snipers de prendre sous le feu des manifestants qui ne mettent pas de vie en danger, de tirer pour tuer {souligné par moi}, est un produit de l’occupation et de l’administration militaire de millions de Palestiniens et également d’une direction sans cœur des leaders et d’un déraillement moral du chemin de notre pays.

 

L’actrice américaine et juive Natalie Portman a refusé récemment d’aller en Israël y recevoir un prix qui lui a été décerné, ayant affirmé qu’elle n’entérinait pas la politique du gouvernement israélien et ne voulait d’aucune manière s’y associer.

 

Dans Der Spiegel 16 du 14 avril 2018, l’historien israélien Tom Seger, déjà auteur d’une biographie de Wiesenthal, était interviewé à propos de la biographie qu’il vient d’écrire sur Ben-Gourion. Interrogé au sujet de la déportation d’Israël prévue de 38.000 réfugiés du Soudan et de l’Éthiopie, il déclarait ‘Cela me renforce dans ma crainte que la plus grande menace n’est ni la terreur ni la guerre. Plutôt l’atteinte à la démocratie israélienne. Israël est de moins en moins démocratique. Dans notre gouvernement, il y a des ministres qui sonnent comme s’ils ressortissaient à la droite radicale en Hongrie ou en Autriche. Nous nous sommes toujours dit que nous ne haïssons pas les Arabes et que nous ne connaissons ni haine ni racisme. Mais, naturellement {souligné par moi}, nous haïssons les Arabes. Et les Noirs. Et nous ne nous gênons même pas pour cela.

 

On connaît également de longue date le regard critique que des écrivains de renom comme David Grossman {qui a perdu son fils unique sur le front du Liban} et Amos Oz jettent sur la politique du gouvernement à l’égard des Palestiniens et de leur droit à un état propre.

 

Qualifie-t-on ces déclarations de Juifs ou d’Israéliens d’antisémitisme?

 

NON.

 

Mais si moi, qui suis et ai toujours été du côté d’Israël, défenseur de la mémoire de la Shoah, connaisseur des souffrances subies par les Juifs de la diaspora, admirateur de l’esprit de pionnier – principalement de gauche, allant du Mapai au Mapam des années 60/70 - qui régnait dans les kibbutzim à la bonne époque {mon premier séjour en Israël date de mai 1973 et je fus invité au défilé militaire à Jérusalem pour le 25ème anniversaire de la création de l’État hébreu}, si j’avais affirmé, écrit ou dit en public, l’une quelconque des déclarations ci-dessus, émanant de citoyens israéliens, je me serais fait taxer d’antisémite et on aurait ipso facto mis fin à toute tentative de discussion ou de débat. Car, actuellement, critiquer Israël et sa politique aveugle et brutale à l’égard des Palestiniens nous fait reléguer au rang des antisémites, révisionnistes et négationnistes.

 

Il y a une posture chez certains Juifs ou Israéliens à falsifier la vérité. Toute personne goy {non-juive} qui émet des critiques à l’égard de la politique des gouvernements israéliens successifs depuis Begin, à l’égard de cette accentuation illégale des colonisations à outrance en territoires occupés et à Jérusalem {selon un journaliste israélien interviewé pour le documentaire ‘Histoire d’Israël’, passé à Arte le 25 avril dernier, il y aurait 700.000 colons, dont 300.000 à Jérusalem est}, à l’égard de cet étranglement économique de Gaza, à l’égard de ces innombrables et inutiles tueries et arrestations souvent arbitraires voire illégales {cfr. par ex. les mois de prison pour une jeune Palestinienne de 17 ans ayant simplement mordu et frappé un soldat de Tsahal, déclarée terroriste par certains ministres de droite}, est automatiquement qualifié d’antisémite, de négationniste, de raciste.

 

J’ai travaillé 17 ans avec des patrons et un collègue juif; j’ai rencontré Chaika Grossman, une survivante et agent de liaison entreles ghettos en URSS, membre de la Knesset; j’ai été invité au défilé du 25ème anniversaire de la fondation de l’État à Jérusalem en mai 1973 et en ai conservé une médaille commémorative; j’ai été invité en novembre 2013 à New York pour faire un discours dans une synagogue devant l’association de survivants de l’Holocauste de Lettonie; j’ai rencontré et ai de l’admiration pour nombre de survivants de l’Holocauste et ai écrit maints articles sur l’Holocauste, surtout pour ce qui concerne les États baltes; un de mes disques intitulé «A Jewish Tragedy» au sujet de l’Holocauste dans les pays baltes est repris dans le catalogue de la bibliothèque du ‘UNITED STATES HOLOCAUST MEMORIAL MUSEUM’, à Washington. Devrais-je par conséquent me taire ou ne pas réagir ni avoir d’avis sur la politique gouvernementale d’Israël quand je lis {Der Spiegel, 16 du 14.4.2018} de quelle manière abjecte a été tué le cameraman palestinien Yasser Murtaja? Quelques semaines avant sa mort, il avait posté sur Internet une photo de Haifa prise par un drone, écrivant: ‘J’aimerais avoir pu faire cette photo d’en haut et pas de la terre. Mon nom est Yasser Murtaja. J’ai 30 ans. Et je n’ai jamais voyagé.’ Quelque temps plus tard, alors qu’il était dans le sud de Gaza avec deux collègues, portant un gilet pare-balles et ‘PRESS’ écrit sur la poitrine, et qu’il se trouvait à 200 mètres de la clôture {où manifestent depuis quelques semaines les Palestiniens de Gaza, réclamant leur retour sur leurs terres dont ils ont été chassés en 1948}, il est touché. Dans le ventre. Et mourra douze heures plus tard. Je me fais la réflexion, un sniper a un viseur et peut voir distinctement ce qu’il vise, donc le gilet pare-balles était visible de même que la mention «Press». Pourtant une balle dans le ventre?! Se poser des questions à ce sujet, est-ce de l’antisémitisme, du révisionnisme, du négationnisme? De tels actes odieux m’écœurent venant de gens et d’un pays que je continue d’admirer envers et contre tout.

 

Je terminerai par une autre citation {De Standaard du 24 avril 2018}. Celle de Samuel Maoz {dont la fille a échappé à un attentat à la bombe dans un bus, alors qu’elle était en ret      rd pour le prendre et l’a aperçu partant déjà}, réalisateur israélien du brillant film ‘Lebanon’ en 2009. Son nouveau film ‘Foxtrot’ vient de sortir et à déjà permis à la Ministre israélienne de la culture, Miri Regev, de réagir de manière furieuse à la suite de l’octroi de prix pour ce film {Venise notamment}. Maoz a déclaré à ce propos: ‘Je me suis battu dans l’armée pour mon pays, et j’en ai beaucoup souffert. Puis-je citer en passant que de mettre des recrues inexpérimentées à des contrôles routiers est absurde, et que la violence dans ce pays se transmet de génération en génération sans que personne ne déclare jamais avoir sali le nid?

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