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30/06/2015

Elleniki Tragœdia -Une Tragédie Grecque

Vous formez une famille de quatre (père/mère/deux enfants) et vous rendez à la banque pour obtenir un prêt hypothécaire.  Vous constituez une famille normale avec des revenus convenables.  Que vous dit le représentant de la banque en réponse : ‘D’accord, nous vous accordons le prêt aux conditions du marché, mais vous devrez prendre l’engagement de ne plus aller qu’une fois par mois au resto et encore dans un restaurant pas trop cher, votre fille Denise devra abandonner ses leçons privées d’équitation et de violon et votre fils Luc ses cours de tennis et d’aïkido.  Et pas question que l’un ou l’autre fasse des études de médecine ou de pharmacie.  Et madame {l’employé de banque se tourne vers l’épouse}, plus de fitness, l’abonnement annuel est trop cher, quant à vous, Monsieur, vous vendrez votre BMW et achèterez une Dacia bas de gamme…quelque chose comme une Duster…’.

 

Cela vous plairait-il ?

 

C’est un peu la sorte de discours que tient la troïka actuellement vis-à-vis du gouvernement grec élu d’une façon démocratique.  Une troïka constituée du Fonds monétaire international (FMI) entité non élue démocratiquement, de la Banque centrale européenne (BCE) dont le président Draghi n’a pas été élu sur une base démocratique, et le dirigeant de la Commission européenne Juncker, coopté à son emploi par les chefs d’état et de gouvernement de l’UE donc non élu au suffrage direct.

 

Les origines de cette tragédie grecque (elleniki tragœdia)?

 

Quand dans les années 90, les dirigeants européens ont commencé à discuter d’une union monétaire sous l’égide d’une monnaie unique, seuls les pays qui répondaient à une série de critères budgétaires bien précis (dette en dessous de 60 % du PIB, déficit budgétaire en dessous de 3 % du PIB, etc.) pouvaient aspirer à faire partie de cette union monétaire européenne qui allait voir naître l’euro.  Certains pays fondateurs de la Communauté européenne, dont la Belgique notamment, en firent partie d’office même si notre pays dépassait déjà à l’époque les 60 % du PIB de dette et ne remplissait donc pas l’un des critères d’accès de base.  Et, deux personnalités importantes à l’époque, le chancelier allemand Schröder et le président français Chirac, donnèrent leur aval pour que la Grèce se joignît à la future union monétaire européenne.  Schröder savait bien que la Grèce à l’époque n’était pas économiquement en état d’assumer les lourdes conditions de convergences financières, budgétaires et monétaires qu’imposerait une telle union, destinée à ce que la monnaie unique soit stable, ferme, bref, un outil de progrès et de croissance économiques.  Mais il voulait que – sur le plan démocratique – ce pays en fasse partie, après tout la Grèce était le berceau même de l’idéal démocratique mondial.

 

La Grèce en fut donc.  Et les partis grecs successivement au pouvoir, le Pasok (socialiste) et la Nea Demokratia (ND, centre droite) se la jouèrent en grands seigneurs, pratiquant la gabegie étatique, permettant à tout le monde et leurs cousins et oncles et tantes d’entrer dans l’administration, ce cocoon financier, tolérant implicitement les dessous de table, tolérant une corruption de fonctionnaires, promouvant un esprit populaire je-m’en-foutiste, le tout digne de la mentalité de certains peuples du Proche Orient.

 

En bref, les dirigeants européens et les gouvernements grecs  successifs depuis l’entrée de la Grèce dans le mécanisme financier commun, portent la responsabilité de la débâcle économique et financière que connaît actuellement la Grèce.

 

Les politiciens de Syriza venus au pouvoir et s’étant allié avec un parti fasciste, ce sont donc des amateurs qui prirent la direction économique du pays et, bien vite, ils se rendirent compte qu’ils avaient chaussé des pointures un peu trop grandes pour leurs moyens;  voulant bien faire, voulant surfer sur la vague de leur succès électoral, Tsipras et les siens jouèrent d’abord aux grands seigneurs et à la dignité nationale offensée, firent pas mal d’opérations à pur dessein charismatique, mais, aussi, ils cafouillèrent, improvisèrent, firent trois pas en arrière quand un pas en avant aurait suffi. Ils firent des déclarations à l’emporte-pièce sans réfléchir aux conséquences possibles.  Elleniki Tragœdia ! Mais, bien vite, on les devina également incapables de réformer en profondeur l’administration fiscale, incapables de percevoir les impôts dus ou de traquer les fraudeurs fiscaux, incapables de gérer cet immense foutoir social et économique que des générations de dirigeants tout aussi incapables mais parfois corrompus leur avaient légué.

 

Sur un point cependant, ils n’avaient pas tort.  Pourquoi ces diktats du FMI, cette dureté à leur égard, cette intransigeance économique fondamentale? Certains pensent - et je suis de ceux-là -, que le FMI a un agenda caché, qu’il souhaite en premier lieu et principalement que ce gouvernement d’extrême gauche disparaisse et soit remplacé par des dirigeants grecs conciliables, mous et se pliant à toutes les exigences de cette institution financière supranationale n’ayant pour but que le profit et l’intérêt de son propre organisme, en dépit de toute démocratie, solidarité ou empathie avec les victimes du capitalisme sauvage.

 

Autre pierre d’achoppement, la chancelière allemande Merkel avec sa vision myope d’une Europe dont les moteurs sont, à l’exclusion de toute autre vision politique ou économique, la discipline budgétaire {les Allemands ont une expression savoureuse qu’on retrouvait déjà du temps de Hitler ‘Ordnung muss sein ! – ‘il faut que l’ordre règne’ -, qui s’applique à cette mentalité un rien ‘anale’ au sens freudien du terme}, l’austérité (serrer la ceinture) et – last but not least – la croissance économique.  Il n’y a pas que Merkel qui déteste le style relax des nouveaux dirigeants grecs, même une revue aussi sérieuse et bien notée que Der Spiegel, que je lis régulièrement, se plaint souvent de la décontraction vestimentaire des Tsipras et Varoufakis, mais d’autre part, ils n’aiment pas tellement Obama non plus, pas parce qu’il est Noir mais parce qu’il mène une politique de croissance économique par le biais de déficits accrus et de travaux publics, une politique aux antipodes de la vision d’apothicaire des Merkel, Cameron, Rutte, Michel (lisez De Wever).  Toutefois une politique que la troïka a imposée à la dure à l’Irlande, au Portugal et à l’Espagne.  Et, l’Espagne en connaît encore les conséquences désastreuses avec un taux de chômage des jeunes atrocement élevé (mais Christine Lagarde s’en fiche éperdument).

 

J’ai entendu Dijsselbloem (président de l’Euro-groupe, personnalité hollandaise cooptée donc non élue démocratiquement) dire que le référendum grec du 5 juillet – pour ou contre ce que propose le FMI -, était antidémocratique !  Voilà quelqu’un qui n’a pas de mandat populaire, coopté à son poste important, critiquant le mécanisme populaire le plus démocratique qui soit.

 

La Grèce draine des commentaires ou analyses (ha-ha!) parfois tous aussi idiots les uns que les autres.  Hier à la RTBF, un jeune journaliste (sic) en manque de métier à qui on demandait ce que pensait le peuple grec du référendum, fit état d’une conversation avec un taximan et quelques autres personnes croisées en rue!  Moi, ce qui m’intéresserait, ce serait de savoir ce que pensent les hommes d’affaires des toutes grosses boîtes, les anciens politiciens du Pasok et ND, les banquiers, les oligarques, les pensionnés, les malades incapables de recourir à la médecine ou aux médicaments, les ouvriers et employés ordinaires qui ont encore un emploi, les fonctionnaires, les patrons du secteur Horeca, de ce référendum.

 

J’ai vu hier une interview d’un patron d’une petite banque d’affaires belges (que je connais de l’avoir déjà vu à l’écran mais dont je n’ai pas retenu le nom) à Canal Z.  Et là, j’ai entendu des propos raisonnables, sensés sur le plan économique, aux antipodes de ces déclarations de politiciens de peu d’envergure et journalistes aux horizons décidément limités.  Il critiquait que le FMI voulût imposer l’austérité à ce pays, disant que pour un pays en crise, c’était là la plus mauvaise solution à appliquer.  Il critiquait également les coupes que le FMI voulait faire pratiquer dans le budget des pensions, disant qu’il y avait d’autres méthodes pour arriver à des diminutions budgétaires sur ce plan, étendre la durée de travail par exemple {la Grèce est l’un des pays au monde où on prend le plut tôt sa pension}, il critiquait les privatisations forcées disant que quand une entreprise ne marchait pas bien, il y avait - économiquement – d’autres solutions tels un remplacement de CEO, d’autres stratégies, etc.  Et, pour lui, c’était indubitable, le FMI et seul le FMI était fautif de cette crise pouvant aboutir à la Grexit.

 

Quelles seraient les conséquences d’une Grexit (ici je parle en mon nom)?  Et d’une faillite puisque la Grèce a fait savoir qu’elle ne rembourserait pas aujourd’hui le prêt du FMI à hauteur de 1,6 milliard d’euros.

 

Facile.

 

La Grèce, les Grecs, avec la drachme au lieu de l’euro perdront entre 35 et 45 % de leur pouvoir d’achat.  Ils ne le sentiront pas tant qu’ils resteront dans leur pays et n’importeront pas des marchandises, biens ou produits (pétroliers par exemple).  L’exportation et les séjours touristiques dans le pays seront boostés.  L’inflation deviendra galopante et les plus pauvres deviendront encore plus pauvres car par le biais des importations de produits de première nécessité (pétrole) plus chères de 35/45 %, la répercussion sur les prix de commerce et, partant, le pouvoir d’achat, sera immédiate.

 

Et pour l’Europe?  Même si la plupart des commentateurs disent que les risques immédiats pour l’économie européenne seront limités, je ne partage pas cette opinion.  Si l’incapacité de la Grèce à rembourser les prêts européens en dehors du FMI sera en effet négligeable (certains prêts ne constitueraient une perte sur le plan bancaire qu’en 2020), je pense que la sortie de l’euro de la Grèce va raviver cette propension qu’ont déjà eu les spéculateurs à se précipiter sur les marchés boursiers européens et américains, sentant l’euro instable et, en lançant des mouvements de capitaux gigantesques sur ces marchés financiers (jouant à la baisse programmée de la valeur de l’euro vis-à-vis du dollar, du yen de la livre sterling par exemple), ils obligeront la BCE à pratiquer une politique de soutien de la monnaie unique qui coûtera de l’argent.  La baisse de l’euro si elle favorisera les exportations aura pour effet d’appauvrir un peu plus les pays – dont le nôtre – dépendant de l’importation de gaz et de pétrole, facturables en dollars, etc.  Bref, on va assister durant des mois sans doute à des remous boursiers, peut-être à une résurgence de l’inflation, à un accroissement du chômage et/ou à une décote de certains pays par les organismes mondiaux jugeant la stabilité financière des pays (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch, etc.).  La Grèce est déjà passée hier en ‘CCC-‘ c’est-à-dire celle d’un pays proche de la faillite.

 

Le seul point positif si la Grèce est en état de cessation de paiement et de remboursement de ses prêts étrangers, c’est qu’auparavant le Brésil et l’Argentine ont connu ces affres économiques et ont subi des programmes de réhabilitation économique sous l’égide du FMI avec des conditions drastiques.  Ils s’en sont sortis et ne s’en portent pas plus mal d’ailleurs, économiquement parlant, du moins si on oublie les milliers de favelas au Brésil et leurs habitants paupérisés du quart-monde,  et les ouvriers agricoles appauvris de la pampa en Argentine,   obligés parfois de s’attaquer à des trains et à les dévaliser pour se nourrir, nourrir leurs enfants. Survivre en dépit du FMI.

 

Quant à l’Europe, quand la Commission a proposé de répartir 40.000 réfugiés (migrants clandestins) séjournant actuellement en Grèce et en Italie entre 23 autres pays européens (l’Irlande et le Royaume-Uni ne font pas partie de l’espace Schengen), les pays baltes, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Pologne en tête ont refusé.  En bloc.  Mais la France également ne voulait pas se plier à ce diktat en vertu d’un principe de souveraineté.  La souveraineté que le FMI refuse à la Grèce.

 

Un pour tous, tous pour un, la devise européenne!

11/06/2015

Marc Chagall, peintre iconoclaste, juif, traditionnaliste et moderne

Marc Chagall était né juif, dans une famille traditionnelle vivant dans un Shtetl {partie de village qui, en Russie et Pologne, était dévolue aux habitants juifs, pas un ghetto en soi, un simple regroupement social dû aux affinités évidentes ou à la politique russe de confinements des Juifs dans certaines zones}.  Pourtant, très tôt il sentit le besoin de dessiner et de peindre, transgressant ainsi l’un des interdits de la religion judaïque.

 

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles vient de donner l’occasion aux amateurs de peinture moderne, soit de découvrir ce peintre peu adulé par le grand public, soit de découvrir ou de redécouvrir partie de son œuvre (comme Picasso et Dali, il peignit beaucoup et, malheureusement, une grande partie de ses œuvres d’avant la Première guerre mondiale fut volée ou disparut dans des collections privées et inaccessibles).

 

L’exposition était bien présentée, bien agencée, et les toiles et autres dessins bien éclairés.  La librairie recelait aussi nombre d’ouvrages intéressants sur ce peintre méconnu du grand public mais aux aspects attachants.

 

Ce n’était pas la première exposition de Chagall que je vis;  j’eus l’occasion de  voir partie de ses œuvres surtout russes et juives d’esprit à Vienne, il y a une dizaine d’années, à Paris au Musée juif quelques années plus tard, ensuite une exposition consacrée à ses illustrations de l’Ancien Testament à  Cateau-Cambrécis dans le nord de la France et, en novembre 2013, une exposition au Musée juif de New York consacrée à ses années d’exil aux États-Unis, durant la guerre.

 

Si je ne compte pas Chagall parmi le top de mes peintres préférés, il fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la peinture que j’entretiens dans mes pensées, tout d’abord parce qu’il est moderne – et j’aime la peinture moderne du moins figurative et/ou surréaliste – et que les aspects juifs de sa peinture me tiennent à cœur, moi qui me suis intéressé aux Juifs, l’Holocauste, Israël, l’histoire de son peuple, ses souffrances, ses déchirements.  Donc, chaque fois que j’en ai l’occasion, je cours voir ses œuvres.

 

Toute sa vie, Chagall restera marqué par le Shtetl natal (Vitebsk étant sa ville natale), des images mentales ou projetées, des symboles liés aux Juifs, à son enfance.  Même durant son temps en France avant la Première guerre mondiale, dans l’entre-deux guerres, plus tard en exil aux États-Unis, ou après son retour définitif en France, nombre de ses tableaux illustreront des scènes imaginaires mais inspirées de son enfance juive au sein du Shtetl à Vitebsk.  Certains des tableaux de l’exposition de Bruxelles {cf. ‘Rabin au Citron Vert/Au-dessus de Vitebsk, etc.} donnaient une assez bonne idée de ces thèmes qui le hantèrent toute sa vie et qui représentent un des aspects originaux de son œuvre, cette capacité de mêler ‘folklore’ juif/russe aux traits les plus modernes.

 

Car au-delà d’un certain modernisme qui a parfois flirté avec le surréalisme, ce qui frappe le plus chez Chagall, c’est l’utilisation des symboles.  Ainsi, à Bruxelles, je n’ai pratiquement pas vu de tableaux ou d’œuvres arborant une énorme pendule (une toile unique, je crois), alors qu’à New York, ils abondaient.  Dans son enfance, et pourquoi donc?, Chagall avait été terrifié par une énorme pendule appartenant à son grand-père et cette terreur enfantine se répercuta dans nombre de ses créations.  Le violoniste jouant sur un toit d’une maison du Shtetl inspira le titre du musical et film américain ‘Fiddler on the Roof’ (Un Violon sur le Toit), au départ de la toile ‘La Musique’ datant de 1920.[i]

 

Mais, l’un des symboles les plus frappants, moins présenté dans l’exposition de Bruxelles malheureusement bien qu’elle eût été fort représentative de son œuvre considérable, fut l’image du Christ et, surtout, la signification que Chagall donna à la crucifixion du Christ.  Chagall ne se convertit jamais au christianisme {après la mort de son épouse juive Bella, sa compagne américaine Virginia et la Russe Valentina furent et restèrent chrétiennes; ‘Vava’ donna d’ailleurs une sépulture chrétienne à Chagall!}, mais il employa l’image symbolique du Christ {un Juif!} surtout pour dépeindre les souffrances du peuple juif durant (1) la violence infligée aux Juifs en Russie traditionnaliste et (2) la période de la barbarie nazie.

 

Ce qui, d’un certain point de vue, est iconoclaste.  Tant pour les Chrétiens que pour les Juifs. Les Chrétiens ayant gommé l’aspect juif du Christ, les Juifs ayant gommé l’origine juive de ce Christ chrétien. Le tableau – vu à New York – ‘La Crucifixion blanche (the White Crucifixion), de 1938 symbolise, via l’image du Christ crucifié, la souffrance du peuple juif qui, en Russie, ne l’oublions jamais, fut souvent l’objet de pogromes, d’écartement de la vie sociale, de bannissement puisque sous les Tsars et durant toute une époque (jusqu’aux premières réformes institutionnelles de 1905), les Juifs devaient vivre dans une zone déterminée, appelée ‘Pale’ en anglais, représentant une zone de confinement obligatoire.  À Bruxelles, le tableau ‘Apocalypse en Lilas’ traitait de la même thématique, le Christ victime juive de persécutions dont un svastika symbolisait l’agresseur nazi.  Iconoclaste, Chagall le fut car dans un de ses tableaux célèbres, on pouvait voir Lénine faisant une pirouette…Chagall qui occupa des fonctions de commissaire dans un centre culturel peu de temps après la révolution d’octobre 1917…

 

Chagall, sans être un grand intellectuel, était au courant, durant son exil aux Etats-Unis, de ce qui se tramait en Europe et de l’énorme pogrome nazi dont furent victimes les populations juives d’Europe de l’ouest comme de l’est et, plus particulièrement, ceux qui lui tenaient à cœur, de cette Russie éternelle. 

 

Voilà ce qu’il avait écrit:

 

‘Je les vois se traînant en loques,

Pieds nus, appuyés sur des bâtons muets,

Les Frères d’Israël, Pissarro,

Modigliani, nos frères, - poussés

Avec des cordes

Par les fils de Dürer, Cranach,

Et Holbein – vers la mort dans les

Crématoires.’[ii]

 

J’ai remarqué que dans certains de ses tableaux des années 70 exposés à Bruxelles, Chagall revenait à une esthétique ‘russe’ (cf. par exemple les toiles ‘Job’, et ‘Le Fils Prodigue’, mais les contrastes et l’iconoclastie de l’utilisation des couleurs étaient déjà tempérées par rapport à certaines de ses œuvres bien plus originales voire marquantes où les mauves, les verts criards ne manquaient pas, un des traits caractéristiques et originaux de Chagall, cette utilisation de couleurs ‘fauves’.

 

N’oublions pas qu’outre ses toiles – dont, on a pu le voir à Bruxelles, nombre appartient à des collections privées -, Chagall créa des habits, tentures murales et décors pour des ballets ou opéras, il peignit un plafond à l’Opéra de Paris (l’exposition de Bruxelles montra une toile de concept de cette peinture murale), des vitraux à la Cathédrale Saint-Etienne de Metz et à l’hôpital Hadassah à Jérusalem, des tapis muraux à la Knesset (parlement israélien) et de grandes tentures de part et d’autre de l’entrée du Metropolitan Opera à New York.

 

Chagall fut juif, son univers mental resta éternellement ancré dans la vie et l’univers juifs, d’ailleurs sa langue véhiculaire fut toujours le yiddish même s’il parlait le français et l’anglais (moins bien) et le russe.  Pourtant, en dépit du judaïsme affiché de nombre des symboles qu’il utilisa, son œuvre transcende les frontières nationales, ethniques ou culturelles, et cela c’est le génie de l’artiste, puisant dans ses propres racines, transposant en symboles ou images picturales ce que son existence à pétri en son for intérieur et, atteignant ainsi à l’universel.

 

Il n’est pas nécessaire d’être juif ou ferré en judaïsme pour apprécier l’œuvre et les créations de Chagall car elles ressortissent au patrimoine universel, intangible mais ô combien proche de nous, de notre sensibilité artistique…

 

 



[i]Certains des éléments biographiques sont extraits de ‘Marc Chagall’ biographie de Jonathan Wilson

[ii]Affiché à l’exposition de New York au Musée juif intitulée ‘War, Exile, Love’ (Guerre, Exil, Amour)