Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

22/04/2014

Certains aspects ignorés de la Première guerre mondiale

Récemment, en zappant je suis tombé sur une émission de Ruquier où avaient été invités les réalisateurs d’ ‘Apocalypse 14-18’.  Et j’ai entendu quelqu’un dire ‘il n’y avait ni bons ni mauvais’ et cela sembla être la conclusion de cette partie du débat.

 

Aberrant!

 

L’Autriche déclare la guerre à la Serbie à la suite de l’attentat de Sarajevo, l’Allemagne envahit la Belgique et s’attaqua à la France et on ose dire 100 ans après qu’il n’y eut ni mauvais ni bons dans ce conflit!

 

La semaine dernière, j’ai regardé les deux premiers épisodes d’ ‘Apocalypse 14-18’, bien que je me méfie de ces réalisateurs car pour leur documentaire sur la Deuxième guerre mondiale, j’avais ça et là noté des raccourcis historiques gênants ou des failles d’information; puis il y eut ce documentaire qu’ils firent sur Hitler où leur thèse voulait qu’Hitler ait été victime de délires.  Ces auteurs avaient évidemment confondu délires du point de vue d’un symptôme médical d’une psychose (paranoïa par exemple) et le simple fait que Hitler dès les années 20 et surtout dans son livre ‘Mein Kampf’ avait défini de manière précise quels étaient les ennemis de la Nation allemande et ceux responsables de l’état de faillite dans laquelle elle se trouvait alors, à savoir les bolcheviques et les Juifs.  Et après ‘Mein Kampf’, il poursuivit sans cesse, convainquit les généraux de l’armée, les industriels, la population, de la nécessité d’en découdre avec ces ennemis du IIIe Reich, les bolcheviques et les Juifs.  Et ce n’étaient pas là des délires psychotiques mais des visions politiques. Il était certes fou et de plus en plus vers la fin de sa vie, mais ce qui le motiva depuis le 11 novembre 18 (le coup de poignard dans le dos du soldat allemand), ce furent des idées fixes, et, il se forgea les moyens pour les réaliser, avec l’aide de toute une nation allemande – et autrichienne - enthousiaste.

 

Les deux premières parties d’Apocalypse 14-18 sont excellentes en ce qui concerne le choix des photos et images animées et colorisées (comme on dit maintenant), mais ce qui m’a frappé d’emblée – moi qui m’intéresse aux guerres depuis plus de 50 ans -, ce furent les failles, les non-dits, qui étaient essentiels pour comprendre cette mécanique de destruction à grande échelle que fut ce conflit.

 

Aucune mention, aucune photo (il y en a pourtant) de la première attaque aux gaz (ypérite) du 22 avril 1915 à Steenstraat (près de l’Yser) où des soldats français furent les premières victimes (des indigènes en fait). L’utilisation de gaz asphyxiants, une monstruosité que reprirent à leur compte les nazis pour les camps de la mort. On commente évidemment certains faits (notamment la journée où l’armée française subit sa plus grosse perte en hommes, car un livre vient de paraître à cet égard et tout le monde en parle), nul mot par contre sur la première retraite des Français à Charleroi, du contingent britannique à Mons. 

 

J’ai entendu dans le documentaire que les Français assuraient la retraite en parfait ordre.  C’est parfaitement faux, seuls les Britanniques et les Belges assurèrent des retraites ordonnées (avec arrière-garde chargée de tenir l’ennemi à distance), pour les Français par contre il n’y avait pas de plan de retraite, ce fut parfois le chaos sur les routes car les plans militaires français étaient fondés sur le ‘furia francese’, l’attaque à la baïonnette, dont nulle mention dans le documentaire.  Stratégie d’imbéciles pourtant essentielle et qui coûta des centaines de milliers de vis de Français fauchés par les tirs de mitrailleuses allemandes.

 

Je n’ai rien entendu dire non plus sur les stratégies militaires, le plan von Schliefen qui prévoyait de contourner les Français via la Belgique, le fait qu’une fois les forces allemandes tenues en échec un peu partout (France/Belgique), les Boches firent en sorte de détenir les hauteurs (cf. le saillant d’Ypres, Passendaele, etc.) leur permettant des champs de tir meurtriers via les mitrailleuses afin de contrer les attaques ennemies.  On parle du massacre et de l’incendie de Louvain mais rien sur les autres exactions boches qui furent aussi sanglantes que nombreuses.  Évidemment, on ne peut pas parler de tout mais on pourrait à tout le moins avoir parlé de la manière dont les Allemands outrepassèrent les règles en usage vis-à-vis des populations locales lors de conflits armés.

 

Dans le passage sur l’invasion des Dardanelles, c’était tout à fait frappant, la manière dont les Turcs, conseillés par d’excellents généraux allemands, tenaient les hauteurs et firent des ravages parmi les troupes ANZAC (Australiens et Néo-Zélandais), françaises et britanniques envoyées au casse-pipe. Aucune mention de ce bateau britannique, qui lors du débarquement dans un port des Dardanelles en avril 1915, et duquel débarquèrent des troupes britanniques fauchées par des mitrailleuses et mortiers situés sur les sommets aux mains de Turcs. Aucune mention non plus de Pine Cove aux Dardanelles, cette attaque par les soldats de la cavalerie légère australienne (à pied, évidemment) envoyés à l’assaut hors des tranchées sur une position ennemie en hauteur et bien organisée, alors qu’en fait cette attaque ne fut qu’une simple diversion chargée de concentrer des forces adverses alors qu’un autre débarquement avait lieu sur cette presqu’île.  Unité presque décimée dans sa totalité.  Aucune mention de la faiblesse intrinsèque des officiers supérieurs britanniques et français, incapables de s’adapter à de nouvelles situations militaires et dont les états-majors se trouvaient en général dans des châteaux à une quinzaine de kilomètres à l’arrière.  Ni aucune mention de l’incapacité d’un général Samsonov à Tannenberg en Prusse orientale qui se suicida, endossant la responsabilité de la défaite de l’armée russe.  Aucune mention de la vaillance des soldats russes et de l’incapacité notoire des officiers supérieurs, du manque de coordination – et de plans stratégiques - entre les deux armées russes attaquant à Tannenberg.  Etc.  aucune mention de la stratégie de génie de l’armée belge – et du Roi Albert qui fit inonder les polders, permettant ainsi que l’armée boche fut stoppée dans son élan invincible.

 

Je me suis dit finalement que ce sont là d’excellents monteurs d’images – qui sont extraordinaires – mais de là à vouloir faire œuvre d’historiens, il y a un pas qu’ils ont franchi, certes, mais je juge qu’il leur manque le background (le fond) étayé par des dizaines voire des centaines d’ouvrages sur le sujet abordé.  C’est certes utile pour un très grand public qui n’y connaît pas grand-chose ou pour des gens comme moi qui souhaitent voir des images inédites, mais le recours aux ouvrages historiques sérieux demeure nécessaire.

 

 

Comme j’étais à la Mer la semaine dernière, j’ai voulu revoir certains lieux de batailles, cimetières et autres endroits liés à la guerre.  Malheureusement, nous n’avions pas de carte d’état-major, nous étant dits que la Région flamande aurait paré à tout avec de claires indications (wat wij zelf doen, doen wij beter/ce que nous réalisons nous-mêmes, nous le faisons mieux)

 

Vladslo,  en premier lieu où se trouvent les deux célèbres statues de Käthe Kollwitz. À l’entrée de ce village, une plaque indique qu’il y a bien un cimetière militaire allemand, puis dans la traversée du village ou plus loin, aucune plaque indiquant la direction à suivre, ni à la sortie du village.  Nous l’avons trouvé au pifomètre car je savais qu’il était en dehors du village et à l’orée d’un bois.  Donc, nous avons roulé vers tous les bois que nous apercevions au lointain.  Le jour suivant, nous voulions visiter trois endroits dans les environs de Passendaele (un mot clé pour les Britanniques et Canadiens, ce nom de village).  Prenant un raccourci via Langemark, nous nous disons pourquoi ne pas aller voir le cimetière militaire allemand de ce lieu qui, lui aussi, contient quatre belles statues de soldats.  Jamais trouvé!   Aucune plaque de direction! (pourtant nous y étions déjà allé au moins deux fois).  Pis, nous nous sommes perdus dans Langemark (aucune plaque vers quoi que ce soit), puis, sortant du village, joie un cimetière britannique ‘ Cement Farm’.  Et nous avons abouti à Ypres plutôt qu’à Passendale.  Car nous avions perdu trop de temps avant le retour chez nous.

 

Voyant le Boyau de la Mort (bien indiqué), je me suis fait la réflexion qu’il y a quantité de photos du Roi Albert et de la Reine Elisabeth, visitant les postes en première ligne.  Je ne me souviens pas d’une seule photo de Premiers ministres britanniques ou français ou de hauts généraux (Joffre, Nivelle, Haig, etc.) jamais capturé dans des tranchées du front.

 

À la librairie du Musée d’Ypres (In Flanders Fields) nous y avons fait un tour pour y acheter une carte détaillée de tous les lieux à visiter, et, stupéfaction, il y a là des livres en néerlandais et en anglais.  Rien en français, comme s’il n’y avait pas eu de Français dans les champs de Flandres.  Pourtant il y a bien une plaque sur le mur de la Halle aux Draps remerciant les soldats français ayant combattu en Flandres.

 

On sait que c’est Geert Bourgeois le flamingant qui est ministre du tourisme dans le gouvernement flamand, aurait-il donné des instructions pour qu’il n’y ait aucun livre français sur la guerre en vente à cet endroit?  Pourtant, les bons romans français abondent et on connaît aussi des traductions des écrits de Remarque ou de Junger, car il n’y a pas plus de livres en allemand en vente dans ce point-librairie, pourtant je suppose qu’il doit y avoir des touristes allemands, petits-enfants de certains de ces soldats ayant combattu en Flandre.

 

La Flandre qui fait tant de chichis pour la célébration du centenaire de cette guerre particulièrement sanglante, a raté le coche.  Elle aurait pu revoir sa signalisation et rendre la vie un peu plus facile pour ceux qui, comme mon épouse et moi-même, avons un intérêt pour ce qui s’y est passé.  Prévoir aussi des toilettes dans ces endroits, car la majorité des personnes qui visitent ont un certain âge et, souvent, des problèmes de vessie (pas de toilettes à Vladslo ni au boyau de la Mort).

 

Et dans le même ordre d’idée, ne serait-il pas temps d’effacer de la Tour de l’Yser cette mention odieuse ‘AVV/VVK’ (Alles voor Vlaanderen/Vlaanderen voor Kristus- Tout pour la Flandre/la Flandre pour le Christ), alors qu’il y a au sous-sol un musée sur la guerre et que cette Tour est censée être un ouvrage célébrant la Paix, alors que ce symbole odieux ne célèbre que l’intolérance, la petitesse d’esprit et la haine – vis-à-vis des francophones.

 

Pauvre Flandre, c’est vrai que ce qu’ils font ils le font mieux, ainsi la série ‘In Flanders Fields’ dont je n’ai supporté qu’une partie du premier épisode, était un navet, artificiel, mettant en scène une famille bourgeoise et ne montrant au fond rien du menu fretin de peuple qui supporta l’essentiel des combats dans les tranchées et de l’occupation boche. 

 

Pour ceux qui s’intéressent au cinéma, je recommande quatre films : ‘Les Croix de Bois’ (français, un classique du genre, avec des plans latéraux d’attaque magnifiques, souvent imités par la suite) ‘A l’Ouest Rien de Nouveau  (version Lewistone, 1929, mais aussi le remake, bien fait), et ‘Passchendaele’ un film canadien récent sur la conquête de cette hauteur qui prit 4 mois aux forces britanniques, de juillet à octobre 1917, aux prix de centaines de milliers de morts des deux côtés, et, finalement ‘Gallipoli’ un superbe film australien, l’un des premiers où joua Mel Gibson et qui décrit minutieusement ce que fut la campagne des ANZAC aux Dardanelles.

Les commentaires sont fermés.