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04/08/2015

Le Bien et le Mal

C’est Hermann Hesse[i] qui écrivait dans ‘Demian’: ‘La vraie mission de chaque homme était celle-ci: parvenir à soi-même.  Qu’il finisse poète ou fou, prophète ou malfaiteur, ce n’était pas son affaire; oui, c’était en fin de compte dérisoire; l’important, c’était de trouver sa propre destinée, non une destinée quelconque, et de la vivre entièrement.

 

C’était là le type d’argument philosophique que Hesse avait développé tout au long d’un roman dans ‘Le Loup des Steppes’ déjà en 1927 et qu’il reprit dans ce nouveau roman initiatique.

 

Il y a trente ans, je pensais que ce type de démarche philosophique était intéressant.  Maintenant, après avoir lu tant de documents historiques et de relations sur le Goulag, la période nazie, après avoir appris les méfaits dont des Dutroux avaient été capables, après avoir vu les dérives actuelles que certains groupements confessionnaux commettent au nom de leur religion, je crois fermement qu’une telle philosophie est, au fond, un blanc-seing pour commettre le mal et des atrocités et, partant, revêtir de nécessité philosophique/psychologique les crimes qui auront été commis pour trouver sa propre destinée et la vivre entièrement.  C’est-à-dire en bref, d’exonérer ces crimes ou méfaits puisqu’ils sont le fait de la recherche et l’accomplissement de sa propre destinée humaine.

 

En réalité, je suis convaincu que le dur combat que doit mener tout être homme – indépendamment de préceptes religieux mais en toute équité humaine – c’est de s’opposer de toute sa personnalité aux forces du mal tapies en lui.

 

Je viens de lire, à ce sujet, un livre remarquable ‘Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans’,  coécrit par Malala Yousafzaï, co-lauréate du Prix Nobel pour la Paix en 2014.

 

Quelle jeune fille remarquable!

 

Déjà à l’âge de onze ans, elle militait – au Pakistan! - pour le droit des jeunes filles et adolescentes à étudier; plus tard et encore jeune {13/15 ans}, elle tint des discours, participa à la rédaction d’un blog, fut interviewée par des chaînes internationales à de nombreuses reprises et fut invitée à des réunions prestigieuses au sein de son pays, le Pakistan.

 

Malala était Pashtoune, vivait dans la vallée du Swat, un territoire-tampon entre l’Afghanistan et le Pakistan et, très vite, ce lieu devint un repaire de talibans qui, évidemment avaient tendance à détruire tout ce qui était contraire à leurs vues réduites de l’existence humaine: magasins de disques, de DVD, d’écoles où on enseignait à des jeunes filles, meurtres ciblés de personnalités s’opposant à leurs vues moyenâgeuses ou prônant l’enseignement pour tous, attentats-kamikazes, etc.

 

Malala, nourrie par des valeurs familiales élevées dès l’enfance, une démocrate dans l’âme, une jeune fille éprise d’éducation –mais, comme elle le dit elle-même, restée d’un certain conservatisme -, n’eut pas à chercher sa voie, à trouver sa destinée.  Celle-ci s’imposa à elle d’elle-même.  Pas de choix douloureux entre le Bien et le Mal. D’instinct et guidée par des valeurs familiales élevées, elle choisit d’emblé la seule voie qui lui était tracée, celle de l’émancipation des jeunes filles par l’éducation généralisée {le jour où elle fut grièvement blessée par balles, sa mère analphabète suivait son premier cours d’alphabétisation dans l’école même où Malala étudiait}.

 

Son père – Ziauddin – était lui aussi un être remarquable – et, à  mon sens, il aurait mérité le Nobel -, ce genre d’être qu’on rencontre rarement et qui honore la race humaine.  Il avait eu l’idée de fonder une école mixte enseignant aux garçons et aux filles et il eut l’immense courage, l’abnégation presque inhumaine, de maintenir à flot cette école, en dépit des menaces contre l’école, contre lui et les autres enseignants, ensuite contre sa fille militante, jusqu’au jour où Malala subit un attentat qui aurait pu la tuer si elle n’avait pas joui d’une certaine notoriété au Pakistan et à l’étranger et qui lui permit de recevoir les traitements et les soins de chirurgiens et d’infirmiers de pointe, tout d’abord au Pakistan ensuite à Birmingham, une ville où sa famille reçut l’asile par la suite.

 

Je me souviens, après l’annonce de l’obtention du Prix Nobel pour la Paix, on retransmit à la télévision des extraits d’un discours que Malala avait tenu en anglais et je me souviens que j’avais été ému par cette petite bonne femme {elle n’a actuellement que dix-huit ans}, son cran, son intelligence rayonnante, sa force psychique, sa personnalité hors pair et la conviction qu’elle avait de son devoir impératif de disséminer ce message que les jeunes filles partout dans le monde devaient avoir un accès illimité et gratuit à l’enseignement.

 

Et Malala, d’une façon pratique, a démontré ce qu’était le quotidien pour des être courageux de l’espèce de sa famille dans la vallée du Swat, d’hommes et de femmes qui osaient braver la bêtise moyenâgeuse des talibans.  Elle nous a démontré par son exemple transcendant ce qu’était le courage ordinaire dans une région du monde où faire preuve d’un tel courage ordinaire pouvait signifier l’arrêt de mort.

 

Quand je compare la fatuité de nos politiciens européens actuels, leur manque d’élévation d’esprit, leur indigence d’idées, de projets, d’accomplissements, et que je compare ce désert de projets et cette vacuité intellectuelle européenne à la grandeur de vision d’une Malala – qu’on peut à certains égards comparer à Mahatma Gandhi, Benazir Bhutto -, je me dis que tout n’est pas perdu dans notre monde en rupture idéologique, confessionnelle, philosophique par rapport aux valeurs qui ont formé notre devenir dans les années 50.

 



[i]Prix Nobel de Littérature (1946)

12:03 Publié dans Passions | Lien permanent | Commentaires (0)

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