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03/09/2015

DÉSUNION EUROPÉENNE

DÉSUNION EUROPÉENNE

En termes d’intégration européenne, il y eut tout d’abord et très tôt après la guerre, le BENELUX, ensuite la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) pour finalement aboutir en 1957 à la formation du Marché Commun, comprenant à l’origine 6 pays : outre le Benelux, la France, l’Allemagne de l’Ouest et l’Italie.

 

On sait que ce Marché Commun transformé en Union Européenne comprend actuellement 28 membres dont une bonne partie des anciennes républiques communistes de l’Est, des états méditerranéens, des pays scandinaves et quelques îles du côté de la Grande-Bretagne.  Une Union monétaire unit maintenant un certain nombre de pays passés à une monnaie unique.

 

Tant que le Marché Commun avait des buts identiques et une identité de vues sur nombre de problèmes politiques, l’administration de cette Europe fonctionnait encore sans trop de heurts.  Des heurts, il y en eut, certes, en témoigne le ‘non’ à l’entrée du Royaume-Uni décrété par De Gaulle dans les années 60 et qui retarda de 10 ans l’entrée de ce pays dans le fin des fins de l’union économique.

 

Les crises successives qui ont traversé l’Europe depuis 2008 (bancaire, boursière, économique, des sub primes, etc.) ont déjà montré les limites de la coopération entre têtes d’états ou de gouvernements, surtout depuis que cette UE – dans sa grandeur un rien démesurée – y a fait admettre des pays qui n’auraient jamais dû faire partie de cette Union. Soit parce que leur niveau social, judiciaire, économique et politique, les plaçait d’emblée à la traîne (disons : Bulgarie/Roumanie).  Soit parce que, dans d’autres, il y avait encore des relents d’une adoration des collaborateurs pronazis qui, du coup, rabaissait sérieusement les valeurs fondamentales de la construction européenne cf. les pays baltes, mais aussi la Hongrie et, dernièrement, la Croatie, qui, chacune à sa façon, adulent encore les collaborateurs des nazis et tolèrent manifestations en ce sens ou statues de ces anciens ‘héros’ collaborateurs).

 

Depuis 2014 et l’avènement financière en Grèce, on a vu en Europe une opposition majeure entre partisans de la ligne dure économique, thatchérienne, et ceux qui prônent une moins grande austérité pour s’en sortir.  Et, pour ce qui concerne le soutien à l’Ukraine si démocratique, n’oublions pas que les anciennes républiques communistes de l’Est ont encore toujours des comptes à régler avec la Russie, ce qui fait que soutenir l’Ukraine qui recèle elle aussi encore des franges fascistes en son sein politique, est normal.  Et, pour les gens intellectuels honnêtes, ce n’est pas parce que la Russie est en tort, que l’Ukraine est tout à fait innocente, démocrate ou pluraliste…

 

Et, cerise sur le gâteau, l’arrivée massive de migrants (utilisons ce terme puisqu’il est à la mode et que tout le monde le connaît), a encore plus cristallisé le débat européen, sauf qu’actuellement, outre les oppositions entre états protectionnistes (les anciennes républiques communistes et, naturellement, le Royaume-Uni toujours d’émulation thatchérienne) et états altruistes, on sent un peu partout l’émergence de nouvelles forces populistes et nationalistes qui, par ailleurs qui, à terme, menacent l’Europe par leurs tendances centrifuges.

 

Lees migrants, ces étrangers, ces Musulmans, menacent la structure même de notre architecture européenne.  Ils vont voler nos emplois, profiter de nos régimes avantageux de sécurité sociale, nous saigner à blanc. Du moins, c’est là ce que dit la sagesse (ha-ha) populaire.  Des sondages européens récents indiquent qu’entre 60 et 80 % de nos populations en Europe ont une perception négative des migrants, ressentant ces arrivées massives comme une menace pour le statu quo.

 

Qu’il s’agisse du ‘Front national’ en France, de ‘Jobbik’ en Hongrie, les ‘Vrais Finlandais’ ou ‘Aube Dorée’ en Grèce, des mouvements durs sont apparus, nationalistes à l’extrême, prônant la ligne radicale (disons fasciste), l’exclusion, l’expulsion, de tous ces gens qui n’ont pas la couleur locale.  Et, en contrepoint, dans certains pays, la notion d’identité rejaillit à la surface, certaines voix prônant même une apartheid pour les demandeurs d’asile, comme l’a fait récemment De Wever en Belgique, défendant le principe de deux types de droit pour les étrangers.

 

Quant à l’Allemagne, championne pour ce qui concerne l’accueil en masse des migrants, n’oublions pas que – surtout dans la partie est du pays -, tous les jours un centre de réfugiés est attaqué, incendié ou assailli par des groupements d’extrême droite, ou des voies de faits commises à l’égard d’étrangers de couleur différente.

 

Il est clair que l’Europe ne pourra pas faire face à cet afflux sans précédent pour l’histoire du continent – hormis les transhumances qui eurent lieu dans l’immédiat après-guerre – sans politique commune de tous les pays impliqués dans la construction européenne.  Les dissonances actuelles qu’on entend en Europe, le repli sur soi, l’émergence de mouvements d’extrême droite nationalistes, identitaires parfois faschos, mais aussi centrifuges, la surenchère politique que permet ce chaos (cf. Marine Le Pen, De Wever, Wilders, Cameron, etc.) conduiront à la désunion voire à la destruction de l’Europe à moins que les leaders se ressaisissent.

 

Mais, quand on dit leaders et qu’on pense aux Merkel, Cameron, Hollande, Rutte, Michel voire Juncker et Tusk à la tête de l’UE, on pourrait en rire.  De petits apothicaires qui tiennent leurs comptes comme des apothicaires, les yeux rivés sur leur opinion publique et leur cote de popularité.  Aucun intellectuel parmi cette clique européenne qui nous domine de son peu de vision et d’envergure, aucune voix qui, tel Moïse revenant de son rendez-vous avec Dieu, nous indiquera la voie à suivre.  De la politique réactive plutôt que créative ou consensuelle.  Le nez sur le problème du jour comme si aujourd’hui, une fois terminé, il n’y aurait plus de problème…

 

Des leaders rétrécis à chaque lavage (élection), des leaders qui n’ont rien à dire, le disent sans élégance ni hauteur de propos et qui font honte aux Adenauer, De Gaulle, Spaak, Delors, de jadis, les artisans de la construction européenne, des gens qui avaient connu les affres de la guerre et qui n’avaient qu’une idée en tête, restituer à cette Europe qu’ils aimaient par-dessus tout une économie globale florissante dans la plus grande entente entre les peuples qui la formaient.  Ils eurent une vision, ils étaient idéalistes et, le cas échéant, ils surent mettre leurs différends de côté.  Et puis, De Gaulle qui ne voulait pas du Royaume-Uni dans l’Europe, eut-il tort de se méfier de la perfide Albion ?

 

Si De Gaulle vivait encore, il dirait sans doute, en parlant de ces générations de leaders européens actuels, des nains de jardins, qu’il s’agit là d’une chienlit.

 

Et, il aurait parfaitement raison.  Si peu de gens connaissent encore les noms des constructeurs de l’UE, bientôt, tout le monde connaîtra très bien les noms de ses destructeurs.

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