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09/11/2015

MIGRANTS, BÉNÉVOLES ET POLITICIENS POPULISTES

Il y a quelques semaines, j’ai vu les images bouleversantes du sauvetage d’un petit enfant qu’on venait de retirer de la mer aux environs de Kuşadasi en Turquie, et, soudain, l’un des sauveteurs, s’exclama ‘il vit encore, il est vivant’, il lui fit d’abord sortir de l’eau des poumons en lui tapotant le dos, ensuite, il le prit par les pieds, ce qui permit à l’enfant de régurgiter toute l’eau qu’il avait avalée. Plus tard, on montra une image de l’enfant, heureux, détendu, dans les bras de sa mère.

 

Inutile de dire de quelle catégorie de personnes il s’agissait.

 

Ces belles images – réconfortantes pour une fois alors qu’on voit tant de drames de la mer et de la noyade – n’ont pas eu le même impact télévisé que celle de la mort du petit Aylan, également sur les côtes turques.

 

Si je n’ai aucune critique à formuler sur le fait que ces images d’un sauvetage réussi et d’une ‘ressuscitation’ presque miraculeuse d’un petit être humain voué à la mort certaine n’aient pas été diffusées sur une aussi grande échelle que celles de la mort d’Aylan – un image emblématique, symbole de la souffrance des réfugiés originaires de Syrie ou du nord de l’Irak-, ce qui me frappe, c’est le silence qui entoure l’action de ces milliers de bénévoles là-bas sur les côtes orientales de la Méditerranée, ceux qui sont dans la partie occidentale de la même mer travaillant sur des bateaux (dont un bateau affrété, financé et avec équipage MSF), mais aussi ces innombrables visages cachés qui œuvrent utilement dans ces immenses camps en Turquie, au Liban, en Jordanie et, plus près de chez nous, dans les Balkans, dans tous les pays où ces masses de réfugiés aboutissent tant bien que mal. Ainsi qu’en Allemagne dont les centres d’accueils et certaines communes croulent actuellement sous l’afflux de réfugiés mais tient le coup grâce à des milliers de bénévoles.

 

Cet afflux {le très populiste Cameron avait au début de la crise employé le mot anglais ‘swarm’ qui signifie ‘essaim’ comme substantif et ‘grouiller’, fourmiller’ comme verbe, mais qui peut faire référence à des fléaux ou, alternativement, aux Plaies d’Égypte} pose parfois de sérieux problèmes d’accueil digne et humanitaire. ‘Der Spiegel’ (no. 43 du 17.10.2015) indique qu’un grand centre situé près de Munich coordonne l’accueil global, mais que certains jours, il arrive entre 8.000 et 10.000 réfugiés, à répartir dans le pays. Est également cité le ressort de Hesepe en Basse-Saxe, 4000 réfugiés sur une population locale de 2500 habitants. De nombreuses maisons ont des jardins devant leurs maisons, et des habitants se plaignent ‘trop de bruit, trop de réfugiés, trop de détritus’, d’autres envisagent de partir de chez eux car les réfugiés squattent les murs de jardin à flanc de rue, certains fouillent dans les sacs poubelles, etc.

 

On a vu en Belgique que, confrontés à l’afflux d’une grande masse de réfugiés, tant le gouvernement fédéral que le Secrétaire d’État en charge des réfugiés, ont été incapables de mettre en place une aide sociale, humanitaire, digne, humaine, ni des règles d’accueil administratif dignes d’un pays civilisé et démocratique. Mais, personnellement, j’y vois là une volonté délibérée de la N-VA souhaitant sans doute mettre en exergue (1) le fait qu’il y ait trop de réfugiés pour la capacité et volonté restreintes d’une partie de la population belge (et flamande, surtout), (2) de prouver que les politiciens à Bruxelles sont nuls (ce que, personnellement, je pense qu’ils sont).

 

Heureusement, là, aussi, des volontaires sont rapidement apparus et ont pallié les manques fédéraux en œuvrant rapidement, dignement et efficacement.

 

Il y a, évidemment, des pays où l’afflux massif de réfugiés provoque des problèmes logistiques, on peut citer la Turquie mais aussi le Liban où les réfugiés constituent presque le tiers de la population.

 

Même dans les pays de l’Europe de l’Est à la ligne dure (Hongrie, Tchéquie, bientôt Pologne à la suite des dernières élections, etc.), des ONG, des individus, apparaissent et font ce qu’on attend d’êtres humains civilisé, tenter d’organiser une aide alimentaire, de pourvoir aux besoins sanitaires et médicaux.

 

Je sais pertinemment – même si je suis avant tout un humaniste – que nos pays d’Europe, même la généreuse Allemagne, ne pourront jamais assumer à eux seuls la prise en charge de centaines de milliers de réfugiés dont le statut entre réfugié politique et économique est parfois équivoque. Je sais que, confrontés comme nous le sommes en Europe à la crise économique qui n’a pas encore été jugulée, nos ressources financières en matière d’aide et d’entraide humaine sont forcément limitées.

 

Mais ce qui me dégoûte, c’est de voir l’égoïsme, le repli sur soi, reprendre le dessus au niveau de certains chefs d’états et de gouvernements, ou de politiciens populistes à la De Wever, Le Pen, Wilders, etc. Tandis que même Merkel, qui avait donné le signal de départ en Allemagne pour un accueil en masse des réfugiés {‘Wir schaffen das’ – nous le réussirons – avait même dit Schäuble qui refusait la même entraide humaine aux Grecs pour des motifs idéologiques}, subit le contrecoup de cet afflux massif puisque de plus en plus fréquemment maintenant, on parle de fermer ou surveiller les frontières du pays, dans son parti CDU et surtout à la CSU. Elle baisse dans les sondages d’intention de votes (moins 20 % en quelques mois à peine) et der Spiegel indique que ‘dans l’intervalle, de manière évidente, il y a plus de la moitié des députés qui souhaite une autre politique.’ Même son Ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière aurait confié à des collègues européens que ‘Merkel n’a pas de plan, plutôt des "pieds froids".’

 

Y a-t-il une solution durable?

 

Non! L’attrait de nos pays ‘vivant dans le luxe’ est irrésistible pour ces réfugiés, qu’ils soient politiques ou économiques. Ils ont une image idyllique des possibilités qu’offre l’Europe. Ils ne savent rien des substrats de racisme, de peur de l’Islam, de peur de l’étranger, qui remplissent encore les esprits de nombre de citoyens européens et pas uniquement en Europe de l’Est. En Allemagne de l’Est, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en France, en Belgique, dans certains pays scandinaves, il y a encore des courants de pensée populistes, xénophobes, distillés par des figures emblématiques, parfois suffisamment forts et captivants pour les imbéciles pour qu’on craigne que de telles figures de proue racistes ne puissent arriver au pouvoir. Le vote récent avec la victoire du parti conservateur en Pologne en est l’exemple type. Sans même devoir me référer aux commentaires de journalistes, dès que j’ai vu le résultat, j’ai su que ce qui avait motivé tant d’électeurs à voter à droite, c’était la peur de ces essaims de réfugiés, surtout que le frère du président défunt Kaczynski (mort dans un accident d’avion en Russie alors qu’il se rendait aux cérémonies commémoratives des massacres de Katyn par les Soviétiques) avait dit publiquement que ces réfugiés étaient porteurs de virus, de maladies transmissibles – donc, implicitement – constituaient un danger sanitaire pour les Polonais. On se serait cru au bon vieux temps d’Hitler qui considérait les Juifs comme des parasites, eux aussi porteurs de maladies dangereuses pour la population aryenne.

 

De Wever, qui n’en rate jamais une, vient d’écrire une lettre publique adressée à tous les partis européens de centre-droite, dans laquelle il prône, entre autres, le contrôle des frontières et des avantages de sécurité sociale à deux vitesses, accélérée pour les habitants du pays, avec effet retard pour les migrants. Et que ces migrants restent dans le premier pays d’accueil. Cachez ces migrants que je ne saurais voir. Si ça ne porte pas le nom de racisme, qu’est-ce qui est au fond du racisme ?

 

Ces politiciens populistes aux idées simplistes (vieille formule qu’utilisait avec tant de succès notre bon vieil Hitler jadis) sont faciles à comprendre. Leur message ne requiert pas plus de deux ou trois ans maximum d’études en primaires, ni de savoir lire ou écrire. Il suffit d’être capable de regarder la télévision et le tour manichéen est joué.

 

Finalement, il y a un effet miroir : le politicien lance des idées simplistes, les gens l’écoutent, le regardent, lui donnent raison. C’est un peu comme si leurs électeurs se miraient dans un miroir et s’éprenaient de ce qu’ils contemplaient. Sans se rendre compte que c’est là leur propre médiocrité et vil égoïsme qu’ils contempleraient. Via des gens qui leur ressemblent et qu’ils ont élu.

 

Oui, bravo aux dizaines de milliers de bénévoles, mais ceux qui tiennent le haut du pavé et vocifèrent et qui captent et retiennent l’attention, ce sont des politiciens bornés, aveugles, égoïstes, les neurones fixés sur la prochaine échéance électorale.

 

20:14 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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