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16/04/2017

L'EUPHORIE, L'ILLUSION ET LE DANGER DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

L’EUPHORIE, L’ILLUSION ET LE DANGER DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

 

 

Mieux que quiconque peut-être, ce fut, à l’époque moderne, Hitler qui sut utiliser l’ingénieux camouflage et masque d’un peuple souverain, participatif au processus politique, pour faire passer ses idées et ses idées seules, comme l’atteste par exemple un discours de 1928: "Notre peuple doit être libéré du désordre trouble d’une clique internationale et, de manière programmée et consciente, être formé à un nationalisme fanatique" {source: «Der Nationalsozialismus – Dokumente 1933-1945», par Walther Hofer}.

 

De l’autre côté de l’échiquier politico-historique, on peut remarquer que la Constitution américaine est l’une des rares, qui, dans son préambule, parle du Peuple: "Nous le Peuple des États-Unis, afin de former une meilleure Union, établir la justice, assurer la sécurité intérieure, contribuer à une défense commune, promouvoir le bien-être général, et assurer la bénédiction de la liberté pour nous-mêmes et la postérité, ordonnons et établissons cette Constitution des Etats-Unis d’Amérique."

 

On sait très bien que si c’est le Peuple américain qui a ordonné et établi cette Constitution en septembre 1781, le système qui s’est développé au départ de la volonté du Peuple fut la démocratie représentative, chaque personne de par son vote gagnant {lisez si le candidat a bien été élu} étant représenté par une personne, député ou sénateur, et n’ayant dès lors plus rien à contribuer au débat ou aux enjeux démocratiques puisqu’elle a choisi de canaliser ses idées et intentions politiques dans le chef d’un élu de la Nation.

 

Le paradoxe actuel c’est que ceux qui ont voté pour le président américain Donald Trump qui leur avait promis de ne s’intéresser qu’à l’Amérique, de délaisser les autres pays et problèmes du monde et de restituer à nouveau sa grandeur à l’Amérique, voient actuellement LEUR président s’ingérer dans les problèmes de la Syrie et ceux de la Corée du Nord. Trump, dans son discours d’investiture avait et de manière grandiose, assuré qu’enfin, à nouveau, le pouvoir allait être restitué au Peuple. Voilà, c’est fait.

 

Dans l’histoire sanglante du 20ème siècle, d’autres personnalités barbares, sanguinaires, dictateurs, caciques, ou simplement egocentriques, ne se sont jamais appuyées sur le symbole du Peuple quand ils parlaient, je pense à Staline, Mao, Kim le fondateur de la Corée du Nord, Franco, Mobutu, etc. Là et en fonction de nuances de grandeur dans le crime plutôt que dans l’esprit, on décrétait que telles personnes, telles franges de population, tels ennemis du Peuple {ah oui, là on le ressortait ce terme catalyseur de pensée unique et totalitaire}, telles races, telles ethnies, devaient disparaître. Point à la ligne, alinéa suivant.

 

D’autres hommes d’état d’une tout autre envergure, disposition d’esprit, adeptes et faiseurs de démocratie parfois un rien paternaliste, utilisaient un autre concept pour faire passer leurs idées personnelles, disons-le, souvent pour une juste et bonne cause. Churchill, dans les moments de danger parlait avec des trilles d’émotion dans la voix d’England en tant que symbole d’opposition à Hitler et de ralliement autour d’un socle de démocratie. De Gaulle, lui, parlait sans sanglots dans la voix mais avec parfois un ton moralisateur voire de prédicateur, de la FRANCE qui, évidemment, était représentée par sa personne et sa personne uniquement. Roosevelt parlait des United States of America.

 

Il y a aussi les comiques qui, eux, horriblement centrés sur leur nombril, ne passent même pas par l’habile camouflage que constitue l’emploi du nom du pays, de la référence au peuple ou à la nation, mais étalent ou ont étalé leur autosuffisance pathétique via le "je" porteur d’un défaut de la cuirasse psychologique, d’un sentiment d’infériorité, presque palpable à l’audition; on peut citer parmi certaines figures récentes Sarkozy, Charles Michel, François Hollande et parmi les candidats à la présidentielle française Benoît Hamon {qui n’hésite jamais à dire «Moi, président de la République» et pas une seule fois}.

 

Parlant de la France justement et du spectre d’une présidence assumée par Marine Le Pen, on remarque que d’autres mots dissimulent quelquefois avec brio une personnalité égocentrique qui n’ose pas dire son nom: l’utilisation adroite des termes LA RÉPUBLIQUE, LA LAÏCITÉ. Dès qu’on prononce ces mots magiques, le politicien en question est censé représenter la voix du peuple, tout le monde se fige dans une attitude de dignité nationale et entonne La Marseillaise, même, à la limite, si le slogan, le mot d’ordre, devait être de ratonner les bicots et autres bougnoules, de les expulser ou de les laisser mijoter dans leur jus communautaire de banlieues loin d’être bleues comme en jazz.

 

Dans l’échiquier des présidentielles françaises actuelles, je vois deux immenses dangers, pour la démocratie en France et, partant, pour l’Union européenne et l’euro. Tous deux s’inspirant d’une soi-disant légitimité du peuple: Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon.

 

Pour la fille Le Pen, cela fait tellement longtemps que la presse critique l’a prise pour cible, qu’il y a très peu à ajouter au portrait sans retouches et fards qu’on a dressé d’elle. Outre l’excellente et informative émission présentée par Élise Lucet que France Deux a consacrée au financement via l’État français et l’UE de Front National et des emberlificotes et magouilles juridiques dans lesquelles ce parti populiste se voit maintenant empêtré, outre le caractère volontairement souverainiste {lisez raciste} de la pensée du FN que représente son égérie, passionaria et Jeanne d’Arc, Marine du clan Le Pen, outre le leitmotiv de la sortie de l’Union européenne et de l’euro en tant que symboles d’un renouveau de la République, de la Laïcité et de la Souveraineté {sous-entendu du PEUPLE}, le vrai danger que représente cette blonde bourgeoise que les plateaux nous ont presque rendue acceptable sur le plan social, ce sont ses amitiés du temps de ses études avec Frédéric Chatillon et Axel Lousteau, deux proches collaborateurs, amitiés qu’elle n’a jamais publiquement reniées en dépit de l’aspect parfois sulfureux de ces deux personnalités. Chatillon a rencontré Degrelle à Marbella en 1992 {images d’un reportage de la RTBF de 2009, article de De Standaard du 12 avril 2017}. On pourrait croire qu’il s’agit d’erreurs du passé de jeunes dévoyés sur le plan politique {De Wever ne s’est-il pas fait photographier avec Le Pen père jadis ?}. Eh ben, non, (Un) De Standaard a publié une photo de Mediapart dans laquelle on voit Axel Lousteau faire le salut hitlérien à l’occasion de son 40ème anniversaire. (Deux) quant à Chatillon, il ne néglige jamais d’apporter son salut fraternel via les réseaux sociaux le 20 avril, le jour de l’anniversaire de la naissance de l’une de ses idoles, Hitler. Ça, ce sont les gens influents dans l’entourage immédiat de Marine Le Pen, des fachos pur jus. À chaque fête que Marine organise, ces deux lascars y sont bien présents. Sa déclaration récente d’ailleurs à propos de la non-responsabilité de la France dans les rafles du Vel d’Hiv’ indique à suffisance que les senteurs sulfureuses qu’aimait disséminer son père ne sont nullement absentes de son fonds idéologique RÉEL.

 

Le Pen présidente, ce sera un chaos institutionnel car son pouvoir présidentiel ne reposera sur aucune majorité parlementaire {les gens voteront pour elle par dégoût des politiciens mais pas nécessairement pour des candidats FN aux législatives}, et une impossibilité manifeste de gouverner, avec, en prime, un accès illimité à l’Élysée de gens dont l’idéologie, les amours politiques, sont odieuses. Et ne parlons pas du fonds idéologique du FN en ce qui concerne les Français ou étrangers de religion musulmane. Sa présidence sera une présidence vindicative, aux teintes racistes et peu en conformité avec les principes d’égalité et de fraternité que prône la devise française.

 

Quant à Mélanchon, le danger qu’il représente est essentiellement celui du concept de démocratie participative {alors qu’on sait qu’il est en réalité un autocrate peu enclin aux vrais débats sauf pour s’entendre parler}. Il est patent de constater qu’autour de Mélanchon, il n’y a absolument aucun nom qui ressorte, de personnalité politique, d’idéologue, de concepteur, de collaborateur influent. C’est un one-man-show. Avec Mélanchon et sous le couvert d’une démocratie participative, on ira dans le même cul-de-sac qu’avec Marine Le Pen. Une présidence assise sur une minorité parlementaire, donc une incapacité à diriger le pays, une instabilité des marchés en raison de l’irruption d’un gauchiste pur et dur et peu amène aux débats ou concessions parlementaires. Et un président qui sera tout aussi vindicatif, à l’égard des entreprises, des PME, bref de tout ce qui permet à un pays de se tenir la tête au-dessus de l’eau en termes d’économie. Et, pas mal de Français nantis quitteront le bateau avant qu’il ne coule.

 

Et puis, ce terme de démocratie participative me fait toujours sourire. Quand, à la fin de l’été et de l’automne derniers, on a vu ces milliers de gens debout place de la République à Paris, pratiquer dans les faits une démocratie participative, c’était d’un ridicule, d’un burlesque digne de Chaplin. N’ont-ils pas refusé que Finkielkraut vienne y parler, sous prétexte qu’il est de droite. Finkielkraut – dont je ne partage pas nombre d’opinions – les aurait tous enterrés sous son éloquence et sa terrifiante logique dialectique presque mathématique. Nous avons d’ailleurs tous dans l’une ou l’autre de nos carrières participé à des workshops, des réunions voire de très officielles réunions de jeux de rôles animées par des psychologues, pour savoir que souvent, en l’absence d’une personne qualifiée susceptible de comprendre, synthétiser et représenter les idées d’une majorité {et cela – uniquement – est le principe de la démocratie}, ces réunions allaient vers un chaos de bon ton très bobo, peu susceptible de conduire vers des idées, concepts, propositions, cohérents. L’exemple typique ce sont les Écolos qui pratiquaient ce genre de chaos organisationnel en Belgique, ou en France EE/les Verts.

 

Restent en lice Macron et Fillon. La France sera stable sur le plan économique et de l’UE, mais représenteront-ils les souhaits électoraux du Peuple? On peut en douter car ces deux candidats ont un ego également surdimensionné, mais il leur manque par contre la patine, le talent, d’anciens leaders tels Churchill, De Gaulle, Roosevelt.

 

Pauvre France, pauvre Belgique, pauvres USA, que de bêtises, que de mensonges, ne dit-on et ne dira-t-on pas en nos noms! NOUS, LE PEUPLE.

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