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21/11/2015

Réflexions sur les attentats de Paris

Réflexions sur les attentats de Paris

 

Les attentats de Paris du vendredi 13 novembre furent horribles et touchèrent bon nombre de personnes hors des frontières de l’Hexagone. Paris est une ville aimée par les Chinois, les Japonais, les Américains, les Britanniques, les Flamands ; quant aux francophones et Wallons de Belgique, nous avons d’évidentes affinités culturelles, culinaires et sociales, avec les Français d’une manière générale mais aussi Paris.

 

Pour moi, mon amour de Paris date de 1967 quand j’y passai une semaine entière et que chaque soir, je me pointais dans un club de jazz. Ensuite, vinrent les visites purement touristiques, culturelles à partir du milieu des années 90 quand je me mis à fréquenter l’Opéra Bastille et le 11e arrondissement où je descends loger chaque fois que je retourne en séjour dans ce qui constitue une des plus belles villes au monde. En 2010, j’y accompagnai deux amis juifs durant une semaine pour y rencontrer quelqu’un d’important dans le milieu culturel afin qu’il aide mon ami David, originaire de Lettonie, émigré aux États-Unis, auteur d’un livre de témoignages de survivants de l’Holocauste en Lettonie, en langue russe, livre que j’avais lu en 2009, livre qu’il souhaitait faire connaître au public français.

 

Si j’ai été touché comme toute personne sensible par ces attentats irresponsables et particulièrement sanglants, j’ai toutefois conservé suffisamment de vigilance mentale pour ne pas céder à ces logorrhées et réflexions oiseuses qui ont assailli nos oreilles et nos regards depuis une semaine aujourd’hui.

 

Que les aspects sécuritaires et le ton guerrier qu’emploie la France actuellement – et que répercute la Belgique, touchée par ce drame via Molenbeek comme on le sait et depuis aujourd’hui en alerte maximale pour Bruxelles -, est une chose. Importante. Essentielle. Vitale. Mais, ces aspects ne doivent pas nous cacher certains autres perspectives ou points de vue dont on parle moins car, en temps de crises, lors de crises aussi sanglantes que celles que connurent non seulement New York en septembre 2001, l’Espagne en mars 2004 et Londres en juillet 2005, les politiciens ont tendance à paniquer et à se concentrer sur une voie souvent unidirectionnelle.

 

Premier point

Il y a un incontestable ethnocentrisme (c’est arrivé près de chez nous) combiné à une hyperthrenia (excès de deuil) qui guident nous réactions émotionnelles. Je n’ai pas vu autant de reportages en profondeur, de débats intenses, d’émissions d’interprétations, lors des attentats récents également commandités par Daesh (prononcé Da-èche et non Dash) : 224 victimes dans un avion russe au Sinaï, une cinquante à Beyrouth tout récemment et près de 200 à Ankara.

 

Selon un article que j’ai lu récemment (de Standaard, semaine du 16 novembre), il y eut en 2014 33.000 victimes d’attentats, une majorité hors d’Europe. Les pays les plus touchés : Irak, Afghanistan, Nigéria, Syrie et Pakistan.

 

Cela nous touche-t-il? Non?

 

Même dans ces attentats de Paris, on voit que la communauté musulmane de France marque cette fois-ci sa solidarité, alors que pour les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-Cacher, il y avait eu moins d’engouement à participer à ces manifestations de deuil national. Mais, le 13, novembre, à l’opposé du 7 janvier et des jours suivants, il y eut une proportion de victimes de confession musulmane.

 

Il n’y a aucune empathie pour des victimes semblables dans des lieux loin de chez nous. Comme si la race humaine était divisée en une multitude de clans qui ne pensent qu’à leur propre microcosme.

 

Nous oublions évidemment que ce qui s’est passé à Paris le 13/11 est le quotidien des habitants de Bagdad, Kaboul depuis plus de 10 ans maintenant et de Syrie depuis 4 ans et demi. Nous rendons-nous compte de ce que cela doit être de vivre dans une ville où à chaque instant une voiture piégée, un kamikaze, peut exploser ?

 

Deuxième point

Les aspects sécuritaires et la rhétorique de guerre occultent un problème principal en France et en Belgique. On ne parle pas suffisamment des aspects sociaux et psychologiques qui forment au fond un des socles du problème du terrorisme.

 

Valls, il y a plus de six mois a parlé d’apartheid en France, se référant aux banlieues, nids de délinquance, drogues dures mais aussi de radicalisation. Beaucoup de jeunes Maghrébins et Musulmans issus d’autres pays ressentent un vide existentiel. Ils sont l’objet de discriminations et de harcèlements quotidiens : contrôle pour délit de sale gueule (faciès), refus à l’embauche à cause des nom, prénom et tête, soupçons perpétuels (un bicot à côté de moi, ciel, où est mon portefeuille). Dans certaines régions du Proche-Orient, des organisations terroristes (Hamas, Hezbollah) ont profité de ce vide existentiel, de cette amertume de déracinés chez les jeunes, pour leur montrer que s’ils faisaient partie d’une communauté spirituelle, elle prendrait soin d’eux, leur donnerait une plus grande estime de soi, une face (le contraire de ‘perdre la face’ gagner une face au fond). Ce genre de rhétorique militante – qui va de pair avec un engagement militaire -, ne touche que les personnes qui n’ont pas assez de force de caractère pour décider par eux-mêmes. En France, à Molenbeek, à Vilvoorde, des jeunes, déracinés, déboussolés, ressentant un immense vide, sont des proies faciles pour le militantisme radical et djihadiste, surtout quand ces ignares qui en vérité connaissent très mal le Coran se laissent influencer par l’idée de paradis et les innombrables houris qui leur sont promises. Dans une culture religieuse qui prône encore la virginité de l’épouse, cet attrait, de même que celui de cette liberté au sein de l’armée de l’EI (viols, esclaves sexuelles, etc.) peuvent tenter certains jeunes en proie à des pulsions sexuelles qu’une croyance aveugle ne permet pas d’assouvir d’une manière normale.

 

Je trouve, personnellement, qu’on n’approfondit pas assez les motifs et les raisons psychologiques qui poussent de tels jeunes déracinés au radicalisme terroriste. Comme si les acquis de Freud, de ses disciples, de ses détracteurs, étaient restés lettre morte et qu’on avait soudainement oublié qu’il y a en nous tous des pulsions, des pensées, des idées, que la raison seule ne peut ni expliquer ni combattre.

 

Troisième point

J’admire les émissions que produit et présente Yves Calvi sur la 5 (C dans l’Air). Il fait toujours appel à de véritables spécialistes. Dans la semaine, j’ai vu Paul Bauer que j’admire, et il eut le courage de recentrer le débat. En parlant de l’Arabie Saoudite, il dit que ces décapitations, ces découpes de personnes en morceaux, que pratique l’EI, c’était en réalité ‘culturel’, cela venait du Wahhabisme {un mouvement apparu dans ce pays au 18e siècle}, qui pratiquait déjà ce genre de traitement inhumain. Et, il ajouta – ce que je savais déjà de longue date – que la base de l’Arabie Saoudite, la Charia, la manière de traiter la femme, etc. était commune avec celle du Caliphat de l’E.I.

 

On sait que l’Arabie Saoudite via le wahhabisme et ce mouvement plus moderne apparu au début des années 80, le salafisme finance de manière occulte nombre de mosquées radicales en France et en Belgique. On suspecte l’Arabie Saoudite de financer l’EI directement ou via certains de ses citoyens. Car, au-delà de la Charia, il y a une communauté spirituelle, les gens de l’EI tout comme l’Arabie Saoudite sont des sunnites, détestant les chiites, détestant les kafirs (les mécréants, c’est-à-dire nous en fait). L’Arabie Saoudite traite avec nous parce que nous achetons son pétrole et qu’elle nous achète des produits manufacturés, mais il n’y aucune amitié entre ce pays et les nôtres ni un quelconque respect pour nos valeurs séculaires.

 

Quatrième point

Je suis persuadé que tactiquement, les attentats de Paris étaient motivés par un geste de revanche de l’EI contre l’agresseur français. Stratégiquement, puisque l’EI veut imposer la charia, je pense qu’il vise une victoire de Marine Le Pen aux élections présidentielles. Le Pen qui prendrait des mesures contre l’Islam. Et l’EI espère que les Musulmans de France se soulèveraient contre le gouvernement en place.

 

 

Voilà ce que disait Richard Dawkins, un physicien à propos du 'cerveau' des attentats (De Standaard d’aujourd’hui), ‘Un cerveau?  en compagnie de cerveaux tels que le sien, chacun capable de lire l'heure est un maître cerveau.’

 

Le sang appelle la colère, le sang appelle le dithyrambe, le sang appelle le sang, le sang noie la raison.

 

Il serait temps, en France comme en Belgique, que nous ne nous voilions pas la face et que nous nous mettions à penser d’une manière bipolaire : en premier lieu en termes de sécurité et de moyens pour contrer la menace terroriste, en second lieu par un travail de réflexion en profondeur sur les raisons de l’insatisfaction des jeunes Musulmans dans les banlieues et les quartiers défavorisés de Bruxelles, d’Anvers et, pour ce dernier point, un travail qui doit se faire en coopération avec les autorités morales et religieuses de l’Islam dans un esprit de parfait respect de leurs valeurs tout comme pour eux qu’on exige un parfait respect de nos valeurs démocratiques et laïques.

 

 

 

 

 

 

 

17:28 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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