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08/05/2015

LA PERFIDIE POLITIQUE ET IDÉOLOGIQUE DE BART DE WEVER

«De collaboratie was een vreselijke fout op alle vlakken» (La collaboration fut une terrible faute à tous les points de vue). Voilà la déclaration fracassante que fit récemment Bart De Wever, leader de la N-VA, chantre des nationalistes flamands et de l’indépendance de sa nation flamande.  Historien de formation, aussi!

 

J’eus l’occasion de le voir et de l’entendre mercredi dernier à l’émission ‘Reyers laat’ animée et présentée par Kathleen Cools.  Une Kathleen Cools jadis surnommée ‘le Cobra’ pour l’agressivité de ses interviews et qui semblait dans ses petits souliers pour poser certaines questions gênantes à quelqu’un qui représente 30 % de l’électorat flamand et et dont des représentants de parti feront bientôt leur entrée au CA de la VRT.

 

Regardant la caméra droit dans le viseur, franc, entier, Bart De Wever, après avoir reconnu que son grand-père fut membre du VNV (Vlaams Nationaal Verbond, parti collaborateur des nazis durant la guerre; remarquons au passage la belle analogie prosodique entre NVA et VNV), réitéra sa fameuse phrase, ajoutant que l’Holocauste fut également une terrible faute.  Un discours de la même teneur que celui qu’il avait tenu devant des notables juifs d’Anvers.

 

On pourrait se dire, voilà, maintenant la N-VA admet sa faute, son erreur, surtout celle des grands-parents de beaucoup de ces gens en vue du parti tout comme de militants du Vlaamse Beweging {mouvement d’émancipation antifrancophone qui trouva son origine durant la Première guerre mondiale, en opposition à la soi-disant hégémonie linguistique des officiers et sous-officiers de l’armée belge et le fait que les pauvres soldats flamands ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait et étaient ainsi envoyés à la mort}, la page peut donc être tournée.

 

Sauf que Bart De Wever est historien et qu’il manie impeccablement sa langue maternelle.

 

Le mot faute (erreur), que représente-t-il en fait?

 

La collaboration, une erreur, une faute?

 

L’Holocauste, une erreur, une faute?

 

On pourrait en rire sauf qu’on est en Belgique, le pays par excellence du surréalisme.

 

De Wever, par une savante utilisation d’un mot passe-partout et ‘réducteur’, a réussi la gageure (1) de faire semblant de reconnaître que la collaboration fut fautive, (2) d’utiliser un mot qui ne choquerait pas une partie importante de son électorat flamingant, antifrancophone et hostile à la Belgique.

 

Puisque De Wever est historien, parlons d’histoire.  Le parti nazi, tous les membres du parti nazi, la SS dans sa totalité (comprenant donc la Waffen SS, les Totenkopfverbände – gardes de camps nazis -, la Gestapo, la Schutzpolizei, les membres des Einsatzgruppen sévissant en Pologne et en URSS, l’Ordnungspolizei et toutes les autres unités ayant prêté serment d’allégeance au Führer et dépendant de Heydrich puis d’Himmler), tous ces gens-là, combattants et actifs, furent jugés criminels par le Tribunal de Nuremberg (procès de 1945/1946).  Pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, puisque la notion même de ‘génocide’ est postérieure à la fin de la guerre, ayant été créée de toutes pièces par un Américain en 1947 au départ du mot grec ‘genos’ signifiant ‘race’ et du suffixe latin ‘cide’ signifiant ‘tuer’.

 

Je suis peut-être quelqu’un de simpliste dans mes opinions, mais pour moi des gens qui ont collaboré à une entreprise criminelle (le nazisme dans sa totalité idéologique et pratique sur le terrain), sont des criminels.

 

Ils n’ont pas commis d’erreur de jugement ou de faute, ils ont participé à des crimes, sont donc passibles du code pénal.  En outre, les collaborateurs sont des traîtres à la Patrie puisque la Belgique était occupée et administrée par une puissance militaire étrangère alors qu’une partie du pouvoir légal (l’Exécutif) était à Londres, le Roi Léopold Ier étant resté en Belgique, une attitude qui lui voudra le mépris des Américains et leur veto contre le fait qu’il reprenne les rênes du pouvoir après la fin de la guerre (cf. les fondements de la crise royale).

 

Et, quand on parle de collaboration, cela va des bourgmestres qui, activement, collaboraient avec les Boches pour leur donner les noms des socialistes et communistes, et les listes de Juifs (Anvers, Liège), qui envoyaient leur police sur le terrain pour aider les troupes allemandes à traquer et rafler les Juifs, mais cela comprenait également ces milices illégales qui tant en Flandres qu’en Wallonie aidaient à débusquer les résistants, à arrêter les personnes victimes de dénonciations ou à – encore toujours – traquer les Juifs, ces ‘parasites’ et ‘Untermenschen’ du nazisme.

 

Il faut tout de même reconnaître que pour nombre de jeunes collaborateurs ‘inciviques’, l’attrait principal de la collaboration active était fondé sur une communion idéologique avec les idées du IIIe Reich et d’Hitler en ce qui concernait la lutte contre le bolchevisme en premier lieu, et, en second lieu, avec le concept de suprématie raciale, donc la différence essentielle entre ‘Herrenvolk’ {le peuple élu, le peuple dominateur} et Untermenschen {les sous-hommes, peuplés de Slaves, Juifs, Roms et Sintis, et tous ceux qui, stricto sensu, n’appartenaient pas à la race aryenne}.

 

La collaboration des bourgmestres d’Anvers, de Charleroi et de Liège, prêtant leurs forces de police à la traque des Juifs tout comme des communistes, l’engagement dans la Waffen SS de milliers de traîtres wallons, bruxellois et flamands, la participation à des milices tolérées par les nazis tant en Flandre qu’en Wallonie (mais bien plus en Flandre sous l’égide du VNV – ceux qu’on appelait les ‘Zwarten’, les Noirs), la dénonciation de Juifs ou d’opposants au nazisme (parfois des disputes de voisinage ou provoquées par la jalousie), la collaboration active du Secrétaire général VNV du Ministère de l’Intérieur – Romsée – (qui fut également le chef du Collège des Secrétaires généraux, l’organe le plus important en l’absence de gouvernement légal ou empêché), tout cela ne fut pas une erreur à tous les niveaux, ce fut criminel et le fait de traîtres à la Patrie.

 

Mais cela, Bart De Wever, le maître magicien, le prototype du politicien perfide, pesant diaboliquement ses mots, le ‘control freak’ absolu (le maître du contrôle de soi), ne le dira jamais, car il perdrait illico presto une bonne partie de son électorat flamingant, ces gens petits-enfants de traîtres à la Patrie, coupables de collaboration idéologique ou active avec un parti et une idéologie perverse et raciale reconnue criminelle par les Juges du Tribunal de Nuremberg mais également par tous les historiens sérieux (Hillberg, Poliakov, etc.).

 

 

D’ailleurs quand on le questionne sur le fait qu’il ne s’est pas associé à la déclaration de l’ancien bourgmestre d’Anvers ayant reconnu la part de responsabilité du bourgmestre d’Anvers et de la police dans la répression des Juifs durant la guerre (donc de la Ville d’Anvers), De Wever use d’une échappatoire disant que certains policiers d’Anvers furent membres de la résistance.  Courageux De Wever mais pas intrépide au point de déplaire à son électorat naturel!

 

C’est ce que j’appelle une perfidie politique autant qu’idéologique.  Faire semblant de reconnaître certains faits sans aller à fond et reconnaître le caractère criminel, incivique et traître à la Patrie que fut la collaboration active.

 

Et que ce type de discours, ce type d’attitude, laissent indifférent les bonzes du MR (trop occupés à récolter les fruits de la collaboration gouvernementale), n’est qu’une raison de plus de désespérer de l’état lamentable dans lequel se retrouve une Belgique en déperdition morale alors qu’une des personnalités flamandes les plus en vue et écoutée (admirée aussi) réécrit l’histoire sanglante de la Seconde guerre mondiale, à sa façon.

 

Y a-t-il encore parmi les politiciens associés à la N-VA des femmes ou des hommes disposant d’une fibre morale, d’un sens de l’histoire et des injustices commises à l’égard des victimes du nazisme pour s’offusquer de cette déclaration ambiguë de De Wever, la fustiger, sans penser en premier lieu au confort de la discipline de parti et de gouvernement?

 

Pauvre Belgique…

 

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