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26/09/2015

DE WEVER ET LE TRAITÉ DE GENÈVE DE 1951 SUR LES RÉFUGIÉS

DE WEVER ET LA CONVENTION DE GENÈVE DE 1951 SUR LES RÉFUGIÉS

 

Le droit international est un carcan qui nous empêche de faire les choses que je trouve logique.

 

Citation d’Hitler justifiant la sortie de l’Allemagne de la Ligue des Nations ou justifiant l’invasion de la Pologne en 1939 ?  Citation de Mussolini justifiant sa guerre en Éthiopie ?  Citation de Staline justifiant l’occupation illégale des pays baltes, de la Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie qu’il ramena sous le joug de l’URSS en 1944/1945 ?  Citation de Saddam Hussein justifiant son attaque contre l’Iran en 1980, ou de l’URSS justifiant celle de l’Afghanistan en 1979, de Bush justifiant l’attaque contre les moudjahiddin d’Al-Qaida en Afghanistan ou justifiant l’attaque de l’Irak à la recherche des armes de destruction massive ?

 

Non, il s’agit d’une citation extraite du cours ex-cathedra que donna Bart De Wever le mardi 22 septembre à l’université de Gand (De Standaard du 23-09-2015).

 

Alors qu’il avait été invité pour préciser le fondement de la pensée politique de son parti, la N-VA, BDW profita de cette aubaine et du nombre de journalistes présents à ce cours pour préciser ce qu’il pensait que la politique de l’immigration de la Belgique (comprenez : la Flandre) devrait être.

 

On sait que depuis des semaines, outre l’indigence d’accueil au niveau de Fedasil et du gouvernement fédéral (un guichet unique pour toute la Belgique comme le soulignait la presse étrangère), il y avait eu nombre de prises de positions de personnes en vue de ce parti démocratique et antiraciste qu’est la N-VA, tendant à limiter, ramoindrir, gommer voire supprimer les droits sociaux auxquels peuvent prétendre les migrants reconnus comme victimes de faits ou situations de guerre dans leur pays.  De Wever avait déjà lancé l’idée d’une espèce d’apartheid, une sécurité sociale à la carte mais en réduction qui vaudrait pour tous ces migrants en Belgique.  Ces migrants qui, pour lui, sont des immigrés économiques dès qu’ils ont mis le pied en Turquie, au Liban, en Jordanie voire en Lybie (pour ceux qui viennent de l’Érythrée), car là ils sont hors de danger. 

 

Maintenant le David flamand – tel un petit potentat d’une principauté flamande microscopique – s’attaque au Goliath que constituent les traités internationaux auxquels la Belgique a adhéré et est liée.

 

Notons le ‘je’ majestatif de celui qui, un jour peut-être, pourrait être président d’une Flandre indépendante qui, en raison de sa sortie de l’Union européenne et de l’euro {obligatoire puisque les traités d’adhésion ne valent qu’entre Nations signataires, la Flandre n’ayant pas été nation au moment de la signature de l’adhésion de la Belgique en 1957}, n’aura plus l’obligation d’accepter en son sein ces têtes qui n’ont pas la couleur locale.

 

Quel traité embête De Wever et l’empêche d’accomplir les choses qu’il voudrait ?  Il s’agit du Traité de Genève de 1951 traitant du problème des Réfugiés, auquel ont souscrit plus de 150 pays, dont le nôtre.

 

Qu’a encore dit l’historien De Wever (certains profs d’université doivent, je pense, attraper des sueurs froides ou des boutons idéologiques à voir de quel machiavélique serpent ils ont enfanté) : ‘Ce traité {il fait référence au Traité de Genève de ‘51} a été écrit dans un tout autre contexte, mais on n’en tient pas compte. Certains pays ont conçu une sécurité sociale généreuse {sous-entendu, n’oublions pas que ce sont nous les Flamands qui sommes à la source de cette générosité fédérale} et la Convention de Genève sert de ticket pour que le réfugié en fasse partie.’ (De Standaard 23-09-2015).  Il serait donc partisan que la Belgique notifie à l’ONU son intention de revoir ce Traité parce que, à la suite d’une décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme de 2012, les pays signataires ne peuvent pratiquer une politique de pushback {renvoi des migrants arraisonnés en Mer dans leur pays d’origine, comme le pratique actuellement l’Australie}.

 

Et comme l’écrivait un Flamand dans une lettre de lecteur au Standaard (du 24-09-2015), ce point de vue qu’un Traité est lié à l’époque de sa conception et signature, si on accepte cela comme raisonnement pervers {cet adjectif est de moi}, cela peut donc théoriquement justifier les lois de Nuremberg de 1935 ayant visé l’écartement de la vie publique et l’expropriation des Juifs d’Allemagne.

 

Moi qui me targue d’être un historien amateur et spécialiste de l’Holocauste dans les pays de l’Est, auteur de nombreux articles en français et en anglais sur le sujet j’aime bien ressortir des citations d’Hitler, même si, et je le répète volontiers, De Wever n’est pas un disciple d’Hitler ou du nazisme, que lui et son parti ne sont nullement des fascistes au sens où on l’entendait du temps du IIIe Reich, toutefois, je me réjouis chaque fois que je trouve des citations qui collent à la réalité du monde tel que le rêve la N-VA.

 

La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit, par contre, son manque de mémoire est grand.  Donc, toute propagande efficace doit se limiter à des points forts peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées, aussi longtemps qu’il le faudra, pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée.’  (Citation en italiques extraites de ‘Mein Kampf’ pages 181/182, Nouvelles Éditions Latines, réédition en 1979 de l’original en français du livre paru en allemand en 1934).

 

Alors qu’en 2012, De Wever, lors d’un débat avec le Vlaams Belang avait défendu le Traité de Genève de 1951, voilà maintenant qu’il vire de bord.  Pourquoi ?  Simple, d’après des sondages d’opinion, son parti perdrait 5 % d’électeurs, tandis que le VB augmenterait de 5 %.  On voit donc quel électorat xénophobe déserterait les rangs du bateau N-VA.

 

Ce qui me frappe le plus dans cette rhétorique de la peur face à l’étranger – car je ne vois pas d’autre terme que ‘peur’ et certains autres commentateurs politiques sont de cet avis -, c’est que j’y vois à nouveau l’ombre du grand stratège Hitler qui se profile.  Dans la conception et stratégie géopolitique hitlériennes, l’"ennemi externe" était essentiel, il permettait de détourner le peuple des vrais problèmes (cf. ce qu’en a écrit à ce propos Friedrich Hacker dans ‘Agression’).  Ici, on voit encore une fois une identité de stratégie de De Wever.  Tout d’abord, il y eut les Wallons qui abusaient de la générosité des Flamands, les fameux transferts et qui continuent à le faire d’ailleurs.  Les pandas de Pairi Daiza accueillis grâce à de l’argent fédéral.  Ensuite, maintenant, ce sont ces hordes de Musulmans qui menacent le bien-être de la Flandre, il faut donc les fustiger, cristalliser en eux tout le ressentiment de ces Flamands qui en ont marre de cotiser pour les autres, de payer pour les autres, parce que, c’est vrai, on leur bourre le crâne à longueur de semaines dans la presse, sur les plateaux de télévision que se sont leurs sous qu’on va voler pour les distribuer à des gens qui n’ont pas cotisé pour cela.

 

Hitler qualifiait les Juifs de ‘parasites’.  Les gens de la N-VA ne vont pas jusqu’à cette extrême.  Évidemment, ce sont des démocrates même si les grands-parents de certains leaders de ce parti n’hésitèrent pas à donner un coup de mains aux nazis en collaborant avec eux, donc, ipso facto, pour qu’on se débarrasse de ces parasites.  Mais concevoir comme le font certaines personnes en vue de la N-VA de ne pas accorder les droits prévus par des traités internationaux, des règlements européens ou bilatéraux, des lois belges, aux réfugiés politiques, penser leur faire suivre des parcours différenciés - avec des droits sociaux décalés dans le temps ou les mesures d’octroi par rapport aux Belges ou étrangers en Belgique en séjour légal -, n’est-ce pas là une manière de considérer ces Musulmans réfugiés de guerre comme des corps étrangers, des citoyens de seconde zone ?

 

Je vois aussi dans ce concept stratégique de De Wever ce que Erich Fromm qualifiait de narcissisme collectif : ‘En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  De Wever, de plus en plus fréquemment, comme les pontes de son parti, soutiennent en public des points de vue qu’ils savent faux, qu’ils ne peuvent savoir irraisonnés ou frauduleux, mais, cette pathologie verbale ne correspond-elle pas au narcissisme collectif dont parle Fromm ?  Car, qui penserait qu’un pays comme la Belgique envisagerait de faire renégocier le Traité de Genève de 1951, ce qui demanderait un consensus de 150 pays ?  Ou cette aberration de déposer un projet de loi au fédéral relatif aux allocations familiales, proposant un parcours d’octroi avec effet retardpour les migrants, sachant que cette matière a été dévolue aux Communautés et est toujours en attente de décrets communautaires ! Ou que des réfugiés reconnus ayant une propriété à l’étranger (en ruines sans aucun doute) ne pourraient bénéficier d’un logement ?

 

Et, ce qui me choque finalement, c’est le manque d’empathie de tous ces gens à la tête de la N-VA.  Des millions de ces réfugiés ont vécu dans des territoires en guerre, sous les bombes, sous la menace constante d’être tué ou blessé, parfois sans eau, sans gaz, sans électricité, sans hôpitaux, médicaments, parfois sans nourriture.  Y compris les enfants.  Une bonne partie de ces personnes doit souffrir du Syndrome du Stress Post-Traumatique (Post-Traumatic Stress Disorder, cf. les soldats ayant servi en Afghanistan et Irak).  Les représenter comme des profiteurs qui voudraient abuser de la générosité de notre sécurité sociale – ce qui est sous-jacent de tous ces discours à effets dilatoires - ,est un principe réducteur digne de Hitler, je le regrette, monsieur De Wever, ce c’est là nullement un de ces concepts de générosité, d’empathie, de fraternité et d’humanisme comme les ont défendus Gandhi, Malala Yousafzaï, Martin Luther King, Mère Teresa ou l’Abbé Pierre.

 

Tempérons par un gros bémol, il y a en Flandre actuellement des artistes, des personnes privées, qui ont de l’empathie et ont à cœur de s’occuper de ces misérables débarqués sur nos routes, contrairement à toute la propagande haineuse diffusée par certains (comme Francken qui tweetait que les tentes étaient trop luxueuses, les migrants refusant de se rendre en masse dans les locaux du WTC).

 

Cette logorrhée anti-migrants de la N-VA, concertée, élaborée, répétée encore et toujours, le fruit d’une stratégie délibérée, cette rhétorique perverse est destinée avant tout à flatter le plus petit commun dénominateur de l’électorat de droite (‘pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée, comme le voulait Hitler), celui qui ne pense qu’à ses sous et à sa petite personne : ‘Ikke, ikke en de rest kan stikke, comme on dit en argot flamand – moi, moi et le reste peut crever).

 

Pauvres Flamands qui votent à 30 % pour ces démagogues populistes au racisme à peine larvé…

 

 

17:24 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

13/09/2015

LA N-VA TOMBE LE MASQUE

LA N-VA TOMBE LE MASQUE

 

 

Récemment, j’ai lu un commentaire d’une amie sur Facebook – ancienne collègue par ailleurs dans mon dernier milieu professionnel – qui disait ‘il a tout à fait raison’ en commentaire d’une opinion que Bart De Wever (N-VA) avait exprimée: ‘quand des réfugiés arrivent en Belgique, on leur donne tout de suite un revenu, un logement et des allocations familiales.  C’est difficile à expliquer à des gens qui ont cotisé pour cela durant 50 ans.

 

Ma surprise provenait du fait que cette amie Facebook est wallonne et je me suis ainsi rendu compte de la dangerosité du discours pervers {dans le sens de celui qui déforme les faits} d’un maître des opinions serpentines et fielleuses comme l’est le bourgmestre d’Anvers.

 

Car, la déclaration que ‘tous ces gens qui ont cotisé 50 ans pour cela’, est totalement fallacieuse et DW doit le savoir.

 

Le revenu que reçoivent les étrangers en séjour légal est à charge des CPAS et dépend du fait qu’ils aient ou non des revenus ou sources de revenus (par exemple du travail) puisque c’est là un régime subsidiaire, donc à charge de l’assiette globale des budgets fédéraux et communaux, personne ne cotise pour cela mais tout le monde y contribue par le biais des impôts ou décimes additionnels.  Quant aux logements sociaux, les sociétés de logement sont financées par des capitaux propres en provenance de diverses sources, mais la plus importante provient évidemment des dotations communales, également à charge de l’assiette globale via les impôts et décimes additionnels.

 

Et pour les allocations familiales, ce que reçoivent des personnes sans revenus – ou à charge de CPAS comme on dit- ce sont des prestations familiales garanties, également un régime subsidiaire que paie l’ancien ONAFTS (actuellement Famifed), et ce sont les employeurs qui cotisent exclusivement pour ce régime à raison de 7 % des montants bruts des salaires/appointements.

 

Ce que voulait De Wever, par cette saillie populiste, c’était avant tout de rassurer l’extrême droite du son parti, cette mouvance issue du Vlaams Belang, des flamingants pur et dur crin, des idéalistes du Troisième Reich et les indépendantistes, car comme le veut la sagesse populaire (francophone et wallonne du moins), les Flamands sont des grippe-sous souhaitant que leurs deniers publics (les impôts ou cotisation) servent à bon-escient, c’est-à-dire reviennent en leur faveur sous l’une ou l’autre forme et surtout pas à des gens qui sont des étrangers.

 

Depuis quelques mois, on sent de plus en plus d’articulets ou d’articles ou d’opinions qui sont défavorables à la N-VA, et je suis bien placé pour le savoir puisque je lis De Standaard, et j’ai constaté que les rédacteurs de ce journal élitiste commencent à virer de bord, devenant de plus en plus critiques à l’égard des bourdes verbales ou déclarations à l’emporte-pièce de personnes en vue de la N-VA.

 

Ce qu’a ajouté le bourgmestre d’Anvers c’était que des personnes qui quittaient leur pays pour raison de guerre, ‘une fois qu’ils arrivaient dans un pays sûr {sous-entendu: Turquie, Liban, Jordanie}, c’était terminé, s’ils voulaient rejoindre l’Europe, ils devenaient de facto des "réfugiés économiques"’.

 

De Wever doit savoir pertinemment qu’il y a des personnes, des familles avec enfants, qui vivent sous tente depuis trois ans à la frontière turque, au Liban ou en Jordanie et le nombre est de près de 4 millions!  A-t-il une idée de ce que cela représente de vivre sous tente du point de vue de la dignité humaine, des valeurs humanitaires que nous professons?

 

Homans, l’égérie et passionaria du parti flamingant, elle, a déclaré que si un réfugié a une propriété dans son pays d’origine, il n’a pas droit à un logement.  Homans, qui est flamande et qui doit sans doute regarder de temps en temps soit des émissions de Canvas ou des chaînes hollandaises, devrait pourtant avoir vu des documentaires sur la guerre en Syrie ou dans le nord de l’Irak et savoir ce qui reste des propriétés dans les villes syriennes bombardées et assiégées, certaines telle Homs, depuis 4 ans et demi, ou dans les bastions du nord de l’Irak assiégés par l’EI.  Vous avez un appartement, Monsieur (…) ah, il n’en reste que des ruines, mais cela a tout de même une valeur immobilière, vous n’avez donc pas droit à un logement social en Belgique.  On dit d’Homans qu’elle est d’origine modeste et qu’elle a réussi seule.  Mais, elle en a gardé une rancune tenace vis-à-vis de tous ceux qui n’ont pas eu sa pugnacité et qui n’ont pas réussi à s’en sortir seuls.  Quelle écœurante mentalité que celle qui ostracise les victimes justement parce qu’elles sont victimes…

 

Et Kafka qui se retourne une fois de plus dans sa tombe en murmurant ‘la Belgique, la Belgique…’.

 

Le dernier zozo de la N-VA, député européen et vice-président du parti, dont je n’ai pas retenu le nom, lui, a dit ‘qu’il fallait refouler les bateaux vers leur lieu d’embarquement afin d’empêcher les gens d’arriver dans l’Union européenne’.  Un peu comme le font les Australiens.  Cachez ces réfugiés que je ne saurais voir…’

 

 

Beaucoup de gens, même des francophones et wallons ont été trompés par les discours électoraux de la N-VA.  Maintenant qu’on entend ces déclarations, qu’on constate comment le Secrétaire d’État à l’Immigration {certains humoristes flamands le qualifient déjà de Frankenstein} laisse volontairement pourrir les choses à Bruxelles et la manière désinvolte, frisant le sabotage délibéré, dont l’Office des Étrangers traite les dossiers, on sait, on connaît enfin le vrai visage de la N-VA:

 

un parti flamingant, indépendantiste, thatchérien, où pointe la haine/peur de l’étranger car du temps de la collaboration avec les nazis c’étaient les Juifs qu’on ostracisait, maintenant ce sont les Musulmans, car tous ces étrangers sont de mœurs contraires à l’esprit de clocher, à l’esprit délibérément anti-cosmopolite que défend ce parti, ramassis d’idéalistes pronazis, de nostalgiques du Vlaams Belang, d’indépendantistes pour qui la lutte contre les francophones et wallons a commencé dans les tranchées en 14-18, de ‘fourt’-votes ({votes de personnes contre le gouvernement précédent}, de capitalistes purs et durs qui ne jurent que par ‘Eigen Volk Eerst {notre Peuple d’abord}, bref un ramassis de gens qui ne forment nullement l’intelligentsia flamande mais qui surfent sur les déclarations à l’emporte-pièce, tape-à-l’œil, faciles à dire mais plus difficiles à prouver mais qu’importe, il faut tenir le haut du pavé, ici, là et là-bas, tout le temps, comme le fit Hitler qui avait déclaré que son parti devait être présent partout.  Et puisque c’est un historien qui est à la tête de ce parti haineux, il doit connaître l’histoire…

 

Dommage qu’il y ait chez les francophones et wallons des personnes qui soient sensibles à ces discours populistes, poujadistes et aux reflets racistes à peine voilés.

11:07 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

03/09/2015

DÉSUNION EUROPÉENNE

DÉSUNION EUROPÉENNE

En termes d’intégration européenne, il y eut tout d’abord et très tôt après la guerre, le BENELUX, ensuite la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) pour finalement aboutir en 1957 à la formation du Marché Commun, comprenant à l’origine 6 pays : outre le Benelux, la France, l’Allemagne de l’Ouest et l’Italie.

 

On sait que ce Marché Commun transformé en Union Européenne comprend actuellement 28 membres dont une bonne partie des anciennes républiques communistes de l’Est, des états méditerranéens, des pays scandinaves et quelques îles du côté de la Grande-Bretagne.  Une Union monétaire unit maintenant un certain nombre de pays passés à une monnaie unique.

 

Tant que le Marché Commun avait des buts identiques et une identité de vues sur nombre de problèmes politiques, l’administration de cette Europe fonctionnait encore sans trop de heurts.  Des heurts, il y en eut, certes, en témoigne le ‘non’ à l’entrée du Royaume-Uni décrété par De Gaulle dans les années 60 et qui retarda de 10 ans l’entrée de ce pays dans le fin des fins de l’union économique.

 

Les crises successives qui ont traversé l’Europe depuis 2008 (bancaire, boursière, économique, des sub primes, etc.) ont déjà montré les limites de la coopération entre têtes d’états ou de gouvernements, surtout depuis que cette UE – dans sa grandeur un rien démesurée – y a fait admettre des pays qui n’auraient jamais dû faire partie de cette Union. Soit parce que leur niveau social, judiciaire, économique et politique, les plaçait d’emblée à la traîne (disons : Bulgarie/Roumanie).  Soit parce que, dans d’autres, il y avait encore des relents d’une adoration des collaborateurs pronazis qui, du coup, rabaissait sérieusement les valeurs fondamentales de la construction européenne cf. les pays baltes, mais aussi la Hongrie et, dernièrement, la Croatie, qui, chacune à sa façon, adulent encore les collaborateurs des nazis et tolèrent manifestations en ce sens ou statues de ces anciens ‘héros’ collaborateurs).

 

Depuis 2014 et l’avènement financière en Grèce, on a vu en Europe une opposition majeure entre partisans de la ligne dure économique, thatchérienne, et ceux qui prônent une moins grande austérité pour s’en sortir.  Et, pour ce qui concerne le soutien à l’Ukraine si démocratique, n’oublions pas que les anciennes républiques communistes de l’Est ont encore toujours des comptes à régler avec la Russie, ce qui fait que soutenir l’Ukraine qui recèle elle aussi encore des franges fascistes en son sein politique, est normal.  Et, pour les gens intellectuels honnêtes, ce n’est pas parce que la Russie est en tort, que l’Ukraine est tout à fait innocente, démocrate ou pluraliste…

 

Et, cerise sur le gâteau, l’arrivée massive de migrants (utilisons ce terme puisqu’il est à la mode et que tout le monde le connaît), a encore plus cristallisé le débat européen, sauf qu’actuellement, outre les oppositions entre états protectionnistes (les anciennes républiques communistes et, naturellement, le Royaume-Uni toujours d’émulation thatchérienne) et états altruistes, on sent un peu partout l’émergence de nouvelles forces populistes et nationalistes qui, par ailleurs qui, à terme, menacent l’Europe par leurs tendances centrifuges.

 

Lees migrants, ces étrangers, ces Musulmans, menacent la structure même de notre architecture européenne.  Ils vont voler nos emplois, profiter de nos régimes avantageux de sécurité sociale, nous saigner à blanc. Du moins, c’est là ce que dit la sagesse (ha-ha) populaire.  Des sondages européens récents indiquent qu’entre 60 et 80 % de nos populations en Europe ont une perception négative des migrants, ressentant ces arrivées massives comme une menace pour le statu quo.

 

Qu’il s’agisse du ‘Front national’ en France, de ‘Jobbik’ en Hongrie, les ‘Vrais Finlandais’ ou ‘Aube Dorée’ en Grèce, des mouvements durs sont apparus, nationalistes à l’extrême, prônant la ligne radicale (disons fasciste), l’exclusion, l’expulsion, de tous ces gens qui n’ont pas la couleur locale.  Et, en contrepoint, dans certains pays, la notion d’identité rejaillit à la surface, certaines voix prônant même une apartheid pour les demandeurs d’asile, comme l’a fait récemment De Wever en Belgique, défendant le principe de deux types de droit pour les étrangers.

 

Quant à l’Allemagne, championne pour ce qui concerne l’accueil en masse des migrants, n’oublions pas que – surtout dans la partie est du pays -, tous les jours un centre de réfugiés est attaqué, incendié ou assailli par des groupements d’extrême droite, ou des voies de faits commises à l’égard d’étrangers de couleur différente.

 

Il est clair que l’Europe ne pourra pas faire face à cet afflux sans précédent pour l’histoire du continent – hormis les transhumances qui eurent lieu dans l’immédiat après-guerre – sans politique commune de tous les pays impliqués dans la construction européenne.  Les dissonances actuelles qu’on entend en Europe, le repli sur soi, l’émergence de mouvements d’extrême droite nationalistes, identitaires parfois faschos, mais aussi centrifuges, la surenchère politique que permet ce chaos (cf. Marine Le Pen, De Wever, Wilders, Cameron, etc.) conduiront à la désunion voire à la destruction de l’Europe à moins que les leaders se ressaisissent.

 

Mais, quand on dit leaders et qu’on pense aux Merkel, Cameron, Hollande, Rutte, Michel voire Juncker et Tusk à la tête de l’UE, on pourrait en rire.  De petits apothicaires qui tiennent leurs comptes comme des apothicaires, les yeux rivés sur leur opinion publique et leur cote de popularité.  Aucun intellectuel parmi cette clique européenne qui nous domine de son peu de vision et d’envergure, aucune voix qui, tel Moïse revenant de son rendez-vous avec Dieu, nous indiquera la voie à suivre.  De la politique réactive plutôt que créative ou consensuelle.  Le nez sur le problème du jour comme si aujourd’hui, une fois terminé, il n’y aurait plus de problème…

 

Des leaders rétrécis à chaque lavage (élection), des leaders qui n’ont rien à dire, le disent sans élégance ni hauteur de propos et qui font honte aux Adenauer, De Gaulle, Spaak, Delors, de jadis, les artisans de la construction européenne, des gens qui avaient connu les affres de la guerre et qui n’avaient qu’une idée en tête, restituer à cette Europe qu’ils aimaient par-dessus tout une économie globale florissante dans la plus grande entente entre les peuples qui la formaient.  Ils eurent une vision, ils étaient idéalistes et, le cas échéant, ils surent mettre leurs différends de côté.  Et puis, De Gaulle qui ne voulait pas du Royaume-Uni dans l’Europe, eut-il tort de se méfier de la perfide Albion ?

 

Si De Gaulle vivait encore, il dirait sans doute, en parlant de ces générations de leaders européens actuels, des nains de jardins, qu’il s’agit là d’une chienlit.

 

Et, il aurait parfaitement raison.  Si peu de gens connaissent encore les noms des constructeurs de l’UE, bientôt, tout le monde connaîtra très bien les noms de ses destructeurs.