Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

14/07/2015

PAX GERMANICA - Deutschland über alles

Je m’intéresse à la Shaoh depuis très longtemps; j’ai donc durant de nombreuses années porté un  regard sceptique sur l’Allemagne, depuis que je suis devenu adulte et – conservant à l’esprit les horribles crimes dont ce pays et ce peuple s’étaient rendu coupables -, j’ai continué à le faire par la suite. 

 

Longtemps, j’ai même refusé d’y mettre les pieds par principe. 

 

Puis, à la longue, par le travail en premier lieu qui m’a permis en tant qu’employé non-Juif d’une firme dont les patrons étaient des rescapés juifs de l’Holocauste, de découvrir, côtoyer des Allemands dans le milieu des affaires, des gens qui, dans l’ensemble, étaient de solides et loyaux partenaires commerciaux.

 

Dans ma culture, il y a l’allemand en tant que langue que je pratique depuis 50 ans, certains auteurs allemands sont parmi mes préférés (Thomas Mann, E.M. Remarque, Heinrich Böll et ceux qu’à une époque on a regroupé sous le label de ‘Gruppe 47’, dont par exemple Hans Werner Richter).  Et, j’ai honte à le dire, mais nonobstant l’antisémitisme virulent de Wagner, j’aime sa musique et la connais bien.

 

Ensuite, le grand pas, la découverte de Berlin Ouest (1972), puis des voyages en voiture en Bavière, des arrêts en Allemagne en route ou au retour de l’Autriche (avec visite de Frankfurt am/Main), un voyage raccourci à Dresden, puis des city trips à Berlin et Köln et, ensuite, de courts séjours en voiture en Eiffel.  Chaque fois, j’ai été étonné par la chaleur de l’accueil, l’extrême amabilité, des gens dans les hôtels, cafés, restaurants.  Des qualités d’ouverture, d’accueil, de tolérance, de bienvenue, qu’il m’était toujours difficile de relier à l’extrême froideur, violence, agressivité, intolérance, dont les SS, leurs suppôts du régime et une bonne partie du peuple allemand, avaient traité les peuples européens soumis et esclaves.  Sans parler des génocides dont ils se rendirent coupables (Juifs, Roms, mais aussi l’intelligentsia polonaise par exemple et des pans de population en URSS).

 

Récemment, réfléchissant à l’Union européenne, et faisant rapidement le compte, je me dis qu’une bonne partie des puissances de l’Axe allemand et des pays qui collaborèrent franchement avec les nazis forment dès à présent une majorité de cette union économique.

 

Faisons le décompte:

 

L’Axe : Allemagne/Italie

(2)

 

Pays soumis et pronazi (cf. les bras tendus à l’arrivée des Boches lors du soi-disant Anschluss : Autriche

(3)

 

Pays neutres mais en pratique pronazis :

Portugal

Espagne (a envoyé la Légion Azul combattre en URSS)

Irlande

(6)

 

Pays ayant participé à l’effort militaire, mais parfois aussi au massacre de Juifs sur son territoire et/ou sur le territoire de l’URSS ainsi que de population soviétique :

Finlande (uniquement détachements militaires)

Hongrie (militaire + Holocauste)

Slovaquie (militaire + Holocauste)

Croatie (militaire + Holocauste)

Roumanie (militaire + Holocauste)

Estonie (militaire + Holocauste)

Lituanie (Holocauste, soutien moral aux nazis)

Lettonie (militaire + Holocauste)

(14)

 

Pays dont le gouvernement a collaboré à l’Allemagne nazie sur le plan de la répression et de la traque/déportation des Juifs mais aussi des résistants :

 

France

(15)

 

Pays pronazi mais dont ni des militaires ni de grandes répressions ou traque des Juifs ont eu lieu :

 

Bulgarie

(16).

 

16 sur 28 états membres!

 

Ajoutons aussi que des pays comme la Belgique, soumise à l’occupation militaire mais dont des mouvements pronazis importants ont vu le jour tant en Flandres qu’en Wallonie (VNV/Rex).  Et, en Belgique avec la N-VA au pouvoir, on a des relents de collaboration de pères de famille ou grands-pères de certains des grands dirigeants du parti (Bourgeois/De Wever, etc.) et une attitude ambigüe pour condamner fermement l’énormité des crimes que les nazis et leurs collaborateurs belges – des traîtres à la patrie - ont commis.

 

16 sur 28, c’est pas mal, il y a donc dans le fondement et les racines de l’Union Européenne une forte propension fasciste même si c’est dans le passé et même si c’est historique, l’UE ayant été instaurée justement pour transcender ces divisions d’antan.

 

OUAIS!

 

L’Allemagne a conservé son hymne national d’antan (‘Deutschland, Deutschland über alles’).  J’ai entendu cet hymne hier joué lors des jeux olympiques de Munich en 1936 en présence de Hitler, alors que je regardais un documentaire sur le Génocides des Juifs.

 

La Croatie a conservé sur son drapeau national le damier (rouge/blanc) qui était sur le drapeau du gouvernement collaborateur d’Ante Pavelić, sauf qu’il a été inversé (rouge/blanc actuellement, alors il était blanc/rouge); par contre la monnaie en usage sous Pavelić (la kuna) l’est encore toujours.  Notons que ce pays sous Pavelić s’est particulièrement distingué dans des massacres de Juifs, Serbes, Musulmans et que la Croatie post-communiste a participé à des génocides de Serbes et de Musulmans lors de la récente guerre dans l’ex-Yougoslavie (purifications ethniques), même si personne n’ose prononcer ce mot de ‘génocide’, lui conservant l’exclusivité pour les seuls Serbes.

 

Quant à la Slovaquie, le même symbole (une espèce de croix stylisée) apparaît sur leur drapeau national que celui sous le temps de la bonne période nazie.

 

Chaque année depuis un certain temps, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie honorent leurs vaillants héros pronazis, par des marches dans leurs capitales ou villes principales (Kaunas par ex. en Lituanie), soit franchement SS (divisions lettones et estonienne) soit franchement fascistes (Lituanie).  La Lettonie, présidente de l’UE durant les 6 premiers mois de l’année 2015, n’a pas failli à la tradition, puisque le 16 mars dernier, elle a toléré une marche des anciens volontaires des deux divisions SS.  Et, personne en Europe n’a trouvé utile de fustiger de tels relents fascistes.

 

Il est aussi amusant de constater que dans le conflit qui oppose actuellement les tenants européens de la ligne dure d’austérité vis-à-vis de la Grèce mais aussi vis-à-vis de tous les pays qui ne respectent pas les normes de convergence du Traité de Maastricht (dette < 60% du PIB et déficit budgétaire < 3 % du PIB), on retrouve outre l’Allemagne dont le poids politique en Europe est écrasant, les poids lourds de la collaboration avec les nazis pour ce qui concerne la lutte contre l’URSS (pays baltes, Slovaquie, Finlande) mais aussi ceux qui se sont distingués dans la traque et mise à mort des Juifs (pays baltes, Slovaquie).

 

L’Allemagne, qui a déclenché la Première guerre mondiale par esprit de vengeance, qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale par souci d’élargir son ‘Lebensraum’ (espace vital) est sortie du rôle de modestie qu’elle aurait dû assumer durant de nombreuses décennies à cause de l’ampleur et de la violence des crimes qu’elle a commis, cette Allemagne libérée de ses vieux démons nazis, a maintenant adopté une politique agressive sur le plan économique et tend maintenant à vouloir soumettre tous les pays européens à sa volonté, une volonté qui part d’une certaine orthodoxie économique à très court terme et qui ne tient aucunement compte de l’aspect humain de telles mesures.

 

Plusieurs Prix Nobel d’Économie viennent récemment de déclarer haut et fort que la politique d’intransigeance sur le plan de l’austérité que défend et pratique l’Allemagne, ne conduira à rien de bon sur le plan économique.

 

Paul Krugman (Prix Nobel d’Économie) à propos de l’accord sur la Grèce de ce weekend: ‘Ceci est une pure vengeance, une destruction de la souveraineté nationale.  Qui croira encore désormais aux bonnes intentions de l’Allemagne?’ (De Standaard du 14/7/2015).

 

Krugman – et d’autres (Piketty, etc.) – sont des intellectuels, des figures marquantes dans notre monde.  Qui est Merkel, qu’a-t-elle comme bases économiques, budgétaires, financières, elle qui a grandi en Allemagne de l’Est dans un pays stratifié par des décennies de communisme brutal, qui parle mieux le russe que l’anglais et collaborait à la Stasi dans des groupements d’adolescents?  Que représente ce Sträuble comparé à Krugman ou Piketty?  Des nains de jardin!  Qui, pourtant, ont tout à dire dans notre monde économique au sein de l’UE.

 

Malgré mon grand respect pour la démocratie allemande, malgré le fait que je reconnais l’immense effort qu’a fourni l’Allemagne pour effacer le souvenir du nazisme tout en gardant le nécessaire devoir de mémoire à l’intention des victimes de ce fléau, je ne puis m’empêcher de fustiger cette arrogance allemande actuelle (le Ministre des Finances Schäuble notamment), cette détermination toute teutonique d’imposer sa volonté et sa seule volonté aux autres.

 

On l’a rappelé mais il faut encore le rappeler, au début des années 50, des pays européens – dont la Grèce signataire de l’accord - ont accepté d’effacer totalement la dette de guerre de l’Allemagne, en dépit des monstruosités inhumaines dont elle s’était rendu coupable.  Et l’Allemagne n’a jamais payé ce qu’elle aurait dû à la Grèce au titre de réparations pour les dommages de guerre et humains qu’elle a causé dans ce pays, où, là aussi, elle a pratiqué une certaine forme de génocide à l’égard des Grecs.

 

Ordnung muss sein !’ (Il faut de l’ordre), est un axiome allemand, l’axiome par excellence ! Mais, faire preuve d’humilité, de modestie et d’imagination, de créativité, sont des activités humaines qui nous différencient des animaux fonctionnant par réflexes ou endoctrinement (animaux domestiques).   Imaginer que dans l’existence humaine il y a autre chose, d’autres valeurs à défendre, que le business, le profit et l’orthodoxie néolibérale, serait peut-être souhaitable pour les dirigeants allemands et tous ceux qui les soutiennent dans leur endoctrinement économique, leur myopie économique. 

 

Le but de l’Union européenne était-il de rendre des pans entiers de population malheureux?  De les pousser à la misère? Pensons aux boat people actuels, à ces vagues d’immigrants venus par la mer et d’outre-mer: aucun pays européen (surtout parmi les durs des durs, pays baltes, Hongrie, etc.) ne se soucie de l’Italie et de la Grèce qui ont accueilli en leur sein un nombre incroyablement élevé de ‘boat people’ (des dizaines de milliers qu’il faut loger, nourrir, soigner…).  Aucune aide, aucune entraide, aucun soutien autre que verbal.

 

Pauvre Union européenne…

 

Est-ce là le début de la Troisième guerre d’hégémonie de l’Allemagne? Deutschland, Deutschland über alles (L’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout)?