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03/01/2016

Un renouveau de fascisme dans les pays de l'Est

Un renouveau de fascisme dans les pays de l’Est

 

Vendredi passé, le 1er janvier, une manifestation s’est déroulée dont peu de médias ont parlé, peut-être par ignorance du poids sanglant de l’histoire dans les pays de l’Est ou, peut-être, parce que cette manifestation allait à l’encontre du politiquement correct qu’une certaine langue de bois en usage parmi des journalistes, intellectuels de bon cru et bobos, aiment diffuser quand il s’agit du combat pour la liberté d’opinion et la lutte pour l’émancipation d’un peuple.

 

Vendredi donc, en ce premier jour de 2016, des milliers de manifestants, principalement de deux groupes, ont clamé leur amour pour un ancien leader politique. Les groupes soutenant cette manifestation bien orchestrée avaient nom Svoboda {liberté en russe comme en ukrainien} et Pravy Sektor (pravy veut dire de droite et sektor se passe de traduction}. Le lieu : Maïdan, cette place emblématique et symbolique à Kiev. Le héros dont on célébrait l’anniversaire de la naissance : Stepan Bandera.

 

Nos jeunes pousses journalistiques à RTL ou à la RTBF, voire à la VRT ne savent sans doute pas de mémoire qui est Bandera.

 

Bandera était un nationaliste ukrainien, il forma l’O.U.N. une armée ukrainienne antisoviétique, se réfugia à Berlin et collabora activement avec les nazis. Si au début, les troupes qu’il inspira combattirent contre le Soviétiques, par la suite, quand il fut évident que les nazis allaient perdre la guerre, ses combattants – dont certaines unités calquées sur le mode des partisans – se tournèrent aussi bien contre les soldats de l’Armée rouge que de la Wehrmacht. J’ai connu personnellement un Juif, rescapé du ghetto de Lvov {Lemberg en allemand, Lviv actuellement, la ville de Bandera en fait} qui a combattu dans une unité de partisans de Bandera. Il m’a confié que si ces combattants avaient su qu’il était juif, il aurait été tué sur-le-champ. Car ces nationalistes ukrainiens étaient également férocement et farouchement antisémites, un antisémitisme primaire, viscéral qui conduisit maintes fois à des poussées de violences à l’égard des Juifs ou même de pogroms spontanés en Ukraine.

 

Les Ukrainiens actuels ont toutes les raisons historiques de haïr les Russes. Sous Staline et à son instigation, une gigantesque famine fut orchestrée en Ukraine au début des années 30. L’Ukraine était déjà alors le grenier à blé du pays tout entier. Et, le Parti communiste aidé par le NKVD et des milliers de membres du parti enthousiastes aux pouvoirs de vie et de mort sur les Ukrainiens, partirent donc dans cette république socialiste ukrainienne pour voler – au profit de la Russie - tout son stock de blé, d’autres produits agricoles et bétail. Les gens – les Ukrainiens – crevèrent de faim par millions. Et ceux qui refusaient de céder leurs provisions étaient fusillés sur-le-champ. Il y a sur la Toile des photos de cette époque, de gens morts en rue, de famine. Orchestrée par Staline.

 

Facile donc de comprendre la haine actuelle des Ukrainiens envers les Russes. Mais facile aussi de comprendre la haine des Russes et russophones de l’est de l’Ukraine à l’égard des Ukrainiens, car en Ukraine, les Allemands furent accueillis en libérateurs, avec des fleurs et du pain et du sel. Les Ukrainiens collaborèrent en masse avec les nazis, hommes engagés dans les deux branches indépendantistes, mais aussi dans des divisions SS ainsi qu’en tant que Hilfswilliger {‘volontaires’ formés au camp de Trawniki, dans le langage historique de l’Holocauste, on les qualifie du diminutif Hiwi(s)). Je lis actuellement un livre historique sur le camp d’extermination de Belzec en Pologne {là où périt toute la famille de ce Juif de Lvov que j’ai connu}, outre les SS, les gardes du camp qui participèrent à la conduite vers les chambres à gaz et au vol organisé des biens des Juifs étaient des Hiwis ukrainiens. Réputés pour leur barbarie à l’égard des détenus ou condamnés à mort juifs. Et pas seulement à Belzec, ils furent également à Sobibor et participèrent aux rafles du ghetto de Varsovie de juillet à septembre 1942.

 

Ce qui m’avait déjà frappé à l’époque des manifestations de Maïdan {on ne dit pas place Maïdan, c’est un pléonasme}, c’est qu’un jour une caméra avait capté et m’avait montré un mot écrit sur un mur de cette place emblématique de la lutte pour l’émancipation et la démocratie des Ukrainiens : СОТНЯ. Sotnya {littéralement ‘une centaine’ soit escadron de Cosaques} est un mot chargé de douleur pour les Juifs car les escadrons (sotnya) de Cosaques avaient une spécialité : les pogroms. Qu’en pleine révolution que chantèrent et louèrent nos chantres bobos de Paris, on ait pu voir un tel graffito indique à suffisance que l’antisémitisme presque ancré dans l’ADN ukrainien n’était pas mort du tout.

 

Que maintenant des groupuscules fascistes soutenant le gouvernement actuel de Kiev puissent en toute légalité et impunité défiler pour honorer le centenaire de la naissance de leur héros Bandera, que ce même Bandera ait sa statue à Lviv {Lvov, Lemberg} tolérée par les trois derniers présidents ukrainiens, n’étonneraient que les bobos parisiens chantres des talk shows télévisés pour qui le poids de l’histoire est de peu de poids quand il s’agit de faire des raccourcis. Lvov est une ville symbole où fin juin 1941, entre 4.000 et 5.000 Juifs furent les victimes d’un pogrom spontané commis par des Ukrainiens. Et qu’une statue de Bandera soit plantée là dans cette ville à l’histoire sanglante, la statue d’un homme dont les partisans n’hésitèrent jamais à tuer des Juifs, est un camouflet pour la démocratie et le respect des valeurs humaines. En 2009, des calicots honorant la division SS ukrainienne ‘Galicie’ furent exhibés aussi à Lviv,[1] et une marche en l’honneur de ces glorieux combattants SS fut à nouveau organisée dans cette ville en 2013. Dans son livre sur l’EI (IS), l’ex-journaliste maintenant pensionné Jef Lambrecht parle aussi d’autres événements récents. Que dit-il à propos du leader de Svoboda Son leader, Oleh Tyahnybok, qui voulait libérer son pays de la mafia juive-moscovite…’ {page 227, traduit par moi du néerlandais}.

 

On peut comprendre que nombre de pays de l’Est libérés du joug soviétique et qui ont compté leurs victimes du Stalinisme et de ses successeurs par dizaines de millions, éprouvent de la haine à l’égard de la Russie et également à l’égard de cette Russie de maintenant de Poutine qui – à leurs yeux – se distingue à peine du grand-frère soviétique. Et je suis d’accord avec eux. La souffrance des victimes du communisme est égale à ce qu’ont subi les victimes du nazisme, même si les méthodes furent essentiellement différentes, mais la douleur n’a pas de frontières.

 

Mais, il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Reconnaître que les victimes du communisme peuvent se compter par dizaines de millions ne doit pas aboutir à honorer, par pur esprit rétrospectivement revanchard, le nazisme et les collaborateurs des nazis dans les pays baltes, en Ukraine, Biélorussie, Slovaquie, Hongrie. Cette équité avec des relents pronazis et protofascistes qu’imposent certaines ex-républiques soviétiques est criminelle. Vouloir parler des victimes du communisme en mettant en exergue des collaborateurs nazis est une falsification et une réécriture de l’histoire, qui échappe à nos bobos parisiens et journalistes belges.

 

Pourquoi voit-on maintenant des statues de personnes au passé fasciste apparaître dans certains pays de l’Est : outre Bandera à Lviv, Horthy à Kereki en Hongrie {l’amiral Horthy fut le chef du gouvernement collaborateur}, sinon par nostalgie du bon vieux temps où on était pronazi ? En Lettonie, outre une statue en l’honneur des SS à Bauska et la marche annuelle du 16 mars, on a honoré le fasciste Cukurs, un criminel de guerre, second du Kommando Arājs responsable de dizaines de milliers de meurtres de Juifs en Lettonie et dans des pays limitrophes. Un musical en son honneur a été un succès en Lettonie. En Lituanie, un film en l’honneur des Frères de la Forêt a été un immense succès de même qu’aux USA. Les Frères de la Forêt, ce sont ces hommes, ces Lituaniens opposés au communisme qui ont combattu dans le maquis, après l’occupation par l’URSS de leur pays, contre les troupes du NKVD et plus tard le MVD.[2] Le seul problème, et tous les observateurs juifs sont d’accord à ce sujet, c’est que ces Frères de la Forêt n’acceptèrent jamais de Juifs dans leurs unités de ‘partisans’ durant la Seconde guerre mondiale, ou les tuaient quand ils savaient que des rescapés de ghettos ou de camps de la mort étaient Juifs. Par antisémitisme rabique.

 

Qu’est-ce que le fascisme ? ‘Système politique visant à instaurer un régime autoritaire, nationaliste, totalitaire, comparable au fascisme.[3]

 

Sans que certains pays de l’Est ne puissent vraiment être catalogués comme fascistes, on ne peut s’empêcher de constater avec horreur dans quelles dérives totalitaires, parfois antidémocratiques et souvent nationalistes, des nouvelles démocraties comme la Hongrie, la Pologne, se sont engagées récemment. Toutes deux maintenant franchement xénophobes avec en Hongrie le parti Jobbik lui antisémite en plus. Le flirt nostalgique pour des figures de collaborateurs des nazis qu’entretiennent certains pays comme la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, l’Ukraine, devrait nous faire frémir.

 

Mais, la vue à court terme parmi nos intellectuels bobos, bien-pensants et partisans du politiquement correct, c’est que l’Ukraine, par exemple, est engagée dans un processus démocratique que nous devon soutenir. Les Ukrainiens sont les nouveaux chevaliers blancs de l’Europe qu’il faudrait intégrer à l’UE et à l’OTAN. Quitte à gommer son passé peu glorieux et cet effroyable soutien que les trois derniers présidents du pays vouent à des personnages pronazis tels Bandera, cet honneur qu’ils ont rendu aux valeureux combattants de la division ukrainienne SS ‘Galicie’, cette tolérance totale vis-à-vis de mouvements vraiment fascistes et antisémites tels Svoboda et Pravy Sektor. C’est purement dégoûtant et quand des spécialistes de ces problèmes, tel le journaliste et historien Alexandre Adler par exemple, paraissent sur un plateau et remettent les pendules à l’heure de la vérité historique, certains bobos le considèrent comme prorusse.

 

Même si on critique et à juste titre Poutine pour le danger et les actes internationaux criminels qu’il a soutenus, doit-on automatiquement embrasser des causes pronazies ou des démocraties aux relents peu démocrates quand il s’agit de respecter certaines valeurs humaines et le respect dû aux victimes du nazisme ?

 

C’est là un raccourci intellectuel dangereux pour la démocratie, les valeurs humaines et le respect que l’on doit tant pour les victimes du communisme que de celles du nazisme.

 

[1] Article sur le Net dans ResistanceS, de 2009

[2] Police secrète soviétique

[3] Petit Robert

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