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26/09/2015

DE WEVER ET LE TRAITÉ DE GENÈVE DE 1951 SUR LES RÉFUGIÉS

DE WEVER ET LA CONVENTION DE GENÈVE DE 1951 SUR LES RÉFUGIÉS

 

Le droit international est un carcan qui nous empêche de faire les choses que je trouve logique.

 

Citation d’Hitler justifiant la sortie de l’Allemagne de la Ligue des Nations ou justifiant l’invasion de la Pologne en 1939 ?  Citation de Mussolini justifiant sa guerre en Éthiopie ?  Citation de Staline justifiant l’occupation illégale des pays baltes, de la Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie qu’il ramena sous le joug de l’URSS en 1944/1945 ?  Citation de Saddam Hussein justifiant son attaque contre l’Iran en 1980, ou de l’URSS justifiant celle de l’Afghanistan en 1979, de Bush justifiant l’attaque contre les moudjahiddin d’Al-Qaida en Afghanistan ou justifiant l’attaque de l’Irak à la recherche des armes de destruction massive ?

 

Non, il s’agit d’une citation extraite du cours ex-cathedra que donna Bart De Wever le mardi 22 septembre à l’université de Gand (De Standaard du 23-09-2015).

 

Alors qu’il avait été invité pour préciser le fondement de la pensée politique de son parti, la N-VA, BDW profita de cette aubaine et du nombre de journalistes présents à ce cours pour préciser ce qu’il pensait que la politique de l’immigration de la Belgique (comprenez : la Flandre) devrait être.

 

On sait que depuis des semaines, outre l’indigence d’accueil au niveau de Fedasil et du gouvernement fédéral (un guichet unique pour toute la Belgique comme le soulignait la presse étrangère), il y avait eu nombre de prises de positions de personnes en vue de ce parti démocratique et antiraciste qu’est la N-VA, tendant à limiter, ramoindrir, gommer voire supprimer les droits sociaux auxquels peuvent prétendre les migrants reconnus comme victimes de faits ou situations de guerre dans leur pays.  De Wever avait déjà lancé l’idée d’une espèce d’apartheid, une sécurité sociale à la carte mais en réduction qui vaudrait pour tous ces migrants en Belgique.  Ces migrants qui, pour lui, sont des immigrés économiques dès qu’ils ont mis le pied en Turquie, au Liban, en Jordanie voire en Lybie (pour ceux qui viennent de l’Érythrée), car là ils sont hors de danger. 

 

Maintenant le David flamand – tel un petit potentat d’une principauté flamande microscopique – s’attaque au Goliath que constituent les traités internationaux auxquels la Belgique a adhéré et est liée.

 

Notons le ‘je’ majestatif de celui qui, un jour peut-être, pourrait être président d’une Flandre indépendante qui, en raison de sa sortie de l’Union européenne et de l’euro {obligatoire puisque les traités d’adhésion ne valent qu’entre Nations signataires, la Flandre n’ayant pas été nation au moment de la signature de l’adhésion de la Belgique en 1957}, n’aura plus l’obligation d’accepter en son sein ces têtes qui n’ont pas la couleur locale.

 

Quel traité embête De Wever et l’empêche d’accomplir les choses qu’il voudrait ?  Il s’agit du Traité de Genève de 1951 traitant du problème des Réfugiés, auquel ont souscrit plus de 150 pays, dont le nôtre.

 

Qu’a encore dit l’historien De Wever (certains profs d’université doivent, je pense, attraper des sueurs froides ou des boutons idéologiques à voir de quel machiavélique serpent ils ont enfanté) : ‘Ce traité {il fait référence au Traité de Genève de ‘51} a été écrit dans un tout autre contexte, mais on n’en tient pas compte. Certains pays ont conçu une sécurité sociale généreuse {sous-entendu, n’oublions pas que ce sont nous les Flamands qui sommes à la source de cette générosité fédérale} et la Convention de Genève sert de ticket pour que le réfugié en fasse partie.’ (De Standaard 23-09-2015).  Il serait donc partisan que la Belgique notifie à l’ONU son intention de revoir ce Traité parce que, à la suite d’une décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme de 2012, les pays signataires ne peuvent pratiquer une politique de pushback {renvoi des migrants arraisonnés en Mer dans leur pays d’origine, comme le pratique actuellement l’Australie}.

 

Et comme l’écrivait un Flamand dans une lettre de lecteur au Standaard (du 24-09-2015), ce point de vue qu’un Traité est lié à l’époque de sa conception et signature, si on accepte cela comme raisonnement pervers {cet adjectif est de moi}, cela peut donc théoriquement justifier les lois de Nuremberg de 1935 ayant visé l’écartement de la vie publique et l’expropriation des Juifs d’Allemagne.

 

Moi qui me targue d’être un historien amateur et spécialiste de l’Holocauste dans les pays de l’Est, auteur de nombreux articles en français et en anglais sur le sujet j’aime bien ressortir des citations d’Hitler, même si, et je le répète volontiers, De Wever n’est pas un disciple d’Hitler ou du nazisme, que lui et son parti ne sont nullement des fascistes au sens où on l’entendait du temps du IIIe Reich, toutefois, je me réjouis chaque fois que je trouve des citations qui collent à la réalité du monde tel que le rêve la N-VA.

 

La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit, par contre, son manque de mémoire est grand.  Donc, toute propagande efficace doit se limiter à des points forts peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées, aussi longtemps qu’il le faudra, pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée.’  (Citation en italiques extraites de ‘Mein Kampf’ pages 181/182, Nouvelles Éditions Latines, réédition en 1979 de l’original en français du livre paru en allemand en 1934).

 

Alors qu’en 2012, De Wever, lors d’un débat avec le Vlaams Belang avait défendu le Traité de Genève de 1951, voilà maintenant qu’il vire de bord.  Pourquoi ?  Simple, d’après des sondages d’opinion, son parti perdrait 5 % d’électeurs, tandis que le VB augmenterait de 5 %.  On voit donc quel électorat xénophobe déserterait les rangs du bateau N-VA.

 

Ce qui me frappe le plus dans cette rhétorique de la peur face à l’étranger – car je ne vois pas d’autre terme que ‘peur’ et certains autres commentateurs politiques sont de cet avis -, c’est que j’y vois à nouveau l’ombre du grand stratège Hitler qui se profile.  Dans la conception et stratégie géopolitique hitlériennes, l’"ennemi externe" était essentiel, il permettait de détourner le peuple des vrais problèmes (cf. ce qu’en a écrit à ce propos Friedrich Hacker dans ‘Agression’).  Ici, on voit encore une fois une identité de stratégie de De Wever.  Tout d’abord, il y eut les Wallons qui abusaient de la générosité des Flamands, les fameux transferts et qui continuent à le faire d’ailleurs.  Les pandas de Pairi Daiza accueillis grâce à de l’argent fédéral.  Ensuite, maintenant, ce sont ces hordes de Musulmans qui menacent le bien-être de la Flandre, il faut donc les fustiger, cristalliser en eux tout le ressentiment de ces Flamands qui en ont marre de cotiser pour les autres, de payer pour les autres, parce que, c’est vrai, on leur bourre le crâne à longueur de semaines dans la presse, sur les plateaux de télévision que se sont leurs sous qu’on va voler pour les distribuer à des gens qui n’ont pas cotisé pour cela.

 

Hitler qualifiait les Juifs de ‘parasites’.  Les gens de la N-VA ne vont pas jusqu’à cette extrême.  Évidemment, ce sont des démocrates même si les grands-parents de certains leaders de ce parti n’hésitèrent pas à donner un coup de mains aux nazis en collaborant avec eux, donc, ipso facto, pour qu’on se débarrasse de ces parasites.  Mais concevoir comme le font certaines personnes en vue de la N-VA de ne pas accorder les droits prévus par des traités internationaux, des règlements européens ou bilatéraux, des lois belges, aux réfugiés politiques, penser leur faire suivre des parcours différenciés - avec des droits sociaux décalés dans le temps ou les mesures d’octroi par rapport aux Belges ou étrangers en Belgique en séjour légal -, n’est-ce pas là une manière de considérer ces Musulmans réfugiés de guerre comme des corps étrangers, des citoyens de seconde zone ?

 

Je vois aussi dans ce concept stratégique de De Wever ce que Erich Fromm qualifiait de narcissisme collectif : ‘En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  De Wever, de plus en plus fréquemment, comme les pontes de son parti, soutiennent en public des points de vue qu’ils savent faux, qu’ils ne peuvent savoir irraisonnés ou frauduleux, mais, cette pathologie verbale ne correspond-elle pas au narcissisme collectif dont parle Fromm ?  Car, qui penserait qu’un pays comme la Belgique envisagerait de faire renégocier le Traité de Genève de 1951, ce qui demanderait un consensus de 150 pays ?  Ou cette aberration de déposer un projet de loi au fédéral relatif aux allocations familiales, proposant un parcours d’octroi avec effet retardpour les migrants, sachant que cette matière a été dévolue aux Communautés et est toujours en attente de décrets communautaires ! Ou que des réfugiés reconnus ayant une propriété à l’étranger (en ruines sans aucun doute) ne pourraient bénéficier d’un logement ?

 

Et, ce qui me choque finalement, c’est le manque d’empathie de tous ces gens à la tête de la N-VA.  Des millions de ces réfugiés ont vécu dans des territoires en guerre, sous les bombes, sous la menace constante d’être tué ou blessé, parfois sans eau, sans gaz, sans électricité, sans hôpitaux, médicaments, parfois sans nourriture.  Y compris les enfants.  Une bonne partie de ces personnes doit souffrir du Syndrome du Stress Post-Traumatique (Post-Traumatic Stress Disorder, cf. les soldats ayant servi en Afghanistan et Irak).  Les représenter comme des profiteurs qui voudraient abuser de la générosité de notre sécurité sociale – ce qui est sous-jacent de tous ces discours à effets dilatoires - ,est un principe réducteur digne de Hitler, je le regrette, monsieur De Wever, ce c’est là nullement un de ces concepts de générosité, d’empathie, de fraternité et d’humanisme comme les ont défendus Gandhi, Malala Yousafzaï, Martin Luther King, Mère Teresa ou l’Abbé Pierre.

 

Tempérons par un gros bémol, il y a en Flandre actuellement des artistes, des personnes privées, qui ont de l’empathie et ont à cœur de s’occuper de ces misérables débarqués sur nos routes, contrairement à toute la propagande haineuse diffusée par certains (comme Francken qui tweetait que les tentes étaient trop luxueuses, les migrants refusant de se rendre en masse dans les locaux du WTC).

 

Cette logorrhée anti-migrants de la N-VA, concertée, élaborée, répétée encore et toujours, le fruit d’une stratégie délibérée, cette rhétorique perverse est destinée avant tout à flatter le plus petit commun dénominateur de l’électorat de droite (‘pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée, comme le voulait Hitler), celui qui ne pense qu’à ses sous et à sa petite personne : ‘Ikke, ikke en de rest kan stikke, comme on dit en argot flamand – moi, moi et le reste peut crever).

 

Pauvres Flamands qui votent à 30 % pour ces démagogues populistes au racisme à peine larvé…

 

 

17:24 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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