Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

28/02/2016

ART

ART

 

Souvent, au réveillon ou pour mon anniversaire, je regarde certaines de mes émissions favorites. Là où d’autres regarderaient peut-être ‘Le Père Noël est une Ordure’ ou un show de leur(s) comiques préférés, je choisis une émission de la BBC enregistrée il y a près de 20 ans qui met en exergue le compositeur polonais classique Górecki {prononcé Gouretski, le ‘ou’ long).

 

L’émission en elle-même est extraordinaire. On interviewe le compositeur et on intercale des extraits de sa IIIe Symphonie, qui eut l’honneur du hit-parade britannique à la fin des années 80. C’est une symphonie dédiée au souvenir de la guerre, de ce que les Polonais subirent, y compris les Juifs.

 

Certaines des images nous montrent Górecki arpentant les camps d’Auschwitz et de Birkenau {ce dernier étant la fabrique à tuer en masse avec six complexes de chambres à gaz et de fours crématoires}, nous faisant part de ses réflexions. La BBC ne nous épargne pas les images atroces de cadavres, notamment certaines du camp de Bergen-Belsen où on voit des anciens gardiens de camp emporter, traîner des cadavres décharnés et les balancer dans une immense fosse commune.

 

Cette symphonie, excellente du point de vue instrumental, réserve également d’extraordinaires passages chantés. Je pense à celui où la mezzo-soprano chante ‘Mère ne pleure pas’, la phrase qu’on avait retrouvé griffonnée sur le mur d’une cellule où une jeune fille de 20 ans avait été détenue avant son meurtre par les nazis.

 

Et puis, insidieusement, les images glissent vers une réalité plus proche, celles de la famine en Éthiopie (la BBC fit à ce sujet un extraordinaire reportage fin 1984 si mes souvenirs sont bons). Là, on voit des enfants décharnés, le ventre gonflé, les yeux déjà mourants. Et, la BBC ose faire la comparaison avec les images des victimes, juives et autres, du nazisme. D’autres images, de victimes d’attaques au gaz par Saddam Hussein, de massacre en ex-Yougoslavie. Oui comparaisons peut-être osée par la BBC mais elle a raison. La misère humaine, qu’elle soit provoquée par son semblable ou par les aléas d’une nature capricieuse, mérite un traitement égal. Même si les motifs de l’un ne sont pas les raisons de l’autre.

 

Et, ce qui me sidère toujours quand je revois pour la énième fois cette émission, c’est la qualité de ceux qui l’ont pensée et montée. C’est de l’art pur.

 

Et, je me dis aussi que la RTBF n’a jamais eu, n’aura jamais, au sein de son personnel, des gens capables de penser de tels projets, de les mettre sur pied, et de monter et présenter une émission capable de faire réfléchir et d’émouvoir surtout. Toucher un public par autre chose que par des séries, des comiques qui ne le sont pas ou des projections où la part aux films policiers ou thrillers est plus importante que celle donnée à l’art pur.

 

J’y pensais hier en regardant le film THE SEARCH, du réalisateur de THE ARTIST, Michel Hazanavicius. Ce film-ci nous montre toute l’atrocité de la seconde guerre en Tchétchénie. Par les yeux d’un enfant dont les parents ont été tués par les troupes d’occupation russes, par les yeux d’un Russe conscrit de force, par les yeux de la sœur du jeune garçon qui le cherche désespérément, le réalisateur nous dresse devant notre regard médusé un portrait grandeur nature de la cruauté humaine, de l’horreur d’un conflit interne dont personne, en Europe ou à l’ONU ne voulait entendre parler mais qui constitua l’une des atrocités majeures du troisième millénaire naissant. J’avais déjà lu deux ouvrages de référence à ce sujet, dont celui de la journaliste assassinée Politovskaïa, mais ici, confronté à ces images d’une sauvagerie parfois hyperréaliste, aucun doute n’est plus possible. On ressent de l’empathie pour ce peuple martyre, pour les immenses souffrances dont il a été victime à deux reprises en moins de dix années. Et, le personnage principal, ce gosse de 9 ans, Hadji, par son mutisme qui disparaîtra par la magie de la gentillesse et l’empathie qu’interprète à merveille Bérénice Bujot, par ses yeux torturés, par sa peur des soldats, par son inébranlable courage, nous va droit au cœur. Jusqu’à pleurer.

 

Il n’est pas étonnant que ce film ne participe pas à la distribution des prix tant en Amérique qu’en France ou en Belgique. Trop artistique, trop engagé, trop réel, trop humain après tout. Excusez du peu, mais c’est de l’art à l’état pur, qui touche, émeut et produit une impression ineffaçable une fois qu’on a entrevu cette part de merveille que constitue une telle réalisation non commerciale, non populaire et dérangeante.

 

C’EST ARRIVÉ LOIN DE CHEZ NOUS, MAIS CELA DEVRAIT NOUS TOUCHER CAR CE SONT LÀ NOS FRÉRES ET SŒURS, NOS PÈRES ET MÈRES QU’ON ASSASSINAIT DANS CE PAYS LOINTAIN…

 

Cependant, moi, dans mon coin, en catimini, c’est ce que j’aime voir, loin de ce que les foules adulent. Loin de ce que l’actualité me brandit au nez…

Les commentaires sont fermés.