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17/03/2018

LE CANCER DE LA PROSTATE

LE CANCER DE LA PROSTATE

 

J’en ai marre de ces médecins qui écrivent des papiers et qui donnent des conseils aux hommes susceptibles d’être touchés par un cancer de la prostate sans même connaître d’une manière approfondie la réalité de ce cancer particulier, des moyens de détection et de son traitement. Souvent, il s’agit de médecins ordinaires, non urologues et qui sont tout à fait à côté de la plaque.

 

Il y a un ou deux ans un médecin de l’Observatoire de la Santé qui avait indiqué qu’un screening généralisé via le PSA n’était pas recommandé car il pouvait conduire à des traitements excessifs, agressifs et non indispensables. Dans la rubrique ‘Opinions’ du Standaard du 15 mars, on remet ça! Sous le titre {en néerlandais} ‘Le Screening fait plus de tort que de bien’, Ann Van den Bruel, médecin généraliste {huisarts en néerlandais} s’aventure dans le domaine d’un cancer typiquement masculin écrivant: «Pour le screening du cancer de la prostate, on suit une procédure identique {elle a d’abord parlé du screening généralisé pour le cancer du sein}. Après que des études nationales et internationales ont chaque fois démontré qu’il y a vraisemblablement peu d’avantages mais beaucoup de désagréments, les hommes belges {sic!} sont encore depuis des années testés pour le cancer de la prostate.». Cette formulation incomplète et mal écrite fait sans nul doute référence au screening généralise par prise de sang et détermination du taux de PSA {antigène spécifique de la prostate}, dont la valeur normale ne peut dépasser 4.

 

Le problème c’est que ces médecins parlent uniquement de screening généralisé via la détermination du PSA et n’abordent jamais un examen fondamental, essentiel et déterminant, beaucoup plus efficace et direct: le toucher rectal {TR en argot médical}. L’urologue introduit un doigt dans l’anus et palpe directement la consistance de la prostate. Comme le dit ma Bible médicale, le ‘Klinisches Worterbuch PSCHYREMBEL’ {dictionnaire médical clinique PSCHYREMBEL'} dans son édition de 1977 {un cadeau d’une collègue d’origine allemande} «Lors de chaque examen d’un homme au-dessus de 50 ans, il faut, de manière routinière pratiquer également un toucher rectal. L’examen par toucher rectal est le plus important pour la détection des cas d’apparition précoce.». Il est vrai que le toucher rectal, qui fait souvent peur aux hommes, n’est pas indolore.

 

J’ai plus de 20 ans d’expérience des problèmes de la prostate puisque je suis passé il y a très longtemps d’un adénome à un cancer de la prostate bénin, puis à une opération d’adénome et ensuite à une radiothérapie de 9 semaines l’an dernier. J’en connais sur le sujet bien plus que nombre de médecins, car, au cours de ma carrière prostatique, j’ai souvent parlé avec les médecins, les questionnant sur les traitements, les alternatives, les inconvénients des différentes thérapies possibles en cas de cancer. Mon père avait eu un cancer de la prostate et comme c’est souvent héréditaire, je savais que tôt ou tard, le couperet me tomberait sur ce petit organe mais ô combien important pour l’homme.

 

Un screening généralisé par PSA est, il est vrai, inutile. Nous avons connu le cas d’un docteur qui faisait les prises pour les dons de sang pour la Croix-Rouge dans un hôpital universitaire de Bruxelles, qui avait un PSA normal de 4 {la valeur maximale normale} et chez qui on a détecté un cancer de la prostate à la suite d’un toucher rectal. Seul le toucher rectal réalisé par un urologue ou un généraliste disposant d’une certaine expérience permet de déceler certaines duretés au toucher qui peuvent indiquer un cancer {mon urologue disait toujours après un toucher rectal normal avant la détection du cancer: «lisse», «molle», ce qui était un soulagement. Parallèlement au toucher rectal qui est le premier geste à poser pour un screening généralisé ou individuel, il y a l’échographie de la prostate. À l’UZ {hôpital universitaire flamand, à Jette}, dans lequel je suis suivi, avec satisfaction, depuis 2005, ils disposent d’un appareil plus poussé sur le plan de l’échographie, créé en Belgique, appelé Histoscan qui permet de réaliser un scan par voie anale donnant des images en couleur et en relief et de calibrer la grosseur de la ou des tumeurs cancéreuses.

 

Beaucoup de cancers de la prostate ne sont pas mortels ; mon beau-père avait un PSA de 30 et il n’est pas mort d’un cancer de la prostate ni de métastases ; ni mon père ayant également eu un tel type de cancer et qui n’en est pas mort. On qualifie ce type de cancer non létal de cancer des vieux.

 

Néanmoins, une fois déterminé par toucher rectal ou échographie qu’il y a une suspicion de cancer de la prostate, il faut passer par l’étape de la biopsie. Une biopsie est douloureuse? Oui, incontestablement mais c’est une étape obligée une fois qu’il y a une suspicion de cancer. Et, une fois qu’il est établi qu’il y a cancer de la prostate, il y a encore un autre élément dont il faut tenir compte, le score Gleason, un indicateur spécifique du cancer variant entre 6 et 10. Plus la cote est élevée, plus le cancer est agressif. J’avais un score final de 7, se décomposant en 3 + 4 soit opération de la prostate soit radiothérapie à envisager pour mon traitement. Si j’avais eu la subdivision de 4 + 3, j’aurais dû envisager l’hormonothérapie {provoquant une ‘castration chimique ’ par diminution des taux d’œstrogène à la suite de l’administration de médication bloquante des androgènes}.

 

D’après mon urologue actuel, certains patients, dès qu’ils entendent le mot fatidique "cancer", même sous la forme bénigne non-létale, paniquent et demandent à être opérés d’urgence. Et une opération de la prostate entraîne toujours une incontinence – passagère ou durable -, et souvent une impuissance.

 

C’est pourquoi, pensant aux biopsies inutiles, à la panique s’emparant de patients dès qu’on prononce le mot cancer et qui se font opérer ou passent par la radiothérapie parfois sans réelle nécessité, je comprends que certains généralistes ou faiseurs d’opinions, ne prônent pas le screening généralisé, sous-entendu par prise de sang et détermination du PSA. Mais pourquoi donc ces médecins, qu’une population peu au courant de ce qui se fait au sujet du cancer de la prostate écoute ou lit, ne parlent-ils jamais d’un dépistage systématique via un examen de routine d’un homme de plus de 50 ans, par toucher rectal. C’est là l’essentiel du dépistage préventif et précoce d’un cancer.

 

Et, pour la suite, je conseillerais à ceux qui apprennent une nouvelle désagréable, celle qu’ils ont un cancer de la prostate, de ne pas paniquer, de questionner l’urologue une fois le diagnostic établi: (1) faut-il ou non suivre un traitement et lequel, (2) si oui, quelles sont les alternatives de traitement, (3) que se passerait-il si je décide de ne pas suivre un traitement, quelles seraient les conséquences à court, moyen et long termes, (4) en cas de traitement spécifique, quels en sont les inconvénients durant la thérapie et subséquemment?

 

Et, surtout, se documenter, questionner, réfléchir, ne jamais prendre ne décision à la hâte et, en dernier recours, en cas de doute, changer de médecin ou d’établissement médical.

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