Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

17/12/2017

JOE J. HEYDECKER - UN SOLDAT ALLEMAND AVEC UNE CONSCIENCE

JOE J. HEYDECKER – SOLDAT ALLEMAND AVEC UNE CONSCIENCE

 

En 1983, soit 38 ans après la fin de la guerre, paraît en Allemagne chez DTV {éditeur allemand de livres de poches} en première édition un livre en allemand intitulé ‘Le Ghetto de Varsovie’; un livre dont le texte et certaines photos poignantes de la misère dans le ghetto sont d’un soldat allemand, Joe J. Heydecker.

 

Ce fait m’est revenu en mémoire alors que je commençais à lire un livre sur le procès de Nuremberg {45/46} écrit par Joe J. Heydecker en collaboration avec Johannes Leeb {1959 pour la version française}.

 

Pourquoi Heydecker qui s’était entretemps établi au Brésil, avait-il attendu plus de 30 ans pour publier son témoignage photographique particulièrement émouvant lorsqu’il montre des jeunes enfants et adultes d’une effroyable débilité physique à cause de cette faim à laquelle ils ne pouvaient échapper faute d’argent, de moyens de subsistance ou de fortune personnelle, faute aussi de pouvoir être employés dans l’une ou l’autre de ces usines d’esclaves travaillant pour les nazis.

 

Voilà ce qu’il dit à ce sujet: «Pourquoi 40 années se sont écoulées avant que je ne diffuse ces photos, je peux à peine l’expliquer. Il m’a tout simplement manqué la force d’écrire le texte d’accompagnement de ces photos, aussi souvent pourtant que je l’aie commencé. Elle me manque encore toujours. Toutefois, j’écris maintenant ce qui me brûle encore dans la mémoire, avec toutes les faiblesses, parce que le temps n’est pas inépuisable.»

 

Ceux qui ont souhaité se documenter savent maintenant que si à Nuremberg, ce ne fut pas le procès du peuple allemand que les juges alliés avaient voulu faire, les Allemands savaient néanmoins ce qui s’était passé dans les camps de concentration, d’extermination, dans les killing fields and pits {champs et fosses de la mort} où les quatre Einsatzgruppen {A, B, C, D} exécutaient par balles principalement les Juifs mais aussi les communistes, partisans et tous ceux qui portaient en eux des relents de bolchevisme, souvent après qu’ils eurent dû se déshabiller entièrement et remettre les possessions qu’ils avaient sur eux. On sait maintenant que tous les Allemands savaient ce qui s’est exactement passé à l’Est, car l’armée allemande a compté jusqu’à 18 millions de soldats dont une partie principale alla se battre et mourir sur le front de l’Est. Et, ces soldats, à la différence des pauvres ploucs soviétiques avaient avec eux des appareils photographiques et caméras dernier cri et ne se gênaient pas pour photographier des scènes de rafles de youpins ou des exécutions en masse. C’est, paradoxalement, grâce à cette curiosité morbide qui les poussait à flinguer sur pellicule tout ce qui déplaisait au Führer et devait être zigouillé qu’on a pu disposer d’un tel legs de preuves, car ces photos et films ont été trouvés sur des soldats morts ou faits prisonniers, tant à l’Est qu’à l’Ouest, ou dans des maisons allemandes en ruines ou après la victoire et l’occupation par les troupes alliées.

 

Le danger pour la postérité que représentaient les photos fut remarqué par les autorités militaires allemandes. Ainsi, dans la préface du livre, écrite par le Prix Nobel Heinrich Böll, ce dernier cite un ordre de l’armée sous le commandement de von Rundstedt, comme suit: «Tout agissement individuel ou participation de la part de ressortissants de la Wehrmacht à des excès de la population ukrainienne à l’encontre des Juifs est interdite, de même que regarder ou photographier les mesures lors de leur exécution par les Sonderkommandos {les 4 Einsatzgruppen étaient subdivisés en Kommandos appelés Sonderkommandos}.» Von Rundstedt fut le commandant de la 6ème Armée allemande qui périt et fut faite prisonnière en janvier/février 1943 à Stalingrad; après sa capture, il rejoindra le groupe procommuniste Freies Deutschland et s’établira après sa libération de captivité en Allemagne de l’Est.

 

On sait par nombre de documentaires historiques de qualité {‘Le Temps du Ghetto’ par Rossif, ‘Nuit et Brouillard’ par Resnais, ‘De Nuremberg à Nuremberg’ encore par Rossif, la série allemande en 6 parties ‘HoloKaust’ par Guido Knopp, ‘Einsatzgruppen’ par Michael Prazan, etc.} que l’essentiel de la hargne raciste/antisémite des nazis se concentra sur la Pologne en tant que vaste lieu de mise à l’esclavage et de mise à mort par les chambres à gaz, mais également dans les anciennes et actuelles républiques d’URSS. Ainsi, en Lettonie et Lituanie 90 % de la population juive furent tués, souvent par balles ou par débilité pour raison d’esclavage jusqu’à la mort. Si les chiffres de pertes de populations juives furent un peu plus bas en Ukraine, Russie, Biélorussie, que dans les pays baltes, il faut ajouter que dans les pays baltes, en Ukraine, en Biélorussie tout comme en Hongrie et Slovaquie, Roumanie, des milices paramilitaires ou travaillant directement sous commandement du SD {Sicherheitsdienst} participèrent aux massacres de Juifs, de communistes et de partisans ou présumés partisans.

 

On sait aussi maintenant que cette hargne n’était pas qu’antisémite. L’historien allemand Paul Kohl est allé en URSS interviewer des Soviétiques non-juifs, pour dresser un bilan historique de la violence qu’infligèrent les soldats de la Wehrmacht et ceux dépendant du Sicherheitsdienst ou autres troupes d’exécuteurs repris sous l’appellation de Polizei. Dans sa préface, il écrit: «Nous avons vécu nous-mêmes les tempêtes de feu de Hamburg et Dresden, ou au moins nous en avons entendu parler. Et nous en parlons encore aujourd’hui. Cependant, qui mentionne ne fût-ce que par un mot les 1700 villes bombardées ou les 70.000 villages détruits en URSS?» Parce qu’on sait maintenant, grâce à des travaux et des recherches d’historiens, souvent allemands, que la Wehrmacht fut sur le front de l’Est une organisation criminelle, qu’elle participa en masse à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont furent victimes des millions de civils {voir à ce sujet l’excellent livre ‘Les Crimes de la Wehrmacht’ par Wolfram Wette}.

 

Comment Heydecker, qui d’après ses écrits fut très tôt antimilitariste et antihitlérien, fut-il incorporé dans la Wehrmacht? Ses parents émigrèrent en 1933 parce qu’ils n’aimaient pas Hitler et ce qu’il représentait. En 1938, Joe H. Heydecker était à Vienne quand ce pays fut annexé par l’Allemagne nazie et incorporé au 3ème Reich {avec l’enthousiasme de la population autrichienne par ailleurs}. Incorporé dans la Wehrmacht, il se retrouva posté sur le front de l’Est, et, étant donné ses qualités de photographe, il fut versé en tant que laborantin photographe dans la 689ème Propaganda Kompanie à Varsovie, début 1941. Ayant d’abord été une première fois dans le ghetto à la recherche d’une de ses connaissances de 1937, il en fut ahuri et défait sur le plan humain d’y voir la misère indicible dont il fut presque involontairement témoin On parle de 1941 un an avant la première grande rafle dans le ghetto et deux ans avant la révolte. Il décida donc d’y retourner et d’y photographier en catimini afin, comme il l’écrivit «que les photos parlent pour elles-mêmes» (…) Car, je savais fermement que nous avions le projet de laisser mourir de faim le ghetto de Varsovie et les autres nombreux ghettos en Pologne occupée.»

 

Il prit donc des photos d’habitants du ghetto, de leur misère, des preuves des crimes commis par son propre peuple, lui qui se dit gêné d’être allé dans le ghetto portant l’uniforme de la Wehrmacht.

 

Il fut un Allemand avec une conscience et un sens moral. Qu’il ait parlé de ses projets avec ses deux camarades d’unité Köhler et Krause et qu’ils ne l’eussent pas dénoncé à la Gestapo indique qu’il y eut d’autres Allemands dotés de conscience et d’un sens moral intact.

 

Néanmoins, le constat de Heydecker sur son peuple est sans appel. Comme il l’écrit: «Sur le front de l’Est avec ces victoires rapides et décisives à l’esprit, on n’accordait pas la moindre importance pour cacher ou tenir secrète l’annihilation des Juifs. Aux fosses communes, où village après village les habitants juifs sans distinction d’âge ou de sexe, étaient massacrés de manière sanguinaire, il y avait présents des soldats, des employés de chemins de fer, des hommes de l’organisation Todt, des civils, parfois en maillots de bain, souvent avec des appareils photos, qui reluquaient l’effroyable spectacle. Les commandos de la mort n’avaient rien là contre, il n’y avait pas d’interdictions de pénétrer, personne n’était chassé de ces lieux. Sans doute qu’il était généralement acquis que chaque Allemand, quelque fussent son uniforme ou ses vêtements, avait le droit d’être là, en tant que suiveur d’Hitler ou en accord avec ce qui s’y déroulait. Il y avait tout de même une erreur. Ce processus d’exécutions de masse, le fait des fosses de la mort dans lesquelles tout un peuple disparut, se répandit par les spectateurs présents à toute la troupe. J’affirme que seuls des soldats aveugles et sourds à l’Est n’apprirent rien de ces choses.»

 

On a parfois, chez nous, eu tendance à mettre en exergue qu’il y eut des mouvements de résistance contre le nazisme au sein même de la population et de l’armée allemandes; on a même présenté des films où ces résistants allemands étaient dépeints comme des héros. Le seul problème c’est que ces Allemands courageux qui s’élevèrent contre le nazisme, ils le firent pour sauver l’honneur de l’Allemagne qui était déjà en train de perdre la guerre. Ces mouvements comme ‘Die weisse Rose’ ou von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat de juillet 44 contre Hitler, entre autres, n’eurent jamais un seul instant à l’esprit que leur pays avait depuis juillet 1941 entamé une destruction systématique de tous les Juifs, communistes et résistants dans les pays baltes, en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, en Pologne, Roumanie, pour la continuer par la suite dans les pays de l’Europe occidentale, un meurtre à grande échelle à laquelle participèrent non seulement les Einsatzgruppen, des forces de police allemande, des unités ressortissant au SD, mais également la Wehrmacht qui, de plus, commit de nombreux crimes de guerre et contre l’humanité, faits que ces ‘résistants’ allemands devaient savoir lorsqu’ils se décidèrent à agir contre Hitler puisque certains d’entre eux ou leurs proches avaient été sur le front de l’Est. D’ailleurs, primordial pour eux étaient l’honneur de la Wehrmacht et l’idée d’éliminer Hitler pour pouvoir conclure une paix séparée avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le sort des Juifs, ils s’en  soucièrent comme ils le firent déjà quand furent adoptées les lois de Nuremberg en 1935 qui déjà faisaient des Juifs des citoyens de 2nde zone dans leur propre patrie, bien avant leur mise à mort industrielle.

 

Heydecker et d’autres inconnus demeurés dans les coulisses de l’histoire allemande, furent des héros au sein d’une mer déchaînée de meurtriers ou de complices actifs ou passifs.

 

Il faut les saluer et honorer leur mémoire, aussi peu nombreux furent-ils.tumblr_mwbx4ak5bJ1stxu8xo2_500[1].jpgjoe_j.heydecker-624x420[1].jpgimages0VWF58JV.jpgDans-le-Ghetto-de-Varsovie-4_11[1].jpg

JOE J. HEYDECKER - UN SOLDAT ALLEMAND AVEC UNE CONSCIENCE

JOE J. HEYDECKER – SOLDAT ALLEMAND AVEC UNE CONSCIENCE

 

En 1983, soit 38 ans après la fin de la guerre, paraît en Allemagne chez DTV {éditeur allemand de livres de poches} en première édition un livre en allemand intitulé ‘Le Ghetto de Varsovie’; un livre dont le texte et certaines photos poignantes de la misère dans le ghetto sont d’un soldat allemand, Joe J. Heydecker.

 

Ce fait m’est revenu en mémoire alors que je commençais à lire un livre sur le procès de Nuremberg {45/46} écrit par Joe J. Heydecker en collaboration avec Johannes Leeb {1959 pour la version française}.

 

Pourquoi Heydecker qui s’était entretemps établi au Brésil, avait-il attendu plus de 30 ans pour publier son témoignage photographique particulièrement émouvant lorsqu’il montre des jeunes enfants et adultes d’une effroyable débilité physique à cause de cette faim à laquelle ils ne pouvaient échapper faute d’argent, de moyens de subsistance ou de fortune personnelle, faute aussi de pouvoir être employés dans l’une ou l’autre de ces usines d’esclaves travaillant pour les nazis.

 

Voilà ce qu’il dit à ce sujet: «Pourquoi 40 années se sont écoulées avant que je ne diffuse ces photos, je peux à peine l’expliquer. Il m’a tout simplement manqué la force d’écrire le texte d’accompagnement de ces photos, aussi souvent pourtant que je l’aie commencé. Elle me manque encore toujours. Toutefois, j’écris maintenant ce qui me brûle encore dans la mémoire, avec toutes les faiblesses, parce que le temps n’est pas inépuisable.»

 

Ceux qui ont souhaité se documenter savent maintenant que si à Nuremberg, ce ne fut pas le procès du peuple allemand que les juges alliés avaient voulu faire, les Allemands savaient néanmoins ce qui s’était passé dans les camps de concentration, d’extermination, dans les killing fields and pits {champs et fosses de la mort} où les quatre Einsatzgruppen {A, B, C, D} exécutaient par balles principalement les Juifs mais aussi les communistes, partisans et tous ceux qui portaient en eux des relents de bolchevisme, souvent après qu’ils eurent dû se déshabiller entièrement et remettre les possessions qu’ils avaient sur eux. On sait maintenant que tous les Allemands savaient ce qui s’est exactement passé à l’Est, car l’armée allemande a compté jusqu’à 18 millions de soldats dont une partie principale alla se battre et mourir sur le front de l’Est. Et, ces soldats, à la différence des pauvres ploucs soviétiques avaient avec eux des appareils photographiques et caméras dernier cri et ne se gênaient pas pour photographier des scènes de rafles de youpins ou des exécutions en masse. C’est, paradoxalement, grâce à cette curiosité morbide qui les poussait à flinguer sur pellicule tout ce qui déplaisait au Führer et devait être zigouillé qu’on a pu disposer d’un tel legs de preuves, car ces photos et films ont été trouvés sur des soldats morts ou faits prisonniers, tant à l’Est qu’à l’Ouest, ou dans des maisons allemandes en ruines ou après la victoire et l’occupation par les troupes alliées.

 

Le danger pour la postérité que représentaient les photos fut remarqué par les autorités militaires allemandes. Ainsi, dans la préface du livre, écrite par le Prix Nobel Heinrich Böll, ce dernier cite un ordre de l’armée sous le commandement de von Rundstedt, comme suit: «Tout agissement individuel ou participation de la part de ressortissants de la Wehrmacht à des excès de la population ukrainienne à l’encontre des Juifs est interdite, de même que regarder ou photographier les mesures lors de leur exécution par les Sonderkommandos {les 4 Einsatzgruppen étaient subdivisés en Kommandos appelés Sonderkommandos}.» Von Rundstedt fut le commandant de la 6ème Armée allemande qui périt et fut faite prisonnière en janvier/février 1943 à Stalingrad; après sa capture, il rejoindra le groupe procommuniste Freies Deutschland et s’établira après sa libération de captivité en Allemagne de l’Est.

 

On sait par nombre de documentaires historiques de qualité {‘Le Temps du Ghetto’ par Rossif, ‘Nuit et Brouillard’ par Resnais, ‘De Nuremberg à Nuremberg’ encore par Rossif, la série allemande en 6 parties ‘HoloKaust’ par Guido Knopp, ‘Einsatzgruppen’ par Michael Prazan, etc.} que l’essentiel de la hargne raciste/antisémite des nazis se concentra sur la Pologne en tant que vaste lieu de mise à l’esclavage et de mise à mort par les chambres à gaz, mais également dans les anciennes et actuelles républiques d’URSS. Ainsi, en Lettonie et Lituanie 90 % de la population juive furent tués, souvent par balles ou par débilité pour raison d’esclavage jusqu’à la mort. Si les chiffres de pertes de populations juives furent un peu plus bas en Ukraine, Russie, Biélorussie, que dans les pays baltes, il faut ajouter que dans les pays baltes, en Ukraine, en Biélorussie tout comme en Hongrie et Slovaquie, Roumanie, des milices paramilitaires ou travaillant directement sous commandement du SD {Sicherheitsdienst} participèrent aux massacres de Juifs, de communistes et de partisans ou présumés partisans.

 

On sait aussi maintenant que cette hargne n’était pas qu’antisémite. L’historien allemand Paul Kohl est allé en URSS interviewer des Soviétiques non-juifs, pour dresser un bilan historique de la violence qu’infligèrent les soldats de la Wehrmacht et ceux dépendant du Sicherheitsdienst ou autres troupes d’exécuteurs repris sous l’appellation de Polizei. Dans sa préface, il écrit: «Nous avons vécu nous-mêmes les tempêtes de feu de Hamburg et Dresden, ou au moins nous en avons entendu parler. Et nous en parlons encore aujourd’hui. Cependant, qui mentionne ne fût-ce que par un mot les 1700 villes bombardées ou les 70.000 villages détruits en URSS?» Parce qu’on sait maintenant, grâce à des travaux et des recherches d’historiens, souvent allemands, que la Wehrmacht fut sur le front de l’Est une organisation criminelle, qu’elle participa en masse à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont furent victimes des millions de civils {voir à ce sujet l’excellent livre ‘Les Crimes de la Wehrmacht’ par Wolfram Wette}.

 

Comment Heydecker, qui d’après ses écrits fut très tôt antimilitariste et antihitlérien, fut-il incorporé dans la Wehrmacht? Ses parents émigrèrent en 1933 parce qu’ils n’aimaient pas Hitler et ce qu’il représentait. En 1938, Joe H. Heydecker était à Vienne quand ce pays fut annexé par l’Allemagne nazie et incorporé au 3ème Reich {avec l’enthousiasme de la population autrichienne par ailleurs}. Incorporé dans la Wehrmacht, il se retrouva posté sur le front de l’Est, et, étant donné ses qualités de photographe, il fut versé en tant que laborantin photographe dans la 689ème Propaganda Kompanie à Varsovie, début 1941. Ayant d’abord été une première fois dans le ghetto à la recherche d’une de ses connaissances de 1937, il en fut ahuri et défait sur le plan humain d’y voir la misère indicible dont il fut presque involontairement témoin On parle de 1941 un an avant la première grande rafle dans le ghetto et deux ans avant la révolte. Il décida donc d’y retourner et d’y photographier en catimini afin, comme il l’écrivit «que les photos parlent pour elles-mêmes» (…) Car, je savais fermement que nous avions le projet de laisser mourir de faim le ghetto de Varsovie et les autres nombreux ghettos en Pologne occupée.»

 

Il prit donc des photos d’habitants du ghetto, de leur misère, des preuves des crimes commis par son propre peuple, lui qui se dit gêné d’être allé dans le ghetto portant l’uniforme de la Wehrmacht.

 

Il fut un Allemand avec une conscience et un sens moral. Qu’il ait parlé de ses projets avec ses deux camarades d’unité Köhler et Krause et qu’ils ne l’eussent pas dénoncé à la Gestapo indique qu’il y eut d’autres Allemands dotés de conscience et d’un sens moral intact.

 

Néanmoins, le constat de Heydecker sur son peuple est sans appel. Comme il l’écrit: «Sur le front de l’Est avec ces victoires rapides et décisives à l’esprit, on n’accordait pas la moindre importance pour cacher ou tenir secrète l’annihilation des Juifs. Aux fosses communes, où village après village les habitants juifs sans distinction d’âge ou de sexe, étaient massacrés de manière sanguinaire, il y avait présents des soldats, des employés de chemins de fer, des hommes de l’organisation Todt, des civils, parfois en maillots de bain, souvent avec des appareils photos, qui reluquaient l’effroyable spectacle. Les commandos de la mort n’avaient rien là contre, il n’y avait pas d’interdictions de pénétrer, personne n’était chassé de ces lieux. Sans doute qu’il était généralement acquis que chaque Allemand, quelque fussent son uniforme ou ses vêtements, avait le droit d’être là, en tant que suiveur d’Hitler ou en accord avec ce qui s’y déroulait. Il y avait tout de même une erreur. Ce processus d’exécutions de masse, le fait des fosses de la mort dans lesquelles tout un peuple disparut, se répandit par les spectateurs présents à toute la troupe. J’affirme que seuls des soldats aveugles et sourds à l’Est n’apprirent rien de ces choses.»

 

On a parfois, chez nous, eu tendance à mettre en exergue qu’il y eut des mouvements de résistance contre le nazisme au sein même de la population et de l’armée allemandes; on a même présenté des films où ces résistants allemands étaient dépeints comme des héros. Le seul problème c’est que ces Allemands courageux qui s’élevèrent contre le nazisme, ils le firent pour sauver l’honneur de l’Allemagne qui était déjà en train de perdre la guerre. Ces mouvements comme ‘Die weisse Rose’ ou von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat de juillet 44 contre Hitler, entre autres, n’eurent jamais un seul instant à l’esprit que leur pays avait depuis juillet 1941 entamé une destruction systématique de tous les Juifs, communistes et résistants dans les pays baltes, en Ukraine, en Biélorussie, en Russie, en Pologne, Roumanie, pour la continuer par la suite dans les pays de l’Europe occidentale, un meurtre à grande échelle à laquelle participèrent non seulement les Einsatzgruppen, des forces de police allemande, des unités ressortissant au SD, mais également la Wehrmacht qui, de plus, commit de nombreux crimes de guerre et contre l’humanité, faits que ces ‘résistants’ allemands devaient savoir lorsqu’ils se décidèrent à agir contre Hitler puisque certains d’entre eux ou leurs proches avaient été sur le front de l’Est. D’ailleurs, primordial pour eux étaient l’honneur de la Wehrmacht et l’idée d’éliminer Hitler pour pouvoir conclure une paix séparée avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le sort des Juifs, ils s’en  soucièrent comme ils le firent déjà quand furent adoptées les lois de Nuremberg en 1935 qui déjà faisaient des Juifs des citoyens de 2nde zone dans leur propre patrie, bien avant leur mise à mort industrielle.

 

Heydecker et d’autres inconnus demeurés dans les coulisses de l’histoire allemande, furent des héros au sein d’une mer déchaînée de meurtriers ou de complices actifs ou passifs.

 

Il faut les saluer et honorer leur mémoire, aussi peu nombreux furent-ils.tumblr_mwbx4ak5bJ1stxu8xo2_500[1].jpgjoe_j.heydecker-624x420[1].jpgimages0VWF58JV.jpgDans-le-Ghetto-de-Varsovie-4_11[1].jpg