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16/01/2016

DE WEVER ET LA CHIMÈRE COMMUNAUTAIRE

DE WEVER ET LA CHIMÈRE COMMUNAUTAIRE

 

Bart De Wever (BDW) aurait surpris certains en annonçant une reprise des joutes communautaires. Ses représentants à la Chambre vont ainsi préparer des textes pour les prochaines réformes communautaires à prévoir après les élections de 2019. Sa collaboratrice flamingante Homans avait déjà affiché la couleur en affirmant que la Belgique n’existerait plus en 2025.

 

Qu’est-ce qui pousse BDW à remettre sur la table politique publique cet acharnement communautaire ? Car on sait que si la première étape – de transition – serait le système de confédération, l’article 1 des statuts du parti N-VA est claire, il aspire à l’indépendance de la nation flamande.

 

J’y vois trois raisons à cette nouvelle fièvre communautaire dont vient d’être frappé BDW. La première, sans doute secrète, provient certainement de sondages d’intentions de votes réalisés en privé et non publiés qui marqueraient une détérioration de son potentiel électoral. La deuxième provient du Vlaamse Beweging qui trépigne d’impatience à l’idée que tout restera bloqué sur le plan communautaire jusqu’en 2019. La troisième, c’est ce vent d’indépendance qui s’affirme nettement en Écosse, Catalogne et maintenant en Corse qui ose remettre l’idée de Nation à la mode. Récemment d’ailleurs, la N-VA a fait savoir qu’en cas de déclaration d’indépendance de la Catalogne, elle demanderait au gouvernement fédéral de reconnaître cette nouvelle entité, la non-reconnaissance fédérale déboucherait sur une crise gouvernementale, ce serait à prendre ou à laisser.

 

Si les ministres et secrétaire d’État en vue au gouvernement fédéral se débrouillent bien sur le plan de l’efficacité administrative mais, surtout, brillent par leur exposition permanente devant les spots de l’actualité, il faut reconnaître que ces messieurs défendent avant tout les intérêts de la Belgique fédérale et non de la Flandre et de ses intérêts particuliers. Quant au Vlaamse Beweging, n’oublions pas que cette instance politique flamingante a forgé ses premières armes durant la Première guerre mondiale en fustigeant l’usage exclusif du français dans les tranchées, contribua à une collaboration active avec les nazis durant la Deuxième guerre mondiale, et empoisonna le climat politique en Belgique à partir des années 60 (Fourons, Leuven Vlaams, etc.). Son symbole est la Tour de l’Yser qui n’est pas un symbole de paix universelle comme le croient certains gagas mais le gage éternel d’un racisme avoué et d’un égocentrisme national non moins clair. AVV/VVK, ‘Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus’, tout est déjà dit à l’époque de la construction de cette tour emblématique du Vlaamse Beweging et, si l’on excepte la Flandre pour le Christ, on peut dire que le ‘Tout pour la Flandre’ demeure le crédo, l’ADN non seulement du Vlaamse Beweging mais aussi du Vlaams Belang tout comme de la N-VA.

 

Faut-il avoir peur de cette surenchère communautaire. BDW est un homme dangereux, on le sait parce que d’une part il est intelligent, rusé et maître architecte du discours populiste et nationaliste, et, d’autre part, il cause bien, est capable d’exposer ses idées d’une manière claire et parlante, plaisant aux gens dénués de toute capacité de raisonnement. Prenons deux exemples anciens. Les pandas importés avec l’argent fédéral, un mensonge éhonté mais qui a porté dans l’esprit de ces gens illettrés sur le plan politique et sensibles aux discours à nuances flamingantes. L’autre exemple : les migrants à qui on distribue des avantages sociaux alors que les gens {entendez : les Flamands} ont cotisé toute leur vie et, sous-entendu, on va leur retirer cet argent. Autre bêtise d’argument qui ne tient pas la route, sauf parmi cette masse abêtie qui est après ses sous et qui forme une partie non-négligeable de son attrait et ADN électoral.

 

Soyons sérieux. Je ne sais pas si la Belgique continuera à exister en tant qu’État. Là, n’est pas la question. La question de l’indépendance de la Flandre se situe sur un tout autre plan que BDW tait évidemment.

 

Une région en Europe qui fait sécession et déclare son indépendance, avec ou sans l’accord du pays légal (reconnu par d’autres pays, les instances internationales, ONU, etc.) duquel elle faisait partie, cessera de facto et de jure de faire partie de l’Union européenne en ce y compris l’union monétaire que constitue le mécanisme européen de l’euro.

 

Cette nouvelle région, telle la Catalogne par exemple, devrait frapper sa propre monnaie {sans plus disposer de garantie collective des autres pays membres du mécanisme européen de l’euro} et rediscuter avec tous les pays limitrophes ou l’UE pour obtenir des tarifs douaniers favorables, car, évidemment, un pays ou une région qui sort de l’Union européenne perd le bénéfice des accords douaniers que l’Europe a passés avec d’autres pays et/ou régions du monde. Donc, dans ce pays indépendant, privé de tarifs douaniers favorables, tous les produits importés deviendraient inévitablement plus chers à commencer par les dépenses énergétiques et les produits de base nécessaires pour les industries lourdes, etc. Une telle région sera aussi compétente pour assurer sa police, sa défense nationale, son administration et ses représentations à l’étranger. D’où coûts importants.

 

Kahtleen Cools (VRT) a récemment demandé au chef de groupe de la N-VA à la chambre, Vuyts, si cette préparation de textes et projets communautaires sans les faire valoir ou les déposer à la Chambre avant les prochaines discussions sur la formation d’un gouvernement en 2019 n’étaient pas une thérapie d’occupation {j’aime bien le terme flamand bezigheidstherapie} ? Eh bien, outre le fait que le VOKA {l’organisation de patrons chère au cœur de BDW} et la VBO ont réagi tièdement à cette information d’une nouvelle offensive communautaire de la part de la N-VA, il faudrait que Bartje dégote une majorité des deux tiers dans chaque rôle linguistique pour que la Flandre puisse nous dire bye-bye, et se mettre d’accord sur la répartition des dettes fédérales s’élevant à plus de 100 % du PIB.

 

La Flandre se retrouverait indépendante avec une dette au départ d’environ 180 milliards d’euros (tablant sur une répartition proportionnelle à la population), une somme qui augmenterait parce que la nouvelle monnaie que frapperait cette nouvelle Nation flamande perdrait bien vite de sa valeur sur les marchés internationaux, ce qui serait normal car pourquoi investir dans une région qui, dans 100 ans, verra la moitié de son territoire envahi par les eaux à cause du réchauffement climatique ? Cela représenterait au fond 28.000 euros de dette nationale par tête de pipe, depuis les enfants venant de naître jusqu’aux moribonds en phase terminale.

 

Je crois que De Wever est très intelligent. Il doit savoir – comme vient de le dire son frère Bruno – que seuls entre 10 et 15 % des Flamands souhaitent une nation flamande indépendante. Soit les irréductibles, ceux qui pleurent encore de lourdes larmes de crocodiles en pensant à tous ces pauvres Flamands qui sont morts dans les tranchées en 14-18, la chair à canon des officiers franskiljons. Il doit savoir tout cela. Mais ce qui importe chez lui, c’est l’ego surdimensionné, le nez sur l’électorat et les prochaines élections. Qu’on parle de lui, que l’histoire retienne son nom et ce qu’il a réussi à accomplir.

 

Après tout l’historien qu’il est incontestablement préfère qu’on retienne de lui qu’il fut le créateur, l’architecte d’une nation, que le sot idolâtre de Jean-Marie Le Pen (cf. la photo célèbre d’eux deux) et issu d’une famille, parmi tant d’autres familles flamingantes, aux relents nazis qui, pour nous démocrates, dégagent encore toujours leur odeur pestilentielle…

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