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02/08/2017

PASSCHENDAELE - 100 ANS

PASSCHENDAELE – 100 ANS

 

Dimanche et lundi dernier, les Britanniques ont commémoré à Ypres et au cimetière militaire britannique de TYNE COT, les 100 ans du début d’une des batailles les plus sanglantes, du moins pour les troupes ayant combattu sous l’emblème du Commonwealth puisque, sur le front du Saillant d’Ypres combattirent des Anglais, des Écossais, Irlandais, Gallois, Néo-Zélandais, Australiens, Canadiens, Sud-africains ainsi que des troupes hindoues et musulmanes d’Indes. La délégation britannique – dont les membres de la BBC ayant retransmis le tout en deux directs – comptait plus de mille personnes. Il faut dire que Passchendaele est un symbole pour le Royaume-Uni.

 

Cette bataille commença à l’aube du 31 juillet 1917 et se termina sur la crête à Passchendaele {ancienne dénomination conservée par les Britanniques, le village étant actuellement appelé Passendaele d’après la nouvelle orthographe néerlandaise}, après près de 4 mois d’intenses averses, le 10 novembre ’17. Cette 3ème offensive d’Ypres décrétée par le généralissime britannique Douglas Haig {devenu maréchal par la suite} était censée exercer une pression accrue sur les troupes allemandes sur une partie du front pour la raison simple qu’en avril 1917, à la suite d’une attaque particulièrement désastreuse en pertes humaines françaises au Chemin des Dames et dont l’auteur {qui aurait mérité la cour martiale} fut le général Nivelle, avait débouché sur des mutineries, rendues d’autant plus vivaces par les échos de révolution qui parvenaient de Russie et dont ces mêmes échos eurent une répercussion parmi les troupes belges, contribuant à la formation de ce qu’on appela le Frontbeweging, un mouvement flamand œuvrant pour des unités flamandes séparées des wallonnes et une autonomie de la Flandre. Après bientôt 3 ans de guerre et plus de 2 ans et demi de guerre des tranchées, les soldats étaient tous épuisés, démoralisés, haïssant leurs officiers supérieurs bien plus que leurs ennemis.

 

Haig s’était déjà illustré en poussant à l’offensive de la Somme en été 1916, une offensive ratée dans la mesure où les Allemands connaissaient déjà d’avance le jour, l’heure et les lieux de l’attaque. Les troupes du Commonwealth perdirent 80 000 hommes tués, blessés et disparus en un seul jour. Une erreur militaire dont ne fut jamais redevable devant une cour de justice militaire. Le général Haig {qui vivait dans des châteaux et ne visita pas une seule fois un quelconque front; il n’y a aucune photo de lui à ce sujet} et ses subalternes avaient imposé une tactique d’attaque aussi idiote que meurtrière, puisque ces divisions principalement constituées de soldats non aguerris issus de l’appel de Kitchener {your country needs you!} et qu’on appelait les ‘pal battalions’, les bataillons de copains, avaient très peu d’expérience de la guerre et de la dure réalité des combats d’attaque contre des positions bien retranchées et défendues par des mitrailleuses. Ces pauvres bougres avaient donc reçu l’ordre d’attaquer à la lumière du jour avec leur équipement complet et d’avancer au pas de marche à l’assaut des tranchées ennemies, en rangs bien ordonnés, officiers au devant et parfois un jouer de cornemuse à l’avant ou, d’autres et c’est un fait réel, poussant un ballon de foot vers les lignes allemandes! On savait pourtant en 1916 que les Allemands disposaient de quantité de mitrailleuses et que leur tactique favorite était de se retrancher dans les abris souterrains durant les bombardements, puis, dès que les tirs d’artillerie ennemie cessaient, de se repositionner dans les tranchées et d’installer les mitrailleuses. Capables d’atteindre un homme à 800 mètres et tirant des centaines de balles à la minute. Haig, dans sa folie meurtrière, avait même prévu en Somme des unités de «cavalerie» qui fonceraient à l’assaut sabre au poing et achèveraient l’œuvre de destruction de l’ennemi entamée par les troupiers. Certaines unités s’en sortirent mieux, comme la 5ème division australienne, mais elles avaient connu Gallipoli et savaient ce que c’étaient que les combats de tranchées contre des positions inexpugnables.

 

Sur le front d’Ypres, si les généralissimes et autres nullités placées à la tête des troupes du Commonwealth avaient eu le temps ou le besoin de consulter les statistiques météorologiques de Belgique, elles se seraient aperçues que juillet et l’été sont en général des mois pluvieux à la côte belge. De plus, le sol en Flandre occidentale est d’une lourdeur presque naturelle peu propice aux déplacements de troupes et transports d’approvisionnements en vivres et munitions, dès qu’il se met à pleuvoir. De plus, sur le front du saillant d’Ypres, il n’y avait pratiquement plus de végétation susceptible d’absorber l’eau des pluies. Le résultat de la folie de grandeur d’un général imbu de gloriole militaire et d’assistants à tous les niveaux d’états-majors tout aussi stupides quant aux estimations de terrain fut 250.000 tués, blessés et disparus. Des centaines d’hommes se noyèrent dans des trous d’obus gorgés d’une eau stagnante. Ce qui était un comble pour un fantassin, mourir noyé.

 

J’ai vu les commémorations organisées par le Royaume-Uni et ai admiré la prestance, la dignité, la parfaite mise en place quasi chorégraphique du spectacle de près de deux heures à Ypres et de près d’une heure au cimetière de Tyne Cot. J’ai visité ce cimetière à plusieurs reprises et y ai toujours admiré l’extrême sérénité du lieu, la beauté de ces tombes fleuries de fleurs naturelles dont des coquelicots, symbole des batailles d’Ypres s’il en est {cf. les ‘poppies’ du célèbre poème In Flanders’s Fields de John McCrae}.

 

Les discours des représentants du Royaume-Uni, dont ceux des Princes Charles et Williams et celui du Roi Philippe, étaient de nature à faire mention du nécessaire souvenir de mémoire quant au sacrifice de ces milliers d’hommes venus du monde entier, étaient également empreints de la dignité nécessaire pour rappeler aux générations actuelles – peu férues d’histoire ou connaissant si peu de ces faits sanglants - que si elles peuvent vivre librement maintenant, c’est justement grâce à ces sacrifices. Et, quand on a vu des photos d’époque, ces paysages englués de boue, ces tranchées du côté allié d’une effroyable indigence de construction ou d’entretien indignes de conditions de combat, on peut réaliser ce que ces sacrifices incluaient en termes de souffrance en cas de blessure même légère sans parler de blessures graves. Parmi les illustrations vocales à Tyne Cot, on cita pour un seul bataillon, le nombre de brancardiers tués en quelques jours {une vingtaine}. Ce chiffre donne une idée de la boucherie qui régna de part et d’autre de la ligne de front. Parfois, également, après d’âpres assauts ou d’âpres résistance à la mitrailleuse ou à la grenade offensive ou défensive, les niveaux d’adrénaline ou d’esprit de revanche étaient montés à un tel degré de fureur irrépressible que l’idée même d’épargner les vies des adversaires se rendant n’auraient même pas effleuré certains combattants ayant connu {de part et d’autre du front par ailleurs} des souffrances dont on ne peut – nous, engoncés dans notre confort matériel et intellectuel –se rendre compte. Car les dernières semaines de la bataille de Passchendaele, fin octobre/début novembre 1917, furent en fait un combat titanesque entre des troglodytes armés où ne dominait que la pensée unidirectionnelle de tuer le plus possible d’adversaires afin de rester en vie. Du pur darwinisme, survival of the fittest.

 

Ces commémorations me font penser à deux choses distinctes:

1) Mon grand-père maternel a combattu sur le front de Flandres, tout comme celui de mon épouse. Mais, d’après tout ce que j’ai lu au sujet des troupes belges, il est clair que tant le Roi Albert 1er que les officiers supérieurs de l’état-major ont toujours refusé d’envoyer des troupes belge au casse-pipe inutile comme chair à canon, et c’est tout à leur honneur. C’est dommage que lors de commémorations officielles, on ne peut restituer la vérité historique et mentionner – ne fût-ce qu’en passant – l’imbécillité des hauts placés militaires qui décrétèrent des offensives comme celles de la Somme et d’Ypres, qui, toutes deux, à l’issue de mois de combats, débouchèrent sur le gain de quelques kilomètres carrés mais engrangèrent des centaines de milliers de victimes. Pétain à Verdun avait misé sur deux aspects qui permirent – et ce fut également un horrible boucherie, rappelons-le – d’économiser autant que possible des vies humaines, une concentration d’artillerie française inouïe et une roulante quant aux troupes engagées.

(2) À Tyne Cot, tout comme au nouveau Musée de Passendaele, situé à Zonnebeke {que je conseille instamment}, il y a des tombes ou des photos de soldats allemands, ceci, évidemment dans un esprit de réconciliation européenne. J’ai moi-même visité à de nombreuses reprises et sans animosité les cimetières allemands de Flandre occidentale, ceux de Langemark et de Vladslo {dans ces deux cimetières, il y a de très belles statues, dans le dernier, un couple de parents éplorés réalisée par Käthe Kollwitz, une des grandes artistes allemandes du 20ème siècle}, ils sont très beaux, sereins, boisés à la différence des cimetières britanniques eux aérés. Mais, si ces 250.000 hommes des troupes de la BEF {British Expeditionary Force} ont été tués, blessés ou ont été portés disparus lors de la 3ème bataille d’Ypres, c’est à cause des Allemands qui, au détriment de traités internationaux, ont déclenché une guerre d’annexion et d’occupation de territoires étrangers, dont le nôtre. Si nos grands-parents ont dû passer 4 années dans la boue, côtoyant rats et poux, étant en danger dès qu’ils étaient dans les tranchées ou faisaient des corvées à portée de tirs de canons, subissant les attaques aux gaz, c’est à cause de ces Boches qui décidèrent d’envahir notre contrée, d’y pratiquer des destructions de biens, des massacres de civils belges {les exemples historiques abondent} déportèrent des gens en Allemagne ou les obligèrent à faire des travaux même parfois militaires, pratiquèrent le vol, la rançon {taxes imposées}. Bref, se conduisirent comme des barbares. Je le dis et je le répète, même si je visite à l’occasion d’un point de vue historique des tombes de cimetières de soldats allemands tombés en Belgique {dont celle du fils Peter de Käthe Kollwitz tué sur le front d’Ypres le 22 octobre 1914, se trouvant à Vladslo face aux statues représentant son père et sa mère agenouillés}, je trouve écœurant qu’il y ait quelques tombes de ces soldats occupants à Tyne Cot, des photos de soldats allemands dans la salle du souvenir du Musée de Passendaele, ou d’avoir invité le Ministre des Affaires étrangères allemand Gabriels pour déposer des fleurs à Tyne Cot. Ou d’avoir entendu un soldat de l’armée allemande actuelle disant les mots d’une lettre d’un soldat allemand à ses parents. Qu’est-ce que j’en ai à cirer si les Boches ont également souffert à Passendaele alors que mon propre grand-père souffrait dans les tranchées à cause d’eux, de leur présence sur notre territoire, de leur arrogance innée, de leurs idées de grandeur et d’asservissements d’autres peuples? Je n’ai aucune pitié pour aucune mort de soldat allemand sur le territoire belge. L’actuel Tyne Cot à Passchendaele était un lieu de bunkers allemands dominant les hauteurs et tirant sur tout ce qui approchait, c’est-à-dire en l’espèce de jeunes et moins jeunes troupes du Commonwealth, de France et de Belgique, venues dans ce lieu pourri et sanglant et d’enfer pour nous délivrer du joug boche. Et, même s’il faut pouvoir pardonner, il ne faut pas dès lors ni oublier ni dénaturer ce que fut en réalité cette sanglante 3ème bataille d’Ypres, déclenchée par des généraux qui auraient mérité de passer en cour martiale passibles de la faute de dereliction of duty {négligence dans le service ou le devoir} pour avoir déclenché de telles boucheries pour des gains de terrain dérisoires, et, d’autre part, ne jamais oublier que les Boches vinrent dans notre pays en conquérants, en barbares et n’en furent chassés que par la force, grâce, justement, aux sacrifices de pans entiers de jeunes générations du Commonwealth, de France, de Belgique, principalement.

 

J’y pense chaque fois que je regarde une tombe à Tyne Cot ou dans d’autres cimetières, notant l’âge, la date de décès, la nationalité et me disant «quelle immense bêtise, quelle immense boucherie», même si elle fut oh combien nécessaire.

 

N’oublions jamais que les soldats allemands furent les agresseurs, et non des victimes!

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