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22/08/2014

Similitudes entre comportement de soldats allemands de 14-18 et 40-45

Les discours officiels entendus début août 2014 lors des cérémonies de centenaire de la Grande Guerre ont déçu dans l’ensemble.  Évidemment, il n’était pas du tout évident de dire  - en présence de la Chancelière allemande, représentante d’un des pays fondateurs de l’Union européenne - certaines choses dures à propos des soldats de l’armée impériale allemande et de leur comportement quelquefois inhumain à l’égard des populations civiles dans les territoires occupés.  Parce que, qu’on le veuille ou pas, l’histoire est ainsi faite, un pays maintenant démocratique – la République Fédérale Allemande – ne peut occulter ce que certains des ancêtres ont fait jadis, en termes de crimes de guerre.  Comme quoi les discours prononcés ont été d’une généralité aberrante, célébrant l’Union Européenne, gage de la paix en Europe, et situant l’Union sur l’échiquier international des conflits actuels, larvés ou franchement déclarés.  L’UE, l’intermédiaire idéal!

 

Pour moi qui m’intéresse activement à l’histoire des conflits du 2Oe siècle, ce qui m’a d’emblée frappé et désolé dans les différentes reportages et documentaires transmis par les chaînes belges, c’est que personne n’ait mis en évidence les similitudes troublantes entre le comportement des soldats de l’armée impériale allemande en 14-18 et celui des soldats de la Wehrmacht inféodés à Hitler (cf. le serment d’allégeance au Chancelier Adolf Hitler que tous les soldats allemands de Wehrmacht et de la SS, devaient prononcer).  Et je passerai sous silence la Shoah qui est un phénomène unique comme on le sait et un crime contre l’humanité.  Je ne veux parler ici que du comportement des soldats des troupes ‘régulières’ des deux guerres allemandes, pas des tueurs de Juifs (j’en ai parlé à d’autres occasions et le ferai encore).

 

En 1914, il y avait déjà des règles à respecter par les belligérants lors de conflits armés, à savoir celles définies par la Convention de La Haye  du 18 octobre 1907. Cette convention, bien avant celles de Genève – plus connues –, définissait les comportements des troupes belligérantes admissibles à l’égard des combattants ennemis, des prisonniers, et, principalement, à l’égard des populations civiles et des biens privés et publics

 

Dès le début de la Grande Guerre, l’armée allemande procède à des destructions, à des pillages et à des tueries en masse (en contradiction des stipulations du chapitre ‘III des Hostilités’ de la convention) comme en témoignent les massacres et destructions de biens publics et privés à Visé, Namur, Andenne, Louvain, Aarschot.  À Termonde, les troupes impériales se servirent de boucliers humains puis détruisirent 1.500 maisons. [1]  Voici ce qu’écrivait le chef d’état-major allemand le 5 août 1914 : ‘Notre progression en Belgique est incontestablement brutale, mais nous nous battons pour notre survie, et tous ceux qui se mettent en travers de notre chemin doivent en supporter les conséquences.  En témoignent aussi Warsage, Seilles et Tamines (400 tués dans ce dernier lieu).[2]

 

Il est étonnant de voir ces deux termes qu’on retrouvera dans l’idéologie hitlérienne : ‘brutale’ et ‘survie’.  Le raisonnement, déjà en 1914, est simple.  L’Allemagne combat pour sa survie et pour ce faire, tous les moyens, même ceux qu’interdit la convention de La Haye, sont bons.  En bref, c’est ce qu’on appelle la terreur.  C’est-à-dire essentiellement, instaurer la peur parmi les populations civiles.

 

Dès le début des attaques sur le front de l’Ouest par les troupes nazies – et j’englobe délibérément la Wehrmacht dans le vocable ‘nazi’ en raison du serment obligatoire d’allégeance à Hitler -, celles-ci choisissent à leur tour de combattre par la terreur, bombardant Varsovie et Rotterdam sans nécessité de guerre.  La Wehrmacht procéda aussi au massacre en septembre 39 de 3.000 prisonniers de guerre polonais en dehors des zones de combat et quelques compagnies de troupes coloniales sur les abords de la Loire en juin 1940.

 

En 1914, l’une des peurs majeures des fantassins allemands, c’étaient les francs tireurs.  Combien de massacres de civils n’ont pas été perpétrés en ce nom.  Et, notre pays a particulièrement souffert de la terreur allemande.  Les nazis recoururent à un système similaire à l’égard des ennemis civils  (‘brutal…ceux qui se mettent en travers de notre chemin’), tuant des otages par mesures de représailles.  Pour l’Ouest, on peut citer : 7.000 civils en Pologne en septembre 1939, 21.000 en Grèce durant la guerre, 10.000 en tout en Italie, 6 à 7.000 en France.[3]  Je veux parler ici de représailles contre des civils non résistants armés, décrétées par la seule Wehrmacht et sur le seul front de l’Ouest.  L’URSS constitue un tout autre chapitre durant la Deuxième guerre mondiale puisque là-bas, les troupes nazies pratiquèrent une guerre d’ ‘extermination’ et les victimes civiles s’y comptèrent par centaines de milliers et millions pour les prisonniers de guerre soviétiques.

 

Mais il y eut d’autres crimes de guerre contraires à la convention de La Haye durant 14-18: on obligea ainsi des civils belges à effectuer des travaux sur des ouvrages de guerre sur le front du Westhoek, et on déporta des Belges pour aller travailler en Allemagne.[4] Tiens-tiens, les nazis n’imitèrent pas leurs ancêtres de la Première guerre mondiale? On se souvient des Belges et Français astreints au Travail Obligatoire durant la dernière guerre, main d’œuvre d’esclaves à bon marché dont nombreux furent ceux qui périrent lors de bombardements alliés.

 

Enfin, le 22 avril 1914, les Allemands, les premiers, utilisèrent des gaz létaux sur le front du Westhoek à Steenstrate (non loin de Dixmude).  Une idée qui dut plaire à Hitler puisqu’on sait quel usage il fit de gaz létaux, non seulement pour la destruction en masse des Juifs européens et d’autres ennemis du IIIe Reich, mais, précédemment, en 1939, lors du programme T4 d’extermination des handicapés et parasites sociaux (on estime à près de 100.000 les victimes allemandes de ce programme d’eugénisme).

 

J’ai été frappé aussi quand j’ai vu des photos de soldats de l’armée impériale allemande fouillant des civils belges, photos que l’on vit également sous bannière nazie.  Dépouiller un pays de ses richesses naturelles et agricoles tout en empêchant le recours aux marchés noirs ou parallèles, fut une méthode semblable menée par des soldats appartenant à des systèmes politiques pourtant diamétralement différents.

 

Évidemment, il n’y a aucune commune mesure entre la brutalité de comportement et les massacres perpétrés par les soldats de l’Empire allemands en 14-18 et ce que commirent les troupes nazies.  Néanmoins, si on peut parler de degrés différents, ce qui est perturbant, ce furent les similitudes de comportement de simples soldats allemands de deux générations différentes une fois qu’ils se trouvèrent en territoires occupés.

 

L’explication peut peut-être être trouvée dans un livre que l’armée britannique dissémina parmi ses soldats qui, en 1945, allaient se retrouver en Allemagne nazie en tant que troupes d’occupation.  Un des paragraphes peut s’appliquer aussi bien au comportement des soldats allemands de l’armée impériale qu’à ceux de l’armée nazie, car il décrit des traits de caractère ‘allemands’ : ‘Ce mélange de sentimentalité et de froideur émotionnelle ne provient pas d’une prise de conscience marquée.  Les Allemands ne maîtrisent pas bien leurs sentiments.  Ils arborent souvent des traits de caractère hystériques.  Vous constaterez que les Allemands se mettent déjà en colère même pour des choses insignifiantes.’[5]   Un autre trait qui peut expliquer la nature ‘brutale’ c’est ‘C’est là une des raisons pour lesquelles ils acceptèrent Hitler.  Il les commandait, et cela plaisait à la majorité d’entre eux.  Cela leur épargnait la peine de devoir penser.  Ils devaient simplement obéir et pouvaient lui laisser la réflexion.  Ils pensaient que cela les libérait de la responsabilité.[6]

 

Que personne n’ait non plus mis l’accent sur la différence fondamentale entre les guerres allemandes - deux guerres de conquête de territoires et de mainmise sur l’économie des pays conquis – et les conflits actuels, ne manque pas d’étonner.  Actuellement, on assiste (en Syrie, Irak, Afghanistan, RCA, Soudan, Nigéria, Gaza, mais aussi en Ukraine, etc.) à des conflits idéologiques, souvent d’origine religieuse.  Ce n’est pas là la conquête de territoire en soi qui est importante, mais la conversion des âmes à une idéologie spécifique qui n’accepte aucune autre opinion – voire foi – contraire. 

 

Ces nouveaux conflits, par leur inhumanité, la terreur vis-à-vis des populations civiles ou ‘ennemies’, le refus de l’opinion contraire, de toute forme de dialogue ou de raison, s’apparentent à la démarche de Hitler et sont d’essence totalitaire.  Et, tant qu’ils se produisent loin de chez nous, il n’y a pas d’autre méthode pour les combattre que de regarder la télévision et de faire des commentaires privés.  Union européenne ou pas, cela n’y changera rien.  Ces nouveaux soldats pratiquent au fond aussi une forme d’eugénisme et visent la pureté ethnique, religieuse ou clanique, n’hésitant jamais à massacrer leurs ennemis voire des pans entiers de populations ‘adverses’.

 

Le visage du monde de demain!  Quel monde de tarés nous léguerons à nos enfants et petits-enfants!

 



[1]’14-18 Een oorlog in Vlaanderen’ par Luc Schepens

[2]’14-18 La Grande Guerre’ par Jay Winter et Blaine Baggett

[3]‘Die Wehrmacht – eine Bilanz’ par Guido Knopp

[4]’14-19 Een oorlog in Vlaanderen’, ouvrage cité

[5] Article  ‘Ein merkwürdiges Volk’ (un peuple particulier) dans ‘Der Spiegel’, no. 33/2014

[6]Dito

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