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24/04/2016

APPROXIMATIONS VERBALES ET ROBOTISATION

APPROXIMATIONS VERBALES ET ROBOTISATION

 

Partout, dans les médias, dans les déclarations de politiciens ou ministres en poste, on remarque de plus en plus d’imprécisions, d’images ou de comparaisons parfois grotesques, voulues ou non, qui, pour moi, signifient une seule chose: nos élus, mais également ceux qui sont censés être les garde-fous de la démocratie et du pluralisme intellectuel que constituent les journalistes, sombrent eux aussi dans ce salmigondis peu ragoûtant d’approximations verbales, sémantiques voire « intellectuelles ».

 

Le Ministre-président de la région bruxelloise Vervoort avait déjà lancé la première pierre dans ce salmigondis en disant qu’il était impossible de retirer la carte d’identité ou le passeport des djihadistes revenus de Syrie « parce que les Nazis avaient fait la même chose avec les Juifs. » Comparer ce que serait appelé à faire un état de droit démocratique tel la Belgique vis-à-vis de terroristes ou de futurs terroristes à ce que fit un régime autoritaire, raciste, coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, était déjà l’un de ces raccourcis mentaux qui font frémir.

 

Le Ministre de l’Intérieur Jambon a récemment fait deux déclarations fracassantes. Dans la première, il avait déclaré chez VTM à propos du soutien logistique et humain qu’Abdeslam aurait trouvé à Molenbeek, et je cite en néerlandais « Er zijn joodse mensen die vier jaar onderdoken, en dat was ook een verschrikkelijke regime dat continu naar die mensen op zoek was. » (sources De Standaard, traduction : Il y a des personnes juives qui se sont cachées pendant quatre ans, et cela était AUSSI un régime terrifiant qui traquait continuellement ces personnes). Si je comprends bien le sens de l’adverbe ook {français : aussi, également}, la Belgique est un régime terrifiant. Belle analogie, heer Jambon!

 

Ce même Jambon a récemment jonglé avec l’adjectif significatif, disant notamment qu’une partie significative de la population musulmane avait dansé dans les rues après les attentats du 22 mars dernier. Pour le sens premier, tout le monde est d’accord sur le fait qu’il n’y eut pas de signes de joie évidents dans la communauté musulmane, elle aussi touchée par les attentats perpétrés sur des rassemblements de masse de manière indiscriminée. Mais, le second sens du Petit Robert, nous aide peut-être à comprendre ce que désirait prouver Jambon « Qui renseigne sur quelque chose ou confirme une opinion. » On sait qu’il y eut pas mal de transfuges du Vlaams Belang partis sévir sous l’aile bienveillante de la N-VA {un politicien flamand a récemment dénombré et dressé la liste de 55 élus à tous niveaux originaires du VB agissant maintenant sous couleur N-VA}. On sait que la N-VA, outre l’émancipation de la Flandre est partisane d’une Nation flamande homogène des points de vue linguistique, social, ennemie du multiculturalisme et du multilinguisme. Il suffit d’assembler toutes les déclarations de Homans, Jambon, ou de constater de quel laxisme bienveillant disposent de nouveaux groupements antimusulmans tels PEGIDA – qui marcha hier à Anvers, une manif certes autorisée dans le fief de Bart De Wever -, PEGIDA dont les slogans anti-arabes, pour la protection des frontières non seulement de l’Europe mais du pays {lisez : Flandres}, sont des thèmes que BDW a lui-même mis en exergue ces derniers mois. Non la N-VA n’est pas ouvertement raciste, mais si elle peut apporter sa petite pierre constructive à pointer du doigt les défauts d’une communauté qui la dérange par sa diversité culturelle et linguistique, elle le fera même s’il faut pour le faire, tomber dans les approximations douteuses.

 

Pour la presse, cela ne vaut pas mieux. La Dernière Heure et Moustique nous ont présenté Justine Katz comme spécialiste du terrorisme, à l’instar de Dominique Demoulin. Vous voulez rire ? Jef Lambrecht, ancien journaliste de Radio 1 à la VRT, retraité maintenant, a vu paraître son ouvrage intitulé « IS » {appellation anglo-saxonne ainsi que néerlandaise de l’Etat islamique}, plus de cinq cents pages de texte dense, plus de 600 notes explicatives. Ça c’est de l’expertise. Katz et Demoulin rapportent des faits que leur relaient la police, les parquets, ou des sources proches des enquêtes; elles n’ont pas d’opinion en profondeur des faits qu’elles relatent, elles ne sont pas capables de tirer des conclusions politiques, sociales, de ces faits, d’extrapoler, d’avoir une vision globale stratégique. Elles sont toutes deux sympa mais je me pose des questions sur ces journalistes de la DH et Moustique, qui, eux, les instituent spécialistes alors que les véritables spécialistes tels Lambrecht ou ces experts qu’on voit parfois intervenir à l’émission « C dans l’Air » d’Yves Calvi {La cinq}, ne sont jamais mentionnés par ces organes de presse. Mais quand on fait soi-même dans l’approximation intellectuelle, comment distinguer le vrai du faux?

 

Moustique d’ailleurs cette semaine, semble s’approprier l’opinion de Dominique Moïsi, auteur de « La Géopolitique des Séries » que « Comprendre le monde des séries télé c’est comprendre le monde tout court ». AU SECOURS ! LES SÉRIES M’AIDENT À COMPRENDRE LE MONDE ?

 

Récemment, suite au différend Galant/Ledoux, j’ai entendu comme commentaire à la RTBF que cette affaire donnait une mauvaise impression non seulement de la ministre mais de l’administration. Ayant travaillé 22 ans dans une administration fédérale, je dois dire que j’ai jubilé quand j’ai entendu et vu parler le fonctionnaire général du SPF Mobilité Ledoux. Un homme comme je les aime, qui a son franc-parler, qui n’assume pas automatiquement la position du tapis de service face à des cabinetards et/ou ministre incompétents. Dans l’administration, je n’ai connu que des yes-men à l’exception de brillantes exceptions tel par exemple le fonctionnaire dirigeant de la Banque-Carrefour de la sécurité sociale que j’ai vu souvent lors de réunions et qui était d’une intelligence rare et d’un franc-parler tout aussi rares.

 

Quand je vois la haute qualité des débats à l’émission de Calvi, celle de l’émission hollandaise ‘Pauw’ (Hollande 1), quand je vois la qualité des reportages souvent étrangers que diffuse la chaîne flamande Canvas, les émissions culturelles ou musicales de BBC4, je me dis qu’il y a encore un peu d’espoir de ne pas sombrer dans l’abêtissement le plus crasse. Mais, pour ne pas y sombrer, il vaut mieux être curieux de nature, multilingue, s’alimenter à d’autres sources que celles qu’on nous promulgue, et de sortir de l’abysse intellectuel et culturel que constituent des journaux ou revues tels la Dernière Heure, Moustique, et des chaînes comme la RTBF et RTL-TVI, qui nous cloisonnent dans un paysage audio-visuel du plus petit commun dénominateur d’où sont absentes les informations qui seraient susceptibles de rehausser le niveau des téléspectateurs ou, quand elles sont présentes comme certaines émissions culturelles, elles le sont à une heure tellement tardive que beaucoup de gens décrochent. Un exemple, récemment France 3 a passé à deux reprises un documentaire intitulé « Les Petits héros du Ghetto de Varsovie » sur l’extraordinaire résilience d’enfants du ghetto {certains avaient 6 ans quand ils s’en sont échappés et ont continué à vivre dans la rue en pleine guerre et y ont survécu !}. Chaque diffusion avait lieu après minuit. Pour moi, pas de problème, je programme mon enregistreur et enregistre l’émission que je regarde par après, mais combien de téléspectateurs ne choisissent-ils pas la solution la plus confortable de regarder en direct, c’est-à-dire de ne pas regarder quand c’est trop tard le soir ou la nuit?

 

En Allemagne sévit actuellement un débat acerbe au sujet du comique Jan Böhmermann qui, il y a quelques semaines, a lu un poème de sa composition contre Erdogan, le président turc. Pas seulement osé le poème mais franchement porno, sauf que le prétexte de cette satire politique diffusée sur ZDF était de montrer aux téléspectateurs ce qu’était réellement un sujet propice à une plainte pour diffamation et outrage à un chef d’état étranger. Ni en France ni dans la Belgique bien-pensantes robotisées, des journalistes ou intellectuels se sont élevés pour dire « WIR SIND BÖHMERMANN ! ». Car le président turc a déposé une plainte au pénal en Allemagne contre lui et la chancelière Merkel a agréé cette plainte et chargé le parquet de faire une enquête à ce sujet. Alors qu’en fait elle aurait dû refuser d’accepter cette plainte puisqu’il s’agit ici de la liberté de pensée et d’opinion, à l’instar de ce qu’elle fit jadis pour défendre CHARLIE HEBDO. Ça se passe loin de chez nous, donc nos robotiseurs médiatiques n’en parlent nullement car la liberté d’opinion de Charlie Hebdo est bien plus vitale que celle de Böhmermann qui a dû demander déjà une protection policière !

 

Voilà ce qu’on fait de nous. Des robots. À coups d’approximations verbales, journalistiques, de réductions intellectuelles et artistiques {vanter par exemple Renaud ou Adamo qui chantent comme des patates et n’ont pas de voix}.

 

Si ça continue comme ça, dans 30 ans, on nommera journaliste tout gus ou gonzesse capable de lire un prompteur ou de citer le titre d’un film ou d’un livre…quitte à faire faire les interviews par des spécialistes ou experts-maison…

17:41 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)