Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

14/01/2017

UNE CONJUGRATION D'IMBÉCILES

UNE CONJURATION D’IMBÉCILES

 

Dans une émission récente de Myriam Leroy {‘Coupé au montage’}, lors d’une interview de Thomas Gunzig, la présentatrice de l’émission mentionna à juste titre le destin tragique de John Kennedy Toole, auteur du superbe roman «A Confederacy of Dunces» {que, personnellement, j’aurais traduit par ‘Une confédération de cancres’ au lieu du titre ci-dessus repris dans l’émission}. Alors qu’une trentaine de maisons d’édition l’avaient refusé, il se suicida par désespoir, à l’aube de la trentaine à peine. Et, son roman fut publié à titre posthume – grâce à sa mère – et il obtint le Pulitzer.

 

Comment ne pas penser à cette confédération de cancres quand on voit le président-élu américain et l’équipe de nitwits (crétins) sur le plan de l’expérience politique nationale autant qu’internationale qu’il a désignée. Même si la majorité des personnes choisies par Trump a excellé dans les affaires ou dans le domaine militaire, on peut difficilement les qualifier de génies ou même d’intelligence hors normes. Mais, quand on voit dans le passé américain des présidents qui eurent nom Truman, Eisenhower, Nixon, Reagan, Bush Jr., on peut dire sans hésiter un seul instant qu’accéder à la fonction suprême de l’état américain n’est pas un gage d’excellence sur le plan intellectuel. Et, on peut se demander pourquoi c’est souvent du côté démocrate que penchait la balance d’excellence intellectuelle, surtout quand on aligne quelques noms tels John F. Kennedy, Jimmy Carter (ingénieur nucléaire), Bill Clinton et Barack Obama.

 

Prenons en premier lieu le President-elect. L’actrice Meryl Streep le critique en public. Il tweete la même nuit qu’elle est surévaluée. Lui qui, le vendredi 20 janvier 2017 {une date qui vivra éternellement en infamie, pour paraphraser F.D. Roosevelt} va devoir jurer sur la Bible de respecter la Constitution des Etats-Unis. Sait-il, Trump, que l’amendement 1er (partie intégrante de la Constitution établissant les droits individuels des citoyens, intitulée Bill of Rights – Loi des Droits – et approuvée par les 12 états constitutifs de 1789 à 1939} garantit qu’on ne puisse abréger la liberté d’opinion ou de la presse. A-t-on déjà vu un (futur) président d’un état démocratique et respectueux de la défense des droits de ses concitoyens qui critique par voie publique une personne individuelle qui n’est pas d’accord avec lui ou sa politique ? Oui, Sarkozy avec le «casse-toi pauvre con», ou De Gaulle qui traitait la jeunesse contestatrice de «chienlit».

 

Quand, lors de son unique conférence de presse en début de semaine, un journaliste de CNN a voulu poser une question, Trump a répondu Not You ! {j’ai revu le passage hier lors de l’émission de Christiane Amanpour, sur CNN}.

 

Pourquoi refuser une question de CNN? Parce que CNN répand des fake news (informations délibérément erronées). Parce que le journaliste en question voulait poser une question au sujet du rapport de 35 pages comprenant des informations hot et de nature méchamment personnelles recueillies par le FSB à Moscou alors que l’homme d’affaires Trump s’y trouvait en 2013. Et, là aussi, nos médias ont été insuffisants tout comme Trump qui a tout de suite déclaré que c’était a disgrace (une honte) que les services de renseignements américains établissent de tels documents, totalement inventés. Et il fit la célèbre analogie avec l’Allemagne nazie. Trump erre et nos journaux télévisés également. En fait, ce rapport a été établi par un ex-agent du MI6 qui a eu des conversations avec des personnes en Russie qui ont fait état de faits incriminant Trump et le rendant susceptible de chantage lorsqu’il sera président. Une phrase qui apparaissait souvent sur écran mais non commentée faisait état de «perverted sexual acts» et de films de Trump dans sa chambre avec des prostituées. Le correspondant de la BBC à Washington, Paul Wood, aurait indiqué sur son blog personnel avoir reçu de plusieurs sources de la CIA {et avec un plaisir évident de leur part} des informations que des vidéos au sujet de Trump circuleraient, non seulement des sex tapes mais aussi certaines où on lui demandait de devenir espion pour la Russie contre avantages économiques. Sans avoir vu quoi que ce soit, la BBC ne diffusa jamais cette information {cette dernière information, cf. article dans De Standaard du 13-01-2017}. Ce que les services de renseignements américains ont réalisé en réalité – le FBI en fait -, c’est de mettre la main sur une copie du rapport de 35 pages et d’en dresser un synopsis de 2 pages, remis aux présidents Obama et à Trump. Comme le disait hier soir un ancien agent haut placé de la CIA à Amanpour {CNN}, c’est au FBI ou à la CIA qu’il conviendra d’examiner s’il y a une part de vérité dans ce rapport établi par quelqu’un qui n’a pas nécessairement eu accès au(x) dossier(s) mais relate des ouï-dire. Car, la question qui se pose en fait, c’est que s’il est avéré que Trump ait été filmé en pleine action avec des prostituées, la Russie peut exercer un chantage sur lui sous sa présidence et, ainsi, l’amadouer dans le sens du poil russe. N’oublions pas que l’URSS avait de longue date un dossier sur l’ancien secrétaire général de l’ONU Waldheim au sujet de certains faits de massacres et déportations nazis en Grèce durant lesquels il avait été présent en tant qu’officier de la Wehrmacht, mais qu’elle ne l’a jamais divulgué, on peut supposer qu’en retour, le secrétaire général avait à cœur de ne pas trop embêter les Soviétiques.

 

Néanmoins, que ces infos originaires de Russie soient justes ou fausses, en totalité ou en partie, ce qui est une honte pour un président élu et totalement disgracieux, c’est la réaction peu mesurée, totalement viscérale, peu respectueuse, de Trump, empêchant un journaliste d’exercer son droit constitutionnel, rabaissant les propres services de sécurité et de renseignements américains dont il sera le patron dans 6 jours. Cet ancien haut placé de la CIA disait d’ailleurs que l’ambiance y était actuellement tellement mauvaise – puisque ces agents ne se sentent ni soutenus ni appréciés par celui qui va les commander – que beaucoup partent ou comme il le dit de manière amusante «they polish their résumé» (ils revoient en améliorant leur curriculum vitæ)!

 

On vient aussi d’apprendre qu’Ivanka, après une réunion au plus haut niveau {je crois avec le 1er Ministre japonais Abe} avait, par la suite, envoyé un email aux journalistes présents, proposant un bracelet – comme celui qu’elle portait ce jour-là et dûment photographié et filmé -, au prix de 10.800 dollars. Trump, lui, a récemment tweeté à ses dizaines de millions de followers pour leur conseiller d’acheter des produits commerciaux d’une dame – patronne d’entreprise – qui avait royalement contribué à sa campagne électorale. Comme quoi, d’un point de vue éthique et moral, Trump ne fera aucune différence entre ce qui est susceptible de faire rentrer de l’argent dans les caisses de ses entreprises ou celles de ceux qui l’ont soutenu sur le plan politique, et la défense des intérêts de l’état américain, qui devrait dorénavant constituer son unique préoccupation et activité. Que sa fille et son beau-fils auront leur bureau et/ou entrées à la Maison Blanche est, d’un point de vue éthique, également condamnable, étant donné que tous deux sont (ont été) au plus haut niveau d’entreprises immobilières et n’ont pas encore déclaré de manière nette et convaincante mettre dans un trust fund (fonds, en fidéicommis) leurs intérêts de parts et de capitaux. Comme Trump lui-même en premier lieu, par ailleurs.

 

Trump n’est nullement un cancre dans tous les domaines puisqu’il a bâti un empire immobilier, a perdu des fortunes et les a refaites. Il faut un certain flair des affaires pour cela. Mais, j’ai côtoyé une partie de ma première carrière des hommes et les intellectuels s’ils ne sont pas inexistants sont plutôt rares. N’a-t-on pas rapporté que le beau-fils de Trump, s’il a bien étudié à Harvard, ce n’était pas tellement en fonction des cotes antérieures obtenues et fournies, mais d’un don du père de 2 millions de dollars à l’université {cf. un article de De Standaard, de cette semaine}.

 

Mais, ce qui me frappe en premier lieu quand je l’écoute en anglais, Trump, c’est que son vocabulaire est étonnamment limité, je n’ai jamais entendu sortir de sa bouche un mot sophistiqué, littéraire ou qui approcherait un tant soi peu de l’excellence d’un Obama. Le langage de Trump est basique, construit de petites phrases comme si, du point de vue cognitif, sa capacité d’expression verbale était restée coincée à celle d’un enfant de 10-12 ans. Ce qui frappe en deuxième lieu, c’est sa vulgarité. Il arbore en permanence et surtout confronté à des journalistes ou des opposants, un sneer autour des lèvres (ricaner, sourire d’un air méprisant), un air de supériorité bâti sur son compte en banque mais certainement pas sur ses prouesses neuronales. Et, en troisième lieu et ce qui est fondamental pour quelqu’un qui bientôt va être président, c’est son manque de respect pour ceux qui divergent d’opinion. Le président US est le président de tous les Américains, même de ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Le plus intelligent, quand quelqu’un fait une déclaration publique critique à son égard – ce qui est un droit constitutionnel -, pour un président, c’est de se placer au-dessus de la masse et de garder un silence présidentiel de réserve. Prenons par exemple quelqu’un comme Bush Jr., un président que je n’aimais pas. Il faut tout de même constater qu’il n’a jamais critiqué son successeur Obama en public et que lui, Bush, n’était pas raciste. Prenons l’équipe de Trump maintenant, une femme (milliardaire), un Noir (candidat à la présidence déçu), et le reste des milliardaires ou d’ex-généraux. Le Noir, je pesne parce qu’il faut toujours un Oncle Tom pour faire bien. J’ai vu récemment en direct sur CNN une partie des questions posées à la Commission du Sénat chargée d’interroger les candidats à des postes ministériels, et, notamment Jeff Sessions, futur ministre de la Justice. L’homme qui, quand il était procureur traitait de boy un Noir, collaborateur et diplômé en droit. Ses réponses étaient d’un niveau lamentable. On voyait vraiment ses neurones travailler alors qu’il luttait pour ne pas dévoiler certaines de ses convictions intimes susceptibles de heurter même certains Républicains. Et, quand une sénatrice lui posa la question de savoir pourquoi il avait gardé une plaquette d’honneur offerte par le Ku Klux Klan, deux Républicains intervinrent pour dire que tous les sénateurs recevaient de telles marques d’honneur et s’il fallait toutes les examiner et les trier…

 

Ce que personne n’ose dire ou même penser, c’est que ce Trump dont les doigts sont très agiles pour composer un tweet {du point de vue intellectuel, 140 caractères, c’est à son niveau}, ce seront ces mêmes doigts qui disposeront de l’accès aux codes nucléaires susceptibles de déclencher Armageddon. Et, si une nuit, par erreur ou dans un délire d’extase sexuelle mémorielle, repensant au bon vieux temps quand il n’y avait ni services de renseignements ni journalistes embêtants, il poussait sur le mauvais bouton send et envoyait des missiles nucléaires sur Moscou et Saint-Pétersbourg plutôt qu’un tweet à ses dizaines de millions de crétins de followers…

 

Ça serait au moins bidonnant…

Les commentaires sont fermés.