Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

19/09/2014

LA STRATÉGIE DE POURRISSEMENT DE CERTAINS PARTIS FLAMANDS

L’échec du oui au référendum sur l’indépendance de l’Écosse tempérera l’appétit de la N-VA pour tenter la même expérience.  Et encore, ce parti en a fait l’article majeur de son programme, mais selon de Standaard seuls 20 % des Flamands seraient réellement pour l’indépendance de la Flandre, donc la moitié des votes cumulés de la N-VA + Vlaams Belang + LDD.  Il faudrait toutefois ajouter que si, dans le débat sur l’indépendance de l’Écosse, on parlait des richesses (pétrole notamment, mais certaines fortes industries telle celle du whiskey par exemple ou le saumon) de ce nouveau pays, dans une Flandre indépendante, celle-ci serait lourdement hypothéquée de près de 60 % de la dette publique belge – soit à peu près 180 milliards d’euros pour la seule Flandre ! -, dès le départ et il n’y aurait ni pétrole ni whiskey ni saumon  pour amoindrir la charge des intérêts de cette dette.

 

On sait que la N-VA a une stratégie de pourrissement de l’État fédéral.  Prouver, même en participant au gouvernement fédéral, qu’une Belgique n’est plus gérable sur le plan fédéral – national -, est l’objectif de ce parti.  Un échec d’une telle coalition ou un désaveu massif (par exemple à la suite de grèves prolongées ou de détérioration de la situation économique) démontrerait a fortiori qu’il faudrait passer à l’étape suivante, la séparation de corps et de biens des entités belges.  Sauf que pour la N-VA Bruxelles – entité qu’elle ne reconnaît pas – serait placée sous tutelle des entités séparées, Flandre t Wallonie!

 

Récemment, on a chanté les louanges de Wouter Beke, le président du CD&V, qui a choisi de sacrifier Peeters, le futur 1er Ministre, pour permettre à Marianne Thyssen d’obtenir un poste de commissaire européen.  De Standaard a même écrit en titre d’un article laudatif que c’était là un ‘coup de maître’.  Je n’ai pas la même lecture.  Jai vu jadis dans une interview de Beke qu’il se disait ‘flamingant’ (son propre terme en néerlandais).  Je pense, moi, que Beke a un agenda caché.  Il regrette peut-être le cartel avec la N-VA et, donc, en sacrifiant le poste de 1er Ministre de Belgique, en permettant sans doute que ce soit l’une ou l’autre des personnalités francophones du MR qui l’endosse, on pourrait à terme, N-VA et CD&V tendrement réunis et confondus dans une même idéologie séparatiste, juger que la Belgique, dirigée par un 1er Ministre francophone ou wallon, est ingouvernable.  Sachant que ce gouvernement de centre-droite (mais où est le centre dans cette coalition ’suédoise’?) amènera inévitablement, à terme, des conflits sociaux et qui sait, peut-être même de la bisbrouille entre les partenaires.  Car Beke, ce faux grand maître croit que ce qui donne des voix à la N-VA, ce n’est pas son programme économique, mais surtout et uniquement leur désir d’indépendance pour la Flandre.  Il croit donc qu’en œuvrant en coulisse dans le même sens que les séparatistes, il regagnera des voix de la N-VA.

 

Je pense que Wouter Beke a choisi le camp de la N-VA et du pourrissement.  Je crois que lui aussi a choisi de manière délibérée – et sans le dire – le camp des indépendantistes, le camp de ceux qui lègueront à leur peuple une dette d’environ 180 milliards d’euros si jamais on devait arriver à un référendum et à une indépendance de la Flandre.  Que la N-VA refuse systématiquement le poste de 1er Ministre sur le plan fédéral en dit long sur leur stratégie.  S’ils veulent bien être associés par le biais à une participation au fédéral, ils ne souhaitent pas qu’un éventuel 1er Ministre de leur propre parti (et surtout pas De Wever) porte le chapeau de l’échec programmé de cette coalition suédoise. Car l’échec est déjà programmé, souhaité, voulu, ce sera la preuve, une fois de plus, que la Belgique a vécu son temps et qu’il est temps de passer à des entités fédérées ou indépendantes.  Que le MR soit aveugle ou insensible à cette stratégie délibérée est navrant, sauf que je pense que l’attrait de 7 postes ministériels demeure le principal leurre qui guide leurs choix et décisions politiques.

 

J’ai bien ri quand j’ai lu que Maggie De Block était la politicienne la plus populaire en Belgique, celle qu’on verrait volontiers – tant en Flandre, à Bruxelles qu’en Wallonie – 1er Ministre du Royaume.  Outre sa laideur intrinsèque et son poids, qui a mon sens, constituent un handicap pour les relations internationales de notre pays si elle devait être 1er Ministre en titre (quelle image de notre pays donnerait-on?), le pire c’est que pas une seule personne de celles qui ont été sondées pour le sondage d’opinion et qui la verrait à ce poste ne serait capable de décrire un seul point du programme, une seule idée politique, une seule ligne de conduite politique, que cette brave dame aurait.  J’ai lu que quand on lui a demandé quel sentiment cela donnait d’être citée comme 1er Ministre potentielle, elle a répondu ‘Dat is een tof gevoel’ (c’est un chouette sentiment).  Sauf que ‘tof’, pour elle qui est médecin donc censée être intellectuelle, c’est un mot que ni adolescents ni adultes flamands n’emploient, seuls des enfants en bas âge utilisent ce mot avant de passer, plus tard, à des termes un peu plus relevés.  Selon, De Standaard, tout ce simulacre autour de De Block en tant que 1er Ministre ne vaut que pour lui permettre d’avoir un ‘gros’ portefeuille dans le prochain gouvernement, car elle n’a aucune chance d’être 1er Ministre.  Heureusement pour l’image de la Belgique!

 

Marc Reynebeau, l’un des faiseurs d’opinions les plus intelligents et influents du Standaard (capable de beaucoup de traits d’humour aussi, il suffit de lire sa rubrique ‘De Week volgens Marc Reynebeau’ dans le supplément du Standaard du week-end) a, dans un article récent[A] fustigé tant le gouvernement fédéral en devenir que le gouvernement flamand, qui font abstraction de leur rôle d’arbitre neutre, et témoignent leur attachement unique aux valeurs et idées patronales, abandonnant ce qui avait toujours fait la grandeur de notre tissu social, le dialogue social, inscrit dans la loi et qui seul jusqu’à présent, et ce depuis automne 1944 -  a permis d’éviter des conflits comme en ont connu le Royaume-Uni sous Thatcher et la France.

 

Ce qu’il dit est intéressant et mériterait qu’on en fasse plus de publicité:

 

En cela, le gouvernement flamand – tout comme le futur  gouvernement fédéral de coalition, analogue sur le plan idéologique – n’est plus un arbitre neutre dans le champ classique des tensions sociales.  Il prend parti au contraire, ce qu’il démontre en reprenant le discours patronal et donc, son matériau idéologique (…)  Cela se trouve aussi écrit dans l’accord de gouvernement.  Il opte pour ‘une gestion par l’autorité’ d’économie de marché et reconnaît dans cette logique uniquement les entrepreneurs en tant que créateurs ‘de prospérité et d’abondance

 

Remarquons aussi que bien qu’il y ait de plus en plus d’économistes sur le plan international et belge, qui vont maintenant dans le sens d’un stop à l’austérité, nos partenaires à la coalition à la suédoise n’ont que ce mot à la bouche, évidemment puisque Bart De Wever – et le MR dans une certaine mesure – n’ont comme idoles et points de référence politiques que des gens comme Thatcher ou Cameron.  Les déclarations venimeuses récentes à l’égard des syndicats de certaines des têtes pensantes de la N-VA donnent à penser que le dialogue social est mort et qu’on entre de plain-pied dans une ère thatcherienne de diktats et de recul social.  La Flandre déjà diminue les subsides aux organisations culturelles et sociales, augmente le minerval dans les universités, supprime la gratuite de transport pour les seniors flamands et ce n’est qu’un début.  Retour aux années 70 et 80 et à cette ère néolibérale qu’illustrèrent Thatcher et Reagan.

 

Ce syndicaliste de l’ACV n’avait pas tort quand il a parlé d’une coalition ‘Monaco’ plutôt que suédoise.

 

Si l’avenir en Belgique ne s’annonce pas rose, il s’annonce décidément jaune et noir (N-VA) avec la participation enthousiaste du MR, ces renégats francophones, ces fossoyeurs de l’État belge!  Incapables de comprendre dans quel jeu de dupes ils se laissent entraîner ou plutôt les mirettes fixées sur ce Veau d’Or que constituent postes ministériels et cabinets ministériels.

 

Quant à Lutgen, il aurait dû participer à cette coalition, la participation de son parti aurait été un gage de démocratie face à ce tsunami néolibéral qui va bientôt nous engloutir!

 

Deux choses maintiendront l’unité du pays en l’état: (un) la Royauté, (deux) l’impossibilité constitutionnelle d’organiser un référendum séparatiste.

 

  



[A]De Standaard du 17/9/2014)

Les commentaires sont fermés.