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11/02/2015

FIN DE VIE - EUTHANASIE

Le weekend dernier j’ai regardé ‘Amour’ le sublime film de Michael Haneke avec les tout aussi sublimes interprètes Trintignant et Riva.

 

Certains aspects de ce film, retraçant la lente déchéance mentale et physique d’une femme, m’ont rappelé cette époque lorsque mon épouse et moi-même avions pris sur nous de nous occuper à domicile de ma mère, après qu’elle eut subi une fracture du col du fémur à près de 90 ans.

 

Certains des aspects du film ne peuvent d’ailleurs être compris que par ceux qui ont vécu une telle expérience plutôt ‘lourde’, je pense notamment au licenciement de l’infirmière à domicile ‘pour incompétence’ (cf. la façon dont elle peignait sa patiente avec violence et voulait absolument qu’elle se regarde dans le miroir par après), la scène où le mari lave les cheveux de son épouse hémiplégique, son épouse qui crie parfois sans cesse ‘mal’ alors que son cerveau est déjà ailleurs.

 

Outre la diminution physique d’une personne aimée, ce qui est sans aucun doute le plus dur à accepter, c’est l’éloignement progressif d’un cerveau qui prend, lui, ses distances avec les êtres aimés, les perçoit à peine, ne communique plus pour, vers la fin, n’être plus qu’une enveloppe d’où se sont échappés à jamais ce qui faisait la personnalité, l’histoire, le parcours, la grandeur et la valeur d’une personne frappée d’une telle malédiction terrestre.

 

Quand le mari, finalement, étouffe son épouse avec un coussin, et d’une façon aussi inattendue que brutale, c’est là – et ne nous y trompons pas – un geste d’amour, pas le geste d’un homme qui ne supporte plus les terrifiantes exigences qu’une telle existence au service total d’une autre personne lui demande, non, c’est un geste d’amour d’un homme qui ne supporte plus la déchéance de sa femme aimée pour elle, par rapport à ce qu’elle a été.

 

Ce qui m’amène aux éternels débats entre fin de vie (comprenons, une fin de vie sans pratique d’euthanasie ou de suicide assisté – cf. la Suisse – mais assortie de soins palliatifs) et euthanasie.

 

En France, puisqu’on en parle depuis un certain temps, j’ai remarqué que le mot ‘euthanasie’ faisait peur, tout comme celui de mariage gay faisait peur.  On emploie des phrases évasives, ce qui est amusant pour le pays qu’est la France.

 

Je suis moi-même sceptique, j’ai été confronté à un cas dans ma famille (belle-mère) qui en phase terminale de cancer a été placée dans un établissement dispensant des soins palliatifs parce que l’ampleur des douleurs physiques rendait un traitement à domicile difficile sinon impossible.  Mercredi: entrée dans le service, le cerveau fonctionnait encore bien merci, car il s’agissait d’un cancer de l’intestin avec métastases au foie.  Jeudi: visite et conversation avec elle, tout semble en ordre.  Vendredi: pré-coma, plus aucune conversation possible.  Samedi matin: décès.

 

Le problème avec ce genre de soins palliatifs, et je connais au moins 3 autres cas d’issue fatale aussi rapide, c’est qu’on dispense aux patients des solutions déshydratantes, soit des solutions comprenant des doses importantes de morphine.  D’ordinaire les partisans des soins palliatifs sont contre l’euthanasie et crient leur grand Dieu qu’ils ne pratiqueraient jamais des méthodes aussi inhumaines de tuer des malades, même à leur demande.  Par contre, ce qui se passe, c’est que parfois à l’insu même des patients et de leur famille, on leur administre des médicaments qui raccourcissent l’existence par déshydratation ou débilité (au sens médical du terme) accélérée.

 

Début janvier, le 6, un documentaire réalisé et commenté par Harry Roselmack intitulé ‘Aux Frontières de la Vie’ a démontré de manière limpide quelles étaient les frontières indéfinissables entre ‘fin de vie’ (soins palliatifs) et euthanasie.  Dans un établissement qui tenait de la maison de retraite, le médecin – farouchement contre l’euthanasie – acceptait d’administrer un cocktail à des patients et à leur demande, un cocktail médicamenteux qui avait pour effet de déshydrater et d’affamer le corps qui, après un temps indéterminé en fonction de l’état de résistance de la personne, cessait ses fonctions vitales et mourait.  Et, comme l’indiquait la fille d’une telle patiente qui avait demandé ce traitement de pseudo-euthanasie, cela lui faisait mal au cœur de savoir qu’on allait faire mourir sa mère en lui refusant progressivement tous nutriments capables de la maintenir en vie.

 

Les Français ne se rendent pas compte de l’énorme hypocrisie de médecins qui fidèles à leur serment d’Hippocrate refusent de pratiquer l’euthanasie ‘active’ mais acceptent volontiers de faire mourir des patients – à leur demande – par des procédés qui me paraissent inhumains et cruels.

 

Parmi les dernières images du documentaire, il y avait cette dame partie en Suisse pour qu’on lui pratique le suicide assisté, et comme le montrait la scène finale, on prépare tout pour la personne, mais c’est elle qui, elle-même, ouvre le robinet de la perfusion.  Ce qui était touchant, hormis le fait de voir une dame accomplir l’acte, tout juste avant qu’elle ne meure (et la caméra ne filma pas la toute fin, heureusement pour la dignité de la personne qui avait déjà eu la grandeur d’âme d’accepter qu’on la filme), ce fut de voir l’immense tristesse de Roselmack, cette empathie, parfois rare chez les journalistes professionnels.

 

Il faut reconnaître que l’euthanasie, même dans notre pays, reste un sujet tabou et que certains médecins qui se disent résolument contre pratiquent eux-mêmes des formes de fin de vie, qui sont synonymes d’euthanasie différée même si on ne leur applique pas ce nom-là.

11:25 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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