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24/02/2014

C'est le printemps mais pas chez tout le monde!

C’est le printemps!

 

Quand on se promène dans la nature, les premiers signes d’un printemps hâtif     bondent déjà, fleurs et bourgeons qui apparaissent, oiseaux qui chantent comme si on était déjà à Pâques, mâles qui construisent déjà les nids où bientôt apparaîtra la prochaine génération (cf. des pies près de ma maison).

 

À Kiev, le printemps s’est montré sous son meilleur jour et la Jeanne d’Arc ukrainienne y a, paraît-il fait une apparition, très remarquée.  À la voir, altière, fière, imposante sur le plan mental, elle n’a rien perdu de sa superbe.  Elle y croit dur comme fer, la seule chose qu’elle attend c’est qu’un mâle quelconque lui construise sonfutur nid de premier ministre ou de président. Qui n’essaie rien n’a rien, et le fait que certaines mauvaises langues (cf. l’émission de Taddeï de vendredi dernier ou un article dans De Standaard du 24 février) lui reprochent sa gabegie ou son incapacité à avoir accompli quoi que ce fût de son programme ambitieux du temps où elle fut au pouvoir, ne doit en rien nous ternir notre joie à voir l’Ukraine bientôt entre de bonnes et capables mains de femme. J’ai vu que cette autre grande égérie (de Huy, une autre Jeanne d’Arc?) allait écrire un livre sur l’Ukraine.  Je me suis dit, pas mal, va-t-elle parler de la statue de Bandera à Lvov que les anciens dirigeants ukrainiens – avant Yanukovitch – permirent d’édifier?  Bandera, chef d’un des mouvements ukrainiens antisoviétique qui collabora avec les nazis mais qui, aussi, participa à la traque et la mise à mort des Juifs. L’un de mes anciens patrons juifs fut un temps partisan dans un groupe ressortissant à la mouvance de Bandera.  Il m’a confié, si ces gens avaient su qu’il était juif, ils l’auraient liquidé aussitôt.  Cela c’est l’Ukraine qu’on ne montre pas à l’écran, ni la résurgence d’intérêt pour l’ancienne division SS ukrainienne…et quand on en parle (j’en parle moi en tant que personne soucieuse de préserver la mémoire de l’Holocauste, uniquement), on se fait traiter de pro-Poutine ou de prorusse…comme si parler de l’antisémitisme et des crimes odieux qui ensanglantent le passé de l’Ukraine ne faisait nullement partie du devoir de mémoire mais aussi du bagage culturel…

 

Tout comme on a signalé un concert inédit à Sotchi de ces incomparables artistes que sont les Pussy Riot.  Comme d’habitude, leur musique était d’une teneur et d’un niveau bien supérieurs à ce qu’ont pu faire de pâles compositeurs tels Chostakovitch, Prokofiev, Rachmaninov et autres Scriabine, ce menu fretin musical  Non, avec les Pussy Riot, on est dans la musique d’avant-garde non pas basée sur une tonalité, des accords (accords, hi-hi !) et/ou une quelconque mélodie.  On est dans le happening genre ‘shout’, une tradition qu’inventèrent les Noirs américains du temps où ils étaient encore esclaves à la solde des riches propriétaires des Etats du Sud. Mais, en Russie, on met les artistes en prison.  Ah, s’ils étaient en Belgique, je les verrais volontiers chanter et se trémousser en tant que backing vocalists derrière Stromae ou Adamo, toutefois, c’est vrai, ils devraient soigner leur chorégraphie plutôt primaire, mais pour la justesse, pas de soucis à se faire, il y a maintenant des consoles qui permettent de rectifier toute note fausse et d’en faire une note acceptable…mais pourquoi diable est-ce que j’emploie le singulier pour ‘fausse note’?

 

Les pandas sont arrivés en Wallonie et les Flamands en prennent plein le baba.  Cela ne m’étonnerait pas que bientôt ces pandas ne deviennent un enjeu électoral de taille.  Les Flamands sont jaloux, c’est normal, ils n’ont pas investi un cent dans cet accord commercial et politique (les pandas ne sont-ils pas des ambassadeurs de Chine?) et ils voudraient en percevoir les retombées économiques sans avoir fait quoi que ce soit!  Pour ceux qui étaient là (comme mon épouse et moi) dès les tout débuts de Paradisio, c’est fabuleux de voir comment ce parc animalier a évolué, toujours dans un sens positif, ajoutant une dimension religieuse et culturelle dans ce qui ne devait après tout n’être qu’un simple zoo ou parc animalier.  J’espère qu’un jour les Pussy Riot viendront y faire un concert à Pairi Daiza pour ajouter un peu de culture à ce qui est déjà un centre culturel de renom pour la Wallonie mais pas grâce aux dirigeants wallons, non merci.  Notons au passage que c’est là un des rares endroits de ce genre où on peut côtoyer des lémuriens (pas des politiciens) et les caresser (tôt après l’ouverture avant les grandes foules).

 

Je suis allé à la Foire du Livre samedi dernier (ayant vu en passant Michel Drucker accepter de bonne humeur de se faire photographier par des admiratrices, il est bien conservé Drucker malgré la septantaine), écouter une causerie d’Antony Beevor, un historien militaire, auteur d’un superbe livre sur les batailles de Berlin et de Stalingrad et un autre sur la guerre d’Espagne. Le thème était ‘La Deuxième guerre mondiale a-t-elle commencé en 1917, et ce débat sous la forme de questions et de réponses de l’auteur était animé par Aude Merlin, spécialiste de la langue russe et de la Russie.  Pour Beevor, la révolution bolchevique de 1917 a été très importante en Europe, cette révolution bolchevique a créé un fossé de peur, un cercle vicieux de causes à effets.  Il a cité aussi l’influence importante de la révolution bolchevique sur les gouvernements espagnols des années 34 et 36 {juste avant le putsch de Franco}.  Il a ajouté  - et là je suis tombé de ma chaise ! - qu’on pouvait parler d’une longue guerre qui aurait duré de 1917 à 1989.  Quant à l’animatrice, elle a proposé la thèse de la brutalisation des sociétés.

 

J’ai beaucoup de respect pour Beevor que j’ai lu et que j’apprécie sur le plan de l’histoire militaire.  Mais, d’une part ce terme de bolchevique qu’il a utilisé (tout comme souvent celui de ‘Russes’ au lieu de ‘Soviétiques) et qui est tout à fait correct sur le plan historique, je l’ai lu et entendu tant de fois dans la bouche ou dans les écrits de Hitler, que le fait d’employer la même terminologie que celui, qui au fond et par sa seule force mentale, déclencha cet horrible cataclysme mondial, me rend malade.  Si Beevor prend comme points de repères 1917 à 1989, il vise l’URSS, l’ ‘Empire du Mal’ tel que le décrivit Reagan jadis.  Cela me paraît une réduction simpliste mais populaire dans le cadre du caractère antirusse que les événements récents en Ukraine ont provoquée en Europe, mais cette prise de position ignore totalement l’origine réelle de la Deuxième guerre mondiale et le lot de souffrances des populations civiles qu’elle engendra, dans nos pays de l'Europe de l'Ouest et de l'Est, non pas par les fautes des Russes mais par la faute des nazis.

 

Durant le débat de près de trois quarts d’heure, si on a parlé d’abondance des crimes commis par l’URSS (2 millions de femmes violées en Prusse orientale, Poméranie, Berlin, etc.) nulle fois ai-je entendu parler de ces autres types de brutalisations des sociétés que commirent les Britanniques avec les camps de concentration dans leur guerre contre les Boers, le génocide en Namibie commis par les Allemands, les bombardements italiens en Ethiopie, les massacres de civils en Belgique dès 1914, puis, plus tard – puisqu’il fut question de Deuxième guerre mondiale, les atrocités dont les nazis mais aussi la Wehrmacht se rendirent coupables (politique de la terre brûlée, affamer les prisonniers soviétiques, utilisation de travailleurs civils et détenus de camps de la mort comme esclaves, chasser des millions de personnes de leur maisons et terrains en URSS dans des buts militaires ou d’occupation, etc.), pas un mot non plus sur le génocide juif, sur le massacre d’Allemands via le programme T4 (100.000 Allemands handicapés mentaux ou jugés inaptes à la vie, furent ainsi tués en 1939).  En abrégé, c’était l’URSS, le fauteur de troubles, le grand coupable et la Russie actuelle ne vaut guère mieux (Merlin cita l’affaire de la télé Dojd’, réduite au silence pour avoir osé faire une enquête sur la reddition possible ou nécessaire de Leningrad).  Pas de printemps ici, pas de dégel quelconque, on ne construit pas des nids, on table sur une certaine arrogance liée à un passé de contentieux, n’oublions pas que les Britanniques, alors même que l’URSS était leur alliée militaire, ont toujours été anticommunistes.  Soyons clair.  Oui l’URSS a commis des crimes en masse, contre ses propres citoyens (Soljenitsyne parle de 60 millions de victimes du communisme soviétique) et contre l’Allemagne occupée.  Mais dans un débat sur l’origine de la deuxième guerre mondiale, ne fallait-il pas parler un rien de la véritable origine de cette guerre de revanche? À savoir que les soldats allemands – qui occupaient encore la Belgique et la France en novembre 1918 - ont eu le sentiment (1) qu’ils n’avaient pas perdu la guerre sur  le plan militaire, (2) qu’ils avaient été trahis – poignardés dans le dos – par la clique politique judéo-bolchevique. Et nous savons que ce concept – tout comme le traité de Versailles pour lequel Beevor a eu raison d’y trouver une des causes probables du conflit ultérieur – fut à la base de l’idéologie de Hitler.  Et, l’auteur Beevor aurait dû dire que la grande masse des soldats et des officiers de la Wehrmacht avait été nazifiée au point que l’ennemi militaire – l’URSS – était aussi mais avant tout un ennemi idéologique qu’il fallait exterminer, comme les Juifs et les Slaves.  À une question d’une spectatrice si, pour les chiffres avancés (2 millions de femmes violées, etc.), l’auteur s’était basé sur des sources soviétiques, Beevor a répondu par l’affirmative.  J’ai vérifié à la page 562 du livre ‘La Chute de Berlin’, aucun renvoi ou citation de sources soviétiques.  D’ailleurs, tant la question que la réponse faisaient preuve d’une légèreté historique.  Comment les Soviétiques, sachant que leurs troupes avaient commis des crimes en masse, inconstestables d'ailleurs, auraient-ils recensé le nombre de victimes allemandes dans leurs propres archives? C’était contraire à l’esprit qui régnait à l’époque puisque l’écrivain et journaliste Ilya Ehrenburg, mais aussi des commandants d’unités (dûment cités par Beevor dans son ouvrage) avaient appelé les troupes de l’Armée Rouge à se montrer sans pitié une fois qu’ils entreraient sur le territoire allemand.  Et ainsi en fut-il…

01/02/2014

La Seconde guerre mondiale, quoi d'autre?

En Lituanie, en Lettonie, en Estonie, on s’apprête à défiler en février et mars prochains.  C’est la saison des grandes marches en faveur de ces ‘patriotes’ qui soutinrent Hitler et son régime, se battirent aux côtés de la Wehrmacht ou donnèrent un coup de main pour la liquidation des Juifs.

 

C’est une tradition là-bas.  J’y étais allé en 2012, à Riga.  Pas de croix gammées, pas de bras tendus, pas d’adoration visible de Hitler, mais tout le monde savait que ce défilé était en l’honneur des ‘volontaires’ de la SS lettone.  Chez nous, on nous a appris que les SS c’était de la vermine y compris la Légion wallonne.  Là-bas, dans ces pays baltes, les SS, les collaborateurs des Allemands, ceux qui tuèrent des Juifs, ce sont des patriotes, des héros car antisoviétiques et antisémites.  Soutenus en plus par la population, les médias et les autorités en place.

 

L’histoire, la vraie, l’histoire contemporaine, veut que l’on se penche d’une manière impartiale sur les événements, événements qu’on repasse au crible de la critique historique.  En Allemagne fédérale, il a fallu attendre 1995 pour qu’ait lieu une exposition décrivant en photos, textes d’accompagnement et chiffres, l’ampleur des crimes de guerre et contre l’humanité que commit la Wehrmacht.

 

Parce que, encore maintenant nombreux sont ceux qui croient que la Wehrmacht s’était battue correctement, une armée capable de dérives, certes, mais qui dans, pour l’essentiel, avait été correcte, seule la SS – Waffen et Totenkopfverbände’ ayant été les ‘criminels’.

 

Pour ceux qui le pensent, je suggère la vision de la série faite par l’Allemagne diffusée en Allemagne l’année dernière, récemment en Hollande et bientôt sur la VRT ‘Unsere Mütter, unsere Väter’ (Nos Mères, nos Pères).

 

Elle est d’un niveau cinématographique, de conception et de vision, exceptionnels, tant par le jeu des acteurs, superbes, que par le scénario et par la crédibilité historique des faits, actes de guerre et histoires individuelles, présentés.  Tout y est crédible, tout y est comme on aimerait que chaque pays ayant trempé dans les crimes de guerre et contre l’humanité, soit capable d’assumer et de reconnaître sa part de culpabilité dans l’horreur.

 

Juste avant l’invasion de l’URSS, cinq jeunes amis, deux frères, Wilhelm et Friedhelm, soldats de la Wehrmacht de la même unité, Viktor, un Juif, Greta, la bonne amie de Viktor, aspirante chanteuse et Charlotte (amoureuse de Friedhelm) boivent à leur propre santé, se prennent en photo et promettent de se revoir quand tout sera terminé, l’invasion de l’URSS étant censée être terminée pour décembre 1941 comme l’avait promis le Führer.

 

Les scènes de combat en Union soviétique sont époustouflantes de réalisme, ne cachant nullement le fanatisme nazi d’une majorité de membres de l’unité de la Wehrmacht dans lequel un des deux frères est lieutenant, l’autre au début plutôt pacifiste, un pacifiste qui, confronté à l’horreur, la brutalité du conflit, les coups fourrés, devient non pas un acharné nazi mais un très bon combattant sans peur ni hésitation à tuer (même des civils, comme la suite du récit le prouvera).

 

Il n’y a pas d’interdits.  On assiste à des scènes de massacres de civils, des pendaisons, au rôle infâmes des Einsatzgruppen du SD en Ukraine, tout cela est conforme à ce que l’on sait, historiquement vrai mais aussi transmis selon un scénario crédible et qui donne envie de continuer à voir l’histoire.

 

Puis, après des péripéties, Viktor, le juif, se retrouvera dans un train de la mort vers les chambres à gaz, il s’en échappe et finira dans une unité de partisans de l’A.K. (Armia Krajowa, le plus grand groupe de partisans en Pologne, sous l’égide du gouvernement polonais en exil à Londres).  La série ne cache pas la haine qu’éprouvaient les partisans polonais à l’encontre des Juifs.  Il suffit d’ailleurs pour comprendre la profondeur de cette haine ancestrale de lire n’importe quel roman d’Isaac Bashevis Singer dont l’action se déroule dans la Pologne d’avant-guerre. La série fait sous-entendre par un échange de conversation que les résistants polonais liquidaient les Juifs qui n’étaient jamais considérés comme les ennemis naturels des nazis, mais comme une vermine dont il fallait se débarrasser.  Ce fait m’avait été indiqué jadis (il y a quarante ans) par un Juif originaire de Pologne et qui m’avait dit – lui qui avait combattu dans diverses unités de partisans tant polonaises qu’ukrainiennes puisqu’il était originaire de Lvov – que si ces types avaient su qu’il était juif, ils l’auraient liquidé.  La scène où des membres de l'AK refusent de libérer des Juifs d'un train qu'ils ont attaqué et dont ils ont tué les gardes allemands, est donc tout à fait vraisemblable.  Viktor, lui, ne peut renier ses origines juives et les libère.  Mais, même après la guerre, quand il reviendra à Berlin, dans l'appartement de ses parents, occupé par des Allemands qui l'ont accaparé (comme cela se faisait si couramment), il sera confronté à l'antisémitisme et à la haine.  Et, cerise sur le gâteau, il retrouvera un colonel de la Gestapo calmement occupé à travailler pour les autorités américaines, qui le savent et ne s'en offusquent pas.

 

Au fond, peu de gens chez nous savent que dans tous ces pays ou régions de l’URSS, en Ukraine, Bielorussie, pays baltes, mais aussi en Pologne, pour un Juif, les autochtones étaient parfois aussi dangereux que les SS, Feldgendarmerie ou SD.

 

J’ai vu mon premier grand film de guerre allemand en 1956, ‘Die Brücke’ qui montrait un groupe de jeunes de 15/16 ans appelés à défendre un pont contre l’armée américaine.  Il montrait déjà toute la bêtise, l’odieuse bêtise criminelle des dignitaires du parti nazi mais aussi des hauts dirigeants de la Wehrmacht, qui appelaient des vieillards et des enfants à défendre le Reich.  Une des dernières scènes de la série allemande, illustre également l’horreur de ces enfants appelés à combattre l’armée soviétique.

 

Ce que j’ai le plus apprécié dans la série, c’est qu’elle montre nettement le niveau d’antisémitisme et d’adhésion aux idées d’Hitler qu’une majorité de soldats mais aussi des segments importants de la population civile, éprouvaient quand tout allait bien.  Dans la série, deux des cinq amis sont pronazis et croient dur comme fer aux slogans et mots d’ordre du parti.  Puis, finalement, la prise de conscience de l’horreur et du caractère criminel du nazisme survient, pas à force de réflexion, mais à mesure que la défaite inévitable apparaît.

 

Si les Allemands de maintenant sont capables de faire de tels films, aussi bien, historiquement, qu’attendent les États baltes pour faire le ménage et réexaminer leur propre histoire et leur propre participation dans l’Holocauste?

 

Et, cerise sur le gâteau, on défile dans les rues de Kaunas, Vilnius, Tallinn et Riga, mais l’Union européenne, le Parlement, la Commission, notre cher et adulé Van Rompuy, restent de marbre.

 

Comme si la vérité historique ne les intéressait pas. 

 

Comme si encenser des nazis, des SS, des participants aux crimes de guerre et contre l’humanité, n’était pas de leur ressort.

 

Pauvre Europe et bravo à l’Allemagne!