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04/08/2014

ISRAEL ET LA PALESTINE - L'IMPOSSIBLE DIALOGUE

Le conflit actuel entre Israël et le Hamas régnant sur la bande de Gaza déchaîne les passions en Europe où, déjà, de nombreuses manifestations pro-palestiniennes ont débouché sur des cris de ‘Mort aux Juifs’.  Toutefois, après l’enlèvement et la mort subséquente de trois adolescents israéliens qui, somme toute, ont déclenché par ricochet l’actuelle attaque d’Israël pour éradiquer les tunnels souterrains du Hamas et d’autres groupes terroristes et saper l’autorité du Hamas sur la bande de Gaza, on avait entendu des Israéliens crier ‘Mort aux Arabes’. L’enlèvement à Jérusalem et le meurtre subséquent d’un jeune Musulman (la victime, rappelons-le, fut mise à feu alors qu’elle était encore en vie d’après les rapports d’autopsie) par mesure de représailles  selon le principe biblique archiconnu (‘œil pour œil, dent pour dent…) avait également provoqué des déchaînements de passion du côté des Palestiniens.

 

Qu’actuellement les Palestiniens et les Israéliens fassent de la surenchère émotionnelle est tout à fait compréhensible.  Les dirigeants et activistes du Hamas ne sont pas des enfants de chœur.  Même s’il est établi qu’il y a des fractions plus dures et bien plus terroristes en dehors du Hamas sur le territoire de la bande de Gaza, n’oublions pas que le Hamas a tiré ou fermé les yeux sur l’envoi de missiles et roquettes sur Israël dont l’objectif était simplement de tuer des ‘Juifs’.  Et, côté israélien, ceux-ci, outrés par le meurtre des trois adolescents et les centaines de tirs de missiles ne font pas plus dans la dentelle, ce qu’ils appellent des dommages collatéraux n’est rien d’autre que le massacre de civils sous le prétexte que le Hamas et les autres groupes terroristes se cachent derrière des boucliers humains.  Et, rappelons aussi que le Hamas a dans sa charte un article premier qui veut la destruction d’Israël.

 

En Europe toutefois, notons le silence des autorités européennes qui, du reste, sont restées étrangement silencieuses lors du crash du MH17, madame et baronne Ashton, en charge des affaires étrangères, n’ayant même pas pris la peine ou trouvé le temps nécessaire d’aller en Ukraine pour tenter de trouver un règlement politique à ce qui est devenu une crise humanitaire sans précédent: laisser des corps de victimes d’un crash aérien sur les lieux durant plus de deux semaines d’été caniculaire…

 

Moi qui lis d’ordinaire autre chose que la ‘Dernière Heure’, je me suis réjoui d’avoir pu parcourir récemment deux interviews intéressantes de Juifs (une Juive belge et un Israélien ancien chef du Mossad) qui rétablissent une certaine balance éthique et montrent que tous les Juifs européens et Israéliens  vivant en Israël ne sont pas à ranger, ipso facto, dans le camp des ultras et nationalistes religieux.  Qu’une franche majorité en Israël soutienne ce gouvernement de centre-droite extrême n’est pas en soi étonnant.  Il n’y a plus actuellement en Israël de gens appartenant à cette gauche idéaliste, volontariste, celle des hommes et femmes qui créèrent l’état israélien de leurs propres mains de soldats-agriculteurs, qui vécurent dans des kibbutzim, qui assumèrent l’essentiel de la direction de l’armée et de l’état dans les années 50 jusqu’aux années 70, formant l’ossature des officiers supérieurs et de grade moyen, subissant l’essentiel des pertes humaines lors des conflits déclarés ou des guerres d’attrition (comme par exemple sur le Canal de Suez au début des années 70, j’en ai rencontré une victime ayant perdu la jambe, un kibbutznik, fils d’une députée de la Knesset et héroïne des ghettos de l’URSS lors de la chasse aux Juifs).  Des Mapam (aile la plus à gauche) et Mapai d’antan, il ne reste que de pâles reflets qui se situent, sur l’échiquier politique, aussi à droite que l’aile droite la plus extrémiste.

 

Que pense Yuval Diskin[1] du début du conflit et des dirigeants israéliens actuels ? ‘Le Hamas aussi n’a pas voulu cette guerre au début. (…) Cela a commencé par l’enlèvement en Cisjordanie de trois jeunes adolescents. D’après ce que j’en sais, la direction du Hamas a été surprise.  Elle n’a ni planifié ni ordonné cet acte.  (…)  Le Hamas a tout de suite compris après l’enlèvement des teenagers qu’il avait un problème.  Quand les opérations de l’armée {Tsahal} s’étendirent en Cisjordanie, des radicaux de Gaza ont commencé à tirer des roquettes en direction d’Israël (…) Quand le jeune Palestinien fut tué à Jérusalem, ce fut pour le Hamas la légitimation d’attaquer Israël à son tour. 

 

Et, que pense Yuval Diskin sur les chances d’arriver à un dialogue entre Palestiniens et Israël, quelle est son opinion des dirigeants actuels ?  Nous avons maintenant un problème que nous n’avions pas, disons en 1993 lors de la signature des accords d’Oslo: Alors, nous avions de réelles personnalités, aujourd’hui il n’y en a plus.  Yitzhak Rabin en fut une. (…) Aussi du côté palestinien Yassir Arafat en fut une telle (…) Ni avec Abbas que je connais bien, ni avec Netanyahu, n’avons-nous de réels dirigeants.  Abbas est bon, il est contre la terreur et il le dit à haute voix.  Néanmoins, deux personnalités qui ne sont pas des meneurs d’hommes ne peuvent faire la paix.

 

Je viens de lire une interview passionnante d’une personnalité juive et belge très connue dans le domaine des arts, Lydia Chagoll[2] auteur de ‘Au nom du Führer’ et qui vient de réaliser un documentaire sur ce qu’elle n’hésite pas à qualifier de génocide des Roms durant la Seconde guerre mondiale (‘Ma Bister’ – N’oubliez pas’, qu’on peut obtenir via son site buyenschagoll.be).  Cette femme remarquable qui a connu les affres des camps de Japonais en Indonésie, où elle fut enfermée en tant que civil – à l’instar de tous les Blancs de ces pays conquis par l’Empire du Soleil Levant – n’a rien perdu de sa combativité.  À la question de savoir, après la mort de son époux et cinéaste Frans Buyens en 2004 pourquoi elle restait si active, elle qui avait déclaré être fatiguée et en avoir marre de la vie, cette dame répond : ‘La colère me tient sur les jambes.  Car, quand je vois ce qui se passe dans le monde : si triste.  Précédemment, les soldats se battaient dans de vraies guerres.  Homme contre homme.  C’était déjà si terrible que de jeunes gens fussent envoyés à la mort pour l’intérêt d’autres.  Mais, maintenant, les guerres sont faites derrière des écrans d’ordinateurs et ce sont les civils qui en paient le prix.  Des enfants ayant à peine vécu.  Quel traumatisme subissent les enfants de Gaza, qui toute la nuit entendent les bombes qui tombent.’ 

 

Parce que Lydia Chagoll qui a 83 ans est une Juive qui n’en reste pas aux seules pensées.  Elle participe à des manifestations pour exprimer ses opinions.  Beaucoup de Juifs me traitent d’antisémite {en raison de sa participation à une manifestation pro-palestinienne à Bruxelles le dimanche 27 juillet}.  Ridicule.  J’ai écrit des livres et réalisé des films sur la destruction des Juifs.  ‘Au nom du Führer’ a gagné des prix internationaux (...) avec les années, Israël s’est conduit comme un état colonial.  Les orthodoxes y ont tout à dire.  Les gens de gauche qui manifestent contre la guerre à Gaza, on leur crache dessus et on leur jette des tessons de bouteilles. (…) L’Islamisme radical et l’orthodoxie religieuse juive radicale se renforcent mutuellement et menacent les modérés’.

 

Tous deux pensent de la même manière quant à l’évolution passée et l’avenir d’Israël.  Lydia Chagoll  Cela a commencé à mal tourner en 1977, quand Menahem Begin du Likoud fut élu.  Depuis lors les forces de droite en Israël sont devenues de plus en plus fortes.  Yuval Diskin ‘Il y a suffisamment de gens au Shin Beit {services de renseignements israéliens}, au Mossad ou au sein de l’Armée, qui pensent comme moi.  Toutefois, dans cinq ans, nous serons peu nombreux avec de telles vues {sur les voies et la possibilité d’un dialogue palestino-israélien}, parce que le nombre des orthodoxes religieux aux postes de pouvoir et dans l’armée croît sans cesse.

 

J’ai moi-même rencontré – lors d’un voyage du souvenir à Auschwitz-Birkenau en avril 1982, un juif, ancien détenu et survivant de Birkenau, qui, lui aussi, n’hésitait pas à monter au créneau pour défendre les droits des Palestiniens à avoir leur propre état indépendant.  C’était René Raindorf, né en 1918, déporté par le 24e convoi.  Il m’avait confié en avril 82 avoir déjà participé à des manifestations à Bruxelles, à la fin des années 30, contre les procès de Moscou {les fameux procès truqués des années 37 et 38} alors que tant d’intellectuels et communistes français, par exemple, ne réalisèrent la véritable ampleur des crimes staliniens qu’au minimum deux décennies plus tard..

 

On voit aussi des initiatives citoyennes de Palestiniens et Israéliens qui osent braver ensemble les diktats d’opinions hystériques des deux côtés de cet éternel conflit, proclamant qu’il est possible de vivre côte-à-côte.

 

Et n’oublions pas l’œuvre de Daniel Barenboim, célèbre pianiste, chef d’orchestre et propagateur de la musique de Wagner (!?) qui a mis sur pied un orchestre mixte palestino-israélien et qui n’hésite pas, également, à braver l’opinion publique de son pays (il a un passeport israélien entre autres) quand il s’agit d’aller à contre-courant de ces voix qui vocifèrent le plus haut.  Néanmoins, en ces temps de simplification et de superficialité généralisés, ceux qui osent déclarer tout haut qu’il faut rechercher une paix avant tout ou qui agissent dans ce sens sont bien vite noyés sous ce tsunami – des deux côtés, mais n’oublions pas qu’Israël a une légitimité d’état à se défendre contre des attaques de terroristes sauf qu’il y a un principe de proportionnalité de réponse armée à respecter – d’opinions extrêmes souvent dictées par des considérations religieuses et/ou politiquement viciées.  Tant l’extrême droite israélienne que le Hamas ont d’ailleurs tout intérêt à faire la guerre, il y va de leur légitimité, de leur popularité et de leur survie politique.

 

Mais, comme le soutient Diskin, on manque de véritables personnalités au Proche-Orient.

 

Et chez nous en Europe ou aux States ?

 



[1]‘Der Spiegel’ no. 30 du 21 juillet 2014

[2]‘De Standaard’ des 2 et 3 août 2014

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